LES PERDRIX CHANGÉES EN POISSONS
La qiialrc-vin'gl-nctiviùmo noiivollo Irailc d'un curé, qui oublia, par nùgligeucc ou faute ûc sons , à annoncer lo CarOme a ses paroissiens jiis(|u';i la Viyilc de l'à(iiies lleuries -, eommo ci-ai)rÙ3 pourrez ouïr, cl de la niauiùrc coiiimcul il s'excusa envers ses paroissiens.
En un certain petit hamclet ou village de ce monde, assez loin de la bonne ville, est advcmie une petite histoire qui est digne de venir en l'audience de vous, mes bons seigneurs. Ce village ou hamelet étoit habité d'un monce!el=* de rudes el simples paysans qui ne savoient comment ils dévoient vivre; el se bien rudes et non sachants étoient, leur curé ne l'étoii pas une once moins. Car lui-mC'ine failloit à connoître ce (pii étoit de nécessaire à tous généralement, comme je vous en donnerai l'expérience par un cas qui lui advint. A'ous devez savoir que ce prêlre curé, connue j'ai dit, avoil sa tète allublée de sim[)lesse si parfaite, qu'il ne savoit point annoncer les fêtes des saints, qui viennent, chacun an, en un jour déterminé, comme chacun sail. Et quand ses paroissiens demandoient quand la fête seroit, il failloit bien , coup à coup , à ce dire vraiment ; et entre autres telles fautes qui souvciit adverioient, en fil une qui ne fut i)as petite-, car il laissa passer cinf] semaines du Carême sans l'annoncer à ses paroissiens. Mais entendez comm 'Util s';ipcrçut qu'il avoit failli. Le samedi qui
' IiKiuiéludo , souci.
- Le diiiianche des Iiatnoaux. ~ ^ r.ain.i^.
éloit la nuit de la Ijlanche Pàque cpie l'on dil J^'ujues lleuries, lui vint voulenléd'aller à la bonne ville pour aucune chose qui lui besognoil. ' Quand il entre en la ville, en chevauchant parmi h's rues , il aperçut que les piètres faisoienl provision de palmes et autres verdures, cl voit qu'iiu marché on les vcndoil pour servir i\ la procession pour lendemain. Qui fut bien ébahi , ce fut le curé , combien que semblant n'en fît. H vint aux femmes qui vendoiL'ut ces ]jalmcs ou bois, en acheta, faisant semblant que pour autre chose ne fùt-il venu à la bonne ville, el puis monta hâtivement à cheval chargé de sa marchandise, et pique à son village, et le î)lus lot que j)ossible lui fut, il s'y trouva. Avant (ju'i! fût descendu de dessus son cheval , il rencontra aucuns de ses paroissiens, auxquels il commanda que l'on allùt sonner les cloches, et que chacun vînt à l'église , de celle heure; car il leur vouloit dire aucunes choses nécessaires pour le salut de leurs âmes. L'assemblée fut lantôt faite , et se trouva chacun en l'église. ]\îonseigneur le curé, tout housé et éperonné, vint , bien embesogné^, Dieu le sait : il moula en son prône, et dit les mots qui s'ensuivent : « IMes bons seigneurs , je vous signifie et vous fais asavoir qu'aujourd'hui a éié la veille et solennité de la fête de Pâques fleuries, et de ce jour en huit prochain , vous aurez la veille de la grand' ràque que l'on dit la résurreclion Notrc-Seigncur. ■» Quand ces bonnes gens ouïrent ces nouvelles, commencèrent à murmurer, et eux ébahir très-fort comment ce pouvoit faire. « Moi, dit le curé, je vous apaiserai bien tantôt ; et vous dirai vraies raisons pourquoi vous n'avez que huit jours de Carême à faire vos pénitences pour celte année, et ne vous émayez '■ jà de ce que je vous dirai , et que le Carême est ainsi venu lard. Je tiens qu'il n'y a celui de vous qui ne sache bien et soit records* comment les froidures ont été longues etiq^res, celte année merveilleusement plus qu'oncqucs-mais ; et longtemps a qu'il ne fit aussi périlleux etdangereuxchevauchercommc il a fait t(uit l'hiver pour les verglas et neiges qui ont longuement duré. (>hacun de vous sait ceci être vrai comme l'Evangile. Pourquoi, ne vous donnez merveilles de la longue demourée " de Carême , mais émerveillez-vous ainçois comment il a [)u \enir, mèmemenl que "^
' Qui lui clail nécessaire. — - Affairé. — ^Émouvez.— ''Se souvienne.—'' l'.et.uik'incnt.— ''D'autant plus que.
LES CKNT NOUTKLLES NOUVELLES.
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le choniiii csl In'.^-long, jusciii'à sa nmisoii. Si vous prie que le vucillez tenir pour excusé, el inèiiie i! vous emprie , car inijourd'liui j"ai dîné avec lui 'el leur iioniuia le lieu , c'est à i^av(;ir la ville où il avoit élé). Et pourtant, dit-il, disposez-vous celle scniaitie de venir à confesse, c! de comparoir demain à la procession, comme il est de coutume, et ayez patience cette fois: l'année qui viendra, se Dieu plaît, sera plus douce; par(pioi il viendra plus lot, ainsi qu'il a d'usage chacun an. » Ainsi monseigneur le curé trouva le moyen d'excuser sa simplcsse el ignorance, et leur donna la bénéùic'iun, disant : « Priez Dieu pour moi cl je prierai Dieu pour vous! » Ainsi descendit de son l)rône, et s'en alla à sa maison appointer son bois et ses palmes pour les faire lendeiiiain servir à la procession , cl puis ce fut tout.
NOUVELLE XG.