GONZALO DE BER€EO
coinme beaucoup d'autres légendaires, remprunta aux miracles de Notre-Dame de Chartres.
Dixièrm miracle. — Gonzalo raconte, d'après Gautier — quarante-sixième miracle, et de l'édition de M. l'abbé Poquet, p. 393 — qu'il y avait à Rome deux frères dont l'un, appelé Pierre, était cardinal, et l'autre, nommé Etienne, était sénateur. Le cardinal mourut, et comme il avait à expier quelques traits d'avarice, il alla en purgatoire. Peu après mourut aussi le sénateur. Il avait été très-avide de richesses et s'était même emparé de biens appartenant à l'Église. Il était menacé du feu éternel. Dans cette terrible conjoncture il aperçut son frère et lui demanda du secours. L'âme répondit que si le pape voulait bien dire une messe à l'intention d'Etienne, l'état de celui-ci pourrait s'améliorer. Etienne s'adressa alors avec beaucoup de dévotion à saint Proiect, et ce saint obtint que la vie serait pour trente jours rendue au sénateur. Il fil pénitence, obtint la messe du {souverain pontife et mourut pardonné.
Onzième miracle. — Histoire d'un laboureur avare qui est sauvé parce qu'il avait une grande foi en la Vierge. Procède : Du Vilain qui à grant poine savoil son Ave Maria; quarante-septième légende de Gautier ; p. 613 des Miracles de l'édition de M. Poquet.
Douzième mirade. — Un prieur vient après sa mort apprendre à un sacristain qu'il a élé sauvé par l'intercession de Notre-Dame. — Dans Gautier: Du Moine qui oncques ne fist as heures de Nosire Dame; dix-neuvième miracle, et p. 487 du recueil de M. Poquet.
80Ô CHAPITOE VII.
Treizième mirade. — L'évêque de Pavîô étant mort, il y avait de grandes cabales au sujet de son successeur. La Vierge apparaît et engage à nommer un homme modeste et bon. Le conseil est suivi ; tout rentre dans Tordre.
Quatorzième miracle. — Le feu du ciel incendie le monastère de San-Miguel de la Tumba , en punition de graves péchés , mais une belle statue de la Vierge est épargnée par les flammes.
Quinzièm£ miracle. — Un homme très-afifeclionné au service de Notre-Dame perd ^es parents. Il se décide à vivre dans le monde et veut se marier.
Au moment même de son mariage, la Vierge lui reproche de l'abandonner. Il disparait la nuit de ses noces. On ne sait ce qu'il devint; mais le poète croit qu'il se retira dans quelque lieu de religion où il put mériter la vie éternelle.
C'est l'épisode soixante-six de Gautier, imprimé dans les Miracles^ p. 627. Cette légende offre des analogies avec un autre conte de Gautier : Du Clerc qui mis Vanel an dot Nostre-Dame. Un jeune romain qui s'amusait à lutter, de crainte de briser son anneau nuptial, le mit au doigt d'une statue de la Vierge. La statue plia le doigt de telle sorte qu'on ne put retirer la bague. Une vision enjoignit ensuite au jeune homme de renoncer à sa première épouse. Tout finit cependant par s'arranger, grâce à une nouvelle statue de Notre-Dame que le jeune homme fit élever. Cette histoire, racontée aussi par Vincent de Beauvais, est devenue la tradition sicilienne d'où a été tiré l'opéra de Zampa, et a fini , sous la plume de M. iJériniée , par s'appeler la Vénus d'Ile.