‹ Les vieux auteurs castillansChapitre 31 sur 34 · GRANDE CONQÊOTE D'OUTRE-MER. 4SI · texte numérisé non relu

GRANDE CONQÊOTE D'OUTRE-MER. 4SI

là McevcÔT) et peu après entrèrent les autres d^noiselles.. (^land on eat manj^;, Mainel partit. Depuis, bien de& fois Galienne montrait qu'elle l'aimait bien honné*tement et pour cela ne se put, Mainet, tant défendre qu'il ne fût par l'amour vaincu^ et il commença secrètement dans son cœur à l'aimer, mais il ne le montrait pas comme elle à lui ^ »

Galienne était en âge d^être mariée, et Galafre fit annoncer un grand tournoi dont le vainqueur devait obtenir la main de sa fille. Une foule de rois et de princes accoururent pour se disputer cette belle princesse. Mainet brûlait d'être au nombre des jouteurs , mais son corps était devenu trop robuste pour qu'il pût revêtir ses armes qu'il tira d'un coffre. Mainet, dans son chagrin, parlait tout, haut et il dit sur la noblesse de sa race quelques paroles qui furent entendues de la confidente de Galienne. Celle-ci, quoique ne connaisant encore ni le nom du jeune homme, ni comment s'appelait son père, en avait ouï assez pour savoir que récuyer tranchant était fils de roi; elle Faborda et lui dit q.ue s'il aimait Galienne, que s''il jurait de l'épouser, elle lui donnerait des armes. Il accepta avec empressement, fut armé par les deux femmes et courut au tournoi dont il fut vainqueur, puis il disparut et échappa aux recherches de Galafre. Quant à Galienne , curieuse d'en savoir plus sur son amant, elle pratiqua un petit trou dans la muraille de la chambre de Mainet, et ce qu^ella

enti^ndit, lui révéla qui était le jeune guerrier. Elle n'hésita pas à se lier à lui par un mariage secret dont Morand fut témoin.

Un des princes qui avait figuré au tournoi fit une si charmante peinture de Galienne au puis*sant roi Bramante, que celui-ci, quoiqu'il eut quarante-cinq ans, en devint passionnément épris et la demanda en mariage. Galafre et ses fils le trouvant trop âgé, repoussèrent ses prétentions, et Bramante furieux vint déclarer la guerre à Galafre. Ce roi fut fait prisonnier de même que ses fils; peu après Morand eut le même sort, et Mainet voulant les venger défia Polinoro, l'un des alliés de Bramante. Mais Polinoro, n'accepta pas ce défi, car Mainet lui avoua qu'il n'était pas chevalier. Mainet s'en revint donc, et quand Galienne eut appris pourquoi, elle dit à sa mère : a Mère, toute fille de roi et reine peut faire un chevalier avant de se marier, et pour cela je veux le taire mon chevalier. > La cérémonie eut lieu ; le jeune guerrier se présenta de nouveau, combattit Polinoro, le tua et lui prit Durandale (Durlindana). Il se battit ensuite contre Bramante et finit par lui abattre la tête. La conséquence de cette victoire fut la délivrance de tous les prisonniers. Galafre combla d'honneur son jeune libérateur, et des fêles célébrèrent ses prouesses. Mainet devait s'illustrer par de nouveaux exploits. Il vainquit encore un allié de Bramante, Gualfedriano , roi de Gétulie, et se fit un ami du fils de ce roi, que l'auteur appelle U^^ieri Danese et qu'il ne faut pas confondre avec Ogier le Danois, malgré la ressem-

GRANDE G<»fQn6TE D'OUTRE-HER. m

blancedes noms. Lorsque Mainet, trompant la haine des fils de Galafre, eut quitté l'Espagne, Ugieri alla avec lui au secours du Pape et aida ensuite le valeureux Charles a reconquérir son royaume sur les méchants fils de Pépin. Hainet fut couronné et épousa Galienne en grande pompe. Galafre fut charmé d'avoir un tel gendre , et Ugieri reçut le baptême en se moquant de ses anciens coreligionnaires qui lui reprochaient son apostasie et lui disaient: Tu es damné; et suivant Fauteur, c'est à cause de ces mots, qui sont en français dans le texte italien , qu'Ugieri porte le nom de Danese (Damné es).

La Bibliothèque des Romans a donné l'extrait d'un poème de Girard d'Amiens, où l'histoire de Mainet est racontée à peu prés de la même manière que dans li Reali. Suivant cette analyse. Pépin mourut non assassiné, mais empoisonné par ses bâtards. Au moment où l'on allait sacrer Charles , ceux-ci s'emparèrent sans façon des premières places à un festin donné à Reims et enjoignirent à Mainet de découper un paon. Le jeune roi irrité se fit, à peu près comme dans le récit de la Gran Conquista, une arme terrible de cet oiseau. Une mêlée effroyable eut lieu, le bon droit eut le dessous. Mainet se retira dans un château-fort; mais bientôt il manqua de toutes ressources, ses amis le firent évader et il se rendit en Espagne avec Morand de la Rivière. Le reste du roman n'offre plus de différences notables avec la version des Reali.

Cet épisode de Mainet, tel qu'on le lit dans la Grande Conquête peut faire douter qu'Âlfonse X

uù laiApnu n«

ait été Tdoteur de ce livre. Ne serâit-il pas sinjgfalier qu'il y eût raconté cette histoire avec des détails tous diffiirents de ceux que contieat le Coranica gênerai f

Dans son histoire de la Poésie prùvençate^ M. 7auriel cite des vers de la Chronique des Albigeois * qui ont rapport aux aventures de Main et.

Ils indiquent qu'il existait une version prôven* cale des aventures de Mamet. Mais à en Juger par les noms de Galafre, de Braiment^ de Galiana, cette version devait ressembler à celle de Gérard d'Amiens, que M. Fauriel ne parait pas avoir connue et différer, par conséquent , de la rédaction de la Gran Conquista.

La Chronique des Albigeois n'est pas le seul livre où l'on rappelle la jeunesse de Cbarlemagne. (te trouve d'assez fréquentes allusions à ces épisodes dans diverses chansons de geste.

L'auteur de Doon de Mayence dit, en parlant de Gharlemagne :

Durandal li ont chaint au senestre costé, Qn'il conquist à Bremant, que mort avoit geté , Quant soudoiers estoit Galafre l'amiré , Et Heinfrey et Hendris Favoient degeté A tort et à péchié de Franche le r^;né *.

Dans la chanson de Gaufrey^ on place le comte Morand au nombre des fils de Doon.

Morand fu le X* de Riviers le prendon '.

• Doon de Mayencê , p. 200.

s Gmtfrêf, p* 4«

GRANDE GOUeObn D'OCTRE-HER. 4m

pelle kikiiâme les aventore^ de sa jeanfesse :

JC'fui fius Pépift, issi com vos saves Et Bertain la roine , qui tant ot de biatité ; Je duis estre murdris ed France et enhéfbés , En Espai{Cne en alai , à^ Galafre sor mef . Ilâ tk^'jB tant paf aUnes qoe je fui adobés , Et cenquid Gâlieâe ma mie ^ o le vis dei* Por m^aitier. refusa, quinze mis coronés <'.

On pourrait rapporfer d^autVes preuves de la célébrité dont jouirent les amours dé- Maioet, et H. Wolf en donne encore- qtielques-une& dans des recherches sur l'histoire de Sybille et sur notre roman d'Huon dé Bordeaux ^ recherches dont je. reparlerai tout a l'heure.

Un mot maintenant sur Torigine du roman de' Mainet* Le livre de Gérard d'Amiem me paraissait d'une ancienneté assez grande pour autoriser à penser que l'épisode de la Chronique générale et dé la Grande conquête avait un point de départ fî*ançais. Cependant une personne en qui j'ai une confiance qui égale ma reconnaissance,, veut bien me faire remarquer que le roman de Mainet semble être tiré de l'histoire d'Alfonse VI, roi de Gastille. Ce prince, fuyant la colère de son père, se réfugia chez l'émir de Tolède, de la cour duquel il s'échappa en faisant , comme dans la version de la Coronica gênerai, ferrer ses cheveux à rebours.

< Hiit. lut. de la France, t. XXII, p. 694« Cilée par M. Wotf dtos sa brocbare, : Ueber die Ifeiden wiederaufyefaudenen nic" ^^Içenditchen V9lhbûcher*

Uâ GHAPmUS XI.

Dans le récit de la Gran Conquisla, c'est sur un avis du duc de Bourgogne que Mainet songea à quitter Galafre. Ce fut à la nouvelle de la mort de son frère qu'Alfonse chercha à s'éloigner de Tolède. Peranzules* fut pour ce prince ce que Morand fut pour Mainet, et enfin Zaïda, fille d'Âben-Abed, émir de Séville, et qu'épousa Alfonse VI, pourrait avoir fourni le modèle de Galienne. Il faut encore observer que ce règne d'Alfonse VI , illustré par le Cid et Alvar Fanez» est le grand règne qui tenait dans l'imagination des Castillans la même place que celui de Cbarlemagne dans celle des Français. D'après l'autorité que je cite, les traditions se seraient mêlées lorsque les jongleurs espagnols travaillèrent sur les chansons de geste de nos pères, et il ne serait pas impossible que nos poètes eussent à leur tour emprunté à l'Espagne les avantures d'Alfonse VI pour, en les amplifiant^ les attribuer à Cbarlemagne sous le nom duquel elles auraient repassé les Pyrénées. Les romances des sept enfants de Lara, dont je parlerai plus tard, n'auraient-elles pas fourni un aliment au roman de Mainet? Le père des sept iniants, don Gonzalo Gustios, prisonnier du roi de Cordoue, inspire à la sœur de ce roi un amour qui pourrait avoir servi d'exemple à celui de Galienne. Celte dernière situation rappelle du reste une infinité d'épisodes semblables.

' PIqs loin on rencootrera an romance anr Sevilla, et ce qui semble bien indiquer le mélange des traditions françaises et espa* gnôles , c'est qae ce romance rappelle tout à la fois le roman de Mainet par son IffèrAuB, fei Ib rëj^ne d'AIftnnAs VI ^ût tb nom d« Pefauttiles.

Doon de Mayeûce et Garin de Monglane sont prisonniers de Machabré; sa fille Fleur-d'Épine les va voir, elle apprend que Doon est oncle de Berard de Montdidier qu'elle aime; elle lui promet» si elle peut avoir son chevalier, d'abandonner Mahomet, de se faire chrétienne et de les suivre en France *. — Maugalie , éprise de Flpovant , jure à Ricbier, l'un des chevabers de ce héros, de se faire chrétienne si Floovant veut l'épouser :

Richiers , dit la pucele ^ frans chevalier loez Se de ton seigneur lege avoie féauté Que il me vosit pam'e à moilier et à pers Por la su amitié relanquirai mon dé Jemais jor de ma tie ne quier Maon amer *.

Floripas éprouve pour Olivier captif les doux sentiments que Mainet inspira à Galienne , et la chanson de geste de Fierabras , dont Floripas est l'héroïne, fait, à propos d'un baiser qu'elle n'ose , elle musulmane, donner à son amant chrétien, souvenir d'un détail de l'histoire de Mainet:

< He Dix, dist Floripas, tu soies aourés ! Or ai la riens en terre que j'ai plus désiré ; Or me ferai pour lai baptizier et lever , Et kerrai en Jbesu de sainte majesté. » Les bras ii mist au col pour ses amours fremer Par devant en la bouce ne l'osa adeser Par ce k'elle est païene, il est cresUenné '•

^ Gaufrey, p. S8.

> Floovant » p. 48, 5 Fiêfabrcu, p. 88»

«M OUPHUaL

Ott retrouve eoicor» ces-araottra de chrétiew et de moresques dans biea d'autres romans; dans. li BficUi 4i FranoiOif. Fegra, sœur d'Archiao». roi de Barbarie» aime Rizieri qui est prisonnier» reçoit, sa promesse qu'il n'aura pas d'autre femme qu'elle et s'enfuit avec lui *. Dans le même recueil, Dosorliaa, fille du roi Balante» demande le baptême pai^ amour pour Fioravante et le fait évader *. Touijours dans li Reali di Fronda, Sibilla» rdne d'4d> ticano, se convertit pour épouser Guisber-fier-Visage ' ; Feliciana , amoureuse de Bovetto , promet de se faire chrétienne et se sauve avec lui ^ ; Beave d'Antone, vendu comme esclave au roi Erminione, le sert en qualité d'écuyer tranchant et inspira le plus grand amour à Drusiana, fille de ce roi ; après divers incidents, qui rappellent beaucoup le roman de Mainety ils se promettent mariage ^ On citerait encore bien dés traces de cette situation qui apparaît aussi dans des traditions allemandes, notamment dans la légende du comte de Gleicben, dontle double, mariage est dans le Berry mis sur le compte d'un seigneur de l'illustre maison de Culant.

M. Wolf^ que j'ai déjà tant de fois nommé dans ce livre, s'est patiemment occupé de Halia ou de Galienne devenue» sous le nom deSévilla, la femme de Cbarlemagne. Il a écrit un travail trés-intéres-

• P. lia.

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sdntS mats dont Texameo pourrait me mener trop loin 9 sur deux anciennes productions flamandes dont Tune y qui n'a plus de titre, roule sur la reine Sibille ou Sivilla, et dont Pautre est la traduction de notre Huon de Bordeaux. Le premier de ces romans qui» sans doute, a été imité d'une chanson de geste dont M. de Reiffenberg a découvert des fragments,, raconte sur Sévilla des faits que Ton ne trouve ni dans la Gran Conquista ni dans la Cronica gênerai^ mais qui ressemblent aux infortunes de Geneviève de Brabant, d'Hildegarde , de Parise la duchesse, de Dusolina, d'Oliva et de toutes ces princesses innocentes et calomniées desquelles le moyen âge ne se lassait pas d'ouïr l'histoire un peu monotone.

La légende du Chevalier au Cygne, les malheurs deBerthe au grand pied et les aventures de Mainet, né sont pas les seules fictions que contienne la Gran Conquistaj mais les autrts récits romanesques qu'on y rencontre offrent un bien moindre intérêt et ne me semblent pas se rattacher à notre ancienne littérature. Je les laisserai de côté, de même que la partie purement historique de la compilation attribuée à don AUonse le Savant.

I Ueber diê beiden toideraufgefundênen Niêderlmndi$ehen Volkibûeher von der Kœniginn SibUla und vitn ffuon von Bordeaux,

Le titre le plas glorieux (f Alfonse X me parait le code si célèbre sous le nom de Las Siete Partidos (les Sept Parties) ; en dépit de sa nature , ce livre se rattache par tant de points à l'histoire littéraire, il exerça sur la langue espagnole une si grande et si légitime influence, que je me crois obligé d'en parler avec quelques détails.

Les Romains donnèrent la municipalité à l'Es* pagne. De nouveaux conquérants, les Goths, lui apportèrent l'usage des assemblées populaires. Les conciles , mot auquel il ne faut pas attribuer son acception accoutumée et trop restreinte ici, les conciles des Goths étaient une sorte de sénat dé* positaire de la volonté nationale. Ces deux institua lions» l'une d'origine romaine , l'autre d'origine bartfïite y cfnt servi d6 t^se à la constitution poli*

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tique de l'Espagne. Cachées sous renvahissement des Arabes, elles reparurent dès que reparut le peuple espagnol.

Aux conciles, aux assemblées nationales * était réservée la confection des lois, et des travaux successifs de ces importantes réunions sortit une législation complète.

Ce grand code, œuvre du temps et de l'expérience, était connu sous le titre de Forum Judicum. Saint Fernand le fit traduire en romance sous le nom de Fuerojuzgo. C'est un corps de droit régulier, divisé en douze livres qui sont subdivisés en titres et en lois. Fernand avait projeté une plus vaste entreprfse, la rédaction d'un code complet destiné à l'Espagne chrétienne qui était alors régie par un nombre infini de fueros, de privilèges, de Charles qui souvent se contredisaient. U mourut sans avoir pu réaliser ce dessein, mais.soii fils,^qui. sans douta n'avait pa& été étraûger à la publica-^ tioû du Fuero ptagOj eut la gloire' da. mettre à QxécuUon cette grande- pensée.

AlfoQse préluda à ce vaste ouvrage par le Mi^ voir de tous les droUs (Espejo de todos loa dere»* chos)^ qu'il termina avant 1355. Ce traité parait aivoir été suivi du Fuero reo/, code plus court que Von a attribué quelquefois^ à don Alfonse^VIU oa à don AlfonselX, sans vouloir remarquer que le prince, qui y prend le titre de roi de Sévilley de Cordoue» de Murcie, etc., iie. pouvait» être qju'Alfonse &, puisque ces villes, furent seiAlement conquises par saint Fernand.

AifoB9e con^n^enca les Sept Parties en ISSB, elles furent terminées en 1283. Il est hcrrs de doute

qm Ir aftfftftt roi feit aidé par différants ceriDaliora-' UHïvs dans la longue tâche de compiter les Dé^ (^râteies , h Digeste , le Code es Jmimim , le Fuero juzga et les autres recueils de lois tant e^pa^noles qit'élraQgèresdont la réunion a formé les Sî^to Partidas. ISéanmoins totit Thonneur de cette grande eefHvre revient à don Alfons^; ce flil lui (fui coor*donaa ces matériaux si divers, qui les entremêla de difisertalion» de genres différents, qui les rédigea dans cette bette prose, supérieure, suivant Marina, à tool ce que purent produire les deux ou trois siècles suivants.

Les Sept Partie» furent ainsi nommées parce qu'elles présentent sept grandes sections. Ces sections sont à leur tour divisées en espèces de chapitres intitulés: Titulos (titres), et chacun de cè9 titres se compose de paragraphes portant la déno- Drioation de tois, dénomination que la (minière dont il sont composés reiid souvent fort inexacte. Le désir d'exécuter le projet de son père, « le bienheureux roi don Fernànd qui était accompli en [ustice et en vérité, » détermina surtout Alfonse X. à entreprendre cet énorme travail.

A propos de la division donnée à son livre, l'aiiieur s'efforce de prouver, d'après les idées de l'époque et en invoquant Aristote et les livres saints, toute la bonté du nombre sept. Il cite les sept cieux, les sept jours de h semaine, les sept métaux, lés sept arts, lès sept animaux de chaque espèce mis dans l'arche, les sept ans que Jacob servit son beau-père, les sept ans de disette et les sept ans d'abondance annoncés par Joseph, le

m GHAniMXIL

chandelier è sept branches, les sept sacrements, etc. Ces recherches rappellent un peu les doctes puérilités de Dante sur le chiffre trois et sur le chiffre neuf» sur ce chiffre neuf qui paraissait présider aux destinées de Béatrix, comme pour prouver qu'elle était un miracle, puisque la cause des miracles est la Trinité et que trois est facteur de neuf^ Ce n'est pas là seulement que l'Œuvre d'Alfonse X porte l'empreinte de son époque: dans cette œuvre on retrouve à chaque instant l'esprit du treizième siècle, on le retrouve jusque dans l'idée étrange de former avec la première lettre de chacune des Sept Parties un acrostiche dont le mot est le nom d'Alfonce.

Le roi de Castille, à la fin de sa préface, a donné lui«méme un sommaire de son travail.

« Nous avons partagé notre livre en sept parties , nous nous occupons dans la première de toutes les choses qui appartiennent à la sainte foi catholique, qui font connaître Dieu à l'homme. Dans la seconde nous nous occupons de ce que doivent faire les empereurs, les rois et antres grands seigneurs pour valoir davantage, pour augmenter et guider leurs royaumes, leurs honneurs, leurs terres, et pour que leurs volontés trouvent appui chez ceux qui sont de leur seigneurie et qui font bien. Dans la troisième partie nous traitons de la justice qui fait vivre les hommes en paix entre eux et des personnes qui sont nécessaires pour exercer la justice. Dans la quatrième, des fiançailles et des mariages qui aident amour d'homme et de femme, des

i Vita /VttotMi, p. 65.

SIETË PARTIDAS. m

choses qui coneernent le mariage, des enfants légitimes qui en naissent et aussi des autres, quelle que soit leur position , et du pouvoir qu'ont les pères sur leurs fils et de l'obéissance que ceux-ci doivent à leurs pères — et des devoirs qu'il y a entre les domestiques et ceux qui les entretiennent, entre les serfs et leurs maîtres, entre les vassaux et leurs seigneurs, et des bienfaits que les moindres reçoivent des plus grands et aussi de ce que les grands reçoivent des autres. Dans la cinquième partie, nous parlons des emprunts et des échanges et des achats, et de tous les autres arrangements et atTaires que les hommes font entre eux d'un commun accord, et de quelle mamère ces cou* ventions doivent être faites, et quand elles sont valables ou non , et comment on doit régler les discussions qui naissent entre eux. Dans la sixième, nous traitons des testaments, de ceux qui les doivent faire, comment ils doivent être faits, et de quelle façon les pères peuvent Isûsser leurs biens à leurs enfants, à leurs autres parents et même à des étrangers ; et en outre des orphelins et de ce qui les regarde. Dans la septième partie, nous nous occupons de toutes les accusations , des maux, des torts que les hommes font de tant de manières, et des peines et des châtiments qu'ils méritent pour cela« ' »

On le voit , le cadre est immense , les matières qu'Âlfonse X se propose de traiter sont considérables, et pourtant ce sommaire est bien loin de donner une idée de tout ce que renferment les Siete Partidas. Non-seulement Àlfonse X ne quitte pas un sujet qu'il ne l'ait épuisé, mais il place dans son code une foule de choses que l'on ne s'attend

« p. LX.

ém GBimiii XII.

pas ày tr<Miver. Le non erat hic hcna d'Horaee est

le moi que Ton peut presque toujours adresser aux écrivains du moyen âge. On regretterait vivement du reste que les Sept Rarties n'offrissent pas toutes ces digressions, tous ces accessoires, toutes ces. réflexions morales qui font de ce livre un livre original i part, et tout à la lois judiciaire» philo^ sophique, historique et littéraire; un livre qui instriiit autant qtie les dissertations- de Muratori, qui intéresse^ plus (pie le Gorti^iano de GastigKofiey ^i' Irailte d^m autre point de vue* et avec pitis (ÎTionnêteté- quelques-uns des sujets dont s'èsf occ^upé MachiaveL Ce n'est rinllement 19i , comme Tes codes modernes, un répertoire de lois formulées avec une sèche précision. Les Siete Partidas ne* lappellent en rien l'œuvre inspirée par Napoléon,, elles sont une succession de traitésde genres divers.. Toul n'y est pas ordonné avec ^inflexible rigidité/ du législateur; à côté des prohibitions il y a des avis, des consens qui scFttt donnés pltitôt par nn sage que* par un souverain et qui pressentent des traces bien évidentes d'influence orientale. Alfonse X avait appelé un de ses ouvrages : Miroir de tous les droits. On pourrait appeler les Siete Partidas: Miroir de VEspagne. Elle s'y réfléchit avec ses plus petits détails de mœurs publiques et privées, elle y est prise sur le fait , prise vivante. Les Siete Partidoê sont le commentaire obligé non-seulement de l'histoire politique de l'Espagne, mais aussi de rhistoire* de son ancienne littérature, et sont tout à la fois un des plus beaux monuments de cette littérature ellemême. — Je voudrais que cette indication générale

pât foirecompmidre combien il est diiBdIe îoi, oà }e ne p»is écrire qu'an chapitre et non on voktme, de parler d'une manière $ati«fatsafifte de cette colossale entreprise ; je voudrais que ces difficultés me fissent pardonner tout ce que cette analyse ^ d'incomplet.

Comme Alfonse X Ta annoncé dans son préam* buleja première partie traite f de toutes les choses qui appartiennent à la sainte Foi catholique, > mais avant d'aborder ce sujet principal , il entre dans 4l'assez longues explications sur les lois, il les dé- •finit, les divise, dit ce qu'elles doivent être, par qui elles doivent être faites, abrogées, et arrive é cet axiome que nul n'est censé les ignorer. Âlfonse X parle de l'usage, de la coutume et des fuerôê qui «ont l'union de la coutume et de l'usage. Le savant anteur entre ensuite d'une façon déterminée dans la matière de sa première partie; mais il ne s'occupe pas de la religion à un point de vue purement iiti* main, il s'en occupe souvent en théologien. Il parle de la sainte Trinité dans les six lois que contient le titre III. Le titre IV, qui se compose de cent ving[t* neuf lois, e^t consacré aux sacrements. Âlfonse X les explique, les commente et entre dans les plus -grandes particularités sur leurs détails matériels. IJne longue série de lois e^t appliquée à la con* ies&ion. Âlfonse X pénètre <}an8 tous les mystères •de l'examen de conseien<:e et du confessionnal. 11 s'étend moins sur la communion, Tordre et l'extrâme-onction ; quant au mariage, il en parle plus pai*ticnlièrement dans la quatrième partie qui lui wt spéetalement affectée. Le titre V c des prélats

4kâ CMAPITIE XiL

de la sainte Égtise qui ont à enseigner la foi et à administrer les sacrements > renferme soixante* six lois; une grande quantité en est uniquemeni tbéologique; mais d'autres sont intéressantes à consulter sur les prérogatives des hauts dignitaires ecclésiastiques, sur le mode de leurs élections; d'autres encore contiennent de bons mais naïfs conseils sur la manière dont doivent vivre les évéques. Alfonse X leur prêche la sobriété, la modestie.

Le titre VI est entièrement relatif aux clercs, aux prêtres qui se trouvent placés au-dessous des évêques. Alfonse définit les fonctions des doyens , prévôts, prieurs, archidiacres, chantres, trésoriers» sacristains, miitres d'école, archiprêtres, diacres, sous-diacres. Il expose quels motifs peuvent empêcher de recevoir la prêtrise , quels sont les conditions nécessaires pour obtenir les ordres , quel doit être le genre de vie des prêtres. La loi XXXIV« € comment les clercs doivent dire les heures el faire choses bonnes et convenables , et s'abstenir des autres » donne de curieux détails sur certaines représentations qui avaient lieu dans les églises. J'aurai, dans une autre partie de ce livre, à citer cette loi. Alfonse X continue à tracer minutieusement ce tableau de la vie cléricale, il le complète en consacrant tout le titre VII aux religieux. Le titre Vlil roule sur les vœux dont le roi de Castille distingue très bien diverses espèces; le titre IX sur les excommunications et louies leurs conséquences ; le titre X sur la manière dont on doit faire les églises; le titre XI sur les privilèges et franchisas des églises

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