II
Les Nouvelles de la reine ne Navarre parurent pour la première fois, sans le nom de l'auteur, sous le titre suivant : Histoire des Amans fortunez , dédiée à V illustre princesse madame Marguerite de Bourbon, duchesse de Nivernois, par Pierre Boisteau dit Launay. Paris, G. Gilles, 1558, in-4° de xix et 184 f. Cette édition, la plus rare de toutes, ne contient que G7 nouvelles , non divisées en journées, et leur texte présente un grand nombre de variantes remarquables.
La seconde édition (première complète) est intitulée : L'JIeplaméron des Nouvelles de très-illustre et très-excellente princesse Marguerite de Falois, royne de Navarre, remis en son vray ordre, etc.. dédié à Jeanne de Foix (d'Albret), royne de Navarre,par Claude Gruget. Paris, B. Prévost, ou Caveillie.r, ou Y. Sertenas, 1559, in-4". Autres éditions: Pai is, V. Sertenas ou G. Robinot, 1560, in-4°; — sans indication de lieu ni nom de libraire, 15G0, in-lC; — Paris, G. Kobinot, 15G1, in-lG; — Lyon, I5fil,iii-1G; — Paris, 15C7, in-lC; — Lyon, L. Cloquemin, 1572, in-iG ; — Paris, M. de Roigny, 1574, in-iG; — Paris, G. Robinot, 1576 et 1578, in-4" ; — Lyon, L. Cloquemin, 1578, in-16; — Paris, G. Buon, 1581 , in-lG ; — sur l'imprimé à Paris (Hollande), 1698, 2 vol. pet. in-12 ; — Berne, 1780—81, 3 vol. in-8", fig. de Freudeuberg. Quelques exemplaires ont des titres refaits en taille-douce à la date de 17 92.
Dans toutes ces éditions, on a respecté le style original de l'auteur. Parmi celles où les contes ont été maladroitement retouchéset mis en beau langagej)^' quelques-uns de ces écrivains ignorants qui travaillaient pour les libraires de Hollande à la fin du dixseplièn;e siècle, nous ne citerons que les suivantes, qui sont encore recherchées par les amateurs, à cause
des figures de Romain de Hooge et de Harreweyn : Amsterdam, George Gallet, 1G98, 2 vol. pet. in-8°; — ibid. 1700, pet. in-8"; — ibid. 2 vol. pet. in-8«. L'édition de Z,a Haye (Chartres), 1733, quoique sans gravures, est assez jolie. Les autres réimpressions de ce déplorable beau langage ne méritent pas d'être mentionnées.
Dans une introduction , qu'elle nomme Préface , la reine de Navarre suppose que plusieurs personnes s'étaient rendues , le premier jour de septembre , aux bains de Caulderets , dans les Pyrénées. Au bout de trois semaines, vinrent des pluies si extraordinaires , que « toutes les cabanes et logis dudit Caulderets « furent si remplies d'eau , qu'il fut impossible d'y « demeurer. « Quelques baigneurs sont emportés par la lapidité des torrents qu'ils essayent de franchir; d'autres se réfugient chez des bandoliers (bandits) qui les attaquent au milieu de la nuit; d'autres se perdent dans les montagnes et sont mangés par les ours. Les gentilhommes, dames et damoiselles qui restent encore en vie, après avoir échappé à tant d'accidents, parviennent à se rejoindre, au nombre de dix , à l'abbaye de Nôtre-Dame de Serrance ; et là, pendant dix jours que doit durer la construction d'un pont qu'on leur bcâtit pour traverser le Gave d'Oléron, ils forment le projet de se raconter, chaque jour, dix histoires , pour passer le temps.
La princesse avait l'intention de faire, comme Boccace, un Décaméron , c'est-à-dire cent nouvelles divisées en dix journées ; mais on a donné le nom d'IIeptaméron au recueil de Marguerite, parce qu'elle n'a pu en achever que sept journées et deux contes cte la huitième , ce qui fait un total de soixantedouze nouvelles. On prétend que les vingt-huit autres n'ont jamais existé, quoique les manuscrits de ce recueil portent quelquefois le titre de Décaméron, comme celui qui est cité dans le catalogue du président De Thou.
Des aventures galantes de gentilshommes , de prêtres et de moines ; des séductions de jeunes filles encore novices , et des stratagèmes ingénieux et plaisants employés pour trompei' les tuteurs et les maris jaloux, voilà quels sont à peu près les sujets de la plupart des contes que se débitent tour à tour les interlocuteurs de Nôtre-Dame de Serrance. Quelques critiques chagrins et atrabilaires n'ont vu dans cet ouvrage qu'un impur ramas d'aventures obscènes et d'impiétés révoltantes ; d'autres, plus modérés, y ont fait remarquer une morale peu sévère cachée sous une apparence de simplicité et de piquante naïveté ; d'autres enfin, pour couper court , n'ont trouvé rien de mieux que de se ranger de l'avis de ceux qui pensent que ces nouvelles n'ont jamais été composées par la reine de Navarre ' . Mais aucun des accusateurs
' Sorel est de ce nombre. (Voir Rem. sur le A7n« liv. du Berger extravagant.) Si ceUe hypollièse avait la moindre vrai-
NOTICE SLR MARGLERIJË D'ANGOULEVIE.
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de Marguerite n'a voulu s.ms doute prendre la peine de lire les sages réflexions et souvent les nensécs philosophiques que l'auteur a soin de faire découler de ses contes; à la fin de chacun desquels s'établit entre les auditeurs une longue conversation , où la vieille dame Oysille , qui donne si souvent pâture à son âme de quelque leçon de la sainte Ecriture, ne manque jamais de rappeler le respect dû aux bonnes mœurs et à la leligion.
Il est à peu près certain que Marguerite s'est représentée sous le nom de madame Oysille ; car elle n'a pas composé ces contes dans sa jeunesse 'adjuvenilem œtaleni), comme l'a pensé De Thon ; niais bien dans un âge mûr, lorsquellc eut pris les formes austères et graves du calvinisme, sans altérer le fond d'enjouement qu'elle avait dans l'esprit. Ueaucoup de passages de ['Ileptaméron n'ont pu être éci ils qu'après 1540, et la nouvelle 66 est évidemment postérieure à l'année 154 8. Quant aux personnages qui racontent et qui parlent allernalivement , on peut assurer qu'ils ont existé et (|ue l'on découvrirait, sous les anagrammes âaNonicrfide, h'marsuitle, Dagoucin, Saffredant, Ilircan , e[c., les noms, surnoms ou devises des seigneurs et des dames de la cour de Navarre ; car ce recueil fut sans doute formé de nouvelles racontées par la reine et les personnes de sa cour, dans des veillées au chàleau de Pau ou de Nérac , de même que les Cent A'ouvelles nouvelles avaient été narrées naguère au château de Genappe.
Il y a dans VHeptaméron des nouvelles qui sont véritables, et que l'on peut appuyei' quelquefois du témoignage des historiens. Plusieurs sont relatives à Marguerite elle-même, entre autres la lY^, dont Brantôme nous confirme l'authenticité , bien que la reine de Navarre se soit cachée, dans son récit, sous le nom d'ime princesse de Flandre.
Les manuscrits de VHeptaméron dilTèrent plus ou moins de l'édition de Gruget , qui parait avoir corrigé le style original , retranché (]uantilé de passages trop violents contre les moines et les prêtres catholiques, changé des contes entiers et mis l'ouviage inachevé en état d'être publié. Cependant une édition faite sur les manuscrits de la Bibliothèque du Roi ne serait pas inutile pour établir le véritable texte de ce livre, que nous n'avons pas encore tel que la reine de Navarre l'a composé, mais qui doit beaucoup aux soins intelligents de ses premiers éditeurs, Pierre Boaisteau et Claude Gruget.
semblance, comment Claude Gruget, qui avait été valet de cliambre de Marguerite, aurait-il pu dire, dans sa dédicace de VHeptaméron à Jeanne d'Albret : « Je ne me fusse ingéré , Madame, vous présenter ce livre des Nouvelles de la feue reine, vo(re mère, si la première édiliou n'eût omis ou celé son nom ? »
On conserve, à la Bibliothèque du Roi, trois volumes in-folio des Lettres manuscrites de Marguerite de Valois , parmi lesquelles il s'en trouve de fort intéressantes pour l'histoire de son époque. La Société de l'Histoire de France \a les publier.
On a imprimé, à la suite de deux éditions du Miroir de l'âme pécheresse, Paris, A. Augereau, 1533, pet. in- 8°, et Lyon, Le Prince, 1538, même format, un petit ouvrage intitulé : Briefce doctrine pour deuement escriprc selon la propriété du langaige françoys. Cet opuscule n'est pas de Marguerite, mais très-probablement de Bonavenlure des Periers, dont on reconnaît les idées sur la langue, en admettant qu'il soit l'auteur des Discours non plus mélancoliques que divers , que M. Charles Nodier lui attribue avec raison.
On lit dans Brantôme, que les belles devises gravées sur les joyaux donnés par François l" à madame de Chàteaubriant, avaient élé composées par la reine de Navarre. {Dames galantes.)
Bayle dit que ijuclqu'un avait marqué de sa main, sur un exemplaire du Tombeau de Marguerite de Falois , que cette princesse était « l'auteur d'un li- « vre intitulé les Méditations pieuses de l'âme « chrétienne, qui fut traduit en anglois par la reine « Elizabeth et imprimé à Londres, in-S", l'an I5i8. » Le savant et infatigable M. Brunel n'a point oublié, dans ses Nouvelles Recherches bibliographiques , de mentionner ce volume, de la plus grande rareté. Eq voici le véritable litre en vieil anglais : Agodly medytacyon ofthe Christen Sowle...compyledin Frenche by Lady Margarete, Queneof Navarre, and aptely translatedinto Englyshby the ryght vertuoseLady Elyzabelh, daughter to our late soveraync, Kyng Henri the FUI. — Imprinted in the yeare qf our Lorde, 1548, in Jpryll ; pet. in-8°. C'est sans doute une imitation du Miroir de l'âme pécheresse.
On connaît un roman réimprimé plusieurs fois sous le litre d'Histoire de Marguerite de f'alois (par M"« de La Force), 1C96 et autres éditions ; il roule sur les amours de celle princesse avec le connétable do Bourbon. L'auteur d'un autre roman, plus faux et plus mauvais encore , intitulé Histoire secrète du connétable de Bourbon (par Baudot de Juilly), 1G9C, renchérit sur celle idée, en donnant à Maiguerile un amour [égal à celui qu'elle inspire au connétable.
Il existe aussi une rapsodie grossière publiée par le chevalier de IMouhy ; ce sont les Mille et une faveurs, contes de cour, tirés de l'ancien gaulois par ta reine de Navarre, Londres, 1740, 8 vol, in-i2 et autres éditions.