‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 13 sur 118 · NONNAIN SAVANTE · texte numérisé non relu

NONNAIN SAVANTE

La (]iiinzK''mo noiivolle, par monscif^nciir de la Hocho, Irailc d'uiio noniiain qu'un moiiio cuidoil tromper; lequel en sa compagnie amena son compagnon qui devoil l)aillcr à UUcr à elle son inslrumont , comme le marché le portoit ; et comme le moine mil son compagnon en son lieu; et de la réponse qu'elle fit.

Au gentil pays de Brabant, prés d'un monastère de blancs moines', esl situé un autre monastère de nonnains, qui Irès-dévoles et charitables sont , dont l'histoire lait le nom el la marche particulière. Ces deux maisons éloienl voisines , comme on dit de coutume : la grange el les batteurs; car, Dieu merci, la charité de la maison aux nonnains étoil si trèsgrande, que peu de gens éloienl écondis - de l'amoureuse distribution, voire se dignes éloienl d'icelle recevoir. Pour venir au fail de cette hisloire , au cloître des blancs moines avoil un jeune el beau religieux qui fui amoureux d'une des nonnains-, el, de fait, eut bien le courage, après les prémisses % de lui demander i\ faire pour l'amour de Dieu ; el la nonnain , qui bien

» Les moines blancs (^[iwnl les Charireux ol les Dom'micaiiîs.

- ï::con(hiit;^. — '■ Préliminaires.

courtoise, lui bailla dure et âpre réponse. Il ne fut pas pourtant enchâssé, mais tant continua sa très-humble requête, que force fut à la trèsbelle nonnain, ou de perdre le bruit de sa Irèslarge courtoisie, ou d'accorder au moins ce qu'elle avoit à plusieurs, sans guère prier, accordé. Si lui va dire : k En vérité , vous poursuivez el faites grand'diligence d'obtenir ce (ju'à droit ne sauriez fournir! Et pensez-vous (jue je ne sache bien par ouï-dire cpiels oulils vous poriez ? Créez que si fais : il n'y a pas pour dire grand merci. — .le ne sais, moi, ({u'on vous a dit, répond le moine; mais je ne doulc pas que vous ne soyez bien contente de moi el que ne vous montre que je suis homme coiiune un autre.' — Homme i' dil-e!le, cela crois-je assez bien ; mais votre chose esl tant [)elil, comme l'on dit, que, se vous l'apporiez en quelque lieu , à peu s'on s'aperçoit (ju'il y esl. — Il va bien autrement, dil le moine, el se j'étois en place, je fcrois, et par voire jugement, menteurs tous ceux ou celles qui celle renommée me donnent. » Au fort, après ce gracieux débat, la courtoise nonnain, afin d'être quitte de l'ennuyante poursuite que le moine faisoit, oOn qu'elle sache qu'il vaut el qu'il sait faire, el aussi qu'elle n'oublie le métier qui tant lui plaît, elle lui baille jour, à douze heures de nuit, de vers elle venir el heurter à sa Iraille' ; donl elle fut hautement merciée : « Toutefois vous n'y entrerez pas, que je ne sache, dilclle, à la vérité, quels oulils vous poriez ; el se je m'en saurois aider ou non. — Comme il vous plaira , répond le moine, n A tant s'en va cl laisse sa maîtresse , el vint loul droit devers frère Conrard, l'un de ses compagnons qui étoil outillé Dieu sait conuuenl, cl pour ceUe cause, avoil un grand gouvernemenl au cloître des nonnains. Il lui conta son cas tout du long, comment il a prié une telle, la réponse el le refus qu'elle fil, doutant (ju"il ne soit pas bien soulier ;'i son pied, el la parfin comme elle esl contente qu'il cuire vers elle, mais qu'elle sente el sache, premier-, de quelle lance il voudroit joùicr contre son ècu. « Or esl ainsi , dit-il, que je suis mal fourni d'une grosse lance, telle (jue j'espoirc el vois qu'elle désire d'être rencontrée. Si vous en prie, tant comme je puis, que anuil vous venez avec moi à l'heure que

• Treillis lîo fenêtre , grille.

Auparavant.

je me dois vers elie rondie , el vous me ferez le plus grand plaisir que Jamais liommc fil à autre. Je sais Irès-bien qu'elle voudra, là moi venu, senlir cl lûler la lance donl j'altends à fournir mes armes, cl en la fin, se faudra ce faire , vous serez derrière moi sans dire mol, cl vous mellrcz en place, el votre gros bourdon en son poing lui mellrcz; elle ouvrira riuiis, je n'en doulc poinl; cl puis, cela fail, vous vous en irez el dedans j'entrerai, cl puis, du surplus laissez-moi faire. » Frère Conrard est en grand souci comment il pourra faire el complaire à son compa;^n()n, mais loulefois se meta ravcnlure, cl tout ainsi (jue lui avoil dit, s'en va cl lui accoid;' ce marché, et à l'iieure assignée se met avecqucs lui en chemin pardcvers la nonnain. Quand ils sont à l'endroit de la fenêtre, maître moine, plus échauffé qu'un élalon, de son bâton un coup heurte, el la nonnain n'atleudil pas l'autre heure, mais ouvrit la fenèire et dit en basse voix : « Qu'est cela ? — C est moi! dil-il : ouvrez tôt l'huis, qu'on ne vous oyc. — Ma foi I dit-elle, vous ne serez jà en mon livre enregistré ne écrit, que premièrement ne passez à montre', el que je ne sache quel harnois vous porlcz. Approchezvous prés et me montrez que c'est? — Trèsvoulenliers, diL-il. » Alors tire frère Conrard, lequel s'avançoit pour faire son personnage, qui, en la main de madame la nonnain, mit son bel et Irès-puissanl bourdon, qui gros, long cl rond étoit ; cl tantôt qu'elle le sentit, comm.e se nalure lui en baillât la connoissance, elle dit : «Ncnni, ncnni, dit-elle, je connois bien ceîlui-ci. C'est le bourdon frère Conrard. Il n'y a nonnain céans qui bien ne le connoisse. Vous n'avez garde que j'en sois déçue : je le connois lro[)I allez quérir voire aventure ailleurs.» Et à tant sa i'i.'nèlre referma , bien courroucée et mal contente, non pas sur frère Conrard, mais sur l'autre moine , lesquels , après celle aventure , s'en rctournèrenl vers leur hôtel, tout devisant de ceite aventure.

• Kn rt'viic.

LES CETST KOUYELLES NOUVELLES.

NOUVELLE XVL

Page 1