‹ Les vieux auteurs castillansChapitre 29 sur 34 · GRANDE CONQUÊTE B'OUTRE-MEH · texte numérisé non relu

GRANDE CONQUÊTE B'OUTRE-MEH

pays il était. Et pour lors il eut à s'éloigner d'elle, et I0 cygne vint vers lui et Femmena comnoie il l'avait amené, et il le conduisit où il l'avait pris , et il vécut avec son père jusqu'à ce qu'il mourut. Et sa fille fut mariée au comte de Boulogne, qui avait nom Eustache, et ce comte eut d'Ida trois fils: Godefroy(Godufre), et Eustache, et Baudoin, qui allèrent outre-raer, et fut Godefroid, l'atné , roi de Jérusalem, selon que le conte l'histoire. »

Après ce sommaire placé avec assez peu d'art au milieu du roman du Chevalier du Cygne^ Fauteur de la Gran conquista passe au récit détaillé de faits auxquels il vient d'enlever la plus grande partie de leur intérêt par une analyse fort intem^ pestive. On voit dans cette narration prolixe les guerres que le Chevalier du Cygne eut à soutenir contre les Saxons dont il avait tué le duc et qu'après des chances diverses il finit par dompter. On voit encore qu'au moment de quitter Béalrix, son époux lui laissa son oliphant qui était entouré de cercles d'or et de pierres précieuses. Plus tard cet oliphant fut enlevé d'une manière extraordi* naire. Un grand incendie se déclara dans le palais où il était conservé et tout à coup un cygne s'abattit dans les flammes qui le respectèrent, puis s'envola du milieu des décombres en emportant la précieuse trompe dont il n'est plus autrement parlé. A cet épisode , trop longuement conté, succède le récit de faits relatifs à Godefroid. La femme d'Eustache fut, dès leur bas-âge, avertie des hautes destinées de ses enfants.

Un jour que le comte entra, elle ne se leva pas pour le recevoir; appelée par lui, elle ne quitta

m GHAPiimB XI.

point sa place, et comme son mari s'irritait de cette manière d'agir, la comtesse, lui montrant ses trois fils qu'elle avait sous son manteau , lui dit qu'autrefois elle se levait à son arrivée, mais qu'elle ne le devait plus faire ne pouvant déranger des personnages plus considérables que lui. Après cette anecdote que raconte aussi Guillaume de Tyr * et que Ton retrouve dans notre vieux poème , les Enfifnces de Godefroid, l'auteur de la Grande conquête £ Outre-Mer rap|>orte les premières aventures du héros que le Tasse devait chanter. Godefroid continua la mission que s'était donnée son illustre aïeul et tua, dans un combat singulier , Guion de Montfaucon qui s'était injustement emparé de la seigneurie d'une noble damoiselle. Remarquons-le, on rencontre dans Guillaume de Tyr un épisode analogue et qui , nous le croyons , n'a d'autre fondement que des traditions romanesques , c'est le combat de Godefroid contre Raoul de Saxe'. Revenons un instant encore à l'aventure racontée dans la Gran conquista: c Quand la damoiselle vit que grâce à Godefroid de Bouillon elle avait recouvré sa terre, elle tomba à ses pieds et lui dit que d'elle et de ce qu'elle avait il fît à sa volonté et lui répondit qu'il la remerciait beaucoup, mais qu'il n'avait combattu ni par amour de femme, ni par convoitise Je terres, mais seulement pour Dieu et pour le bon droit qu'il croyait fermement qu'elle avait ; puisqu'elle était rentrée

* Livre IX, cb, VU.

8 LivrelX, ch. VIII.

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dans ses biens, il ne demandait pas plus et avec cela il était payé. »

Il nous semble que ces quelques lignes offrent le germe d'un épisode d'Amadis, des services que ce preux chevalier rend à Briolanja et de la recon* naissance sans limites de cette belle princesse. {AmadiSy libro primero, cap. XLII.)

La Gran conquista contient encore le récit d'autres prouesses de Godefroid , puis l'auteur ajoute: < Beaucoup d'autres exploits et hauts faits fit le duc Godefroid, que l'on ne peut mettre par écrit, parce que cela allongerait trop ce que l'on a à dire sur les faits des pays d'outre-raer, mais par ce que vous avez ouï vous pouvez bien entendre que c'était un homme puissant. » La fiction si invraisemblable dont nous venons de parler est restée mêlée à l'origine de la maison de Clèves, comme la légende de Mélusine, dont le mari — vague réminiscence de la fable de Psyché — fut aussi curieux que la femme du Chevalier au Cygne, est resté mêlée à la généalogie de la famille de Lusignan. La tradition, qui fait le sujet de cet article, paraît venir du nord; on la retrouve en Angleterre, en Irlande , en Hollande, où elle devint tout à fait populaire *, en Allemagne, où elle alimenta divers contes et où elle semble avoir fait sa première apparition vers le commencement du treizième siècle. Dans le Lohengrin (publié par F. Glockle et Goerres, Heidelberg, 1813), le fils de Parceval

* Le Chevafirr ùH Cygne , par le baron de Reiffcnberg, |>. VU, IX, elc.

ii2 CHAPITRE XI.

s'embarque dans une nacelle aérienne traînée par un cygne pour aller défendre Elsany, princesse de Brabant, contre un calomniateur, c Sorti vainqueur d'une lutte dangereuse » il obtient la main de la princesse, mais lui impose la condition de ne jamais s'enquérjr de son nom. Il prête ensuite l'appui de son bras à Henri-rOiseleur, duc de Saxe, qu'il assiste en Allemagne contre les Sarrasins et qu'il fait couronner empereur. Il revient couvert de lauriers auprès de la fidèle Elsany et, ne pouvant résister à ses larmes, finit par lui révéler son nom. Mais aussitôt reparait le cygne qui lui annonce qu'il est roi du Saingral. Il monte sur la nacelle magique, il s'éloigne fidèle à son devoir; mais à peine s'élève-t-il dans les airs qu'Elsany tombe morte de douleur ^ >

En France, cette merveilleuse légende a été plusieurs fois redite. Le roman de Dolopathos ' contient un récit qui ne diffère pas essentiellement de celui de la Gran conquista.

Un chevalier rencontre près d'une fontaine une belle fée dont il fait sa maîtresse, puis sa femme en dépit de sa mère. Celle-ci remplit exactement le même rôle que Ginésa ; mais le chevalier prend sa femme en haine et la fait enterrer jusqu'à la poitrine. La malheureuse fée resta ainsi sept ans, au grand détriment de ses charmes. Les enfants — six fils et une fille — qui étaient nés avec des chaînes d'or au cou — abandonnés dans un bois,

1 Eicbhoff , Tableau de la Littérature du nord, p. 390. > Coll. Jannei, p. 319.

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