‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 6 sur 118 · NOTICE SUR JACQUES YVER · texte numérisé non relu

NOTICE SUR JACQUES YVER

Jacques Vvei', seigneur de Plaisance cl de la Bigollièie, gentillioinme poitevin, naquit vers iSiO '. II avait sans doule pris part aux guerres de religion, dans l'année du prince de Coudé et de l'amiral Co- Jigny -; pendant les deu\ années de calme qui précédèreul le massacre de la Saint-Barthélemi, il écrivit son seul ouvrage, le Printemps d'Vver, dans lequel il se montre tour à tour poêle et romancier. Ce fut après le traité de paix du mois d'août 1570, qu'il se trouva dans une société où l'on vantait la prééminence des écrivains italiens sur les écrivains français, en prétendant que ceux-ci étaient plus habiles à les traduire qu'à les imiter : « Je soutenois leur mérite, raconle-t-il lui-même, contre un qui , niéjjiisant les esprits des François, disoit qu'ils ne vivoienl que d'emprunts, couvant les œufs pondus par les autres, et se contentant bien d'aller mendier la mercerie d'autrui, pour la rapelasscr et en faire après (luclque montre à leur nation ; comme si, affamés, nous amassions les miettes qui tombent sous la somptueuse table de ces magnifi(|ues, pour nous faire bonne bouclie! En quoi ai senti mon âme si offensée, (|ue longtemps depuis j'ai su un peu mauvais gré à la IS'aiuie de ce qu'elle n'a fait ce bien à l'ouïe, comme elle a fait aux yeux, de recevoir les paroles agréables et clore la porte aux fâcheuses; et afin de venger l'outrage qu'alors elles firent à mon cœur, le sincère zèle que j'ai à l'honneur de ma paliie (lerpjel je vois aui'unement violé) m'a donné envie et hardiesse d'essayer à montrer ([ue nous ne sommes plus stériles en belles inventions que les étrangers, et qu'avons bien de quoi récréer et soulager l'ennui qu'apporte l'oisivelé, par les discours nés en France et h.ibillés à !a française. »

Il se mit donc à l'œuvre et composa cinq liisloires racontées en cin(i journées, au chàleau du Ftinleinps, qui doit être le célèbre château de Lusign.m. Les cinq liistoii es sont [)lacées dans un cadre analogue à celui ûeVHeptaméron .- la dame du chàleau, qui est veuve

' M. Weiss a pris la responsabililé li'uue date évidcnimenl fautive (i5Jo), dans l'article de la Ulog. univ.Sur \e.l\uc tie plusieurs éditions du Priiittiiips, l'auteur est nommé seigneur de la liiqotirie et non de la Hi(joiliére.

' Dans son ouvra;;e, il déplore sans cesse les troubles et les déchiremeuls de la France; mais ou peut inférer de plusieurs passages, qu'il était protestant.

et qui a une lille nommée Marie et une nièce nommée Marguerite, toutes deux accomplies en toutes les parties de beauté et bonne grâce, reçoit chez elle trois gcnlilshomnies de ses amis , les sieurs de Hel-Accueil, de Fleur-d'Amour et de Ferme-Foi, qui viennent se reposer des fatigues de la guerre civile en s'ébattant dans le parc du château et en faisant de belles dissertations sur l'amour, entremêlées de narrations romanesques et historiiiues. Cet ouvrage est écrit avec beaucoup d'inégalité, et le mauvais goût du temps s'y produit souvent par des italianismes de langage, par un abus conlinuel de figures el par une recherche singulière de pensées; mais, en revanche, on y remarque des nanalions fort bien faites, des idées gracieuses , et une teinte poétique qui colore les descriptions, il y a aussi quelques [lièces de vers que Ronsard n'eût pas déîa\ouées. Le Printemps d'Vver esl d'aulant plus remarquable , qu'on ne savait pas encore , à celle époque , créer une fable et la développer dans de sages proporlions. La première histoire a plus de charnje et d'inléièt que les autres.

Jacques Yver avait un frère nommé Joseph et une sœiu' nommée Marie, qui faisaient aussi de jolis vers ', et qui furent sans doule les éditeurs de son livre, car il mourut avant que l'impression lut achevée, peut-être victime de la Saint-Barthelemi, qu'il semblait prévoir dans son ode ou Complainte sur les misères de la guerre civile. Ses contemporains plaignirent sa mort |irémalinée, el les faiseurs d'anagiannnes découvrirent dans son nom celle devise qui semblait lui promellrc l'iMimoitalilé: J'acquiers vye.

La prernièieéiiilion, intitulée le Printemps d'Vver, contenant cinq histoires discourues par cinq journées en une noble compagnie au château du Printemps, fut imp iniée à l'aiis, in-16, par Abel l'Angelier, en 1572. Elle a été suivie de plusieurs aiiires, qui prouvent la vogue de ce recueil à la lin du seizième siècle : Paris, Euelle, 1574, in-iG ; Anvers, 1576, in-12; Paris, Bord, 1578, in-8 ; Pans, Moreau, 1588 , in-i 2 , grosses lettres ; Paris, Nicolas Bonfons, 1588, in-lG ; Lyon, lîigaud, in-l6, peliles lettres. iXous croyons que la dernière édition esl celle de Rouen, Nie. Angot, uns, petil in-i2.

' Voyez ces vers ou tête du Prinicmps d'ïccr.

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