‹ Les vieux auteurs castillansChapitre 25 sur 34 · ALFONSE X · texte numérisé non relu

ALFONSE X

fut , on ne peut le nier , la cause principale des troubles qui remplirent le régne d'Alfonse. On ne doit pas répéter, cependant, ce qu'ont dit plusieurs historiens, qu'elle lui lit négliger la grande politique de ses ancêtres, l'expulsion des Mores, car plusieurs fois il les combattit vaillamment; mais cette prétention à l'empire lui créa des besoins de numéraire qu'il satisfit par de mauvaises mesures. Ce fut un motif de mécontentement dont quelques ambitieux firent un prétexte de révolte. Parmi eux, Alfonse.eut la douleur de compter son frère don Ëmrique. Ce dernier s'empara d'Arcos, de Lebrija et détermina le chef musulmaa de Niebla à refuser le tribut qu'il devait au roi de Castille. Vaincu enfin dans une bataille que lui livra Nuno de Lara, don Enrique erra d'abord de cour en cour et se retira ensuite à Tunis où il passa quelques années.

A l'aspect de ces dissensions les Mores avaient repris courage , ils coururent aux armes de tous côtés, massacrèrent les garnisons chrétiennes, reprirent Xérès, San Lucar, tout le royaume de Murcie. Alfonse secondé par son beau-frère , don Jayme, roi d'Aragon , mit les Arabes en complète déroute et rentra en possession de toutes les places qui lui avaient été enlevées. Alhamar sollicita la paix et l'obtint à la condition de n'inquiéter en aucune manière les Alcaydes de Comares, de Guadiz et de Malaga qui l'avaient abandonnés et s'étaient reconnus vassaux d'Alfonse. I3n peu plus tard , (les hostilités contre ces Alcaydes rallumèrent la guerre entre le roi de Castille et Alhamar qui

n^avait temporisé que pour augmenter ses forces. Cette fois Alhamar — chose horrible à dire — fut secondé par des chrétiens, par un frère même du roi , par don Pbih'ppe. Ce prince en invoquant le bien public , cette éternelle devise des intrigants , avait formé un parti assez nombreux , mais n'ayant pas rencontré dans les Certes réunies à Burgos la sympathie sur laquelle il comptait, il se laissa, ainsi que ses compagnons, attirer par le roi de Grenade et conclut avec celui-ci un traité impie. La mort d' Alhamar rompit seule cette odieuse alliance. Alfonse n'avait cessé de désirer une réconciliation : elle eut lieu ; son frère se détermina à revenir en Castille, il y fut accueilli par un pardon trop généreux.

A la nouvelle que les princes allemands venaient d'appeler Rodolphe de Hapsbourg à Tempire , Alphonse résolut d'attaquer cette élection; il se rendit à Beaucaire où il eut avec le pape une entrevue sans résultats. Aussitôt que son départ fut connu, les Mores reprirent les arme3, ils battirent les chrétiens en plusieurs rencontres, et le fils aîné du roi, don Fernand de la Cerda, qui cherchait à remplacer son père, succomba à ses fatigues. Il mourut en recommandant à Nuiio de Lara ses enfants et sa femme Blanche , fille de saint Louis.

Don Sanche , second fils d' Alfonse , celui-là même qui plus tard fut appelé Sanche-le-Brave et qu'on aurait dû nommer plutôt Sanche-le-Parricide, se mit sur-le-champ à la tète de l'armée et agit avec tant de vigueur , tant d'habileté , qu'il eut promptement refoulé les Arabes. Sa conduite

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lui mérita alors une grande popularité dont son père s'épouvanta au retour de son inutile voyage à Beaucaire. Don Sanche rejoignit Alfonse à Tolède, et là quelques seigneurs demandèrent qu'il fût reconnu comme héritier présomptif de la couronne. Cette reconnaissance frustrait le fils a!né de Fernand de la Cerda , Alfonse refusa de se prononcer et remit la question aux Cortès rassemblées & Ségovie. Elles se déclarèrent en faveur de don Sancbe, au grand mécontentement de Violante, reine de Castille, et de sa belle-fille Blanche. Toutes deux se retirèrent avec les enfants de Fernand de la Cerda chez le roi d'Aragon, dont Violante était la sœur. Don Sanche, exaspéré de cette fuite, fit, dans sa rage , assassiner son onele don Fadrique qu'il accusait d^étre favorable aux infants, et pour ^3s mêmes motifs incendia la maison de don Simon Ruis de los Gisneros qui périt au milieu des flammes.

Ces atrocités ne pouvaient que rendre plus intéressante la veuve de Fernand. niilippe-ie- Hardi, roi de France, adressa plusieurs fois des réclamations au sujet de ses jeunes neveux et finit par déclarer ta guerre à Alfonse X. Une transaction eut lieu : Philippe-le4]ardi consentit à reconnaître don Sanche comme héritier d' Alfonse, à la condition que le fils de don Fernand obtiendrait à titre de fief le royaume de Murcie. Sanche , i qui l'on n'avait pas fait part de ces conventions, fut très-irrité du morcellement de ses états futurs. 11 empêcha les Cortès convoquées àSéville de ratifier le traité, et par d'autres Cortès réunies è

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ValladoUd il se fit accorder le titre de régent du royaume. Ce fut là le commenceroent d'une guerre plus impie encore que celle qui avait désolé AlfoQse durant les premières années de son i-égne. Le malheureux roi de Castille invoqua vainement Tappui de la France et de l' Aragon contre un fils dénaturé; il fut réduit à solliciter l'alliance du roi de Maroc, Aben-Yuzaf. Alfonse ne trouva bientôt plus de fidélité qu'à Séville. Dans ces douloureuses circonstances il écrivit à un gentilhomme espagnol, qui avait passé au service d'Aben-Yuzaf, une lettre qui peint toute la grandeur de son infortune. — « Je ne trouve pas d'abri dans mes terres, disait-il à ce gentilhomme nommé don Alonso Ferez de Guzman, je n'y trouve pas un protecteur, pas un défenseur, malgré tout le bien que j'ai fait. Puisque dans ma terre me manque qui me devrait servir et aider, force m'est d'aller chercher dans un royaume étranger qui ait pitié de moi. Puisque ceux de Castille m'ont trahi, nul ne me peut blâmer si je m'adresse à ceux de Benamarin. Si mes fils sont mes ennemis, il ne peut être mal que je prenne mes ennemis pour fils, ennemis en la loi mais non dans le cœur, car j'aime et estime le bon roi Aben-Yuzaf, car il ne me méprisera ni ne m'abandonnera pas, il est mon allié fidèle. Je sais combien vous lui êtes dévoué et combien il vous aime et avec combien de raison et combien il agira d'après votre avis; ne regardez pas les choses passées, 'mais les présentes. Considérez qui vous êtes et de quel lignage vous venez. Pensez que dans un temps je pioùrrai Vous faire du bien , et

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que si je ne vous en fais pas votre conduite envers moi vous récompensera. Donc, mon cousin Alonso Ferez de Guzman, faites tant prés de voire seigneur et knon ami que sur ma couronne la plus précieuse et sur les pierreries qui l'ornent, il me prêle ce qu'il trouvera bon. Si vous pouvez me procurer son aide vous le ferez, je n'en doute pas. Je tiens à ce que toute la bonne assistance qui me viendra de votre maître passe par votre main. Que celle de Dieu soit avec vous. — Fait en ma seule cité fidèle de Séville, de mon règne la huitième année^ de mes peines la première. — Le Roi *. jo

Dans cette seule cité fidèle de Séville le roi de Castille maudit solennellement le coupable don Sanche et reconnut pour son héritier le lils aîné de Fernand de la Cerda, l'infant Alfonse, à son défaut le frère de ce dernier, et si tous deux venaient à manquer, le roi de France ^. Avant de mourir, le pauvre prince eut la consolation de voir revenir à lui son second fils, don Juan, qui s'était associé à la révolte de Sanche. Quant à ce dernier, il fit, dit*on, quelques démarches pour obtenir une réconciliation. Son père lui pardonna peut* être, mais ne modifia rien aux dispositions qu'il avait prises. Ses dernières volontés ne furent, du reste, pas exécutées. Il succomba à ses chagrins à Tàge de 58 ans, le 21 août 4286, et don Sanche lui succéda.

' TickQOr. Hist. de la lAtt. e$p, T. I. p. 41. s Le testameot d'Alfoose % a été publié dans le tome II de l'édition de Paris des Siete Partidas,

mi GBAFmUBUL

Voilà rasqoissê de la vie d'Atfonse X, mais je n'ai pas encore parlé des institutions fondées par lui et des travaux de genre si divers qui rempli* rent cette existence dont les limites n'eurent n'en d'exceptionnel et qui semblerait avoir dû s'user tout entière au milieu des préoccupations politiques, des guerres, des négociations, des malheurs, de tous les événements d'un règne profondément agité. On ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration en contemplant tout ce qu'a laissé Alfonse X, en se demandant où il put trouver toutes les heures studieuses employées à tant d'œuvres différentes. Un de ses premiers actes comme roi fut l'organisation sur une large base de l'université de Salamanque qu'avait fondée son aïeul Alfonse roi de Léon. Il y institua des chaires de droit civil, deux chaires de droit canonique, deux chaires de philosophie et une chaire de musique. Il alloua des appointements considérables aux professeurs et accorda de grands privilèges aux étudiants ^

Comme Ezzelino da Romana en Italie, comme Frédéric II en Allemagne % Alfonse eut un goût constant pour l'astronomie. Dès sa jeunesse, il s'était appliqué à cette science aloi*s si pleine d*erreurs. Entouré de savants juifs ou arabes les plus célèbres de l'Espagne et que souvent il attirait (le pays étrangers , Alfonse travaillait avec eux , les présidait , discutait leurs opinions , examinait

< Eiudût êur l'Sipagne, par M. Viardot, p. 128. • mih lUu Hb rVane&i u XTI» p. I17«

laurs œuvres, leur faisait exécuter des traductions de toutes les langues savantes , les aidait de ses remarques, de ses conseils, et fondait la première isociété scientifique que l'Europe ait vu se créer. Les soins et les soucis de la royauté ne détour* nérent pas Alfonse de tant de travaux : < Toutes les sciences, toutes les connaissances humaines, dit M. JoseAmador de los Rios, furent appelées à contribuer à ce prodigieux accord dont l'âme était le sage roi. Les sciences nsrturelles comme les sciences philosophiques , la jurisprudence comme l'histoire, la poésie et enfin toutes les branches du savoir devinrent l'objet d'un culte; l'intelligent monarque était sans cesse occupé à rechercher où étaient les hommes et les œuvres qui devaient con* tribuer au complet développement de ses grandes idées. Pour l'Espagne semblait s'ouvrir une ère de splendeur et de gloire semblable à celle qu'a« vaient offerte au monde les illustres califes du Kaire ; la cour d'Âlfonse X ne le cédait en rien à la cour du grand Almanon, appelé par divers bis* toriens Y Auguste des Arabes '. h

La première année du règne d'Alfonse X fut signalée par l'apparition des tables astronomiques qui portent son nom, elles parurent en 1253, le 3 des' calendes de juin, le jour même où il sucr^da à son père *. c On croit, dit M. Dolarabre, qu'elles

* Eêluiios sobre los ïndios de Espafia, por don J. A. de los RtOB, p. 271. 1

<* « L'ésitie é» SévilU coDsenre cm tables parmi «es reltqaes tl :^

les exhibe dans les proecssions » dans les fêtes solimoellii i wm

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sont principalement l'ouvrage du rabbin Isaac Aben-Sid, surnommé Hazan, inspecteur de la synagogue de Tolède. Hais on est persuadé que ce rabbin ne répondit pas dignement à la confiance que lui témoignait le prince , qu'il employa mal les secours de toute espèce qui lui étaient prodigués, et que ces tables ne valaient pas à beaucoup près les quarante mille ducats qu'elles coûtèrent. » Telle est aussi l'opinion de Laplace.

La théorie alfonsine ne diffère de celle de Ptolémée que par quelques corrections légères faites aux moyens mouvements, aux époques et aux constantes, et elle ajoute aux embarras de cette théorie le système du mouvement de trépidation, rêverie accréditée par l'astronome arabe Thebîlhben-Chora. Cependant les tables alfonsines remplacèrent avec avantage celles de Ptolemée. « Elles ont joui d'une grande réputation, dit encore H. Detambre ; tout le mérite qu'elles peuvent avoir parait cependant se borner à la correction de quelques époques, à une amélioration sensible des mouvements du soleil et de la longueur de l'année. C'était déjà quelque chose. On eût mieux fait si l'on n'avait pas compliqué les calculs par un système de prëcession qui n'avait aucun fondement réel, et dont les périodes avaient été fixées d'après des idées superstitieuses très-étrangères à l'astronomie. Mais on peut jusqu'à un certain point

sans raisoD , car il n'y a pas au moode une autre chose de celte sorte* n {Origen de iaê dignidades teglaret de Caitilla y Léon, poT el do&tor Solazar de Mead0ZQ> p. 71 .

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excuser les afonsines par ce qu'a fak, depuis, Copernic, qui a conservé un système à peu près semblable pour la préeession \ »

Si les travaux d'AIfonse ne firent point faire un grand pas à l'astronomie , ils eurent, comme je le dirai tout à l'heure, une certaine influence sur la langue espagnole et lémoignent la studieuse activite du docte prinee. Un passage du prologue des tables prouve avec quelle ardeur il stimulait les savants qui l'enfouraient : c Le roi engagea à se réunir Aben-Ragel et Alquibicio ses maîtres , de Tolède, Aben-Music et Mahomat, de Séville, et Joseph Aben-Ali et Jacob Abvena, de Cordoue, et plus de cinquante autres qu'il 6t venir de la Gascogne et de Paris avec de grands salaires ; et il leur ordonna de traduire le Liber quadripartiti dé Ptolémée, et d'y joindre les livres de Montesam et Algazel. 11 chargea de ce soin Samuel et Jebuda Alfaqui de Tolède ; il leur enjoignit à tous de se réunir dans l'Alcazar de Galiana pour y discuter sur le mouvement du firmament et des astres. Aben-Ragel et Alquibicio présidaient en l'absence du roi '. »

Ce n'est pas un spectacle peu curieux que de voir en plein moyen âge un roi chrétien , le fils de saint Fernand , reconcilié par la science avec les Arabes et avec les Israélites. Lorsqu'après la prise de Séville quantité de terrains se trouva sans

i Aêtranomie du moyen âge, p. 248, 2B3| 2S7. * Cité ptr doD J. Amador de loi Bios; Eetudioe, iobre loe in* die; p. 271,

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mattre», Alfonse X montra aut Jaifs la plus grande générosité et leur en donna la majeure partie '• Du reste, avant ce roi déjà, les juifs avaient en Espagne nne position très toléreble. Les prédécesseurs d'Alfonse leur avait souvent accordé leur protection et avaient assuré leur liberté individuelle en leur faisant dans l'ordre civil des concessions assez importantes. Le Puera Viejo de Castille con«* tenait plusieurs dispositions bienveillantes à leur égard. Les juifs espagnols durent à leur instruction de jouev* un rôle remarquable. Ils exercèrent d'abord une puissante action sur la civilisation arabe et subirent ensuite l'influence des Mores, dans la langue desquels ils exprimèrent souvent leurs pensées. Dès le onzième siècle, la science rabbinique s'était montrée avec éclat dans Samuel* ben-Copbni , Isaac-bar*Bamy , Jehudah-ben*Levi« Ceux-ci précédèrent Samnel-Jebtadi, qui écrivit en arabe, et Isahac, auteur d'un traité sur diverses maladies. On a prétendu que ce traité avait été composé en langue vulgaire, mais c'est sans doute une traduction faite en cette langue que l'on a citée, car Isahac, qui vivait vers 1070, n'aurait pu employer une langue beaucoup plus nette , beaucoup mieux formée que celle du PohM du Cid^ postérieure à l'époque où ce prétendu échantillon aurait été composé. Avant Tavénement d'Alfonse X, parmi les israélites qui se signalèrent par leur intelligence, il faut encore citer Mozeh Sephardi

< ffiêiùire dêi Moret Mudejareêf ptr M. le comte deÇireoiirt| t. I>p. 3ii.

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qui renia ses erreurs et qui après son baptême fut appelé Pierre Alphonse. 11 écrivit un ouvrage de controverse, un dialogue entre un juif et un chrétien, trouvant dans sa propre personne le sujet de cette discussion et les noms de ses deux interlocuteurs. Un autre livre beaucoup moins grave, un recueil de contes souvent répétés , Doctrina deri" caliSj a surtout donné quelque célébrité à cet écrivain. Un autre juif également converti, Jean de Capoue, doit aussi de n'être pas oublié à un ouvrage du même genre, Directorium humanœ viiœ.

On connaît le genre de travaux qu'Alfonse X assigna à plusieurs des Israélites dont il avait fait ses coUaboreurs. A Jehuda-ha -Cohen , Mozeh et Jean Daspaso — qui tous trois embrassèrent le christianisme — échut la tâche de traduire le traité de la sphère céleste de Tarabe Acosta. Zag de Surjumenza fut chargé d'écrire V Astrolabe rond (Asirohbio redondo) et Y Astrolabe plane ( Astrolabio llano). Jehuda, outre sa part de collaboration dans la traduction du traité d'Acosta , fit encore passer en langue vulgaire les œuvres astronomiques d'Abi- Aben-Rayel, le traité d'Avicenne sur les miUe vingt-deux étoiles connues de son temps , et écrivit encore un livre sur les vingt-deux constellations. Un des contemporains de Jehuda , Mozeh de Zaragua, a laissé un poème sur le jeu des échecs, poème écrit suivant M. José Amador de los Rios, dans un rbythme qui a servi de modèle aux Copias de arte Major \ Plus tard on retrouvera encore

t Ettudioi iobre ht indiot, v. p. i89-2i6-2^2-2i6«

parmi les Israélites un poète distingué — mais celui-là écrivit dans la lanpfue vulgaire — don Senitob, deCarrion, qui dédia ses vers au roi don Pédre.

J'ai dû m'arrêter un peu devant les noms de ces juifs si instruits, la langue espagnole leur doit beaucoup; en employant cette langue encore informe à exprimer les découvertes de la science, ils la fortifièrent et lui donnèrent la clarté et la prév" cision. « Ainsi se réalisait, dit fort bien M. de Los Rios, un des plus extraordinaires phénomènes qu'offre l'histoire de la civilisation des peuples, phénomène qu'il faut considérer sous un double aspect si l'on veut comprendre toute sa grandeur et toute son importance ; d'un côté apparaît le peuple castillan avec ses mœurs rudes , ses préoccupations , ses instincts belliqueux , s'emparant sans s'en douter des sciences de deux peuples plus avancés dans les spéculations philosophiques; d'un autre côté l'idiome vulgaire encore au maillot, encore indéterminé et vague, était employé pour exprimer des abstractions métaphysiques , mettant ainsi la science à la portée de tous^ » Peut-être Âlfonse ne se rendit pas compte de toute l'étendue de son œuvre, mais cette œuvre a été grande et belle; longtemps mal jugée elle doit être à présent appréciée à toute sa valeur.

Fernand III avait toléré l'emploi de la langue vulgaire, Alfonse le prescrivit : « 11 fut le premier, ditMariana, qui ordonna que les contrats et

i tféme livre, p. 271,

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tous les actes publics se feraient désormais en espa- ^ gnol, dans la vue de perfectionner et de polir celte langue encore grossière et presque barbare..., Aussi depuis ce temps-là on cessa de se servir de la langue latine dans les chartes, les contrats , les édits et dans les autres actes publics qui jusquelà s'étaient toujours faits en latin*. » . Alfonse aida encore puissamment à la propagation du castillan en faisant traduire les livres sacrés dans cette langue. Lui-même, assure-t-on, avait lu quatorze fois la Bible et toutes ses gloses. Cela n'a pas empêché qu'on ne l'ait ridiculement accusé d'impiété parce qu'il dit un jour : « Si Dieu m'avait appelé à son conseil au moment de la création , j'aurais pu lui donner quelques bons avis'. » Mais le prologue des Siete Pariidas porte les traces d'une vive piété, et les paroles dont s'effraya la dévotion du moyen âge doivent être regardées comme une plaisanterie ou comme une critique de l'incohérence avec laquelle on expliquait l'organisation de l'univers'.

* Histoire d*Eipagne, trad. daP. Charenton^ l.XIV, p. 288.

s Diego de Gosmenares raconte k ce sojet qa*aii Franciscain ▼inl exhorter le roi à la pénitence, qne ce propoa impie excita na orage épouvantable dont malgré sa science Alfonse n'avait pas pa prévoir la formation. Il ajoate (fue cette horrible tempête ne s'apaisa que lorsque le rnl , repentant et terrifié, eut avoué sa faute et détesié son blasphème. Gosmenares attribue tous les malheurs d' Alfonse X à celte malencontreuse phrase t — Historia de la insigne eiudad de Sitgovia y conpendio de ias hisforias de Castilla, p. 221 et suiv.

s Exposition du système du inonde , par La Place , p. 31 9«

On peut le dire hardiment, depuis Charlemagne jusqu'aux Médicis, aucun prince ne Gt aiUant qu'Alfonse X pour les sciences et la civilisation, et Alfonse X ne se contenta pas, comme les ducs de Florence et comme Tempereur Franc, d'accorder sa protection aux poètes et aux érudits, il prit luimême la plume, il fut un des écrivains les meii* leurs et les plus abondants du moyen âge. En même temps que dans les Siete Partidas^ il donnait à la prose une souplesse, une élégance que le quinzième siècle ne put pas toujours imiter; il s'exprimait dans un rhythme dont l'harmonie avait été inconnue à ses prédécesseurs , et si Ton en croit le marquis de Santillana , il savait à la fois composer des vers latins. Chose étrange, le malheur qui s'attacha à don Alfonse, comme roi, le poursuivit encore comme écrivain ; ses brillantes qualités se retournèrent contre lui. Ses œuvres pourraient former un nombre considérable de volumes, et cette fécondité même a fait contester la majorité des écrits qui lui appartiennent bien réellement. En lisant le peu de vers de lui qui nous sont parvenus, en les trouvant purs , mélodieux , on déclara qu'ils devaient être attribués, à une époque subséquente, au marquis de Villena sans doute; qu'ils étaient trop bons ponr dater du siècle où Juan Lorenzo écrivit son Alexandre. Ces phénomènes littéraires si mal compris par d'injustes détracteurs , H. de Oehoa les a expliqués en deux lignes : c Les grands hommes dépassent le niveau de leur siècle; ils ne reçoivent pas Timpulsion , ils la donnent, v

MHHHB ^^V'^BflB^Bi^M^^^FiH^V ^^^^^^u ^^^^^^^ ^BP^^I^RH^V ^BH^BNV^^^k^HHlHlV f

Les romances se confondant aux chansons de geste jouirent sans doute, à leur origine , d'une même vogue dans toutes les classes de la nation espagnole. Les guerres prolongées de siècle en siècle, si elles ne manquaient pas d'une certaine élévation, si elles n'étaient pas sans quelque influence poétique sur la société, la courbaient tou^ tefois sous les ravages qui forment leur fidèle cortège et réduisaient les habitants à une condition semblable, elles les mettaient sous le même niveau â*une manière plus sensible qu'en aucun autre pays chrétien*.

C'est à M. Ticknor que j'emprunte ces considérations fort justes; le savant critique américain les complète dans quelques pages dont je donnerai la substance. Lorsque la lutte contre les Arabes

$tt Chapitre x.

se porta aux frontières , quand la Castille et les contrées du nord furent jusqu'à un certain point rassurées et tranquilles, quelques loisirs naquirent de cette sécurité. Les châteaux, qui cessaient d'être dans une constante et anxieuse, expectative , se changèrent en résidences où une rude mais franche hospitalité était généreusement offerte. Dès lors les distinctions sociales que produisent les difTérents degrés de richesse, de civilisation ou de pouvoir, devinrent de plus en plus marquées. Les romances furent plus particulièrement le patrimoine des rangs inférieurs , tandis que les classes élevées adoptèrent ou créèrent des formes littéraires mieux appropriées à leur nouvelle situation, dénotant plus de réflexions, plus de connaissances et révélant à la fois un genre de vie plus pacifique et plus stable.

La plus ancienne de ces formes fut celle des chroniques en prose. Ces chroniques étaient d'ailleurs une continuation des chroniques latines et des légendes monacales connues bien antérieurement, et elles obtinrent la faveur de personnes qui, quotidiennement employées dans des entreprises pareilles à celles que célébraient ces antiques relations, considéraient de telles œuvres comme une garantie de leur renommée future. Les chroniques, produit spontané de cette époque, furent favorisées par les législateurs , favorisées par les souverains, et le plus ancien comme le meilleur de tous les livres de celte espèce, est dû à l'initiative d'un roi, d'Alfonse X. Dans le prologue de cet ouvrage, après une exposition solennelle des

C&tlOI^lQtJE GÉNÉRALB. âsS

liaisons qui ont engagé à le composer, on lit ce qui suit : ^ Nous, don Alfonse, par la grâce de Dieu, roi de Castille, de Tolède, de Léon et de Galice, fils du très-noble roi Don Fernand et de la reine Béatrix, avons ordonné de réunir tout ce que Ton pouvait avoir de livres historiques rapportant des faits relatifs à l'Espagne... Nous avons pris la chronique de l'archevêque don Rodrigue et de maître Lucas, évêque de Tuy, et nous avons composé ce livre. »

Ces paroles ne peuvent laisser de doute sur la part très-active qu'AIfonse X prit à la rédaction de la Chronique générale et autorisent à penser que ce roi en fut au nroins le rédacteur principal. Florian de Ocampo, le premier éditeur de la Cronica gênerai (Zamora 1541), avance sans aucune preuve que les trois premières parties seulement sont du roi de Castille, que la quatrième et dernière est d'une autre main.

Cette opinion, émise pour la première fois dans le milieu du seizième siècle, plus de deux cents ans après l'apparition de la Chronique^ a été depuis répétée sans examen. Cette dernière partie, à laquelle, suivant Ocampo, Alfonse-le-Sage serait resté étranger, cette dernière partie contient sur saint Fernand des détails qu'un fils était mieux que tout autre en position d'écrire. Il existe, du reste ^ sur l'auteur delà Chroniqm générale, une affirmation qui a beaucoup plus de poids que celle d'Ocampo. Don Juan Manuel, neveu du royal écrivain et qui fit un abrégé de celte Chronique, la rej^ardait comme étant réellement composée

38i CHAPITRE X.

par son oncle. Alfonse fut nécessairement aidé dans cette vaste entreprise ; on lui communiqua» comme il l'avait ordonné, des documents qui^ plus ou moins modifiés, entrèrent dans son œuvre ; ces intercalations, moins soigneusement remaniées les unes que les autres, expliquent parfaitement les différences de style qui frappent à la lecture de la royale chronique.

Le plan qu'a suivi Alfonse X est très-sioiple. La première partie de la Chronique générale commence à la création du monde ; Thistoire de Rome y occupe un assez grand espace, puis Fauteur arrive à l'invasion de TEspagne par les Visîgotfas. On retrouve dans le début de cette partie les notions incomplètes qui, au moyen âge, avaient cours sur l'antiquité. On peut y remarquer que les aventures de Didon y sont racontées d'une manière toute particulière. Les poètes et les chroniqueurs les plus populaires de l'Espagne ont toujours pris parti pour la reine de Carthage contre Enée, qui, par parenthèse, ne vécut que trois siècles après elle. Un romance sur les prétendus amours de ces deux personnages offre aussi les mêmes indices de partialité.

Le règne des Goths et Tinvasion des Arabes, qui remplissent la seconde partie de la Chronique générale f sont traités d'après les documents laissés surtout par les écrivains ecclésiastiques et en rappellent parfois la manière. Pourtant on rencontre dans bien des endroits la main d'un écrivain habile, la main qui tenait le sceptre de Cdstille. 11 y a dans cette deuxième partie deux tableaux d'un

OHRQKIQUS GÉNÉRALE. tsm

geare fort différest et qui sont mis en contraste avec une habileté^ un an qui apparaissent rarement dans les productions de cette époque: la description de l'état prospère de l'Espagne avant la conquête des Maures , la triste peinture de ce que devint cette belle contrée lorsqu'ils s'y établirent :

«: L'Espagne est comme le Paradis de Dieu, elle est arrosée par cinq rivières principales qui sont le Duero, TËbre, le Tage, le Guadalquivir et la Guadiana: entre ces fieuves sont de grandes montagnes et de grandes terres ; les vallées et (es plaines sont laides et spacieuses; par la bonté du sol et la fraîcheur des rivières , elles sont fertiles et prodoîseat beaucoup de fruits^ En outre , en Espagne il y a beaiifionp de ruîssaaux et de fontaines , jamais un puits ne manque ou il est nécessaire. L'Espagne abonde de bté et de denrées, elle est savoureuse de lait et de toutes les choses que Ton en fait, p^ttplée de gibiers et de chasses , couverte de troupeaux , pleine de chevaux , de mulets et de mules , munie de châteauxforts , joyeuse par ses bons vins , heureuse par Tabondance du pain , riche en plomb , en étain , en vif-argent, en fer^ en cuivre, en argent, en or, eu pierres précieuses , en marbres de toutes sortes , en sel de mer, en salines de terre, en mines de bleu^ d'ocre, de craie et d'alun. L'Espagne est brillante de soie , elle a les douceurs du miel et du sucre , elle est éclairée par la cire , éclairée par l'huile, réjouie par le safran ^ L'Espagne

i On croyait <(iie le safran avait la propriété d'égayer, Pierre de Messie lui attribue encore d'antres qualités : m L'amathiste et l'herbe nommée aristolochie on la sarraâne et aussi le safran^ font beaa teint et l'esprit Tif à qai les porte et encore chassent les malins esprits et leur est ceste vertu communiquée par l'es» toile appeilée cœur de Scorpion, de la nature de Jupiter et de Mars* n Divertit hçonê, par Pierre de Messie, ch. XXXIX.

U6 CHAFltilE t.

est ingénieuse , elle est redoutée , courageuse au combat, patiente dans les revers , Cdèle au Seigneur, attachée à l'étude, courtoise en parole , accomplie en tout bien. Il n'y a point de terre au monde qui lui ressemble par la bonté, qui lui soit égale par la force; il y a peu de royaumes dans le monde qui soient aussi vastes qu'elle. El sur tous elle l'emporte par la grandeur, par la loyauté. 0 Espagne , il n'est personne qui puisse dire ce que tu vaux! »

Que cette contrée , si chaudement décrite , sera différente après rinvasion des Mores : . . . .

a Sa terre sera vide de peuple, baignée de larmes, pleines de cris ; hôtesse des étrangers , trahie par ses voisins, privée de ses habitants, veuve de ses fils, en proie aux barbares, navrée de plaies et de blessures, sans courage, sans force, sans consolations^ ravagée par les siens... Ses chants sont oubliés et son langage s'est changé en un langage inconnu, en paroles étrangères. »

La troisième partie de la Chronique générale a pour nous un plus grand intérêt que la première moitié de cet ouvrage. On y trouve de curieuses traditions. C'est là qu'est racontée la résistance de Pelage , la vie de Bernard del Carpio. C'est là qu'on lit les hauts faits de Fernan Gonzalo et l'épisode si intéressant des sept infants de Lara. Cette troisième parlie se rattache aussi par divers points à notre histoire et surtout à nos fictions chevaleresques. Il y est fréquemment question de Charles Martel que l'on qualifie de roi. Les actes que l'on rapporte de lui sont parfois copformeç à la véritéi

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et d'autrefois s'en éloignent pl»iî5 ou moins. Dans le chapiire HI est relatée une victoire que Charles Martel remporta, devant Narbonne, sur deux princes mores d'Esp^igne. Dans le chapitre suivant, folio 13, il est dit comment Charles marcha sur Orléans que les Sarrasins occupaient et qui s'enfuirent à son approche. Des bandes arabes por* tèrent en effet la terreur dans TOrléanais , TAuxerrois et le Senonais. Dans le même chapitre se trouve un fait dont je ne vois pas de traces dans l'histoire : comment le roi Charles mit à mort Maurice, duc de la Gaule gothique, parce qu'il avait appelé les Sarrasins. Plus loin, folio 14, l'auteur rnconte qu'Abdérame(Abd-el-Rahman), tua Munuz, gendre d'Eudes, duc d'Aquitaine, et lui enleva sa femme. Le Munuz des chroniqueurs est Othmanben-abou-Nessa à qui Eudes, au scandale des chrétiens et des mahométans , avait effectivement donné sa fille Lampegia. Battu par les troupes d'Abd-el-Rahman,Othman fut massacré et sa femme envoyée en présent au calife. La Chronique géné^ raie raconte qu'Abdérame fit détourner le lit du Rhône et marcha sur Orléans ; que là Eudes lui' livra bataille; que les chrétiens essuyèrent une terrible défaite ; que les Arabes victorieux traversèrent Périgueux, brûlèrent Tours; qu'Eudes vint implorer Charles Martel et que celui-ci rassembla une énorme armée. Vient ensuite le récit de la bataille de Poitiers, puis l'auteur avance que Charles Martel tourna ses armes contre le duc d'Aquitaine et le tua pour le punir de ce qu'il avait attiré les infidqles. On sait que telle ne fut pas la fin d'Eudes;

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il moiimt de mort naturfsHe en 785 , laissant pour héritîpr son fils HntialH. Sauf deux piierres contre les Mores, piierres dont on ne retrouve pas d'îndîces dans Thistoire, le royal anteur ne sVloîgne pas trop de la vérité dans ce qn'îl dît de Carloman cl de Pépin. C'est à Charlema^^ne que le roman fait une complète invasion dans la Chronique générale. On v raconte les prétendues amours de ce prince avec la belle Galienne, fille de Galafre , roi de Tolède. Je ne m'arrêterai pas ici sur cet épisode, j'aurai à y revenir plus tard lorsque je parlerai de la Grande conquête d'outre^mer où ce récit occupe une lar^e place, tout en présentant des différences notables avec la version donnée dans la Chronique générale. Après avoir rapporté ce roman , l'auteur fait encore aller Charlemagne en Espagne ; il mêle aux entreprises de cet empereur, au récit du sanglant combat de Roncevaux, les aventures de Bernard del Carpio. * Qu'était ce personnage? L'histoire a-t-elle le droit de le réclamer? Est-il simplement une imitation des paladins de nos chansons de geste? Je ne puis guère voir en Itii autre chose qu'une copie de nos turbulents chevaliers. Comme Roland , il est le neveu de son souverain, de son souverain qui persécute sa sœur, de même que Charlemagne persécute Bertbe. Que Fon relise dans li Reali di Francia * les cha-» pitres où sont racontées les amours de Milon et l'on verra que les amours du comie de Saldaila

> libro Se8tOftt^r^ll,U\l,p.itiô et seg.

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ea paraissait la reproduction. Bernard del Car* pio est une imitation, et cette imitation on essaya de la rendre plus imposante en la faisant, à Roncevaux, triompher de son héroïque modèle. Du reste, Bernard del Carpio date de loin puisque la Chronique générale cite déjà plusieurs chansons de geste où il est parlé de ce guerrier. Il naquit, suivant cette chronique, de Sandias, comte de Saldana, et de la sœur d'Âlfonse-le-Chaste qui fut non roi de Castille, comme le disent les traditions espagnoles, mais roi de Léon. D'après quelques chants antiques , Bernard aurait été le fils d'une sœur de Charlemagne, enlevée par le comte de Saldana comme elle revenait d'un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. < Mais cela ne peut être , ajoute l'auteur, il ne faut pas croire toutes les choses que Ton dit dans les Gantas (Cantares?). Btla vérité est ce que nous avons déjà conté selon ce qne nous trouvons dans les histoires yéridiqves qu'ont faites les savants. :»

Ces histoires véridiques invoquées par Âlfonse K contiennent, comme on va le voir, de bien étranges allégations , des récits dans lesquels le lecteur ne trouvera plus rien de la vérité. Alfonse condamna le comte à une captivité perpétuelle et fit enfermer sa sœur dans un cloître. Quant à Bernard , il lui cacha son origine et l'éleva comme s'il était son fils. Ce n'était cependant pas à lui qu^il pensait laisser sa couronne ; îl la fit offrir à Charlemagne, à condition que ce souverain l'aiderait à expulser les Mores. * Charles accepta la proposition d'Alfonse ;

mais le secret de ees combinaisons ayant été découvert, les grands et Bernard à leur tête firent les plus vives remontrances au roi. Celui-ci envoya des messagers pour retirer sa parole ; Tempereur, courroucé, somma Alfonse de se reconnaître son vassal. Bernard s'unit aussitôt à Marsil, roi de Saragosse, et l'empereur vint assiéger Tudela qu'il aurait prise sans la trahison de Galalon (Ganelon). Charles s'avança ensuite dans les Pyrénées, après avoir laissé comme arrière-garde une partie de son armée à Boncevaux. Alfonse, Marsil et Bernard attaquèrent cette arrière-garde^ et dans un terrible combat, auquel la poésie a donné plus de célébrité que l'histoire, moururent Boland, Ancelin^ Renaud de Montauban et tant d'autres illustres guerriers dont la Chronique générale donne les noms *.

I Est-il nécessaire de rappeler au lecteur qae les Espagnols n'enrent aneane part au combat de Roncevaux, et qne ce fût le fait, non des Sarrazins, mais des Wascons. Peut-être cependant les Mores s'entendirent-ils avec les montagnards des Pyrénées. Ces montagnards ont conservé le souvenir de cette journée dans une rude et sanglante poésie , qu'on prétend du neuvième ou du dixième siècle et qui a été traduite dans le Journal de l' Institut historique (t. I, p. 176) , par M. de Montglave. Cette traduction a été reproduite dans l'histoire de France de M. Henri Martin (L II y p. 851). On peut aussi lire le Chant d'Altabizar dans V Histoire du Midi de la France, de M. Mary-Lafon (t. II, p. 395). — Roland est cité dans une strophe de ce sauvage bardit :

« Fuyez, foyos cerne à qui iî reste de la force et un chenal. Fuis, roi Garloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge ! Tcm neveu, ton plus brave, ton chérit Roland, est étendu mort là-bas ; son courage ne lui a servi à rien , et main* tenant, Escaldanac, laissons les rochers, descendons vite en lançant nos flèches à ceux qui fuient. *

II n'y a du reste point d'autres documents contemporains sur le eoubat de Roneevaux que deux mentions d'Eginhard , Tune dans fâ Vi$ de Charltfmagne > Vmn dans les Anndlts.

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