‹ Les vieux auteurs castillansChapitre 18 sur 34 · ROMANCES SUR LE CID · texte numérisé non relu

ROMANCES SUR LE CID

Carpio et qui se résument dans cette réponse de je ne sais plus quel grand feudataire : « Pourquoi trahiriez-vous ? — Pas pour cent royaumes, oui, pour un outrage. ^

Lé germe de la tragédie de Corneille, germe à peine visible dans la chronique en prose et la chronique rimée, ne s'est que peu développé dans les romances. Ils offrent cependant quelque chose de plus précis sur les causes de la mort du comte de Gormaz, sur le combat qui amène cette catastrophe. Don Diego a reçu un soufflet du comte Trop âgé pour tenir une épée , il faut qu'il confie à un autre le soin de laver uu tel affront. La belle scène : Rodrigue, as-tu du cœi*r? est remplacée par une épreuve bizarre. Diego Lainez fait venir son fils aine et lui mord foi^tement un doigt ; le jeune homme jette un grand cri et son père indigné le renvoie. Il fait subir une morsure pareille à deux autres de ses enfants qui ne la supportent pas mieux que leur aîné ; enfin il mord de même un doigt de son dernier fils qui était bâtard. Celui-ci lui donnant un grand soufflet s'écrie : <r Lârhez-moi , mon père, sinon je serai un mauvais fils. » Le père, quand il vit cela, lui donna de grands embrassements : et Viens ici, loi, montais aimé , je te confie mes armes, mes armes et cet emploi : tue le comte si tu veux vivre honoré. i> Voilà quels rudes sentiments Corneille a rendu par ces vers :

Enfin, tu sais l'affront et tu tiens la vengeance. Je ne te dis plus rien, venge-moi, venge-toi ;

Montre-toi digne fils d'un père tel que moi.

Accablé des malheurs où le destin me range

Je m'en vais les pleurer. Va, cours^ vole et nous venge !

Dans les Romances, Rodrigue n'est pas troublé par son amour pour Chiméne. C'est à Guillen de Castro que revient Thonneur d'avoir mis Corneille sur la voie de ce grand combat de deux senti* ments opposés, la tendresse et la haine. Mais Guillen n'avait fait qu'entrevoir ce combat pathétique que le génie de Corneille éclaira tout entier : « Chez Guillen, dit M. Chasles, Tamour tient la moindre place; chez Corneille il lutte contre le devoir; de c«tte étreinte naissent les larmes, les angoisses et le chef-d'œuvre. Chez Guillen, dona Ximena est peu de chose ; chez Corneille elle est tout. Guillen n'a qu'un héros , l'honneur chevaleresque et chrétien qui règne à travers son œuvre et que l'on ne perd jamais de vue, soit quand le Cid sacrifie sa maîtresse à son devoir, ou quand il se bat seul contre les vassaux du comte qui le poursuivent l'épée à la main, ou quand il prend et serre un misérable lépreux entre ses bras pour sauver un chrétien et braver la contagion en priant Dieu ; enfin lorsque dans les trois dernières journées du drame, devenu l'arbitre de la vaillance et de l'honneur pour toute l'Espagne , il récompense ou flétrit par la seule autorité de sa parole, terrifie les coupables, s'élève plus haut que les rois et refuse devant la cour entière de prêter serment à un monarque accusé de meurtre , jusqu'à ce que ce monarque ait juré sur la croix

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