GRANDE CONQUÊTE D'OUTRE-MER
€ Tous ces jeunes gens furent de très-bons clie?fttiers, et le comte leur père/ avec leur aide , conquit beaucoup de terres et augmenta beaucoup son comté. Mais quoique tous fussent bons et valeureux en fait d'armes, celui qui combattit pour sauver sa mère fut le meilleur de tous ; il était le plus grand et le plus beau et était né le premier. Celui qui était resté cygne, dès qu'il vit sa mère, lui fût baiser les mains avec son bec, et commença à battre des ailes et à mener grande joie et à monter dans son giron , et tout le jour il ne se voulait jamais éloigner d'elle, et il était si bien apprivoisé qu'il ne mangeait qu'avec elle , et il ne s'éloignait pas des hommes , il restait volontiers avec eux , et il ne lui manquait pour être homme lui-même que le corps et la parole , car il avait bon entendement. Le jeune homme qui combattit pour sa mère eut cette grâce de Dieu Notre Seigneur, avec toutes les autres grâces qu'il avait déjà reçues , d'être vainqueur de tous les combats et de tous les défis contre les femmes dépouillées de leurs biens ou accusées comme elles ne le devaient être^ et son frère qui était cygne de le conduire aux endroits ou tels combats et accusations avaient lieu. Et pour cela il eut nom le Chevalier au Cygne et ainsi l'appelait-on dans toutes les terres où il allait combattre, et on ne l'appelait pas autrement que Chevalier au Cygne. Il eut cependant un autre nom quand on le baptisa , car sa mère lui fît donner celui de Popleo , qui était aussi le nom de son aïeul , père de sa mère. Mais comme Dieu lui avait fait cette grâce et lui avait donné ce cygne son frère pour conducteur et pour guide , jamais il ne voulut qu'on l'appelât autreque le Chevalier du Cygne. Et quand ce cygne le con-» duisait, ils allaient dans un petit bateau en cette manière. Ils prenaient ce bateau et le mettaient en la mer qui était tout près de la terre où leur père avait son comté, et dès qu'il était 4 1^ n^^r on attachait au bateau une chaîne d'argent très-bien faite et on mettait
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aa eou du cygne un collier de cuivre , et le chevalier portait son écu, le fer de sa lance et son épée, et un oliphant à son cou , et de cette sorte le cygne le menait en suivant les bords de la mer jusqu'à ce qu'ils arrivassent à quelques-uns des fleuves qui parcouraient les pays où le chevalier avait à combattre. Et ainsi le conduisit le cygne jusqu'à l'endroit où le fleuve Rhin se jette dans la mer, et ils remontèrent le fleuve tant qu'ils arrivèrent à une ville qui est de l'empire d'Allemagne, et qu'on nomme Mayence. (Dans le récit détaillé qui suit, cette ville est appelée Nimègue, comme dans la plupart des romans sur le même sujet). Et là combattit ce Chevalier du Cygne contre un duc de Saxe, qu'on nommait Rainer, pour une accusation faite contre une duchesse qu'on appelait Catalina et qui était duchesse de Bouillon et de Lorraine. Et cette accusation ftit faite parce que ce duc Rainer détenait tout le duché de cette duchesse. Et le combat eut lieu près de cette ville de Kayence, devant l'empereur d'Allemagne; et le chevalier vainquit et tua ce duc Rainer, et pour cela cette duchesse Catalina toute sa terre recouvra, selon ^'on le raconte plus loin dans cette histoire. Et pour cette raison , l'empereur donna pour femme au Chevalier du Cygne une fille qu'avait cette duchesse et qu'on nommait Béatrix , et elle était parente de Pempereur, et il se maria avec elle à cette condition que jamais elle ne lui demanderait comment il avait nom ni de quel pays il était, et ce Chevalier du Cygne eut de cette Béatrix une fille qu'on appela Ida , et la duchesse Catalina , quand elle vit que sa fille était mariée avec ce chevalier qui lui avait fait ravoir son bien, donna les duchés à sa fille et se fit religieuse. Et ce Chevalier du Cygne fut appelé duc à cause de sa femme la duchesse Béatrix. Et il vécut avec elle dans les duchés bien seize ans très-heureux et très à un plaisir, jusqu'à ce que sa femme lui demanda comment il avait nom et de quel