‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 48 sur 118 · LE COCU SAUVÉ · texte numérisé non relu

LE COCU SAUVÉ

La qiiatre-vingl-lmilit'iiio nouvelle parle d'un bon simple homme paysan, marié à une plaisante cl geiite femme, la- (pielle laissuil. bien le boire et le manger pour aimer [lar amour; et, de fait, pour être assurément avec son amoureux, enferma son mari au colombier, par la manière que vous oirez.

En une petite ville ci entour , que je ne vueil pas nommer, est naguère advenue l'avenlm-c dont je vous fournirai celte nouvelle. Il y avoit un sinqile el rude paysan, marié à une plaisante et gente femme, laquelle laissoil le boire

' I.e médecin est représenté ici comme une espèce de fatalité céleste qui régnait sur les maladies par l'inlUience des iilanèles heureuses ou mallieuieuses.

- Tambourinage.

LES CENT NOUVELLES NOUVELLES

cl \o manger pour aimer i)ar amour. Le bon mari avoil d'usage de demourcr Iri'-s-souvent es champs en une maison qu'il y avoil, aucunes fois trois jours, aucunes fois quatre, aucunes fois plus, ainsi ([ue lui vcnoil à jjlaisir, el laissoil sa femme prendre du bon lemps à la bonne ville. Car, afin qu'elle ne s'épouvanlàl, elle avoil toujours un homme qui gardoil la place du bonhomme, et enlielenoil son devant, de petw que le rouil' n'y vînt. ]^a rc^gle de celte boime bourgeoise éloil d'attendre son mari jusques à que l'en ne voyoil guère; el jusques à ce qu'elle se lenoil sûre de son mari, qu il ne relournoil point, ne laissoit venir le lieutenant, de peur que trompée ne fiil. Elle ne sut mettre si bonne ordonnance en sa règle accoutumée, que trompée ne fùl 5 car une fois, ainsi que son mari avoil dcmouré deux jours ou trois jours, el pour le quatrième avoil attendu aussi tard (ju'il éloil possible avant la porte'^ close , cuidanl que pour ce jour il ne dût point retourner, si ferma l'huis el les fenêtres comme les autres jours, el mit son amoureux au logis et commencèrenl à l)oire d'autant, et faire chère tout outre. Guère assis n'avoient é;é à la table, que notre mari vinlhuchcrà l'huis, tout ébahi qu'il le Irouvoil fermé. Quand la bonne dame l'ouït, fil sauver son amoureux sous le lit, pour le plus abréger, puis vint demander à l'huis qui avoil heurté. « Ouvrez I dit le mari. — lia ! mon mari , dil-elle, èlesvous là? Je vous devois demain envoyer un messager, comment ne retournissiez point. — Quelle chose y a-t-il.^ dit-il. — Quelle chose? dit-elle. Ilélas ! les sergents ont été céans plus de deux heures el demie, vous altendanl ()our vous mener en prison. — En prison? dil-il, et conunenlcn prison? quelle chose ai-je méfait? à qui dois-je? qui se plaint de moi? — Certes, je n'en sais rien, dit la rusée, mais ils avoient grand vouloir el désir de mal faire -, il sembloil (|u'ils voulsissenl tuer un Carême'-, si fieis éloienl-ils. — Voire ! se disoil-il, nos amis ne vous ont-ils point dit quelque chose qu ils me vouloienl? — Nenni, dit-elle, fors (|ue, s'ils vous tenoient , vous n'échapperiez de la prison devant longlenq)s. — Ils ne me lienucnl cn-

' I,n roniUe. — * f.;i porte de l;i ville , qu'on fermait à liuil heures, après le eouvre-feii sonné.— " r.sl-ie, au propre, mi <aréine-preiiaiil , un masque; ou bien, au figuré, rabslineiieo, le jeune du carême;' Ce mol a été pi ui éhc corrompu par les imprimeurs.

core pas, Dieu merci! Adieu, je m'en retourne. — Où irez-vous ? dil-elle, qui ne demandoit autre chos(\ — D'ond je viens, dit-il. — J'irai donc avec vous? dil-elle. — Non ferez -, gardez bien et gracieusement la maison , cl ne dites point que j'ai ici été. — Puisque vous voulez retourner aux chanqjs, dil-elle, hàlezvous avant que l'on ferme la porte 5 il est jà bien lard. — Quand elle seroil fermée, si fera tant le portier, dil-il, [jour moi , qu il la m'ouvrira très-voulentiers. » A ces mots, il se [jartit, el ([uand il vint à la porte, il la trouva fermée, el pour prière qu'il sût faire , le portier ne la voulut ouvrir , si fut bien mal content de ce qu'il convenoil qu'il retournât à sa maison , doutant les sergents; toutefois, falloil-il qu'il y rctoiunal, s'il ne vouloit coucher sur les ru; s. 11 vint arrière heurter à son huis, cl la dame, qui faisoil la ralclée avec son amoureux, fui i)lus ébahie que devant-, elle saule sus et vinl à l'huis, tout éperdue, disant: u .^lon mari n'est point revenu ; vous perdez lemps. — Ouvrez, ouvrez ! dil-il , ma mie : ce suis-je. — Hélas I hélas! vous n'avez point trouvé la porte ouverte? si m'en doutois-je bien ! dit-elle. Véritablement je ne vois remède en votre fait, que ne soyez [)rins, car les sergents me dirent, il m'en souvient maintenant, qu'ils retourneroienl sur lanuit. — Or çà, dil-il, n'est métier de long sermon : ad visons ce qu'il est raison de faire. — Il vous faut musser quelque part céans, dit-elle, cl si ne sais lieu ne retraite où vous l)uissiez être bien assuré. — Serois-je point bien, dit l'aulre, en notre colombier? Qui me chercheroit là ? » Et elle, qui fut moult joyeuse de cette invention el expédient, feignant loulefois, dit : « Le lieu n'est grain ' honnête, il y fait trop puant. — Tl ne me chaut ! dit-il. J'aime mieux me bouler là pour vme heure ou deux, el être sauvé, qu'en autre honnête lieu où je serois par aventure trouvé. — Or çà, dilelle, puisque vous avez ce ferme courage , je suis de votre opinion. » Ce vaillant honune monta en ce colombier qui se fermoit par dehors à clef el se fit illec enfermer, el pria sa femme que, se les sergents ne venoienl lantol, elle le mît dehors. Notre bonne bourgeoise altandonna son mari, et le laissa toute la nuit roucouler avec les coulons'^; qui ne plaisoit guère, cl toujours douloil les sergents. Au point du jour qu'il éloil heure que lamoureux se dé- ' ras du tout. — • rigeoiis.

VIEUX CONTETJKS FRANCATS.

purlîl, celle l)onne prude feniine vint luicher son mari el lui ouvril lliuis ; qui dem;inda comment on l'avoit laissé si loni^uemcnl lenir compagnie aux coulons, cl elle, qui éloil faite el pouivue de lourdes , lui dil que les sergenls avoienl loule la nuil veillé auloiwde leur maison, el que plusieurs fois avoil à eux devisé, cl ([u'ils ne faisoienl qnc parlir -, mais ils avoient dil qu'ils vicndroient à lelle licure , qu'ils le tiouvcroienl. Le bon homme, bien ébalii quelle chose scrgcnls lui pouvoienl vouloir, si parlil inconlinenl el relourna aux champs , j)romellant que de longtemps ne revicndroit. El Dieu sail que la gouge le prinl bien en gré, combien cpic s'en monlroit douloureuse; et par lel moyen elle se doruia nu'iileur îeuips (juc devant, ear elle n'avoil quelque soin ' sur le relour de son mari.

NOUVELLE LXXXIX

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