MARIE L'EGYPTIENNE
Le mannsrrîf dans ler|uel M. de Pidal a découvert le Lùre d'Apollonius, confient encore deux œuvres en vers qui ont été publiée^ par le même liltéraleur; l'une est inlilulée : « Ici commence la vie de Madame Sainte Marie Egyptienne. » {Aci comeca la vida de Madona Santa Maria egipdaca) ; y l'autre : t Ici commence le livre des trois rois d'Orient. » (ici comeca lo libre dels ires rey doriet). Ces productions appartiennent à une époque reculée; la langue, ce qui tient peut-être à ce qu'elle était employée par un poète populaire, y semble bien informe. Comme dans le Poème du Cid, quelques mois, uxor par exemple, y sont restés latins. Comme dans le Poème du Cid encore on rencontre dans la légende de Marie plusieurs termes qui, avec de légères modifications, font à la fois partie de l'idiome des troubadours et de celui des trouvères, plusieurs termes dont la plupart ont à la vérité une origine latine, mais qui, par la manière dont ils se sont altérés^ indiquent presque toujours qu'ils sont provenus non directement du latin, mais des idiomes qui en France dérivèrent de cette langue ^
^ Tels soDt genUtjovent, Deus, sage, vertut, êemblant, affer, linatge, res (chose) grinnyon (cheveux, poils, en provençal gri' gno, en roman du nord grénon, en bas latin granit grenonei) ; tel est encore remploi de Tadverbe en dans cette phrase : Tomad voê en (retournez- vous en). On rencontre toutefois dans la vie de Marie l'Egyptienne le comparatif ^en:ror usité en provençal et en vieil italien et que ne possède pas Tançien français qui a cependant l*adjeclif gent, D*on autre côté on y remarque les mots : r6n(rien), domatge dommage), buen oralge (bon vent, en longue d'oïl bel orage), qui, je le croisi n'étaient point employé*
Marie TE^ptienne a joui d'une grande célébrité
au moyen âge. Dès le onzième siècle, Hildebert,
évéque du Mans, écrivit la vie de la sainte ^ en vers
latins ; un peu plus tard Rutebœuf traita le même
^ ^ sujet en vers français *.
L'auteur inconnu de l'œuvre espagnole suit à peu prés le récit qui a été répété dans les Acta sanctorum et dans la Légende dorée '. Comme beaucoup de poètes français que l'on peut présumer avoir été ses contemporains , il débute par une apostrophe directe à ses auditeurs :
« Ecoutez, hommes, une hist^âre (huna razon) dans laquelle il n'y a que vérité ; écoutez-la de cœur pour avoir pardon de Dieu. Elle est toute faite de vérité, il n'y a rieu de fausseté. Tous ceux qui aiment Dieu écouteront ces paroles, et pour ceux qui de Dieu n'ont souci cette parole sera dure. D'une dame que vqus avez ouï nommer je veu^ vous conter toute la vie , de sainte Marie
par les troubadours. D'après ces observations on peat présumer que nos deux vieilles littératures ont agi sur les œuvres mises au jour par M. de Pidal. Leur rtiythme même semble emprunté à la France. Il est cependant moms régulier que celui de nos poètes et c'est surtout par la manière de rimer qu'il y aurait imitation. En général les rimes se suivent deux par deux, mais quelquefois elles s'étendent à un nombre plus grand de vers, comme dans les fabliaux, et aussi comme dans les productions provençales dont le g^nre est narratif.
1 Paraphrosis metrica auctore Hildeherto Epiêc» Ccenoma* nenti. — Acta Sanctorum Aprilis, P. 83 - 90.
s M. Tarbé a publié une légende de Marie l'Egyptienne. Poètes de Champagne antérieurs au siècle de François /^% p. 104.
' La Légende dorée et Vie des Saincts et Sainctes qui Jesu* christ aymèrent de pensées non feinctes^ F. Ixviij.