SUR
LES CENT NOUVELLES NOUVELLES
Les Cent Nouvelles nouvelles furent racontées dans l'inlcrvalle de l'année 145C à l'année I4CJ , par le dauphin de France , Louis , fils de Charles VII, et par le comle de Charolais, Charles, lils de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ainsi que par leurs officiers et les personnes de \ew suite, au château de Genappe, où le dauphin s'était retiré après sa sorlie de France et où il tenait sa cour en attendant la mort de son père. C'est là un fait que nous apprend une tradition constante et qui se trouve constaté par les termes mêmes de l'épîlre dédicaloire : « Notez que, par toutes les Nouvelles où il est dit par Monseigneur , il est entendu , par Monseigneur le dauphin, lequel a succédé à la couronne et est le roi Louis XI», car il éloit lors es pays du duc de Bourgogne '. »
Le dauphin Louis montra de bonne heure ce que devait être Louis XI : il fut mauvais fils, avant d'être mauvais père. A peine âgé de quatorze ans, il causa he.uicoup de chagrin à Charles VII , en se déclarant l'ennemi implacable de la belle Agnès que le roi aimait, et il s'emporta même jusqu'à donner un soufflet à celte favoiite qui l'avait traité peut-être sans ménagement. Ce soufflet fut, dit-on, la cause de la première révolte du dauphin, en 1440, contre Charles VII, qui employa la force des armes pour soumettre le rebelle et faire cesser h praguerie, cette petite guérie civile qui menaça un moment de s'étendre par tout le royaume. Charles VII, pour éloigner son fils, le fit gouverneur du Dauphiné, et le jeune prince y résida quelques années, en appauvrissant la province par des exactions impitoyables, en machinant des intrigues criminelles et en ciéant des obstacles à l'autorité royale qu'il bravait ouvertement. Louis voulut ga-
' Dans cette Notice, nous suivons presque pas à pas celle de M. Leroux de I.incy, qui s'est servi des meilleurs historiens du temps avec une ex.ictiludc que nous ne saurions mieux apprécier qu'en renvoyant une fois pour toutes à cette Notice, empruntée aux Chroniques Marliniennea, aux Mémoires de Comines, de Jacques Duelcrcq , d'Olivier do la Marche, de Mathieu de Coucy, etc. Cependant M. Leroux de Lincy cite i\ peine un opuscule très-utile et trés-eslimabie, qu'il connaît bien, puisqu'il en lire de grands secours : Mémoire nur le scjour que Louis, dauphin de Viennois, depuis roi -lous le nom de l.ouli XI, fit aux Pays-Bas, de l'an 1456 d i46i, par M, de neilTemberg.
gner les archers de la garde écossaise et les principaux seigneurs de la cour de Charles VII; il répandit de l'argent et des promesses dans un but secret qui touchait peut-être au parricide; mais Antoine de Dammarlin , comte de Chabannes, alla dénoncer le complot, et le dauphin nia tout, en laissant punir ses complices qui l'accusaient. Mais il se vengea alors d'Agnès Sorel, empoisonnée à Jumièges, s'il faut en croire l'indignalion populaire que souleva cette mort tragique. Il ne put se venger du comle de Chabannes qu'après être monté sur le trône.
Celui-ci continua donc à surveiller les projets sinistres du dauphin, qui était sans cesse en mésintelligence avec son père. Louis s'apprêtait même à en venir à une seconde révolte contre le roi , et il rassemblait des troupes et de l'argent pour tenir tête à la royauté, sinon pour l'attaquer, lorsque Charles VII, poussé à bout et las de pardonner, ordonna au comte d'entrer avec une armée dans le Dauphiné et d'arrêter le dauphin. « Si Dieu ou la fortune, s'écria Louis en apprenant l'approche du lieutenant du roi , m'eussent donné la grâce de disposer de la moitié des hommes d'armes dont le roi mon père est le maître et qui m'appartiendront un jour, de par Notre-Dame ma bonne maîtresse, je lui aurais épargné la peine de venir si avant me chercher : je serais allé jusqu'à Lyon pour le combattre. »
Sentant bien que la résistance était impossible et n'espérant plus de pardon, il résolut de sortir de France et de se réfugier auprès du duc de Bourgogne : dans le cours du mois de juin 1466, il feignit une partie de chasse, pour qu'on ne s'opposât point à sa fuite, et passa en Bourgogne, avec six de ses familiers. En ai rivant à Saint-Claude, sur les terres du duc qui devenait son hôte, il écrivit au roi pour s'excuser, et manifesta l'intention de s'associer à une espèce de croisade que Philippe le Bon devait entreprendre contre les Turcs. Le duc de Bourgogne qui assiégeait alors Utrecht, se réjouit de l'arrivée du dauphin de France cl transmit les ordres nécessaires pour que le princeexilé fût reçu à Bruxelles avec les honneurs apparlenantà sa naissance. Il revint bientôt lui-même à sa cour et il entendit les griefs que le dauphin prétendait avoir conlre le roi et ses conseillers. « Monsei-
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gneur, soyez le hienvemi dnns mon pays, lui dit le duc après l'avoir écoulé avec atlenlion ; je suis Iresheureux de vous y voir. En tout ce (|ui louche votre personne, soyez sûr que je vous ferai service, solide corps, soit d'argent, saut contre monseigneur le roi votre pèi'e, contre lequel, pour rien, je ne voudrois entreprendre aucune chose qui fût à son déplaisir. » Philippe le 15on s'employa volontiers pour réconcilier le dauphin avec le loi; mais les négociations enla-^ mées échouèrent toujours par le mauvais vouloir des personnes intéressées à empêcher ou à retarder celte réconciliation : le dauphin d'ailleurs ne se souciait pas de rentrer en France, du vivant de son père , et celui-ci se croyait plus en sûreté tant que son fils resterait hors de ses États.
Pendant le séjour du dauphin en IJrahant, une parfaite harmonie régna entre lui et le duc , quoique Charles VU eût dit, au sujet de la généreuse hospitalité que Philippe accordait au fugitif : « Mon cousin ne sait pas ce qu'il fait ; il donne asile au renard qui mangera ses poules. » Le duc avait promis une pension de .3,000 florins d'or p.u- mois au dauphin, qui alla se fixer au château de Genappc. « Ce château, fort ancien, dit M. Leroux de Lincy, situé sur la rivière de Dyle, entre Nivelle et Gemblours, à six lieues de ]5ruxelles et à sept de Louvain, fut la dot et le séjour d'Ide, mère du célèbre Godefroy de Bouillon. Les liâtimenis dont il se composait, et qui n'existent plus aujourd'hui, eiilièrement construits sur la Dyle, étaient joints au rivage par un pont de bois, auquel venait se joindre, du côté du château, un petit pont-levis. On arrivait au premier pont en traversant une cour assez vaste, environnée de jardins et d'arbres fruitiers. Deux tourelles protégeaient l'entrée, deux autres étaient placées sur la face gauche. Autant qu'on en peut juger par le dessin qui nous en reste (Délices du Urabant, etc., par Cantillon, t. II), l'ensemble de l'édifice se composait de quatre corps de logis distribués inégalement de cha(|ue côté d'une grande cour. A. gauche, on voyait s'avancer une chapelle. Un bâtiment séparé, défendu par une cinquième tour carrée, faisait saillie en dehors, du même côté que la chapelle. En considérant avec attention l'aspect de ce château environné de toutes parts d'une rivière aux eaux tranquilles et d'une campagne florissante ouverte aux plaisirs de la promenade et de la chasse, on comprend que le dauphin de Erance y ait fixé sa demeure en attendant la lin de son exil. La nuit, le pont-levis une fois dressé, il ne craignait ni attaque ni surprise, et pouvait tranquillement se livrer aux plaisirs delà table et à celui d'écouler ou de faire ces joyeux récits qui composèrent plus lard les Cent Nouvelles. Le jour, accompagné de ses fidèles serviteurs et du comte de Charolais, dont il aimait à exciter la bouillante ardeur , il chassait, ou bien encore visitait les paysans et s'amusait de leurs propos. »
« Les principaux du conseil dudit dauphin , raconte Olivier de la Marche, furent le seigneur de Monlauban et le bâtard d'Ainiagnac, avec le seigneur de Craon ; et avoil moiidit seigneur le dauphin, de moult notables jeunes gens, comme le seigneur de Cressols, le seigneur de Villiers, de l'Estang, M. de Lau, M. de la Barde, Gaston du Lyon, et moult d'autres nobles gens et gens élus ; car il fut prince et aima chiens et oiseaux, et même, où il savoit nobles hommes de renommée, il les acheioit à poids d'or, et avoient très-bonne condition. Mais il fut homme soupçonneux, et légèrement attrayoit gens et légèrement il les reboutoit de son service; mais il étoit large et abandonné , et entrelenoit par sa largesse ceux de ses serviteurs dont il se vouloit servir, et aux autres donnoil congé légèrement et leur donnoit le bond, à la guise de France. »
Le daiq)hin, au château de Genappe, pouvait se croire encore souverain, comme dans son gouvernement du Dauphiné , à l'exception qu'il ne pressurait pas d'impôts la province et qu'il manquait quelquefois d'argent. « A la dépense qu'il faisoit de tant de gens qu'il avoil, dit Comines, l'argent lui failloit souvent : qui lui étoit grande peine et souci ; et lui en falloit chercher ou emprunter , ou ses gens l'eussent laissé : qui est grande angoisse à un prince qui ne l'a point accoutumé. » C'était une véritable cour, qui ne différait des autres que par le nombre et Vétat des seigneurs que le prince retenait auprès de lui à force de sacrifices. Le comte de Charolais, que l'exemple et peut-être les perfides conseils du dauphin avaient mis presque en révolte ouverte contre le duc de Bourgogne et qui plusieurs fois oublia même le respect dû à son père, quittait souvent la cour de Bruxelles et se relirait au château de Genappe avec les gentilshommes de sa maison. Ce fut durant les divers séjours de ce prince auprès de Louis de France, que les Cent Nouvelles nouvelles furent narrées, à l'ijnitalion de celles de Boccace, dans les veillées d'hiver autour d'une vaste cheminée où brûlaient des arbres entiers, dans les veillées d'été sous les tonnelles de vigne vierge ou entre des murailles de buis taillé.
En ce temps-là , les femmes vivaient à l'écart entre elles et loin de la société des hommes, excepté dans ks circonstances solennelles où elles paraissaient pour l'ornement des fêtes, des processions et des tournois. Anne de Bretagne établit la piemière, entre les deux sexes, ces habitudes de fréquentation polie, qui produisirent cette urbanité que la France a longtemps apprise aux autres nations et que nous ne connaissons plus que par des traditions à demi-effacées : Anne de Bretagne fonda la Cour des dames, dit Brantôme , et cette innovation amena presque aussitôt une révolution générale et profonde dans les mœurs, qui, de rudes et grossières qu'elles étaient, devinrent douces et élégantes. On sent bien, en lisant
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les Cent Nouvelles nouvelles, que des femmes ne se réunissaient pas pour les entendre , et que des hommes , jeunes et galants la plupart , pouvaient seuls écouter ce qu'ils contaient si gaillardement , avec celte liberté de paroles qui ne résultait, dil-ou , que de l'innocence du lion vieux temps.
Voici par ordre alpliabélique la liste dos personnages qui ont coopéré à la narrai ion des Cent Nouvelles nouvelles , et dont quelques-uns nous sont à peine connus de nom , malgré les persévérantes recherches de ]\L\L de RelTeimberg et Leroux de Lincy '.
Alardin. Il y avait un Alaidin la Griselle , écuyeréchanson du duc de Bourgogne en 14.3C. On trouve encore au nombre des ofliciers de la maison de Bourgogne un Alardin Bournel, qui passa au service de Louis XI en liCl. C'est sans doute ce dernier qui contait au chàleau deGonappe. (Voyez nouv. 77.)
Amant de Bruxelles 'Monseigneiu' 1'). C'est Jean d'Enghien, chevalier, sieur de Kessergat, vicomte de Grindiergh, chariibcllan et maître d'Iiôlel du duc de Bourgogne. Il était amann de Bruxelles, charge municipale correspondante à celle de notaire ou plutôt d'archiviste. (Voyez nouv. 13 et 53.)
Bardh (Monseigneur de la). Jean d'Estuer, chevalier, seigneur de la Barde , de Salignac en Limousin, de Nieul en Anjou , etc., fut conseiller et chambellan de Louis XI, sénéchal du Limousin en 14G2, ambassadeur ou plutôt agent du roi en Angletene, sénéchal de Lyon en 1483 , etc. Il mourut après 148S. (Voyez nouv. 31.)
Beauvoir (Monseigneur de). Jean de Monlespedon , dit Ilouaste, écuyer, conseiller et premier valet de chambre de Louis XI, n'était pas encore seigneur de Beauvoir lorsqu'il s'expatria pour suivre le dauphin. (Cette circonstance démontre que la rédaction des Cent Nouvelles nouvelles , ou du moins des sommaires où sont nommés les narrateurs, est postérieure h l'année 14G1.) Jean de Moutespedon fut ohargé de porter une lettre du dauphin à Charles VII en janvier 14G0 ; Louis XI récompensa ses services en le nommant bailli de Rouen, au mois de novembre 14C1. (Voyez nouv. 27 et 30.)
Caron. Il était clerc de chai)elle dans la maison de Bourgogne. On voit(iue les gens d'Eglise ne se scandalisaient pas aisément en fait de contes. (Voyez nouv. 22, dans le sommaire de laquelle on a omis le nom du narrateur.)
Changy (Messire Rlicbaul de), conseiller du grand conseil, chambellan ordinaire, premier écuyer tranchant , puis premier maître d'hôtel des ducs de Bourgogne Philippe et Charles ; ce dernier lui accordait une confiance particulièie et le combla de faveurs !ant qu'il vécut. Apres la mort de Charles le Téméraire,
' Nous laissons les preuvrs et autorités de ces rectierclios dans les doux ouvrnfies, où l'on ir;iil Ips ohcrclier ;ui bcsniii.
Louis XI confirma Mii haut ou Michel de Changy dans toutes les charges qu'il avait en Bourgogne. (Voyez nouv. 40, G4, 79 et 80.)
CoMME-sunAM (Monseigneur de). Ne faut-il pas lire 1\I. de Conversan, comme on nommait alors Louis de Luxembourg, comte de Sainl-Pol , qui est pourtant nommé momeigneur de Salnt-Pol en tète de la nouvelle 39? (Voyez nouv. 23, 02 et 72.)
Créouv (Monseigneur de). Jean, sire de Créquy, de Canaples et de Tressin , chevalier de la Toisond'Or dès l'origine de l'ordre en 143 2 , occupa un rang très-distingué parmi les chevaliers de cet ordie, puisqu'il en porta le collier au roi d'Aragon en 14G1 et qu'il fut un de ceux qui en 14.53 firent le vœu du faisan i)our une croisade contre les Turcs. Il était un des douze seigneurs qui portèrent le corps de Philippe le Bon. Il mourut après 14G9. (Voyez nouv. 14.)
David (Pierre), se trouve porté aux appointements de 12 sols par mois dans les étals des officiers et domestiques de la maison de Bourgogne en 1448. (Voyez nouv. 4 9.)
DiGoiNNE (Messire Chrétien de), chevalier, seigneur de Thianges, chambellan de Jean sans Peur, i emplit encore cette charge auprès des ducs Philippe et Charles : il a\ait en 1473 une pension de GOO francs d'or. Il vivait encore en 1475. (Voyez nouv. C8.)
FiEXNEs (Monseigneur de). Thibaut de Luxembourg , second fils de Pierre I*'' du nom , fut le chef de la branche de Fiennes. Il était pensionnaire du duc de Bourgogne en 14GG. Après la moit de sa femme Philippine de Melun, il se fit moine dans l'ordie de Citeaux et devint tour à tour abbé d'Igny, puis d'Orcamp, et évoque du Mans. Il mourut eu 1477. (Voyez nouv. 24 et 43.)
FouQUEssoLEs ( Monscigncur de). On sait seulement que ce personnage était bailli de Fouquessoles en 1410. (Voyez nouv. 20.)
Guyenne (Monseigneur le sénéchal de). Voyez Lau.
Lamant DR Bruxelles. Voyez Amant.
Lambin (Maître Jean). On croit que c'est Berthelot Lambin , valet de chambre du duc Pbilippe le Bon et contrôleur de son artillerie en 1440. (Voyez nouv. 7 3.)
Lanov (Monseigneur Jean de), créé chevalier de la Toison-d'Or en 1451 , était dès l'année 1448 attaché à la maison du duc de Bourgogne qui lui donnait 3G sols de gages par mois. Louis XI, en montant sur le trône, l'attira sans peine à son service, le nomma gouverneur de Lille et bailli d'Amiens, et le chargea d'une mission secrète auprès du roi d'Anglelerre. ISIais Charles le Téméraire, indigné de la déloyale conduite de Jean de Lanoy , voulut le faire arrêter et s'empara de ses terres en Brabant. Après la mort du duc , Jean de Lanoy reparut à la cour de Bourgogne et joua lui rôle important dans la politique
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du temps .- il fut abbé de Saint-Tîettin, rhancelier de la Toison-d'Or, rliambellan de Maximilicn d'Autriche, et moiiiiit en 14 92. (Voyez noiiv. G, 82 et 92.)
Laon (Philippe de). C'est Philippe de Loan, éeuyer d'écurie du duc -.-^e Bourgogne en 1402. (Voyez nOUV. 5, 20, Sl.V^C, G7, 74 et 70.)
La RoriiK (Monseigneur de). Philippe Pot , fils de Jacques Pol, seigneur de La Roche de Noiay et autres lieux, élait chambellan de la maison de Bourgogne , aux gages de 30 sols par mois, avant 1462. Il devint alors un des plus intimes conseillers de Philippe le Bon, qui lui confia plusieurs négociations délicates. Charles le Téméraire lui accorda la même confiance et le nomma successivement capitaine de la ville et du château de Lille , grand mallrc d'holel et chambellan de Bourgogne, etc. A la mort du duc, Louis XI, qui connaissait l'habileté de Philippe Pot, l'institua giand-sénéchal de Bourgogne. Il mourut vers 1498. On croit qu'il avait été gouverneur du comte de Charolais et du roi Charles VIII. Mais la Notice de INI. Leroux de Lincy sur ce personnage ne nous a pas bien convaincu que Monseigneur de La Roche ne fût pas plutôt Jean de la Roche, seigneur de Barbezieux, fils aîné de Guy de La Rochefoucauld, le même qui avait commandé les troupes du dauphin pendant la praguerieik 1440. (V'oyez nouv. -3, 12, 15, 18, 3C,37, 41,44, 45, 47,48 et"52.J
Lau (Mon.seigneur de). Antoine de Châteauneuf, seigneur et baron de Lau en Armagnac, fut un des favoris de Louis XI, qui le nomma grand-chambellan et grand-bouteiller de France,'sénéchal de Guyenne; mais il tomba en disgrâce et se \ it emprisonné au château d'Usson en Auvergne. Il parvint à s'évader et se retira auprès du duc de Bourgogne. Il était gouverneur de Perpignan en 1482, et mourut avant l'année 1485. (Voyez nouv. 38.)
Lkbrkïon. Il y avait en I4I9 un Roulant Lebreton , roi d'armes d'Artois, qui fut fait prisonnier à Dreux. (Voyez nouv. 98.)
La Sale (Antoine de) , qu'on regarde comme le rédacteur des Cent Nouvelles nouvelles, et qui serait alors Vacteur, c'est-à-dire l'auteur, de la nouvelle 51, naquit eu Bourgogne dans les dernières années du quatorzième siècle. Dans sa jeunesse, il alla en Italie et s'attacha comme secrétaire à Louis III, comte d'Anjou et de Provence, et roi de Sicile; il passa ensuite au service du bon roi René et fut précepteur des enf;mts de ce prince. Ramené en Flandre par le comte de Sainl-Pol, et présentée Philippe le Bon, il devint un dos orncmenis de la cour de Bourgogne, qui accueillit ses romans et ses histoires avec de justes applaudissements. « Noble et bien renommé, Antoine de La Sale, dit un autre contemporain (Basse de Brim^iamel , dans la préface di'S aventures de Floridan) , avez toujours plaisir, et dès le temps de votre fleuiie jeunesse , vous êtes délecté à liie, aussi à écrire histoires honorables ; auquel exer-
cice et continuant, vous persévérez de jour en jour sans interruption. » Ce fut sans doute pour le délassement du dauphin, qu'Antoine de La Sale écrivit y Histoire du petit Jehan de Saintré et de la dame des Belles Cousines, puisque les manuscrits de ce joli roman sont datés du château de Genappe et de l'année 1 4 59 : il écrivit aussi, dans le même temps et peul-ètie dans le même but, les Quinze joies du mariage, vive et plaisante satire à laquelle il ne mit pourtant pas son nom. « Entre cet ouvrage , la Dame des belles Cousines et les Cent Nouvelles, il y a, dit M. Leroux de Lincy, un air de famille qui suffirait pour qu'on les attribuât tous trois au même auteur. » Antoine de La Sale aurait donc, suivant toute apparence, rédigé les Cent Nouvelles nouvelles, et c'est lui-même qui offrit au comte de Charolais ce petit œuvre , mis en terme et sus pied, dit-il dans la dédicace, à votre commandement et avertissement. (Voyez nouv. 5o.)
IVlAnioï d'Auquesnes. C'est Mahiot Regnault, maître de la Chambre aux deniers, c'est-à-dire argentier de Philippe le Bon ; ou bien Mahiot Noël, dome.stique qui recevait 7 sols de gages par mois, en 1448, dans la maison de Bourgogne. (Voyez nouv 54.)
Martin (Jean), valet de chambre et premier sommelier du corps de Philippe le Bon , seigneur de Bretonnières, châtelain de Rouvres, etc., ne resta pas au service de Charles le Téméraire après la mort du duc Philippe et se relira à Dijon où il mourut en 1475. (Voyez nouv. 7 8 et 82.)
Meriadech (Hervé) , breton , éeuyer , attaché à la maison de Bourgogne, où il touchait 18 sols de gages par mois en 1448 , avait suivi en Ecosse le bon chevalier Jacques de Lalain et s'était distingué par de belles expertises d'armes. Louis XI le nomma gouverneur deTournay en 1461. (Voyez nouv. 42.)
PoxcELET. On croit que c'est Jacques Fourcelet, qui était en 1471 conseiller du duc de Bourgogne. (Voyez nouv. 59 , 6o et 6i .)
RoTHELi.N' (marquis de). Philippe, marquis de Hocheberg , comte de Neufchàtel en Suisse , seigneur de Roihelin et de Badenviller, fut maréchal de Bourgogne et grand-sénéchal de Provence, et devint en I49i grand-chambellan de France. Il mourut en 1503. (Voyez nouv. 84.)
Saint-Pol (Monseigneur de). Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol , de Brienne, de Conversan, etc., chevalier de la Toison-d'Or, joua un grand rôle dans les premières années du règne de Louis XI qui l'avait appelé à son service et créé connétable de France en 14 65. Louis de Luxembourg conservait des intelligences secrètes avec le duc de Bourgogne, son ancien maiire, et trahissait tour à tour le duc et le roi , en les ménageant tous deux et en les opposant toujours l'un à l'autre. Enfin Louis XI le fil arrêter, juger et décapiter en décembre 1475. (Voyez nouT. 39.)
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Saint- YoN (Monseigneur de). C'est sans doute Garnot de Saiiit-Yon, qui était écuyer-panneliei' de Jean sans Peur et qui fut ensuite échanson de Philippe le Bon, avec 100 francs de gages par an. (Voyez nouv. 25.)
TiiALEMAs (Monseigneur de). Messire Gui, seigneur de Roye, Piessis, Muret, Thalemas et Guerbigny, chevalier de la Toison -d'Or, mort sans postérité en 14G3. (Voyez nouv. 75.)
Thianges (Monseigneur de). C'est le même que messire Chrétien Digoinne, ou d'Vgoinne, qui raconte la nouvelle 68. (Voyez nouv. 4C.)
ViGxiKR (Philippe), était valet de chambre du duc de Bourgogne en 1451. (Voyez nouv. iD.)
YiLLiERs (Monseigneur de). C'est sans doute Antoine de Villiers, premier écuyer de Philippe le Bon. Louis XI, qui l'avait connu et apprécié à Genappe, l'employa plus tard dans des négociations ditïïciles et le récompensa de son zèle après plusieurs traités de paix au.\quels le seigneur de Villiers avait fort contribué. (Voyez nouv. 22, 35, 55, 5G, 57 et 95.)
Wailrain (Monseigneur de), seigneur de Forestel, d'une illustre famille de Flandre, chambellan des ducs de Bourgogne Jean et Philippe, est auteur d'une chronique , encore inédite , qui embrasse l'histoire d'Angleterre et de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1471. (Voyez nouv. 81 et 83.)
Wastenes (Monseigneur le prévôt de) était un des conseillers du comte de Charolais qui, dans sa querelle avec la maison de Croy, l'accusa de trahison et l'éloigoa de sa personne. On ne sait pas le nom de ce personnage. (Voyez nouv. 65.)
Parmi les Cent Nouvelles nouvelles , il y en a plusieurs dont les narrateurs ne sont pas nommés. M. de Reiffemberg attribue ces nouvelles à Philippe, conUede Croy, qu'H présente même comme {'acteur du recueil entier ; mais cette conjecture n'est guère vraisemblable, et l'on a plus de raison de penser qu'Antoine de la Sale, écrivant de souvenir les nouvelles qu'il avait entendues, ne s'est pas rappelé tous les noms des conteurs et en a omis quelques-uns.
Le dauphin, que le rédacteur désigne sous le nom de Monseigneur, comme il l'annonce dans l'épître dédieatoire, raconle les nouvelles 9, 11, 29, 33, C9, 70, 71 (quelques éditions lui donnent encore les nouvelles 2, 7 et 4). Louis XI ai moi t fort les bons mots et les subtils esprits , dit Brantôme. Ce fut chez lui un goût prédominant, dont il ne se corrigea pas en devenant roi, car alors, dit encore Brantôme, « la plupart du temps mangeoit en pleine salle avec force gentilshommes de ses plus privés. Et celui qui lui faisoit le meilleur et le plus lascif conte de dames de joie, il étoit le mieux venu et festoyé. Et luimême ne s'épargnoit h en faire, car il s'en enquéroit fort et en vouloit souvent savoir ; et puis , en faito^t part aux autres publiquement. C'étoit bien un scandale grand que celui-là. Il avoit très-mauvaise opi-
nion des femmes et ne les croyoit toutes chastes. « L'histoire a conservé un grand nombre de réparties facétieuses et d'anecdotes plaisantes, qui nous font bien connaîli e le genre d'esprit de Louis XI : il n'était pas ignorant comme la plupart des princes, qu'il mé|)risait, parce que, dit Comines , de nulles lettres n'ont connaissance et sont nourris seulement à faire les fols en habillements et en paroles ; il prenait plaisir à entendre les gens savants, et, malgré les leçons du docte Jean d'Arconville qui lui avait appris le lalin, il préférait aux chefs-d'œuvre des littératures anciennes les poésies, les histoires et les romans français de son temps. Il eût donné Homère et Virgile pour un joyeux propos.
Le comte de Charolais, qui devait pourtant faire moins de cas des récils grivois et familiers que des héroïques histoires de chevalerie, paya aussi son tribut de conteur aux veillées du château de Genappe'. (Voyez nouv. 16, 17 et 58.) Le comte, à cette époque, vivait fraternellement avec le dauphin : ils mangeaient à la même table, couchaient dans le même lit, chassaient ensemble, échangeaient leurs pensées et leurs projets , se préparant mutuellement à leur destinée de duc et de roi. Louis aimait les contes, et Charles conta. Lorsqu'ils se quittèrent, à la fin de juillet 1461, le dauphin devenant roi de France par la mort de son père, ils étaient ennemis et ne se retrouvèrent plus que sur les champs de bataille. Louis XI , prisonnier de son cousin de Bourgogne dans le château de Péronne, se souvint peut-être des bons contes qu'il faisait et entendait au château de Genappe.
Les contes dont se composent les Cent Nouvelles nouvelles, peuvent se diviser en trois séries, provenant chacune de sources différentes : les unes (nouv. 1, 9, 14, 10, 18, 19, 23, 34, 38, 60, 61, 64, 78, 88 et 96) sont imitées de Boccace et des fabliaux; les autres (nouv. 3, 8, il, 12, 20, 21, 32, 50, 79, 80, 85, 90, 91, 93, 95 et 99) sont empruntées aux Facéties du Pogge ; le lesle est original et fondé sur des faits véritables. « Se peut très-bien, dit l'acteur, ce présent livie inliiulei- de Cent Nouvelles nouvelles ; jaçoit ce qu'elles soient avenues es parties de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de liainaul, de Flandre et de Bi abant ; aussi, pource que l'étoffe, taille et façon d'icelles est d'assez fraîche mémoire et de même beaucoup nouvelle. »
' on ne sail par quelle préoccupation M. Leroui de Lincy a placé parmi les conleurs des Cent youvclles le duc Philippe le Hon, lequel n'eûl pas cerlainemenl compromis la dignité ducale dans des assemblées qui réunissaient les domestiques les plus prives du dauphin et du comlc de Charolais. Le rédacteur ayant mis iiwineigneitr le duc en tête des contes qu'il faut attribuer au prince de Bourgogne, qui ne fut duc qu'après la mort de son père, il en faut conclure que la rédaction a été failo après HG7, ou bien que, lors de l'impression, l'éditeur a changé la qualification du personnage, sans s'inquiéter de l'erreur chronologique qui devait résulter de ce cliangemenl.
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Les anecdotes contemporaines snr lesquelles reposent la plupart des Cent Nouvelles (notamment les nouvelles 1, 5, 47, 02, 03, 75, etc.), ont certaine valeur liislorique; « mais, dit M. Leroux de Lincy, ce n'est pas seulement sous le point de vue de l'histoire proprement dite, que les Cent Nouvelles ont de l'importance ; c'est plutôt comme servant à l'iiisloire des mœurs, des usages, des coutumes du quinzième siècle, que ce recueil doit èlre considéré. Sous cet aspect, il n'est pas une page qui ne mérite de fixer l'atlention. La vie intime de nos aïeux y est peinte dans le plus grand détail; il est facile d'en saisir les circonstances les plus secrètes... Ce qui distingue piincipahmcnl \cs Cent Nouvelles , c'est le style |)lein de clarté, de finesse et d'élégance, avec lequel elles sont écrites. Il est impossible de pousser plus loin la satire et la moquerie : la gaîLé la plus franche s'y mêle ii cette naïveté dont noire La Fonlaine avait le secret et qui s'est perdue avec lui. Cette naïveté a l'avantage de faire passer la crudité , quelquefois un peu rude, dont les récils sont empreints, et de faire ouhlier certaines expressions trop grossières... Le style est surtout remarquable dans le dialogue ; Vactetir est arrivé, sous ce rapport, à une grande perfection ; mais il ne faut pas oublier que chacun des narrateurs y a contribué pour une partie, et que le mérite de l'acieur consisie principalement dans la fidélité scrupuleuse avec laquelle il a reproduit chaque récit dans les mêmes termes qu'il l'avait entendu f.iire. Celle fidélité donne aux Cent Nouvelles une grande valeur, parce qu'elle nous peiinet de juger ilu langage admis dans la haute société du quinzième siècle. »
On ne possède plus de manuscrits des Cent Nouvelles nouvelles. Celui qui était dans l'ancienne Eilliolhèque des ducs de Bouigogne, sous le n" 1201, et qui avait été sans doute offert h Charles le Téméraire ' par Antoine de la S:de, ne se trouve plus ; celui qu'on voit inscrit dans le Cntalogue des livres de daignât, sous le n" 2214, et qui ne fut vendu que 100 francs en 1709, n'est point entré dans un dépôt public : on doit d'autant plus le regreller, qu'il portait la date de 1402 ; c'était piobablement une copie de l'oripinal.
Les Cent Nouvelles nouvelles ont été réimprimées enviion douze fois depuis la première édition datée de 14S0. Voici la liste de ces éditions.
Les Cent Nouvelles nouvelles, composées et récitées par nouvelles gens depuis nagiicres et imprimées à Paris, le 23" jour de décembre 148G
' « L"a livre tout neuf écrit en piirclieniin à deux coutombes, couvert de cuir jjlanc de ciiamois, lilstorié en plusieurs lieux de riches liistoires, contenant Cent Nouvelles, tani de Monseigneur (que Dieu pardonne!}, (pic de plusieurs autres de sou liiW tel..." BibliolhiMiue proljpograpliitpie, p. 18.5. Ces mois, (jiic Uieupurilonne, prouvent que l'inventaire de la librairie a été fait après la mort du duc Charles, voilà tout.
par Ant. Ferard... Pet. in-fol. goth. à 2 colonn. avec gravures en bois. Celle édition , plus correcte que les suivantes, est fort rare.
— Les mêmes. Imprimé à Paris par Ànthoine Ferord (sans date), in-fol. goth. de 158 f. à 2 colonn. avec gravures en bois.
— Les mêmes, contenant en soy cent chapitres et histoires ou nouveaux comptes plaisants et récréatifs pour deviser en toutes compaignies
Jmpr. à Paris, par Nicolas Desprez, le m' jotir de février, l'an 1505, pour maistre Durand Ger^ lier. Pet. in-fol. golh. de ICI f. à 2 colonn. avec gravures en bois. Celte édition est aussi rare que les précédentes.
— Les mêmes. Paris, Michel Lenoir (sans date). Petit in-4" golh. à 2 colonn.
— Les mêmes. Paris, veuve de Jean Trepperel et Jean Jannot (sans date). Pet. '\n-i° golh. à longues lignes, avec gravures en bois.
— Les mêmes. Lyon, Olivier Ârnoullet, 1532, in-4° golh. de 13G f. à longues lignes, avec gravures en bois.
— Les mêmes, où sont comprins plusieurs devis et actes d'amour , non moins subtils que facétieux. Rouen (sans date), in-l2.
— Les mêmes. Cologne {Amsterdam), P. Gaillard, 1701, 2 vol. pet. in-S", avec figtires en tailledouce d'après Romain de Hooge. Il y a de cette édition deux sortes d'exemplaires : les uns ont les vignettes tirées en tête de chaque nouvelle; les autres ont ces mêmes vignettes tirées à pari.
— Les mêmes. Amsterdam, 1732, 2 vol. in- 12, avec les figures de l'édition de 1701.
— Les mêmes. La Haye {Lyon), P. Gosse et J.Neaulme, 1733, 2 v. pet. in-i2. Celte édition fait partie d'une colleclion de contes qui comprend ceux de iiocrace, de la nine de Navarre et de La Fontaine.
— Les mêmes. Cologne (Suisse), 17SC, 4 vol. in-i2, avec les figures de l'édition de 1701.
Dans ces éditions modernes, le texte est singulièrement altéré et l'on voit que les éditeurs ne comprenaient guère le langage du quinzième siècle; car, outre les erreurs continuelles de la ponctuation, on remarque presque à chaque ligne des fautes grossières qui prouvent que ces édilions ont été copiées l'une sur l'autre depuis celle de 1701, qu'on imprima sur un exemplaire gothique que les compositeurs ne savaient pas même lire. On ne s'étonne plus, en voyant le texte difiguré de ces édilions, que les deux derniers siècles aient regardé comme barbare et incompréhensible la langue si claire et si charmante de nos vieux conteurs.
— Les mêmes, édition revue sur les textes originaux et précédée d'une introduction par Leroux de Lincy. Paris, Paulin, 1841, 2 vol. grand in-i8.
Cette édition, qui a paru après la nôtre et qui cependant ne la mentionne pas, se recommande par les
NOTICE SUR LES CENT NOUVELLES NOUVELLES
travaux historiques de M. Leroux de Lincy (son cxcellenle Introduction et ses Notices sur les conteurs, etc.) que nous avons mis souvent à contribution dans cette Notice; mais le tableau des origines et imitations est loin d'être complet , et dans le glossaire-index on désirer;iit quelquefois plus de crili(|ue. Quant au texte, que l'éditeur s'est appliqué à reproduire d'après les deux éditions de Verard, avec une scrupuleuse e.ractilude , ayant soin de suivre, dans l'orthographe du même mot, toutes les variations alors en usage ; nous convenons volontiers qu'il est « peu prés confoi me aux originaux , mais nous n'approuvons pas le système adopté et préconisé par l'éditeur (voir la préface de ce volume des Vieux Conteurs) ; nous lui reprochons même l'accentuation et surtout la ponctuation qu'il a cru devoir ajouter à sa fidèle reproduction des originaux, et nous pensons qu'il aurait jiu quelquefois ne pas dédaigner les éclaircissements de noire édition.
Les Cent Nouvelles nouvelles, qui furent tant de fois imitées par les conteurs du seizième siècle , avaient rencontré dans ce siècle un éditeur qui les mutila, sous prétexte de les remettre en leur naturel, en leur donnant le titre de : Les Facétieux devis des Cent et six Nouvelles, très-récréatives pour réveiller les bons et joyeux esprits français. Le sieur La Mothe Roullant, lyonnais, ne craignit pas de commettre ce sacrilège qui obtint néanmoins les honneurs de trois éditions, l'une, Paris, Guill. Le Bret, 1549, in-8°; l'autre, Paris, Jean Real, 1550, pet. in-S", et la troisième, Lyon, Benoit Rigaud, ICI G; ce plagiaire, qui avait emprunté aux Cent Nouvelles nouvelles quatre-vingt-dix-sept nouvelles qu'il abrège et qu'il accommode à sa fantaisie, trouva aussi son plagiaire ; mais celui-ci garda l'anonyme , en faisant paraître à Lyon , chez Eustache IJarricat, en 1555, le Recueil des plaisantes et facétieuses Nouvelles.
INOTICE
BONAVENTUllE DES PERIERS.
Bonavenlure des Periers naquit h Arnay-le-l)uc, en Bourgogne', vers la fin du (piinzième siècle. On ignore |)res(]ue toutes les circonstances de sa vie, qui fut d'abord cachée dans la retraite et consacrée à l'élude des lilléi'atures anciennes , avntit de briller un moment à l.i coin- de INIaiguerite de Nav.irre.
Il est certain que Bouiivcnliue, (|ui avait le caractère léger de (clément RLirot, l'esprit investigateur et satirique de François Rabelais et l'audace novatrice d'Ktienne Dolot, fut dès sa jeunesse en intelligence avec ces trois grands écrivains, entre les mains desquels CaUin avait mis la fortune de la Réforme moins religieuse que philosophique qu'il voulait fonder en France. Ses pieiniors travaux fiueiit une œuvre de prosélytisme : il aida Calvin et Olivetan à traduire en français la Tîi!>le, ou plutôt à retoucher la version de Ec Fèvrc d'Estaples. Oltc Bible fut publiée h Neufchâtel, en 1535, et l'on y lit en tète , à côté d'une
' Élienne Taboiirot, dans ses ItiqamireSj l'abbé Goiijcl, dans sa Bibl. franc., el M. Weiss, (hins la lUoijr. 7mh'., adopleiil celle opinion appuyée sur le l('moit;ii;i(;(! île Doiel, qui iloiuie i son ami Bonavcnluro la qualKicalioti de Hcdiium pocliwi. Mais I.a Croix du Hlaine, dans sa l>il>l. franc., le dit o^i^iuai^e do Uar-sur-Aubc en Ctiainpagne, el (luy Allard, dans sa liM. de Dtviphiui', le fail naître près d'F.mbrun.
lettre apologétique de Calvin, un acrostiche latin, signé par Bonavenlure, siu- le nom d'Olivetan. Mais on peut croire que le collaboraletu' d'Olivetan et de Calvin ne tarda pas à se séparer d'eux, dès qu'il reconnut que la i)lii!osn|)hie n'avait rien à faire avec la Brforrne; dès lors, de même que l'abclais, Dolel et quelques attires, qui claienl accusés d'aihéisme et de libertinage par les protestants rigoristes, il ne servit plus en aveugle les intérêts du protestantisme naissant.
A celle époque (en 1535), il mettait au net, de sa propie main, le preinier volu.me des Commentarii linguœ /«///uf, immense répertoire d'érudition classi(|ue, oit sans doute il ne prêta pas seulement le secours de sa plume à Etienne Dolet, son ami'. C'est piobabicmcnt vers ce temps-là qu'il devint secrétaire et valet de chambre de IMarguerile, reine de Navarre, qui attachait à sa personne, avec des honneurs et des pensions, tous les jeunes gens qui se distinguaient |)ar leur talent de poiUe et parleur dévouement aux opinions de la Réfoiiiie. Bientôt après (en 1536), il se fil connaître comme poêle français et aussi comme
■ Dolet reconnatt cette collaboration dans e second tome de
son ouvrage.
NOTICE SUR BONAVÉNTURE DES PERIERS
suspect d'hérésie, en prenant la ciéfense de Clément JMarot, réfugié en Italie, contre les calomnies rimées de François Sagon, dit l'indigent de sapience,'àe La Ilueterie et de leurs adhérents. Marot, accusé de /w- Ihérisme, avec une foule d'aulres qui s'étaient enfuis en voyant s'allumer les hûchers et se dresser les échafauds pour le crime de religion, suppliait le roi, dont il était valet de chamhre, de lui permettre de revenir reprendre son poste en sûreté. Ses ennemis s'efTorçaient, par leurs clameurs, d'étouffer la voix de la clémence de François I": Marot, du fond de son exil, répondit aux impertinences de Sagon et convoqua ses disciples et ses amis pour résister à cette croisade des mauvais poêles et des cafards ; il faisait dire à son valet Fripelippes, dans celte épîlre qui mit les rieurs de son côté :
Et nous aurons Bonaventure, A mon avis, assez savant Pour le faire lirer avant!
Bonaventure entendit cet appel, et lança un faclum en vers français pour Marot absent contre Sagon, avec une épigramme latine digne de Martial.
Il s'occupait cependant de plusieurs ouvrages de différents genres , qui commencèrent à paraître en cette année 1 537 : il traduisait à la fois les comédies de Tel ence en vers et les dialogues de Platon en prose ; mais il publia seulement ['Jndrie, première comédie de Térence, mise enryme françoise, à Lyon, chez Thibauld-Payen, in-S", édition qui fut réimprimée en 1 655 chez le même libiaire, avec le Traité des Quatre Vertus cardinales, selon Senèque, que l'on trouve aussi dans le Recueil des œuvres de 1544. Il redoutait sans doute la publicité pour son nom, puisqu'il ne l'a pas mis sur le titre de cette traduction, non plus que sur celui du Cymbalum mundi, en françois, contenant quatre dialogues poétiques fort antiques, joyeux et facétieux, qu'il faisait imprimer secrètement à Paiis, chez Jean Morin, libraire demeurant en la rue Saint-Jacques à l'enseigne du Croissant, et dont l'éditionentièrc, portant la date de 1537, fut saisie au moment où elle allait voir le jour, le G mars 1 538 '.
On lit dans les Registres du Parlement, à la date du 7 mais 1537, avant Pâques (c'est-à-dire 1538, l'année commençant alors au jour de Pâques) : « Ce jour, messire Pierre Lizet, premier président en la Cour de céans, a dit h icelle que mardi dernier, Sur le soir, il reçut un paquet où'yavoitune lettre du roi et une
. * « S'il faut en croire Nicolas Catherinot, dit M. Charles Nodier, la prcniiùre éililion de ce livre fameux sortit des presses de Bourges... Leililion reconnue jusqu'ici comme originale fut donnée, à Paris, par un pauvre libraire nommé Jean Morin, et détruite avec lant de soin, qu'on n'en connaissait plus que deux exemplaires au commencement du dix-lniilième siècle, celui de la Uibliolliéque du Uoi et celui du savant lîigol. Le premier a disparu (le|)uis longtemps; le second, (jui avait passé delà Libliollièque de Gaignat dans celle de La Vallière et qui avait été acquis pour le roi, si mes souvenirs ne me trompent, ne se relrouve, dit-on, pas plus que l'autre. »
du chancelier (Antoine Diiprat), avec un petit livre en langue françoise, intitulé Cymbalum mundi; et lui mandoit le roi qu'il avoit fait voir ledit livieet y trouvoit de grands abus et hérésies, et que, à cette cause, ileùtà s'en(|uéiir du compositeiu- et de l'imprimeur, pour l'en avertir et, après, procéder à telle punition qu'il verrai! être à faire. Suivant lequel commandement, il avoit fait telle diligence, que hier il fit prendre ledit imprimeur, qui s'appeloit Jean Morin, et étoit prisonnier; et avoit fait visiter sa boutique, et avoiton trouvé plusieurs fols et erronés livres en icelle, venant d'Allemagne, même de Clément Marot, que l'on vouloit faire imprimer. A dit aussi qu'aucuns théologiens l'avoient averti qu'il y avoit de présent en cette ville plusieurs imprimeurs et libraires étrangers, qui ne vendoient sinon livres parmi lesquels il y avoit beaucoup d'erreurs, et qu'il y falloit pourvoir promptement, etc. »
Le libraire, arrêté et menacé, s'empressa de déclarer l'auteur , et s'excusa d'avoir imprimé le Cymbalum^ «par ignorance et sans aucun vouloir de[mal faire ou méprendre." On pense qu'il fut relâché, et que le Parlement ne poursuivit pas l'auteur du livre, qu'il se contenta de faire brûler comme tous les ouvrages hérétiques saisis chez les libraires et chez les particuliers '. La protection de la reine de Navarre assura l'impunité de son valet de chambre, qui en fut quitte pour des remontrances, en cas qu'on l'ait mandé à la barre du Parlement. Il dut aussi, pour laisser celte affaire s'assoupir, disparaître pendant quelqtie temps, et il se retira vraisemblablement à Lyon, où son séjour semble marqué par une réimpression du Cym~ balum mundi, chez Benoît Morin, réimpression presque aussi rare que l'édition originale. On peut supposer, d'après l'avis transmis par le roi au président Lizet, avec un exemplaire du Cymbalum, que ce livre avait été signalé comme hérétique et envoyé au roi avant qu'il parût '^.
Le Cymbalum , que Henri Estlenne appelle un livre détestable, sans doute parce qu'il ne l'avait pas lu, que Pasquier aurait voulu jeter au feu avec son auteur, et que La Croix du Maine suppose rempli d'impiétés, ne méritait pas plus d'èlre censuré, que les Métamorphoses d'Ovide, les Dialogues de Lucien elles livres de folâtre argument et fictions amoureuses, selon l'opinion d'Antoine Duverdier, qui en donne l'analyse dans sa Bibliothèque française. Le Cymbalum mundi, qui n'a pas été composé d'abord eu latin , comme l'ont cru quelques bibliographes, est adressé par Thomas du Clevier à son ami
' Avertissement de l'édition du Cymbalum mundi, de 1732.
' Le Cymbalum ne reparut qu'en nu, avec un commentaire de l'rosper Marchand, Amsterdam, P. Marchand, in-i2; on y ajouta les notes de La Monnoje et deFalconnel dans l'édition de 1732, Amsterdam {Paris), in-12; reproduite in-i6, à Amsterdam, en 1738; cl in-8o, à Amsterdam et Leipzig, chez Arksice et Merkus, en 1753. Les figures de Picarl se trouvent dans toutes ces éditions.
NOTICE SUR BONAVENTURE DES PERIERS
Pierre Tryocan. M. Éloy Johanneaii a découvert, en changeant une lettre douteuse dans le nom de du Clevier, une double anagiamme qui jette une lumière toute nouvelle sur ces dialogues, que Prosper Marchand et La Monnoye lui-même n'avaient pas su éclaircir : Thomas Incrédule , à son ami Pierre Croyant. M. Charles Nodier, si habile et si ingénieux à deviner les énigmes littéraires, nous fournira le dernier mot de celle-ci, en nous prouvant que le Cymbalum est un chef-d'œuvre de fine et malicieuse plaisanterie qui va droit à rimjiiété :
« Le premier dialogue est à quatre personnages, une hôtesse comprise. Mercure descend à Athènes, chargé par les dieux de différentes commissions, et, entre autres choses, de faire relier tout à neuf le Livre des Destinées, qui tombait en pièces de vieillesse. Il entre au cabaret, où il s'accoste de deux voleurs qui lui dérobent son précieux volume, pendant qu'il est allé lui-même à la découverte pour voler quelque chose, et qui en substituent un autre à la place, « lequel ne vaut de guère mieux.» Mercure revient, boit, et se dispute avec ses compagnons, qui l'accusent d'avoir blasphémé et le menacent de la justice, « parce qu'ils peuvent lui amener de telles gens, qu'il vaudroit mieux pour lui avoir affaire à tous les diables d'enfer qu'au moindre d'eux. » Ces deux drôles s'appellent Byrphanes et Curtalius, et La Monnoye croit reconnaître sous ces deux noms les avocats les plus célèbres de Lyon, Claude Rousselet et Benoit Court. Quoique le grec et le latin se prêtent assez bien à cette hypothèse d'étymologie ou d'analogie, elle est certainement plus hasardée que les hypothèses du même genre, qui sont fondées sur l'anagramme, et cependant je n'hésiterais pas à l'admettre. L'idée de mettre le dieu des voleurs aux prises avec deux avocats qui s'emparent du Livre des Destinées pour le remplacer par le bouquin de la Loi ; qui font ensuite à ce dieu, qu'ils ont reconnu d'abord, un procès en sacrilège, et qui parviennent à lui faire redoutera lui-même les suites de son impiété, cette idée, dis-je, est tout à fait digne de des Periers, et je serais désespéré qu'il ne l'eût pas eue ; mais c'est une conviction qu'on ôterait difficilement de mon esprit.
«Prosper Marchand imagine que le second dialogue est transposé, et qu'il devrait suivre le troisième, qui pourrait en effet se rattacher immédiatement au premier; mais Prosper Marchand se trompe. Ce second dialogue est un entr'acte, un véritable intermède, dont l'action se passe entre le premier et le troisième. Mercure volé ne s'est pas aperçu d'abord du larcin qui lui avait été fait; il sortait « de l'hôtellerie du Charbon blanc, où il avoitbu un vin exquis; c'éloit la veille des Bacchanales, il étoit presque nuit, et puis, tant de commissions qu'il avoit encore à faire lui troubloient si fort l'entendement , qu'il ne savoit ce qu'il faisoit. » Il a donné au relieur un livre pour l'autre, sans y prendre garde, et c'est en altendaut
son livre, qu'il s'amuse à parcourir Athènes, dans la compagnie de son ami Trigabus. Parmi les bons tours qu'il a joués autrefois aux habitants de celte ville classique de la sagesse, il en est un qui a produit de graves résultats. Pressé par eux de leur céder la pierre philosophale, qu'il leur avait fait entrevoir, il a mis la pierre en poudre et l'a ainsi semée dans l'arène du théâtre , où ils n'ont cessé depuis de s'en disputer les fragments. Il n'y en a cependant pas un qui en ait trouvé quelque pièce, quoique chacun d'eux se flatte en particulier de la posséder tout entière. C'est ici, selon Prosper Marchand, une raillerie des chimistes, c'est-à-dire de ceux qui cherchent la pierre philosophale, et c'est en effet le sens propre d'une métonymie dont des Periers n'a pas pris beaucoup de peine à cacher le sens figuré. Qu'est-ce en effet, selon lui, que cette pierre philosophale? «C'est l'art de rendre raison et juger de tout, des cieux, des champs élyséens, de vice et de vertu, de vie et de mort, du passé et de l'avenir. L'un dit que pour en trouver il se faut vêtir de rouge et de vert ; l'autre dit qu'il vaudroit mieux être vêtu de jaune et de bleu. L'un dit qu'il faut avoir de la chandelle, et fût-ce en plein midi ; l'autre tient que le dormir avec les femmes n'y est pas bon. » Nous voilà bien loin du Grand-OEuvre des alchimistes. Et qu'importe leur vaine science à l'auteur du Cymbalum mundi ? La pierre philosophale de des Periers, c'est la vérité, c'est la sagesse révélée; tranchons le mot, c'est la religion ; et cette allégorie impie est si claire, qu'elle ne vaut presque pas la peine d'être expliquée; mais si elle laissait quelque doute , l'anagramme l'éclaircirait ici d'une manière invincible. Quels sont ces hommes opiniâtres qui contestent entre eux la possession du trésor imaginaire ? Ce ne sont vraiment pas des alchimistes; ce sont des théologiens. C'est Cubercus ou Bucerus, c'est Rhetulus ou Lulherus, les deux chefs, divisés en certains points, de la nouvelle Réforme ; c'est iîrcrn^ ou Girard, un des écrivains militants de la communion romaine. Tout ceci est d'une évidence qui devait frapper La Monnoye ; mais La Monnoye se contente de le faire deviner, sans le dire positivement. L'antiquité n'a certainement point de fiction plus vive et plus ingénieuse. Ajoutons qu'elle n'en a point de plus claire et de mieux exprimée.
« Le troisième dialogue est moins important, mais il est délicieux. Mercure a reporté dans l'Olympe le prétendu Livre des Destinées, si méchamment remplacé par les Jnstitutes et les Pandectes. Jupiter vient de renvoyer le messager céleste sur la terre pour y faire promettre, par un cri public, une récompense honnête à la personne qui aura trouvé « icelui livre, ou qui en saura aucune nouvelle. — Et par mon serment! je ne sais comment ce vieux rassoté n'a honte! Ne pouvoit-il pas avoir vu autrefois dans ce livre (auquel il connoissoit lou-
NOTICE SUR BONAVENTUIIE DES PERIERS
tes choses) ce qu'il devoit devenir? Je crois que sa luMiicre l'a éliloui; car il falloit liien que celtuy accident y fùl prédit, aussi Lien que tous les autres, ou que le livre fût faux. » Une fois ce gros mot lâché, des Periers ouhlie son sujet, et le reste du dialogue n'est qu'une fantaisie de poclc, mais une fantaisie à la manière de Shakespeare ou de La Fontaine, dont la première j)artic rappelle les plus jolies scènes de la Tempête et du Songe d'une nuit d'été, dont la seconde a peut-être inspiié un des excellents apologues du fabuliste immortel. Il faut relire dans l'ouvrage même, pour comprendre mon enthousiasme, et , si je ne m'abuse , pour le partager, la charmante idylle de Célia vaincue par l'Amour, et les élocpientes doléances du Cheval qui parle.
« L'idée de faire parler des animaux avait mis des Periers en verve. Son quatrième dialogue, qui n'a aucun rapport avec les autres, est rempli par un entretien entre les deux chiens de chasse qui mangèrent la langue d'Actéon, et qui reçurent de Diane la faculté de parler. Les raisons dont Pamphagus se sert pour se dispenser de parler parmi les hommes, contiennent les plus parfaits enseignements de la sagesse , et , quoique n'étant que d'un simple chien, elles méritent toute l'attention des philosophes. Il faut remarbuer aussi dans ce dialogue la jolie fiction des A'ouvelles reçues des Antipodes, où la vérité menace de se faire jour par tous les points de la terre, si on ne lui ouvre une issue libre et facile. C'est une de ces inventions familières au génie de desPerieis, comme la vérité disséminée en poudre impalpable dans l'amphithéâtre, comme le livre délabré des lois humaines substitué au livre plus délabré encore des lois divines, et la moindre de ces idées aurait fait chez les anciens la réputation d'un grand homme. «
La hardiesse de cette satire déguisée ne fut pas une mauvaise recommandation pour son auteur auprès de la reine de Navarre. « C'est probablement au caractère particulier de son esprit, dit M. Charles Nodier, que lîonavenlure des Periers fut redev.ible de la faveur de celte grande princesse, dont les premiers penchants inclinèrent vers un sceplicisiiie absolu , et qui finit toutefois , comme tant d'autres inciédules , par mourir dans les visions ascétiques de la mysticité. Marguerite n'avait encore que quarante-cinq ans, et on sait qu'aussi savante que belle, elle aimait à réunir dans sa cour les hommes les plus distingués de son temps. Marot avait été sou valet de chambre pendant plusieurs années, et depuis 153C seulement, elle avait senti l'impossibilité de le défendre contre ses nombreux accusateurs sans se compromettre ou se perdre elle-même. Bonaventure des Periers le remplaça au même litre, et jouit de la pioteciion dont on n'osait plus couvrir son imprudent ami. Le palais repril son éclat, sa gaité , ses veillées et ses fèlcs. Les muses y rentrèrent comme dans leur temple, à l'appel de leur dixième sœur , et sous les auspices
d'un de leurs plus brillants favoris. Marot y reparaissait de temps à autre, dans les rares intervalles que lui laissaient des persécutions trop souvent méritées. Deux jeune gens de grande espérance, qui terminaient à Paris d'éclatantes éludes et qui devaient conserver à des Periers une amitié bien fidèle, y apportaient en tribut les fiuits d'une verve précoce dont toutes les promesses n'ont pas été tenues: c'éloit Jacques Pelletier, du Mans, l'audacieux grammairien; c'étoit le précepteur des belles Seymour, Nicolas Denisot , plus connu depuis sous la maussade anagramme du comte d'Alsinois.
« Les soirées de I\Lirgucrile ne ressemblaient pas aux soirées vives et turbulentes du dix-neuvième siècle. La danse n'était pas encore en honneur comme elle l'est aujourd'hui. Le jeu n'occupait que les personnes d'un esprit peu élevé. Les belles dames prenaient plaisir à entendre jouer du luth , ou, ainsi qu'on le disait alors, du lue ou de la guiterne , par quehpie artiste habile, et des Periers excellait à jouer du lulh en s'accompagnant de sa voix. Il est presque inutile de dire qu'il chantait ses propres vers et qu'il les improvisait souvent. Ces fêtes rappelaient donc quelque chose du temps des troubadours et des ménestrels dont le souvenir vivait loujoius dans la mémoire des vieillards. Un autre genre de divertissement s'élait introduit en France dès le règne de Louis XI, et faisait le charme des veillées : c'était la leclure de ces nouvelles , quelquefois intéressantes et tragiques, presque toujours galantes et licencieuses, dont il paraît que Boccace avait puisé le goût à Paris. Marguerite y fournissait quelque chose pour sa part, et sa part est facile à reconnailie quand on a fait quelque élude de son style ; Pelletier, Denisot, des Periers surtout, concouraient à cet agréable amusement, avec toute l'ardeur de leur âge et toute la vivacité de leur esprit. Boaisluau et peut-être Gruget, qui sortaient à peine de l'adolescence, tenaient tour à tour la pkm|e '
« Veis la fin de l'an i538, ou au commencement de 1639, cette agréable société fut dissoute par un événement qui n'est pas bien expliqué. Les chants avaient cessé. Des Periers, longtemps errant, se réfugiait à Lyon, éciivait ses derniers vers et disparaissait tout à coup du monde littéraire , où son nom ne leparait plus (ju'en 1544, avec l'édition posthume
' M. Ciiarles Nodinr veut rapporler .î BonavenUire des Periers presque lout l'honneur de Vllepiaincroii, qu'il suppose composé de nouvelles lues ou racontées par lui et ses amis Denisol, l'ellclier, Boaisluau, elc, devant Marguerite qui en racontait aussi quelques-unes. Papillon avait avancé la même opinion dans sa Bibliolltèqm des auteurs île Botirgogtte , en attribuant de plus à lionaventure des Periers une part d'auteur dans le recueil des poésies de la reine de Navarre, ou l'on reconnaît en effet ses liabiludes de rliythme et de style. Mais quant à \'in'ptmnéroii,(]ui a bien quelque analogie avec \es Coûtes et joyeux Devis, on y trouve plusieurs passages qui constatent ([ue la rédaction est postérieure à la mort de Bonaventure des Periers, pla(,'ût-on celle mort en 1544.
NOTICE SUR BONAVENTURE LES PERIERS
de ses ouvrages. Constant dans une noble amitié, il adresse à Marguerite les louchants adieux de sa muse, et il est fiicile de s'apercevoir, à la dernière slioplie de son Foyage de Lyon à Noire-Dame de l'Isle- Barbe, daté du 15 mai 1539, que INIarguerite devait avoir le secret de son asile et de ses chagrins :
Retirez-vous, pclils vers misles (jnélés), A sùrelé, sous les couleurs De celle dont (quand êtes tristes) L'espoir apaise vos douleurs. »
Marguerite était si belle, si noble, si généreuse, si spirituelle, que tous ses officiers l'aimaient comme une mère ; quelques-uns comme une sœur d'alliance ; quel(iucs autres, dont Clément Marot était le moins discret , comme une maîtresse. Ronaventure ne fut peut-être pas moins accessible à cette puissance de la beauté et du génie : il ne prit pas garde que son admiration et son dévouement se transformaient en amour. Dans une lettre en prose rimée qu'il adresse à INIarguerile, et dans laquelle il lui parle d'im travail hisloricpie qu'elle lui avait coiilié, il s'exprime avec un abandon qui excède quelquefois, dit M. Charles Nodier, les bornes de la bienséance requise entre un valet de chambre et sa maîtresse, entre un poëte et une reine. Cet amom- ne le conduisit-il pas à la folie qui termina sa vie par un suicide avant l'année l54i?
« Je n'oublierai pas Ronavenlure des Periers , raconte Henri Eslienne dans le ch. xviii de l'Apologie imur Hérodote, l'auteur du détestable livre inliiulé Cymbalum mundi , qui, nonobstant la peine qu'on prenoit à le garder (à cause qu'on le \oyoitétre désespéré et en délibération de se défaire) , fut trouvé tellement enferré de son épéc, sur laquelle il s'éloil jeté, l'ayant appuyée le pommeau contre terre, que la pointe, entrée par l'estomac, sorloit pai' l'échiné '.» Un autre historien renchérit sur cette fin tragique, en disant que Bonaventure des Periers déchira sa blessure de ses njains cl arra( ha lui-même ses entrailles.
Après sa mort, ses amis, qui s'étaient pnrtagc ses manuscrits, les fiient paiailre à de longs intervalles ; les uns avec son nom, les autres anonymes : bien des richesses de cet héi'itage du poêle et du philosophe furent perdues. Antoine du .Moulin, valet de chambre de la reine de Xavarie , publia le Recueil
' M. Charles Nodier s'inscrit en faux contre le suicide de Bonaventure des Periers, qui n'est rapporté, il est vrai, (jue par un seul auteur contemporain, Henri Eslienne; mais cet écrivain, qui est d'ailleurs une autorité assez respectable, revient deux fois sur ce fait, qu'il répète presque dans les mêmes termes en deux endroits différents de son Apo/O(jic pour llvrodo<e; Simon Goulart a cité un de ces passages dans le Trc.sor ilcs hisiolres admirables ; Cliassanion en donne la substance dans ses Uisloires inCmorablcs des grands et merveilleux jiKjevieuts de Dieu, et La Croix du Maine dit qu'i7 se ma avec une cpie qu'il se mil dans le ventre, étant dereiiu furieux ci iiisensii. Le genre de mort de P.onavenlure des l'eriers était donc établi par une tradition généralement acceptée.
des œuvres de feu Uonavmture des Periers (Lyon, Jean de Tournes, i5ii , iii-8" de 197 f.) « Ayant ouï plusieurs fois dire à Ronaventure des Periers, peu de temps avant son trépas, dit du Moulin dans sa dédicace à Margueiile de Navarre, que son intention étoit que vous, très-illustre reine, fussiez héritière des siens petits labeurs, lesquels il ne doutoit point que vous n'acceptissiez, de celle piomple volonté que vous avez fait les œuvres de maints autres qui n'ont pensé mieux employer ailleurs les fruits de leurs engins ; mais étant advenu en la personne dudit l{onavenlure redet du pioveibe comnuin qui dit que : L'homme propose et Dieu dispose, mort implacable, implacable morl l'a surprins au cours de sa bonne intention, lorsqu'il étoit après à dresser et à mettre en ordre ses compositions , pour les vous oITrir et donner, lui vivant ; il n'a donc pu voir l'elTet de ses ardents vœux accompli, très-illusti'e dame; et ce, certes, j'estime une très-grande perte et dommage au monde, de n'avoir point eu , jusques ici , la lecluie de si divines conceptions. Et quanl à moi, de tant que j'ai été de ses plus intimes et familiers amis, les yeux de mon cœur en larmoyenl largement toules fois et quanles (et ce advient trèssouvent) que la recordation du défunt me passe par la mémoire ; voire tant me remplit-elle de désirs que je suis présenlemcnl forcé, pour ma consolation et de ceux qui ont élé ses amis, de mettre en lumière ses élégants et beaux écrits; reliques vraiment sacrées fcoimiie l'on pouiroit dire) et tirées du buste et feu de leur seignoiu'. En quoi faisant, reine très-illustre, je donne réfrigère à mon âme et quant et quant je satisfais aux suprêmes intentions de votre serviteur, en vous signifiant cl déclarant hérilière universelle des
petits biens par lui délaissés Recevez donc la belle
présoule hoirie telle qu'elle est, et ne prenez pas garde si elle n'y est tout entière; puisque ce n'est par le larcin d'aïUie que de l'envieuse mort', qui encoi'e lachoit fsi je ne fusse) d'ensevelir en éternel oubli les œuvres avec le corps ; car j'espère qu'à votre faveur nous recouvrerons encore partie de ces nobles reliques, desquelles aussi (à ce que j'ai ouï dire audéfun') avez bonne quantité rière vous ; et partie en y a d'un mien connu à Monipellier (Jacques Pellelier). Si mes désirs en sorteut effet, les aura le monde assez prochainement. De Lyou, ce dernier jour d'avril 1544. « Ce Recueil, qui n'a jamais été réimpritué, contient le Discours de la qucte d'amitié, dit Lysis de Platon, traduction en prose; Quête d\imitié , à la reine da Xavarre, en vers; du Foyage de Lyon à Notre-Dame-dc-ihle, en 1539; le Blason du nombril ; Fictimœ Paschalis laudes; le Cantique de la Fierge ; le Cantique de Siméon-, Conte nouveau, petit chef-d'œuvre de narration naïve et délicate ; des Malcontcnts, traduction en prose de la première satire d'Horace ; le Cri, touchant de trouver la bonne femme ; les^Quatre princesses de
NOTICE SUR BONAVENTURE DES PERIERS
la vie humaine^ c'est à savoir les quatre Fertus cardinales selon Senèque, imitation en vers; Prognoslication des frognoslicalions, jwiir tous temps à jamais, sur tous autres véritable, laquelle découvre l'impudence des prognostiqucurs', imitation en vers de la Prognostication pantagrueline de Rabelais ; épigrammes, chansons, rondeaux, et Carême-prenant, en taralantara. Ce volume porte h la fin pour devise : Tout à un, quoique Bonaventure eût pris ailleurs celte autre devise , que la reine de Navarre lui avait donnée : Loisir et liberté.
L'éditeur, pendant l'impression du Recueil, avait recouvré plusieurs poésies de Bonavenlure des Periers, qu'il se proposait, dit-il dans un avis placé à la fin du volume '^ de meitrcau jour dans une seconde édition, entre autres les Brandons, Mi-carcme, Pâques-fleuries, Pâques, Quasimodo,e{L:. Jdaisces pièces n'ont jamais paru. Jean Puictcvin inséra seulement le Cantique de Moise, traduit par des Periers, dans sa traduction des Cent psalmcs de David, en rime françoise. (Poitiers, 1551, in-S"; Rouen, 1554, in-lG; Paris, 1558; Lyon, 1559).
Antoine du Moulin, qui avait montré tant de sollicitude pour la mémoire de son ami, et qui rassemblait depuis 154 4 les œuvres posthumes de Ronaventure des Periers, dispersées dans plusieurs mains et restées surtout à la disposition de la reine de Navarre, fut sans doute l'éditeur des Contes, comme il avait été celui du Recueil. Celle première édition, qui parut en même temps que la première édition de Vlleptaméron, est intitulée : les Nouvelles récréations et joyeux devis, contenant quatre-vingt-huit contes en prose (Lyon, Robert Granjon, 1558, petit '\n-k° imprimé en caractères dits de civilité, qu'on appelait autrefois lettre française). Elle contient quatrevingt-dix contes, bien que le titre n'en annonce que quatre-vingt-huit.
La Croix du Maine, Duverdier, et, d'après eux, La Monnoye , attribuent la plus grande part de ces Contes à Jacques Pelletier du Mans et à Nicolas Denisot ; mais nous sommes loin de penser que la collaboration de ces deux amis de Ronaventure des Periers ait été foit importante. Ils travaillèrent sans doute, avec Antoine du Moulin, à revoir et à compléter l'œuvre de leur ami, puisque ces Contes offrent des interpolations qui ne peuvent avoir été introduites dans le texte, que depuis la mort de l'auteur ou après l'année 1544 (Voy. les nouvelles 19, 29, C8, etc.) Ils joignirent aux éditions suivantes deux contes, qui paraissent sortis de la même main (pie les premiers, cl ensuite trente-sept qui sont empruntés à divers au-
' Celte pièce avait été imprimée à part, sans nom d'autour, en 1537, cticz Jean Morin, l'éditeur du Cijmbaltnn. \o\ez les Nouvelles recherches de M. liriincl.
' Celle ndle de l'édllcur, cilre p.ir Xiecrnn, ne se iroiive pas dans tous les exemplaires, puisqu'elle niancpic dans celui do la Uibliollié'iuc du lloi.
leurs contemporains, et de préférence à \'/ipologie pour Hérodote, au Recueil des plaisantes et facétieuses nouvelles, etc.
Ce livre, ainsi augmenté, a été réimprimé douze ou quinze foisjusqu'en 1735, date de la dernière édition. Voilà donc plus d'un siècle que Ronaventure des Periers n'a eu les honneurs d'une réimpression!
Ces éditions sont les suivantes = Lyon, J . Rovilte, l5Ci,in-4"; Paris, Galiot du Pré, 15G4, 1505 et 1508, petit \n-\'2; Lyon, Ben. Rigaud, 1508, 1571, même format; Paris, Nicolas Bonfons, 1572, in- 10; Paris, Claude Bruneval, 15S2 ou 1583, in-i6; Paris, Didier Millul, 15S8, in-i2 ; Paris, P. Mesnier, 1002, in-24 ; Rouen, Raphaël du Pelit-Fal, 1006, in-12; Rouen, David du Petit-Fal, 1615, in-i2; Amsterdam , J. F. Bernard ou Cologne., Gaillard, 1711, 2 vol. in-i2 (cette édition renferme li's notes de La Monnoye, avec des observations du même sur le Cymbalum mundi) ; Amsterdam [Paris), Z. Châtelain [Piget), 1735, 3 vol. in-12.
C'est le texte de celte édition, que nous avons suivi, car il avait été collationné par La Monnoye sur les éditions originales. Mais, connue l'édition de 1735 fut faite après la mort de La Monnoye, d'après l'exemplaire corrigé et annoté par lui, Saint-Hyacinthe ou Prosper Marchand , qui semble avoir été l'éditeur anonyme, n'a pas donné au texte toute la correction désirable el a laissé beaucoup de fautes qui accusent une extrême négligence. L'éditeur a, de plus, abrégé çà et là les notes de son savant devancier, en y mêlant les siennes. Nous avons encore abrégé ce commentaire, en modifiant le style et souvent les idées du commentateur; nous y avons incorporé nos propres remarques, sans autre prétention que de faire mieux comprendre le langage et d'expliquer (luelques faits obscurs.
M. Charles Nodier, qui regarde avec raison Ronaventure des Periers, comme le talent le plus na'if, le plus original et le plus piquant de son époque, vient d'augmenter la collection des œuvres de cet ingénieux écrivam, en lui rendant un ouvrage qui lui appartient évidemment, et qui avait été attribué jusqu'à présent, tantôt à Elle Vinet, tantôt à Jacques Pelletier = Discours non plus mélancoliques que divers, de choses mesmement qui appartiennent à notre France, et à la fois la manière de bien el ju.ttement entouchcr les lues et guiternes (Poitiers, Enguilbert de Marnef, 1557, petit in-4» de 112 p.) « C'est, dit M. Charles Nodier, un ouvrage d'examen sceptique, plus particulièrement appliqué aux études historiques et litléraires, à la grammaire et à l'archéologie. L'érudition ne s'était jamais montrée aussi spirituelle et aussi aimable que dans ces vingt chapitres, où le savoir d'Henri d'Estienne est assaisonné de tout le sel atlique de Rabelais. L'étymologie, si mal connue jusque là, y est traitée avec une pénétration exquise; Icstradilioiis héréditaires de ces nombreuses générations do savants, dont l'opinion s'accréditait de
NOTICE SUR BONAVENTURE DES PERIERS
siècle en siècle, y sont piésenlées sous un point de vue moqueur qui en détruit le preslige. l\ien ne se rapproche autant, dans les trois grandes époques de noire liltérature, du persiflage de A'yJlaire. Le style même se ressent de cette anticipation sur l'âge de l'esprit français, parvenu à son plus haut dogrc de rafïincment : il est vif, coulant, enjoué, toujours pur, jusque dans son affectation hadine. »
Nous ne pouvons mieux terminer cette notice déjà pleine de citations, qu'en citant encore M. Charles Nodier, qu'on ne se lasse jamais de citer : « La pre-
mière moitié du seizième siècle est dominée en France par trois grands esprits, auxquels les âges anciens et modernes de la littérature n'ont presque rien à opposer : ce sont ceux là qui ont fait la langue de Montaigne et d'Amyol, la langue de Molière, de La Fontaine et de Voltaire... De ces trois hommes, le premier, c'est Rahelais ; le second, c'est Clément Marot ; le troisième (je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, vous ne le trouverez pas), c'est IJonaventure desPericrs, et lîonaventure des Periers n'est, sous aucun rapport, inférieur aux deux autres. »
INOTICE