‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 58 sur 118 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Lcl'emps, glouton dévorateur de riiumaine excellence, se rend souventefois coutiimier (tant nous est-il ennemi) de suffoquer la gloire naissante de plusieurs gentils esprits , ou ensevelir d'une ingrate oubliance les œuvres exquises d'iceux : desquelles si la connoissance nous éloit permise, ô Dieu tout bon. quel avancemenl aux bonnes lettres I De cette injure, les siècles anciens , cl nos jours mômes, nous rendent épreuve plus que suffisante. Et vous ose lîicn

' Tous ces contes ne sont pas de Lonavculure des l'criers, quoique publics sous son nom, après sa mort ; les éditeurs, Jacciucs Pelletier et rsicolas Denisot, en ont ajouté plusieurs à la première édition, donnée par Antoine Dumoulin en 1548. Voyez la Notice préliminaire.

'^ ])cssinés. — ^ Interrompu.

* Cet avertissement doit être d'Antoine Dumoulin , éditeur des a' u\rcs puOliqucsdumciucUyu.dcsrciicrs.

persuader, ami lecteur, que le semblable fût advenu de ce présent volume , duquel demourions privés sans la diligence de quelque vertueux personnage, qui n'a voulu soutïVir ce tort être fait, cl la mémoire de feu Bo.nave.n- TLRE desPeriehs, cxccllcnt orateur et poêle, rester frustrée du los ' qu'elle mérite. Or, l'ayant arraché de l'avare main de ce faucheur importun , je vous le présente avec telle éloquence, que chacun connoît ses autres labeurs être doués. D'une chose je m'assure, que l'ennuyeux pourra abbayer ^ à l'enconlre tant qui! voudra, mais y mordre, non. Davantage ', le fronl télrique ' ici trouvera de quoi dérider sa sérénité, et rire une bonne fois : tant est gentille la grâce de notre auteur à traiter ses facéties. Les personnes tristes et angoissées , s'y pourront aussi heureusement récréer et tuer aisément leurs ennuis. Quant à ceux qui sont exempts de regrets et s'y voudront ébattre , ils sentiront croître leur plaisir en telle force, que le rude chagrin n'osera entreprendre sur leur félicité; se servant de ce discours comme d'un rempart contre toute sinistre fâcherie. De faire à notre âge offre de chose tant gentille, je l'ai estimé convenable, mêmement en ces jours tant calomnieux " et troublés. Votre office sera, débonnaire lecteur, de le recevoir d'une main affable, et nous savoir gré de notre travail : lequel sentant bien reçu, serons excités à continuer en si louable exercice , pour vous faire jouir de choses plus ardues et sérieuses. Adieu.

De Lyon, ce 25 de janvier 1538.

' Éloge, renommée. — * Pour ahboyer.

■' De plus, en outre. — ' Triste, chagrin, morose.

■^ Diaboliques, rcut-élrc faul-il lire calamileux.

184 VIEUX CONTEUIIS FRANÇAIS.

NOUVELLE L

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