I. Piccolpassi, lib. III
Puis il enfournera & allumera son four avec une poig^née de paille, faisant un grand signe de croix, ce qui est dans Tordre. Car, sachez-le, Dieu gouverne la Fortune, mais Taventurière conduit l'art, & Ton sait que les influences terrestres ou astrales peuvent aussi bien opérer sur les vases que sur les hommes. Cependant il mettra tous ses soins à bien conduire le feu depuis le commencement jusqu'à la fin. C'est que le feu est le grand agent. Il faut l'accommoder de façon qu'on le puisse accroître progressivement pour en tirer les esprits matériaux, en le continuant de bon bois léger, tout bellement l'espace de douze heures, l'augmentant de quatre en quatre, & le laissant s'éteindre lentement.
Au défournement était la récompense. Quelquefois, pour donner un lustre plus grand aux peintures, on les trempait dans une couverte qu'il ne faut pas confondre avec la marticuite, attendu qu'elle n'était qu'un simple oxyde rouge de plomb qui fondait au feu de moufle & répandait un glacé brillant sur l'objet qu'on en avait enduit, laissant apercevoir, sous sa transparence parfaite, les couleurs qu'il ravivait encore.
Quand on considère le degré de haute perfection
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qu'atteignit la céramique italienne quelques siècles après le naufrage des choses antiques, il n'est pas indifférent, pour les esprits observateurs & réfléchis, de mesurer le chemin qu'a parcouru l'adresse humaine depuis la poterie primitive des temps préhistoriques, très-peu postérieure à la période néolithique de l'âge de la pierre, alors que nos grossiers ancêtres, ignorant l'usage du four, façonnaient une terre mêlée de cailloux, séchée au soleil ou cuite en plein air, & n'avaient, pour tout procédé d'ornementation, que la pression de l'ongle, de courroies tordues, d'arêtes de hareng promenées en sens divers, de quelques instruments tranchants en silex ou en bois sur l'argile humide*.