‹ Les vieux auteurs castillansChapitre 27 sur 34 · I.A oBANDs coirQuirs B'ovTBx-msa · texte numérisé non relu

I.A oBANDs coirQuirs B'ovTBx-msa

Puisque Ton a contesté à don Alfonse la paternité des œuvres qui semblent le mieux lui appartenir, on devait élever des doutes sur l'origine de la Grande conquête d' outre-mer ^ Ce livre a été. attribué au docte roi , mais peut-être fut-il seulement écrit d'après son ordre , peut-être même appartient-il à une époque subséquente à son règne.

Il n'existe que trois manuscrits de la Grmi conquista de ultramar : deux à la bibliothèque nationale de Madrid, un à la bibliothèque particulière du roi d'Espagne. Un des manuscrits de la bibliothèque nationale renferme une note en caractères du quatorzième siècle, d'après laquelle ce livre aurait été traduit du français sur le désir de Sanche-le-Brave. Mais cette note qui contient deux erreurs , — elle appelle Sanche IV Sanche VI, et Alfonse X Alfonse XI , — cette note ne me paraît pas devoir inspirer grande confiance*

La première édition de la Grande conquête d'outre -mer , qui est devenue d'une excessive rareté y parut en 1003. Elle est précédée d'un prologue dans lequel Alfonse X, lui-même , semble prendre la parole et qui se termine ainsi : « Pour ces causes, nous, don Alfonse, roi de Castille, de Tolède y de Léon et d'Andalousie , avons ordonné de traduire l'histoire de tout le fait d'outre-mer, suivant que nous l'avons entendu lire dans les livres antiques, etc., etc; >

Cette introduction , suivant M. de Gayanyos , ne serait qu'une supercherie d'éditeur; elle se trouve en partie en tête d'un ouvrage attribué aussi au roi Alfonse et portant le titre de : Le livre appelé les ' Bouchées d'or (El libro llamado Bocados de oro). M. de Gayanyos cite même la préface de cet ouvrage et, je l'avoue, elle me paraît offrir des variantes assez notables avec celle de la Gran conquista. Il serait, du reste, fort possible que le Bocados de oro fussent réellement d' Alfonse X, et il se pourrait que l'illustre auteur eût répété les mêmes idées , les mêmes expressions en tête de la Grande conquête d^oulre-mer et de ces Bouchées d*or dont M. de Pidal a aussi parlé, mais sans toutefois en faire honneur au roi de Castille.

Si du reste Alfonse X fut Fauteur ou l'instigateur de la Grande conquête y cette œuvre fut évidemment modifiée par des copistes puisqu'il y est fait allusion à la destruction de l'ordre des Templiers. Quelle que soit, après tout, l'origine de ce livre, il rentre dans le sujet de nos études et nous en parlerons d'autant plus volontiers qu'il offre de grandes et visibles traces de Tinfluence française.

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La Grande conquête d' outre-mer se compose comme fonds de Tbisloire de Guillaume de Tyr, mais c'est là un livre sérieux que les historiens plus récents des croisades ont consulté avec fruit; le Hvre attribué au roi Alfonse X mêle aux matériaux véridiques qu'a laissés l'auteur latin plusieurs longs et incroyables épisodes , il tourne au roman de chevalerie et apparaît comme le précurseur d'Âmadis. Les deux ouvrages commencent de la même manière par des détails sur Omar, par des notions sur la situation des lieux saints avant la première croisade » par le récit des prédications de Pierre l'Ermite , mais ils s'écartent violemment l'un de l'autre en arrivant à Godefroid de Bouillon. Guillaume de Tyr dit au sujet de ce personnage illustre : a Preterimus denique studiose , licet id verum fuis$e plurimorum astruat narratio , cygni fabulam^ unde vulgo dicitur sementivam eis fuisse originem, eo quod a vero videatur deiicere talis assertio. >

Le vieux traducteur français, dont la paraphrase a été publiée en regard du texte de Guillaume^ reproduit la réserve du texte et rend ainsi ce passage : € Ge ne vos pas dire a escient ce que l'en dit por voir, quar l'en dit que il fu del lignaige au chevalier au Cygne, car c'est une chose ou il ne semble mie moult à avoir de vérité, por ce si n'en weil mie fere grant parole en'ceste esloire où il n'estouvroit se voir non. »

L'auteur de la Grande conquête^ bien loin d'imiter cette incrédulité, raconte tout au long l'étrange légende & laquelle Guillaume de Tyr ne faisait

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qu'une allusion dédaigneuse. Cette légende occupé depuis le chapitre CLVII jusc^u'au chapitre CLXV du premier livre de la Gran conquista. Nous ne nous plaignons pas du reste de cette étrange intercalaiion , elle pourra donner à ces pages un intérêt que n'aurait pu produire la scrupuleuse traduction de l'œuvre de Guillaume de Tyr. En effet , si la Gran conquista n'eût été qu'un livre de cette nature , nous nous serions borné à l'indiquer rapidement; ce n'est pas le récit d'événements connus de tout le monde qui aurait dû nous arrêter , mais nous rencontrons par bonheur au milieu de ce récit des fables étranges dont la vogue a été immense au moyen âge, et c'est d'elles que nous voulons nous occuper, c'est par elles que la Gran conquista devient un autre ouvrage que VHùtoria rerum /h partihus transmarinis gestarum.

Il serait assez intéressant de savoir si une imitation française,de Guillaume de Tyr a offert cette bizarre confusion de vérité et de fiction, ou si l'introduction , dans la Gran conquista^ de la légende du Chevalier au Cygne et. de quelques autres épisodes romanesques est le fait de l'auteur espagnol. Je suis tenté d'adopter cette dernière opinion. Il existe beaucoup de copies de la traduction en français de Guillaume de Tyr, et d'après les savants éditeurs de cet historien : c L'identité de rédaction... est tout à faft complète sauf les différences de dialectes et sauf quelques mots oubliés ou changés par le copiste ^ j> J'ajouterai que les édi-

i Recueil deê historiem det Croi9ade9, t. Il, p. i2.

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leurs de Thisloire des événements d'outre-mer citent vingt-un manusicrils contenant sait la traduction, soit la traduction et la continuation de Guillaume de Tyr, et que nulle part ils ne donnent à entendre qu'aucun de ces manuscrits présente le roman du Chevalier au Cygne , celui de Mainet et les autres fables que contient la Chran conquista. Il est donc extrêmement probable que plusieurs de ces fables ont été empruntées directement à nos chansons de geste et mêlées, tant bien que mal , à l'œuvre de Guillaume de Tyr, par un compilateur espagnol.

Je parlerai d'abord du Chevalier au Cygne, Là vogue de ce roman a été assez grande, assez durable pour que je me croie autorisé à ne pas trop en abréger l'analyse. Je donnerai ensuite quelques détails sur les origines de cette tradition, puis j'indiquerai quelques analogies, quelques rapprochements qui pourront intéresser les amateurs d'archéologie littéraire.

L'histoire raconte — c'est ainsi que commence le roman du Chevalier au Cygne — que dans un royaume d'Asie, il y avait un roi et une reine, nommés l'un Poplée, l'autre Gisanca. Ils avaient une ûlle qui s'appelait Isonberte. Celle-ci était fort belle, et de nombreux rivaux ambitionnaient sa main. Mais comme aucun d'eux ne lui plaisait, et que ses parents voulaient absolument qu'elle iît un choix, elle prit le parti de s'enfuir. Elle arriva jusqu'à un bras de mer où elle rencontra une barque attachée au rivage. Personne n'occupait cet esquif. Isonberte y monta, et sans employer ni

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▼oiles ui rames, elle se laissa aller au hasard. Âa bout de quelque temps, la barque aborda; l'infante Taraarra et sauta à terre. Elle se trouva dans une contrée sauvage et déserte. C'était dans ces lieux qu'un comte appelé Eustache, et qui était seigneur du pays, aimait surtout à chasser. Il se livrait justement à ce plaisir, et sa meute, flairant les traces de l'infante dans cette région inhabitée, se mit à la poursuivre en donnant de la voix. Isonberte, effrayée, grim|»a sur un arbre, dans les branches duquel elle s'offrit aux regards du comte. Eustache l'entendit invoquer Dieu et les saints, comprit qu'elle était bonne chrétienne, et que dans cette rencontre étrange il n'y avait rien de magique. Il rassura la belle fugitive et la détermina à le suivre dans son palais, où il la présenta à la comtesse Ginésa, sa mère.

Eustache, ravi de la grâce et des charmes de l'infante^ en devint bientôt tellement amoureux qu'il voulut l'épouser, et qu'il réalisa ce projet en dépit de sa mère, laquelle était fort irritée de se voir une bru dont on ne connaissait ni l'origine, ni les antécédents. Peu de temps après son mariage, le comte fut appelé par son suzerain, le roi Liconberte-le-Brave^ qui avait une terrible guerre à soutenir. Le jeune époux partit le cœur plein de regrets et laissant sa femme enceinte. Celle-ci ne tarda pas à mettre au monde sept fils, et, chose merveilleuse, à mesure qu'ils naissaient un ange descendait du ciel et entourait le cou de chacun d'eux d'une chaîne d'or.

Bandoval, un chevalier en qui Eustache avait pleine confiance, écrivit aussitôt à son maître pour

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lui annoncer cette paternité extraordinaire. Mais, en enivrant le messager, Ginésa réussit à s'emparer de la lettre, et y substitua une autre dépêche dans laquelle il était dit qu'Isonberte était accouchée de sept chiens, lesquels avaient tous un collier de laiton. Quoique désolé de cette nouvelle, le comte, qui aimait tendrement sa femme, ordonna que l'on gardât les chiens jusqu'à son retour; sa mère parvint encore à s'emparer de la réponse d'Ëustache, et la remplaça par une lettre dans laquelle il était enjoint à Bandoval de faire périr les sept enfants et la pauvre Isonberte. Bandoval ne put se résoudre à mettre la comtesse à mort; il lui laissa la vie, et ne pouvant non plus se déterminer à faire périr les sept fils de son maître, il se contenta de les abandonner dans les bois. Une chèvre d'abord, puis un pieux ermite, prirent soin des pauvres enfants. Durant la longue absence de leur père, ils grandirent, et bientôt accompagnèrent leur protecteur dans ses courses. Un jour, le solitaire , suivi de six d'entre eux, se rendit à Châteaufort, où résidait Ginésa. La méchante femme conçut un soupçon à la vue de ces beaux jeunes gens, et comme l'ermite, ignorant tout ce qui s'était passé , n'avait nul motif de se défier d'elle, il lui conta comment il les avait trouvés. Ginésa finit par lui demander les infants, et il consentit à les lui laisser. Ginésa revint aussitôt à ses premiers projets, et ordonna le meurtre de ses petits-fils. Deux misérables, Dransot et Frongit, furent chargés du crime, mais lorsqu'ils ôtèreni aux jeunes gens leurs chaînes d'or, ceux-ci se

changèrent en de beaux cygnes et s^envolérent. Ginésa, fort étonnée et fort irritée, ordonna à un orfèvre de lui fabriquer une coupe avec toutes les chaînes. L'artiste se mit à Tœuvre, et ayant fait fondre un des colliers, il remarqua avec surprise qu'il donnait une assez grande quantité d'or pour que Ton pût croire que tous les autres colliers avaient été employés. Cette chaîne lui suffit donc pour faire une grande coupe, qu'il remit à Ginésa, tout en gardant les cinq autres colliers. Quant aux cygnes, ils avaient gagné un étang, où leur frère, qui était resté à l'ermitage, et l'ermite lui-même, les admirèrent et jouèrent avec eux sans les reconnaître.

Cependant le comte Eustache revint enfin de sa longue guerre, et par Bandoval il apprit toute la vérité. Sa mère ne chercha à dissimuler ni ses ruses, ni sa cruauté; elle avait agi ainsi, disaitelle, pour sauver l'honneur de son fils : il était évident que sa femme était adultère. La comtesse finit par rappeler à son fils que, d'après les lois du pays, la malheureuse Isonberte devait mourir si un champion ne se présentait pour la défendre. Eustache, malgré sa tendresse pour sa femme, fut obligé de se soumettre, et il partit pour Portemise, ville dans laquelle était restée Isonberte. Celle-ci hpprit avec douleur l'horrible accusation portée contre elle, et la nécessité où elle était de fournir un champion. Ce n'était pas chose facile: les uns la croyaient coupable, les autres craignaient de s'attirer la haine de Ginésa , dont la méchanceté était copnue. Deux jours à peine géparaiept la

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jeune comtesse de l'époque fixée pour le combat, et elle n'avait pas encore de défenseur. C'était dans la nuit du vendredi. Isonberte s'agenouilla et se remit entre les mains de Dieu, elle l'invoqua avec une ferveur qui produisit un miracle.

Un ange apparut à Termite et lui révéla que le jeune homme, son compagnon, était le fils d'Ison* berte et d'Eustache, et qu'Isonberte , lâchement accusée , allait périr si elle ne trouvait un chevalier. Il ordonna à l'ermite de transmettre ses paroles au jouvenceau et de lui enjoindre d'aller combattre pour sa mère. Le jeune homme reçut avec joie une pareille mission ; il se rendit avec l'ermite à Portemîse et y arriva au moment même où l'on conduisait sa mère au supplice. Il demanda au comte de combattre pour l'accusée. Eustache n'avait pas grande confiance en un champion d'un âge si tendre; il consentit cependant à la demande qui lui était faite, et le bon Bandoval alla armer le jouvenceau , tandis que le solitaire , agenouillé dans une église, priait avec ferveur pour la mère et pour le fils.

Comme on le pense bien , le champion d'Isonberte vainquit l'accusateur qu'avait suscité Ginésa, et lui trancha la tête. L'innocence d'isonberte fut proclamée, et son sauveur, tombant aux pieds d'Eustache, lui apprit qu'il était son fils. Le comte courut annoncer cette nouvelle à sa femme dont la joie ne fut pas moins vive que celle de son njiari : t Elle fut aussitôt au jouvencel en courant et com- » mença à l'embrasser sur la bouche, sur le visage > et sur les yeux; à lui baiser les pieds et les

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Ti mains et elle faisait de telles démonstrations ) qu'elle semblait folle, et tous conimencérent à

> montrer la plus grande allégresse qui puisse

> être. »

Ce bonheur fut bientôt troublé. Qu'étaient devenus les autres enfants? L'ermite raconta ce qui s'était passé , et Ginésa , interrogée par son fils , confessa la vérité. Eustache manda l'orfèvre qui avait fait la coupe et lui demanda s'il ne restait rien des colliers. L'orfèvre déclara qu'il lui restait encore cinq chaînes d'or. Il les remit à Eustache. La familiarité que les cygnes avaient montrée à Termite ne laissèrent plus de doute à celui-ci. Ces six beaux oiseaux étaient évidemment les fils du comte. Eustache sentit revenir l'espérance en pensant que la restitution des colliers leur rendrait leurs formes premières. Quant à la méchante Ginésa, elle fut condamnée à mourir de faim. Eustache et l'ermite se mirent à la recherche des cygnes » ils les trouvèrent, et le comte les ayant parés de leurs colliers, ils devinrent aussitôt de beaux jeunes gens. Un d'entre eux cependant conserva son plumage : c'était celui dont la chaîne avait été transformée en coupe. Le père, ses enfants et Ter* mite revinrent trouver Isonberte dont la douleur fut grande quand elle vit qu'un de ses fils restait privé de sa forme naturelle.

Après avoir raconté cette reconnaissance, l'auteur;trace brièvement toute la fin du roman qu'ensuite il délaye dans une longue série de chapitres. Nous nous contenterons de donner le résumé ea question :

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