‹ Les vieux arts du feuChapitre 33 sur 35 · I. Lib. II · texte numérisé non relu

I. Lib. II

Nous avons vu que la marticuite combinée avec les oxydes métalliques — cineres Jixi des anciens — formait les couleurs du vasier. Les doses, là aussi^ variaient selon les pays & les genres de travaux. Les couleurs étaient broyées exactement comme Tengobe blanc &, par-dessus, porphyrisées.

L'habile ouvrier urbinate ou ferrarais possède le joli secret du blanc à rehausser, ou bianchetto. Il le produit par une juste proportion dans l'accord du plomb & de l'étain, accord qui s'opère en vertu « d'une juste affinité que ces métaux ont entre eux », comme dit le seigneur Vannuccio Beringuccio, Siennois, dans sa Pyrotechnie.

Il a le blanc laiteux, pour lequel il emploie le meilleur étain flamand & le meilleur plomb d'Allemagne,

dans la proportion de 36 d'étain pour 100 de plomb. L'étain fait blanc^ le plomb fait lustré. Il fond ces métaux dans un vaisseau de terre &iy à mesure que se fait raccord & qu^il vient à la surface sous forme de fleurs y il récrase contre la paroi du vaisseau avec un outil en fer; puis^ le recueillant^ il le dépose dans une jatte de bois & l'y triture bel & bien avec un pilon en fer. Quelquefois, ce qui vaut mieux, au lieu de mettre cet accord dans une jatte, il le pose sur un carré de forte toile dont il tient les quatre coins d'une main, tandis que, de Tautre, il le pressure fortement, remuant le plus possible ces cendres pour les faire blanchir.

C'est en mélangeant cet accord dans la proportion de 6 à 7 livres contre 5 livres de sable, 3 à 9 livres de sel & 5 à 6 livres de lie, qu'il obtient le fondant, ou tnariacotto accordé qu'il pile & qu'il pèse. Il ajoute au tout un poids égal de ce susdit accord, & un poids égal de sable, en y joignant 1 livre de sel par 10 livres du poids total, puis, calcinant le tout, produit le fameux blanc laiteux improprement nommé blanc faïençois & dont le secret est dû aux patientes recherches du duc Alphonse d'Esté.

i$o LES VIEUX ARTS DU FEU.

Le vasier d'Urbin produit le vert en prenant de une à trois parties d'antimoine dont la minière est à Sienne & à Massa; mais dont le meilleur vient de Venise, où on le prépare ; il le mélange avec de quatre à six parties de cuivre brûlé^ avec d'une à deux parties de plomb accordé d'étain, le tout cuit au fourneau.

Il obtient le jaune en prenant une demi-partie, une partie & demie, deux parties de rouille de fer, surtout de celle qui se trouve sur les ancres de la marine; puis une, deux ou cinq parties de plomb, une, deux ou trois parties d'antimoine. S'il veut que ce jaune soit clair, il supprime la rouille de fer & la remplace par de la lie de vin & du sel.

Il obtient le bleu avec du safre foncé, de la lie & du sel ; le bleu clair avec du safre clair ; le violet avec du manganèse de Piémont. Il n'a pas de rouge. Cependant un certain Virgiliotto, dans sa boutique à Faenza, avait des peintures d'un rouge de cinabre ; mais cette coloration était due à un tour de main. C'était du bol d'Arménie broyé très-fin avec du vinaigre rouge & passé sur du jaune clair.

Notre majolicaro passe encore ses couleurs à la

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molette sur un porphyre, après les avoir broyées au moulin, & les enferme dans des pots menus, délayées avec de l'eau claire. Il a des pinceaux qu'il fait, luimême, en bons poils de chèvre récoltés sur le col & sur les flancs de Tanimal, en bons poils d^âne pris uniquement dans la crinière, quelquefois en fines barbes de souris. Il a décalqué son dessin sur l'engobe ; alors il peint, trace des traits, pose ses ombres, modèle ses demi-teintes.

S'il décore des ouvrages courants & de peu de valeur, il entend que ce soit enlevé lestement &, littéralement, par-dessous jambe. Car, tenant la terre dans le creux de sa main gauche, &, la soutenant de son pied droit posé sur le genou gauche, il peint, de la main droite, avec une merveilleuse prestesse. Mais s'il décore quelque objet précieux, c'est dans une boîte qu'il l'enferme, & il s'appuie commodément sur le dos d'une table solide, travaillant avec les plusgrandes précautions.

Cependant, il sera surtout excellent qu'il connaisse les principaux mélanges de couleurs, afin d'en obtenir des tons variés pour ce qu'il veut représenter.

Ainsi, pour peindre une aurore, les chairs mortes.

les pierres & certains chemins éclairés, il prendra du jaune clair & du blanc léger, ou bianchetto.

Pour figurer les bois, certaines routes enflammées & quelques pierres , il prendra une ou deux onces de jaune foncé & deux ou trois de blanc léger.

Pour faire le ciel, la mer, les fers & autres choses, il prendra une partie de safre & trois parties de blanc léger.

Pour faire les terres labourées, les voies, les antiquailles, ruines & rochers, il prendra un mélange de safre & de manganèse & il y mêlera du blanc léger.

Pour faire les prés verdoyants & quelques petits arbrisseaux éclairés par le soleil, il emploiera une partie de jaune clair & deux de cuivre brûlé.

Pour faire les cheveux, deux onces de jaune clair & une once de jaune foncé.

Pour tirer ses traits, esquisser ses histoires, en faisant seulement les contours & les ombres, il prendra du safre noir & du jaune. S'il veut repousser en vigueur & parachever, il y ajoutera un peu de safre*.

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