‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 55 sur 118 · LE TESTAMENT CYNIQUE · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT CYNIQUE

La quairc-vinst-seizième nouvelle traite d'un simple et riclie curé de villagr, qui par sa simplessc avoit cnlern* son cliicn au cimetière ; pour laquelle chose, il fut cité par devant son t'Véque, et comme il bailla la somme de cinquante écus d'or audit évoque, et de ce que l'évOque lui en dit, comme pourrez ouïr ci-dessous.

Raconter je vous vucil ce qifadvinl l'aulre hiver à un simple curé de village. Ce bon curé avoil un chien quMl avoit nourri et gardé, qui tous les autres chiens du pays passoit sur le fait d'aller en l'eau quérir le vireton '^, et à Toccasion de ce, son maître Taimoit tant , qu'il ne scroil pas léger à conter combien il en éloit assolé. Advint toutefois , je ne sais par quel cas , ou s'il eut trop grand chaud , ou trop grand froid, toutefois il fut malade et mourut. Que fit ce bon curé? Lui, qui son presbytère avoit tout contre le cimetière , quand il vit son chien trépassé, il pensa que grand dommage seroit qu'une si sage et bonne bète demouràt sans sépulture ; et, pour tant, il fit une fosse assez près de l'iiuis de sa maison et là l'enfouit. Je ne sais pas s'il en fil une de marbre et pardessus graver une épilaphe; si m'en lais. Ne demoura guère longlemps, que la mort du bon chien du curé fût par le village annoncée et tant répandue , qu'aux oreilles de l'évèquc du lieu parvint, et de sa séj)ulture faite que son maître lui bailla. Si le manda vers lui venir, par une belle citation par un chicaneur =. « lîélas I dillecuré,et qu'ai-jc fait, qui suis cité d'office.^'— Quant à moi, dit le chicaneur, je ne sais qu'il y a , se ce n'est pourtant que vous avez enfoui votre chien en terre sainte, où l'en met les corps des chrétiens. — lia ! se pense le curé, c'est cela. » Or, lui vint en tète qu'il avoit mal fait , et que s'il se laisse emprisonner, qu'il sera écorclié. car monseigneur l'évéque est le l)lus convoilcux de ce royaume, et si a gens auloiu- de lui qui savent faire venir l'eau au moulin , Dieu sait comment. Il vint à sa journé(> % et, de phnn bond, s'en alla vers monseigneur révècpie, (jui lui fit un grand prologue pour la sépulture du bon chien. Et sembloit à l'ouïr que le curé eût pis fait, que d'avoir renié ÎHeu. Et après tout son dire, il commanda qu'il fût mené en sa prison. (}uand monseigneur le curé vit qu'on le vouloit l)outcr eu la boîte

' De chien. — - FIcclio. — * A son ajourncincrit.

Iliiissicr ou iiroturi'iir.

aux cailloux ' , il fut plus ébahi qu'un canel = , et requit à monseigneur l'évéque, qu'il fût ouï; lequel lui accorda. Et devez savoir qu'à cette calenge =^ étoient grand' foison de gens de bien et de grand' façon , comme l'ofiicial , les promoteurs, le scribe, notaires, avocats, procureiu-s, et plusieurs autres, lesquels tous ensemble grand' joie menoient du cas du bon curé, qui à son chien avoil donne la terre sainte. Le curé, en sa défense et excuse, parla en bref et dit en vérité : « IMonseigneur, se vous eussiez autant connu mon bon chien ( à qui Dieu pardoint!) connue j'ai fait, vous ne seriez pas tant ébahi de la sépulture que je lui ai ordonnée , comme vous êtes ; car son pareil , comme j'espoire, ne fut jamais trouvé, ne sera. r> Et lors commença à dire baume de son chien : « 7\ussi pareillement, s'il fut bien sage en son vivant , encore le fut plus à sa mort ; car il fit un très-beau testament, et pource qu'il savoit votre nécessite et indigence, il vous ordonna cinquante écus d'or que je vous apporte. « Si les lira de son sein, et les bailla à l'évéque, lequel les reçut vouleuliers , et lors loua et approuva les sens du vaillant^ chien, ensemble son testament, et la sépulture qu'il lui bailla.

NOUVELLE XGVII.

LE HAUSSEUR **.

La qualre-vingt-dix-seplième nouvelle traite d'une assemblée de lions compagnons faisant bonne chère à la taverne, buvant d'autant et d'autel, dont Fun d'iceux se combattil à sa femme, quand à son hôtel il fut retourné, comme vous cirez

ci-dessous.

Advint, naguère, qu'étoit une assemblée do compagnons faisant bonne chère en la taverne et buvant d'autant ; et quand ils eurent bu et mangé , et fait si bonne chère jusques à louer Dieu et aussi usque ad Hehrœos " la plupart, et qu'ils curent compté et payé leur écot , les aucuns commencèrent à dire : « Comment nous serons fcstoyés de nos femmes, quand nous retournerons à l'hôtel? — Dieu sait que nous ne serons pas excommuniés 1 — On parlera bien à nos barbes ^ — Notre-Dame ! dit l'un, je crains I)ien à m'y trouver.' — Ainsi m'aid' Dieu! dit l'a'titro ; aussi fais-je moi , je suis tout sur

' (Vcsl-à-dirc, en prison. — ^ relit canard. ' Débat judiciaire— ' Qui vaut beaucoup, méritant. " L'enchérisseur.

'• Jeu de mois sur ce Icxle des Tsaumes, où le mot llebrcros fait équivoque avec ebrios, i\rc5. ' C'csl-à-diic, on nous arrachera les poils de la barbe.

LES CENT NOUVELLES NOUVELLES

(rouir la Passion '. Pliil à Dieu que ma femme fût mule*! je bcuverois troi) plus liardiment que je ne fais. » Ainsi disoicnl frùslous, fors l'un d'eux qui éloil bon compagnon, qui leur alla dire : « Eh ! comment , beaux seigneurs , vous ôles lous bien malheureux, qui avez tous chacun femme, qui si fort vous rei)rcnd d'aller à la taverne, et est tant mal contente, que vous buvez ! Par ma foi ! Dieu merci, la mienne n'est pas telle. Car si je buvois dix , voire cent fois le jour, si n'est-ce pas assez à son gré-, bref, je ne vis oncques qu'elle n'eût voulu que j'eusse plus bu la moitié. Car quand je reviens de la taverne , elle me souhaite toujours le demourant du tonneau dedans le ventre, et le tonneau avec: si n'est-ce pas signe que je boive assez à son gré. » Quand ses compagnons ouïrent cette conclusion, ils se prindrentà rireet louèrent beaucoup son conte, et sur ce, s'en allèrent tous, chacun en sa chacune. Notre bon compagnon, qui le conte avoit fait, s'en vint à l'hôtel, où il trouva peu paisible sa femme, toute prête à tancer, qui, de si loin qu'elle vit venir, commença la souffrance accoutumée, et, de fait, comme elle souloit, lui souhaita le dCmourant du vin du tonneau dedans le ventre. « La vôtre merci, ma mie! dit-il, encore avez meilleure coutume que les autres femmes de cette ville -, elles enragent de ce que leurs maris boivent , ne tant ne quant, et vous , Dieu le vous rende! voudriez bien que je busse toujours ou une bonne fois, qui toujours dura!. — Je ne sais , dit-elle, que je voudrois, sinon que je prie à Dieu que tant buvez un jour que crever en puissiez, m Comuie ils se dcvisoient ainsi doucement que vous oyez, le pot à ia porée, qui sur le feu étoit, commence h s'enfuir par dessus, pource que trop âpre feu avoit, et le bon homme, qui voyoitquesa femme n'y metloit point la main , lui dit : « Et ne voyez-vous, dame, ce pot qui s'enfuit? » Et elle, qui encore rapaiséc n'étoit , répondit : « Si fait, sire, je le vois bien. — Or, le haussez ; Dieu fvous mette en mal an ! — Si ferai-je , dit-elle; je le hausserai', je le mets à sept deniers. — Voire, dit-il, dame, est-ce là réponse? haussez ce pot, de par Dieu ! — Eh bien ! dit-elle, je le mets à sept sols 5 est-ce assez haut? • — lien! lien! dit-il, et par saint .Tean ! ce ne sera pas sans trois coups de

• L'dvangilc de la Passion cfl d'inio interminable lonpucnr. — * MucUc. — ' EnchiTlrai.

bâton. )) El il choisit un gros bâton , et en décharge de toute sa force strr le dos de madamoiselle , en disant : « Ce marché vous demeure ! )) Et clic commença à crier alarme , tant que les voisines s'y assemblèrent, qui demandèrent que c'étoit, et le bon homme raconta Thisloire comme elle alloil , dont ils rirent tréslous, fors elle à qui le marché demoura.

NOUVELLE XCVIIL

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