LV FKMME AU BAIX
La soixanlc-siNiùnic nouvelle, racontée par l'iiilippe de I.aon, traile (l'un laveriiier de Saiiil-Omcr, (|iii (il uni- qucslion à son pelit fils, dont il se repentit après qu'il eut ouï la réponse , de la(iuclie sa femme eu fut très-lionleusc, comme vous oirez plus à plein ci-après.
N'a guère qucjY'lois à Saint-Omcr avec un grand tas de genliU compagnons, tant de céans coninie de JJoulogne cl d'ailleurs. El après le jeu de paume, nous allâmes souper en Thôlel d'un lavernier qui esl honmie de bien et beaucoup joyeux, et a une Irès-belîc femme et en bon point, dont il a eu un très-beau fils, de lûgc d'environ six ans. Comme nous étions tous assis au souper , le tavcrnier , sa fenmic et leur fils d'emprès elle avec nous, les aucuns commencèrent à deviser, les autres à chanter et faisoienl la plus grand'clière de jamais, et notre liùle, pour Tamour de nous, ne s'y foignoil pas '. Or avoit été sa femme, ce jour, aux oluves, el son petit fds avec elle. Si s'avisa noire hôte, pour faire rire la compagnie, de demandera son fils de l'état et gouvernement de celles qui étoient aux étuves avec sa mère-^ si va dire : « Viens ça, notre fils, dis-moi, par la foi, laquelle de toutes celles qui éloicnt aux étuves, avoit le i)lus beau c. et le plus gros.^ » L'enfant , qui se oyoit questionner devant sa mère, qu'il craignoil, comme enfants ont de coutume, regardoit vers elle et ne disoil mot 5 et le père, qui ne l'avoit pas apprins de voir = si muet, lui dit derechef: « Or me dis, mon fds, qui avoit le plus gros c. ? Dis hardiment. — Je ne sais, mon père! dit l'enfant, toujours virant le regard vers sa mère. — Etpardicu! tu as menti, ce dit son père 5 or le me dis, je le vueil savoir. • — Je n'oserois, dit l'enfant, pour ma mère; car elle me batleroit. — Non fera, non, dit le père 5 lu n'as garde, je l'assure, m El noire hôtesse sa mère, non pensant que son fils dùl tout dire ce qu'il lit, lui dit : <c Dis hardiment ce que Ion père te demande. — Vous me batlcriez , dit-il. — Non ferai, « dit-elle. Et le père, qui vit son fils avoir congé de soudre ^ sa qucslion, lui demanda derechef: « Or çà, mon fils, par ta foi , as-tu regardé les c... des femmes qui étoicnl aux étuves? — Saint Jean! oui, mon
' Ne s'y gcnail pas. — - Dans Ic-s i^liivcs publlcjucs , qui élaicnt alors h'és-frt;queiilccs , iiiciiic par le bas peuple, les femtnes oii les hoinrncs preiiaieiil cnseiii- IjIc (les bains de vapeur. — * l'oiir : (pii ii'avail pas appris à le voir... — ' r.ésomlre.
père. — Et y en avoit-il largement:' Dis, ne mens i)oiiil. — Je n'en vis oncques tant : ce sembloit une droite gareime de c... — Or çà, dis-nous maintenant qui avoit le plus gros. — Vraiment, ce dil l'enfant, ma mère avoil le plus beau et le plus gros, mais il avoit si grand nez. — Si grand nez? dit le père -, va, va, lu es bon enfant. » Et nous commençûmcs tous à rire et à boire d'autant, et à parler de cet enfant qui caqueloit si bien-, mais la mère ne savoit pas sa contenance, tant éloit honteuse, pource (jue son (ils avoit parlé du nez, et crois bien qu'il en fut depuis trop bien torché', car il avoit encusé le secret de l'école. Notre hôte fit du bon compagnon, mais il se repentit assez depuis d'avoir fait la qucslion, dont l'absolution- le fit rougir 5 et puis c'csl tout.
NOUVELLE LXVIL