‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 74 sur 118 · V.n Ici travail durant ce temps donné · texte numérisé non relu

V.n Ici travail durant ce temps donné

Que l'incrédule a, par le lemps pu voir

Ce que l'amour ne lui a fait savoir.

Le lemps, lequel avoit fait l'amour iiaiUe,

Dedans mon eocur l'a montré enfin élrc

'i'oul kl qu'il est ; parquoi , en le voyant,

iNe l'ai connu tel 'jommc en le croyant.

Le temps m'a fait voir sur ([uel fondomcnl

Mon cœur vouloit aimer si fL-rmcmcnl :

Ce fondement étoil voirc beauté,

.Sous qui éloit couverte cruauté.

Le temps m'a fait voir heaulé élre rien,

1,1 rrunulé cause de tout mon l)icn ,

l"ar M"i je fus de la beauté cliassé,

Dont le regard j'avois lant pourcliis.M*.

.\e \ouint jilus voire licauté tant belle,

.l'ai mieux senti voire rigueur rebelle.

.le n'ai laissé vous obéir |)ourlanl.

Dont je me liens trés-bcurcux el content,

Vu <|ue le lem[is, cause de l'amitié.

A eu de moi, par la longueur, pilié,

Ln me faisant un si lionnéle lour.

Que je n'ai eu désir de ce retour,

Fors scu'ement pour \ous dire en ce lieu ,

Non un bonjour, mais un parfait adieu.

Le temps Tn'a fait voir amour, et nu

Tout tel qu'il esl, et d'ond il est venu ;

El, par le temps, j'ai ce Icmiis regretté

Autant ou plus qiic l'avois souliailé,

Conduit d'amour, qui aveugloit mes sens ,

Dont rien de lui, fors regrets, je ne sens;

Mais, en voyant cet amour décevable.

Le lemps m'a fait voir l'amour véritable ,

Que j'ai connu en ce lieu solUaire ,

Où parsept ans m'a fallu plaindre el taire.

J'ai, [lar le lemps, connu l'amour d'en liaul.

Lequel connu, soudain l'aulrc défaut.

Par le temps, suis du tout à lui rendu,

VA, i)ar le lemps, de Tautre défendu :

Mon cœur et corps lui donne en sacrifice,

Pour faire à lui, el non à vous, service.

Kn vous servant, rien m'avez estimé,

El j'ai le rien, en oirensanl, aimé.

Mort me donnez pour vous avoir servie ,

Et, le fuyant, il me donne la vie.

Or, parce temps, amour plein de bonté,

A l'autre amour si vaincu et dompté ,

Que, mis à rien, est retourné en vent.

Qui fut par moi trop doux cl décevant.

,Ie le vous quitte et rends du toul entier,

N'ayant de lui ne de vous nul métier ',

Car l'autre amour parfait et perdurable

Me joint en lui d'un lien immuable:

A lui m'en vais, là me veux asservir

Sans plus ne vous ne votre dieu servir.

Je iircnds congé de cruauté, de peine,

El (lu tourment du dédain, de la baine.

Du feu brûlant dont vous êtes remplie.

Comme en beauté Ircs-parfaile accomplie.

Je ne puis mieux dire adieu à tous maux,

.\ tous mallicurs el douloureux travaux,

El à l'enfer de l'amoureuse femme,

(lu'en un seul mol vous dire : « Adieu, madame ; »

Sans nul espoir, où que sois ou soyez,

(^ue je vous voie, ou que i)lus me voyez.

Celte épîlrc ne fui pas lue sans graïu'es larmes el étonnement , acrompagné d'un 10grel incroyable, car la perte qu'elle avoit fiile d'un serviteur rempli d'une amour si parfaite devoil être eslinu'e si grande, (jue son trésor ni même son royaume ne lui pouvoient ôter le litre dêlre la i)Ius pauvre el misérable dame

' Ucsoin.

YIELX CONTEURS FRANÇAIS.

du monde, pourcc qucilo avoil perdu ce que tous les biens nei)euvent recouvrer. Kl, après avoir ouï la messe et relourué eu sn cliar.ibrc, lil un lel dueil que sa eruaulé mériloil. Et n'y eut montagne, rocher ne forèl où elle n'envoyât chercher cet erniile ; mais (Ichii qui l'a- >oil tiré de ses mains le unida d'y tomber et le mena plus loi en paradis, ([uelle n'en sut avoir nouvelle en ce monde.

«Par cet exemple, ne doit nul serviteur con-

Icsser ce qui lui peut nuire et en rien aider.

Et encore moins, mesdames, par incrédulité ,

devez-vous demander i)reuve si dillicile qu'en

l'a\anl vous i)erdie/ votre herviteiu". — \rai-

meid , Dagoucin , dit Cucbron, j'avois toute

nia vie ouï cslirnei' la dame, à qui le cas est

advenu, la plus vertueuse du monde, mais

maintenant, je la tiens la plus Toile et cruelle

qu'oncques lui. — Toulelois, dit Parlamente,

il me sendjic qu'elle ne lui laisoil [)oint de

tort de vouloir éprouver sept ans s'il aimoit

autant (|u'il disoit, car les hommes ont tant

accoutumé de mentir en i)areil cas, qu'avant

que s y lier si lier s'y faut), on ne peut faire

hop longue i)reuve. — J^es dames, dit llircan,

sont bien plus sages qu'elles ne soùloienl, car,

en sept jours de preuve, elles ont autant de

sùielé d'im serviteur, que les autres avoienl

par sept ans. — Si en y a-t-il, dit Longarinc, en

cette compagnie, que l'on a aimé plus de sept

ans à toutes preuves d'arciuebuses; encore n"a-

l-on su gagner leur amilié. ■ — Par Dieu ! dit

Simontault, vous dites vrai; mais aussi les

doit-on mettre au rang du vieux temps, car

au nouveau ne sont-elles pas reçues. — Encore ,

dit Oisilie , fut bien tenu le genliihomine à la

dame, par le moyen de laciuelle il relourna en-

lièrement :ion cœur à Dieu. — Ce lui fut fort

giaud heur, dit Saiïredant, de trouver Dieu

par les chemins, car, vu l'ennui où il éloit, je

m'ébahis qu'il ne se donnât au diable. »

Émarsuille lui dit : <( El quand vous avez été

maltrailéde voire dame, vous êtes-vous donné

à tous les diables i' — 3Iille et mille fois je

m'y suis donné, dit Satlredant ; mais le diable,

voyant que tous les lourmenls d'enfer ne pou-

\oicnl faire pis que ceux qu'elle me donnoit,

ne me daigna jamais prendre, sachant qu'il

n'est point diable [)lus inq)orlable qu'une dame

l»ien aimée el (pii lu' veul poiid aimer. — Si

jélois vous, dit Parlamente à Salfredanl, avec

telle opinion que vous avez, jamais je ne serois femme. — Mon affection a toujours élé telle, dit Saluedant, et mon erreur si grande, que, là où je ne puis commander, encore me liensje Irés-hcureux de servir-, caria nialice des femmes no peut vaincre lanu^ur cpie je leur porte. iMais , je vous prie, dites-moi en votre conscience , louez-vous celte dame d'une si grande rigueur? — Oui , dit Oisilie, car je crois qu'elle ne vouloit èlre aimée ni aimer. — Si elle n'avoit celte volonté , dit Simoidault, pourquoi donc lui donnoit-elle quelque espérance après les sept ans passés ? — Je suis de votre opinion, dit Longarine, car celles qui ne veulent aimer ne donnent nulle occasion de continuer lamour qu'on leur porte.' — Peutèlre, dit Nomcrlide , (pTelie en aimoil un autre qui ne vaioit pas cet honnête homme, et que pour un pire elle laissa le mcillein*. — Par ma foi! dit SalTredant, je pense qu'elle faisoil provision de lui pour le prendre à l'heure qu'elle laisseroit celui que pour lors elle aimoit le mieux. — Je vois bien, dit Oisilie, que tant plus nous melirons ces propos en avaid, et plus ceux qui ne veulent être maltraités diront de nous le pis qui leur sera possible. Parquoi, je vous prie, Dagoucin, donnez votre voix à quelqu'un. — .Te la donne, dil-il , à Longarine, élan! assuré qu'elle nous dira quelque chose de nouveau, el si n'éi)argnera homme ne femme pour dire la vérité. — Puisque vous m'estimez si véritable, dit Longarine, je prendrai la hardiesse de raconter un cas advenu à un bien grand prince el lequel passa en vertu les autres de son temps. Sachez aussi que la. chose dont on doit moins user sans exirème nécessité est mensonge el dissimulation, car c'est un vice bien laid el inCàme, principalement aux princes et grands seigfieiu's, en la l)0uche et coiitenance desquels la vérité est mieux séante qu'en autre lieu. iMais il n'y a si grand prince en ce monde, combien qu'il ait tous les grands honneurs et richesses qu'on sauroit désirer, (lui ne soil sujet à l'empire et tyrannie d'Amour ; ensemble que ' plus le prince est noble el de grand cœur, plus Amour fait son effort de l'asservir sous sa forle main , car ce glorieux dieu ne tient compte des choses communes, et ne prend I)laisir, Sa i>Iajesté, ({u'à faire tous les jours

' Kii outre que, en même temps (|iie.

LES NOUVELLES I)E LA llEIPsE DE NWAURE.

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miracle^ , comnio (rn(Toil)Iir les forts , forlifior les foibics , doniipr inlolligoiicc aii\ ignoranls, ôlcr le sons aux plus sages, favoriser aux passions, driruirc la raison, de. T'reri'ainourcuse (livinilé prend [)!aisir en telles niutalions • et pourec rpie les princes n'en sont exempts, aussi ne le sonl-ils de la nécessité en laquelle les met le désir de la serviludc d'Amour. Et, par force, leur est non-seulemenl permis user de mensonge, liyi)ocrisie et ficlion , qui sont les moyens de vaincre les ennemis, selon la doctrine de maîlre .Toan de AFeung'.Or, puisqu'on lel aclc d'un prince est la condilion qui en tous auires est à déseslimer, je vous raconterai les invenlions d'un jeune piince, par lesquelles il trompa ceux (pii oui accoutumé de tromper tout le monde, d

NOUVELLE XXV

Sulilil moyen, (loiil ii'Joil un grand prince pour jouir do la fciiiiiic (l'un avocat du l'aris '.

En la ville de Paris, y avoil un avocat plus estimé que neuf hommes de son état-, et, pour ftrc cherché d'un cliacun , à cause de sa sufTisance, étoit devenu le plus riche de tous ceux de sa robe. ÎMais, voyant qu'il n'avoit eu nuls enfants de sa première femme, espéra d'en avoir d'une seconde ;ct, combien que son corps fût vieil, son cœur ne son espérance n'éloient point morts : qui lui fil choisir une fiUo dans la ville, de l'Age de dix-huit à dix-neuf ans, forl belle de visage et de teint, el encore plus, de taille et de bon point. Laquelle il aima et traita le mieux qu'il fut possible, et n'eut d'elle non pliis d'enfants, que di; la première ; dont, ù la longue, ellese fAflia. Parquoi, la jeunesse, qui ne peut porter long ennui, lui (il chercher récréation ailleurs qu'en sa maison, en allant aux danses et banquets, lonterois si honnêtement, que son mari n'en pouvoit prendre mauvaise opinion ; car elle étoit toujours en la compagnie de colles en qui il avoit fiance. Un jour, qu'elle

• Aiili'iir (lu CL'lébrc Roman île la Rose, commencé par Guillaume de I.oriis, dit Clopine! , au commenccmcnl du Irciziémc siècle. Ce roman clail rcg.Trdo nu moyen iigc comme le code de l'amour.

^ Ce (jra)i(l prince doil être François I", qui fui, en clTct, amoureux de la femme d'un avocal nommé J.a J''cron. Celle femme , dilc la belle J''cronicre, sérail , selon la Iradilion, la cause involonlaire de la morl de son royal amanl, par suite d'une liorrible vengeance de son mari jalou.\.

étoit en une noce, s'y trouva un bien grand prince, qui, eu me faisant le conte, mi> défendit le nommer. Si vous puis-jc bien dire que c'éloil le plus beau et de la meilleure grAce qui ait été devant ne qui , je crois, sera après en ce royaume. Ce prince, voyant celle jeune dame, de laquelle les yeux et la contenance l'invitèrent à l'aimer, vint parlera elle d'un tel langage et de telle grAce, qu'elle eût volontiî-rs commencé cette harangue, el ne lui dissimula point que de longtemps elle avoil en son c(eur l'amour dont il la prioit et qu'il ne se donnât |)oin! de peine pour la p;rsuader à une chose, où, par la seule vue, amour l'avoil fait consentir. Ayant ce jeune prince, par la naïveté d'amour, ce qui mériloil bien être accpiis par le temps, renjercia le dieu qui le favorisoit \ el, depuis cette heure-lA, pourchassa si bien son affaire, qu'ils accordèrent ensemble le moyen comme ils se pourroienl voir hors de la vue des autres. Le lieu et le temps accordés, ce jeune princewie faillit de s'y trouver, et, pour g;\rder l'honneur de la dame, il y alla en haljit dissimulé. ?.îais, à cause des mauvais garçons ' qui couroient la nuit par la ville, auxquels ne se vouloit faire connoîlre. print en sa compagnie quelques genlilsliommes A qui il se fioil ; et, au commencement de la rue où elle demcuroil, les laissa, disant: « Si vous n'oyez point de bruit dans un quart d'heure, retirez-vous en vos logis, et, sur les trois ou quatre heures, revenez iei me quérir. » Ce qu'ils firent, et, n'oyanlnn! bruit, se reliièrenl. Le jeune prince s'en alla tout droit chez son avocat et trouva la porte ouverte, comme on lui avoil promis; mais, en montant le degré, rencontra le mari, qui avoit en sa main une bougie, duquel il fut |)lus tôt vu qu'il no le put aviser. Toutefois amour, qui donne entendement et hardiesse où il baille les nécessilés, fit ([ue le jeune prince s'en vint droit à lui et lui dit : « ÎMonsieur l'avocat, vous savez la fiance que moi et tous ceux

' On appela mauvais garçons une Itande considérable de voleurs (pii s'élaienl rassemblés dans les bois aulour de Taris, durant la caplivilé de François l " en F.spagnc, el qui venaienl, la luiil, porter le pillage el l'incendie an milieu de la ville. Ils eurent plusieurs engagemens avec les troupes régulières que la régente envoya contre eux ; on prit el l'on exécuta leur chef, nommé le roi Oiiillot , el l'on parvint à les disperser. Mais les débris de cette banile redoutable continuèrent longlem|is à infester les rues el les environs de la capitale.

MEIX COiVrEURS FRANÇAIS.

de ma maison avons eue à vous et que je vous liens de mes meilleurs cl plus fidùlcs servileurs. J'ai Ijien voulu venir ici vous visiler privémeni , lanl pour vous reconnuander mes nlTaires (pie pour vous prier due uw donniez à boire, ear j'en ai grand besoin, cl ne dire à jyersonne du monde que j'y sois venu: car, de ce lieu, men faut aller à un aulrc où je ne veux (l^lrc connu. » J.e bonbomme avocat fut lanl aise de l'bonneur que ce prince lui faisoit de venir ainsi privcment en sa maison, qtiil le mena en sa cliambre et (Ht à sa fennne qu'elle apprêtât la collation des meilleurs fruits et condiures qu'elle pouiroit (iner : ce qu'elle fit très-volontiers, et lapijrcta la plus lionmVe qu'il lui fut possible. Et, nonobstant que l'babillemenl qu'elle portoil dun couvrc-cbef cl manteau la montrât i)lus belle qu'elle n'avoit accoutumé, si ne fit i)as le jeune prince semblant de la regarder, mais toujours parloil à son mari de ses aiïaires comme à celui qui les avoil toujours fnaniées. Et ainsi que la dame lenoit à genoux kv confilines devant le prince et (pie le mari alla au bvdTel pour lui donner à l)oire, elle lui dit qu'au partir de la chambre, il ne faillît d'entrer en une garde-robe à main droite, où bientôt après elle l'iroil voir. Incontinent qu'il eût bu, remercia l'avocat, le- ([uel le vouloil à toute force accompagner; mais il l'assura que là où il alloit n'avoit besoin de compagnie. Et, en se lournanl devers la femme, lui dit: « Aussi, je ne vous veux pas faire tort de vous ôler ce bon mari, lecpiel est de mes anciens servileurs. A^)us èles si heureuse de l'avoir, qu'avez bien occasion d'en louei' Dieu et le bien servir et obi'ir. Et si vous faisiez aulrcmenl, vous seriez bien malheureuse. » En disant ces honnêtes propos, s'en alla le jeune prince, et, fermant la porte après soi pour n'être suivi au degré, enira dedans la garde-robe, où, après que le mari fut endormi, se trouva la belle dame, qui le mena dedans un cabinet le mieux en ordre quil ètoit possible; combien que les plus beaux ' images qui y fussent éloienl lui et elle, en (pielques habillements qu'ils se voulsissent mettre. El là, je ne fais doute qu'elle ne lui tînt toutes ses promesses. iJe là se relira, à llieure qu'il avoil dil à ses gentilshommes, et les Irouva au lieu où il

' I.c genre de ce mol l'Iail encore iiitléeis au «ci/iénie siècle ; ccpendanl la plupart des t)ons (écrivains le faisaienl alors féminin.

leur avoil commandé de l'attendre. Et, pourco que celle vie dura assez longuemcnl, choisit le jeune i)rince un plus court chemin pour y aller: c'est (pi'il passoil par un monastère de religieux, cl avoil si bien fait envers le prieur, (pic toujours environ minuit le portier lui ouvroit la porte et pareillement quiind il s'en retournoil 5 et pource que la maison où il alloil ètoit près là, ne menoil personne avecques lui. El, néanmoins qu'il ' menât la vie que je vous dis, si é!()it-il prince craignant et aimant Dieu -, et ne failloil jamais, couîbien (pi'à l'aller il ne s'arrêlàl poini, de demeurer au retour longtemps en oraison en l'église : qui donna grande occasion aux leligieux, qui en enlranl et sortant de matines le voyoient à genoux, d'estimer que ce fût le plus saint homme du monde. Ce prince avoil une sœur qui frècpienloit fort celle religion ^ 5 et, comme celle qui aimoil son frère plus que toutes les créai ures du monde, le recommandoil aux prières de toutes les bonnes personnesqu'elle pouvoit connoîlie. Et, un jour qu'elle le recommandoil alTeclueusemcnl au prieur de ce monaslère, il lui dil : « Ilélasl madame, qui est-ce que vous me recommandez :' Vous me parlez de l'homme du monde aux prières duquel j'ai plus d'envie d'être recommandé-, car si celui-là n'est saint et juste (alléguant le passage: Que bienheureux est qui peut faire mal et ne le fait.'), je n'espère pas être trouvé tel. « La sœur, qui eul envie de savoir quelle connoissance ce beau pêrc avoil do la bonté de son frère, rin[errog(>a si fort, qu'en lui baillant ce secret sous le voile de conl'ession, lui dil : « N'est-ce pas une chose admii able de voir un prince jeune et beau laisser les plaisirs el son repos pour bien souvent venir ouïr nos matines, non comme prince cherchanl l'honneur du monde, mais comme un simple religieux vient tout seul se cacher en l'une de nos chapelles 1^ Sans faute, cette boulé rend mes frères el moi si confus, qu'auprès de lui nous ne sommes dignes d'ôlrc appelés religieux. » La sœur, qui entendit ces paroles, ne sut que croire, car, nonobstant que son frère fût bien mondain, si savoil-elle qu'il avoil la conscience boime, la foi et l'amour en Dieu bien grandes; mais, d'aller à l'église à lelN; heure, elle ne l'eût jamais soupçonné. Parquoi, elle s'en vint à lui, lui conta la bonne opinion que les religieux

' Bien que , malgré (iiic.

" CommunauU', couvent.

LES nouvi:li;ks de l

avoicnl do lui , dont il ne se put garder de rire avec un visage Ici , (iirclle, (|iii le connoissoit coiniiie son projjre ((L'iir, coiiiiiil qiril y avoil (|uel(|uc clioso Ciidu'e sous la (Irvolion, ri ru; cessa jamais qu'il ne lui en eût dit la vérité, el telle que je l'ai nmc ici i)ar éciit el qu'elle me lit riionncur de me le cuiilcr.

« C'est afin que vous connoissiez, mesdames, qu'il n'y a malice d'avocat ni finesse de moine, (jirAmour, en cas de née ilé, ne fasse Iromperles (rompeurs.Nous, pauvres simples ignorantes, le devons bien craindre. — Encore, dil Guebrou, que je me doule bien que c'est, si faul-il ([ue je dise quil est louable en celle chose ; car on voit peu de grands seigneurs qui s(; soucient de llionneur des femmes ni du scandale du public, mais quils aient leur i)laisir; cl souvent sont auteurs que l'on pense pis qu'il n'y a. — Vraiment, dit Oisille, je voudrois que tous les jeunes seigneurs y prinsscnt exemple, car souvent le scandale esl pire que le péclié. — Pensez, dit Nomerfide , que les prières qu'il faisoit au monasière où il passoil, éloienl bien fondées I — Si n'en devez-vous point juger, dit Parlamcnle-, car i)eul-èlre qu'au retour la repenlance en éloil telle, que le péclié lui éloit pardonné. — Il est bien diffîcile, dil llircan, de se repentir d'une chose si plaisante. Quant est de moi , je m'en suis souventes fois confessé, mais non guère repenti.

— II vaudroit mieux, dit Oisille, ne se confesser point, si l'on n'a bonne repenlance. — Or, n'adame, dil llircan, le péclié me déplaît bien cl suis marri d'offenser Dieu, mais le plaisir me |)laîi. — Toujours, vous el vos senil)Iables, dil Parlamenle, voudriez bien quil n'y eût ne Dieu ne loi , sinon celle que votre affection ordonneroit. — .Te vous confesse, dil llircan, ([ue je voudrois que Dieu piîiit aussi grand plaisir à nos plaisirs, comme je fais ; car je lui donnerois souvent manière de se réjouir.

— Si ne ferez-vous jias un Dieu nouveau, dit Ciuebron ; par(pioi, faut obéir à celui que nous avons. IMais laissons ces disputes aux théologiens, afin que Longarinc donne sa voix à (pichprun — .le la donne, dil-clle, à SalTrcdanl: maisj(île prie qu'il nous fasse le jilus beau conte dont il se pourra aviser, et qu'il ne regarde point tant à dire mal des femmes, (pie, là où y aura du bien, il n'en vueille montrer la vérité. — Vraiment, dil SalTredanf, je l'accorde,

\ REIXE DE XA^ AKllE.

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