ROMANCES SUR LE GID
qu'il est pur de sang humain. Tel est le Cid de Guillen qui a sa grandeur, c'est un drame chro* nique, varié, actif, rapide. Corneille en a fait un drame d'amour \ »
Ce qui rend le héros de Corneille si intéressant n'existe donc pas dans les romances. Avant la mort du comte de Gormaz , il n'est pas question de l'amour du fils de l'offensé pour la fille de l'offenseur. L'amour apparaît ensuite, mais c'est Tamour de l'épouse, ce n'est pas celui de l'amante; seulement Chimène est peut-être un peu plus tendre dans les romances que dans le vieux poème,, sa lettre au roi sur les absences de Rodrigue est assez passionnée. Dans les romances comme dans la tragédie, Chimène vient plus d'une fois demander justice. Quant au Cid, il est encore bien loin de ressembler à celui de Corneille, il fait tout ce qu'il faut pour s'attirer la juste antipathie de la jeune fille. Non content d'avoir tué le comte, il vient chasser jusqu'auprès de la maison qu'habite la plaignante , poursuit ses colombes et, d'après un romance qui à la vérité offre la reproduction de vers maladroitement pris ailleurs, adresse à Chimène les propos les plus grossiers. Chimène prend l'étrange parti de demander au roi ce discourtois chevalier pour époux.
Le bon roi est assez étonné de cette proposition qui met fin à de longs débats et au sujet de laquelle il fait des réflexions pleines d'à-propos et de bonhomie :
t Etudes 9ur l'Espagne, p« iS3.
c J'ai toujours entendu dire et maintenant je vois combien c'est vrai, que les femmes sont très-singulières. Jusqu'à présent eiie m'a demandé vengeance et voilà qu'elle veut se marier avec lui. J'y consens de grand cœur et m'en vais sur-le-champ envoyer à Rodrigue une lettre pour qu'il se rende ici. i^
N'est-ce pas le cas de répéter le vers de Corneille en lui donnant un autre sens?
Rodrigue! qui l'eût cru? Ghimène! qui l'eût dit?
Hélas, nous ne reconnaissons plus guère les deux charmants héros de notre poète. Mais qu'y faire ? Il faut en prendre son parti. Les chevaliers espagnols n'étaient pas la fine fleur de la galanterie. On le verra par plus d'un trait rapporté dans cet ouvrage, ils étaient fort brutaux. Là où notre cher petit Jehan de Saintré se venge par une anecdote et par la restitution d'une ceinture qui fait de cette anecdote une indiscrétion, un Castillan se fût vengé en coupant les jupes de sa maîtresse à une palme au-dessus du genou * , eo lui donnant un coup de dague ou tout au moins en lui appliquant un bon soufflet^ îm Bofeion. II ne faut du reste pas s'imaginer qu'en France, à des dates reculées, la galanterie ait été en grand honneur. Dans nos plus vieilles chansons de geste , l'amour n'a qu'un bien petit rôle et un rôle tout physique. Mais l'idéalisation de la femme parait s'être accomplie plus
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