‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 70 sur 118 · I-a mort pour moi est bonne, à mon avis · texte numérisé non relu

I-a mort pour moi est bonne, à mon avis

Mais seulement pour loi seule je vis.

Pour vivre donc il me faut alléger

Mon pauvre cœur, cl du fait soulager,

Qui est à lui el à moi importable :

De le montrer mon amour véritable.

Qui est si grande, el si bonne et si forte

Qu'il n'y en eul oncques de telle sorte.

Que diras-tu 1' O parler Irop hardi !

Que diras-tu '.' Je le laisse aller, dis.

Pourras-lu bien lui donner connoissancc

De mon amour? Las, tu n'as la puissance

D'en remontrer la millième part!

Diras-tu point, au moins, que son regard A retiré mon cœur de telle force,

Que mon corps n'est plus qu'une morte écorce

Si par le sien je n'ai vie el vigueur ?

Las ! mon parler, foibic et plein de langueur,

Tu n'as pouvoir de bien au vrai lui peindre

Comment son œil peut un bon cœur contraindre ,

Encore moins, à louer sa parole.

Ta puissance est pauvre, débile, molle!

Si tu i)Ouvois, au moins, lui dire un mot,

(Hii bien souvent (comme muet el sol)

Sa bonne grâce el vertu me rendoit.

Et, à mon œil qui tant la regardoit,

Faisoit jeter par grand amour les larmes,

Et il ma bouche aussi changer ses termes:

Voire et en lieu de dire que l'aimois.

Je lui parlois des signes el des mois,

El de l'étoile arctique et antarctique...!

O mon parler, lu n'as pas la pratique

De lui conter en quel élonneinent

iVIc metloi\lors mon amoureux tourment;

De dire aussi mes maux et mes douleurs.

11 n'y a pas, pour vrai, tant de valeurs

De déclarer ma grande et forte amour :

Tu ne saurois me faire un si- bon tour;

A tout le moins , si tu ne peux le tout

Lui raconter, i)rends-toi à quelque bout.

VA dis ainsi : « Crainte de le déplaire

Jl'a fait longtcm])S, malgré mon vouloir, taire

Ma grande amour, qui, devant ton mérite.

Et devant Dieu el ciel, doit être dite;

Car la vertu en est le fondement

Qui me rend doux mon trop cruel tourment,

Vu que l'on doit un tel trésor ouvrir

Devant chacun el son cœur découvrir.

Car ([ui pourroit un tel amant reprendre

D'avoir osé ou voulu entreprendre

D'acquérir darne, en qui la vertu toute,

Voire et l'honneur fait son séjour sans doute?

LES NOUVELLES DE LA REINE DE NAVARRE

Mais, au contraire, on doit bien fort blâmer

Celui qui voit un lel bien sans l'aiuier.

Or, l'ai-jc vu et l'aime d'un Ici cœur,

Qu'amour sans plus eu a été vainqueur.

Las ! ce n'est point amour léger ou feint

Sur fondement de beauté, fol et peint;

Encore moins, cet amour qui me lie

licgarde en rien la vilaine folie.

l'oint n'est fondé en vilaine espérance

D'avoir de toi aucune jouissance ;

Car rien n'y a au fond de mon désir

Qui contre toi souhaite aucun plaisir.

J'aimcrois mieux mourir en ce \oyagc,

Que le savoir moins vertueuse ou sage,

Ne que pour moi fut moindre la vertu

Dont Ion corps est et ton cu-ur revêtu.

Aimer le veux comme la plus parfaite

Qui oncques fut ! l'arquoi, rien ne souhaite

Qui puisse ôler cette perfecliou ,

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