‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 8 sur 118 · LE CHAHRETON A L'ARRIÈRE-GARDE · texte numérisé non relu

LE CHAHRETON A L'ARRIÈRE-GARDE

La septième nouvelle Irailc d'un orfèvre de Paris , qui fit coucher uncharreton ', lequel lui avoii amené du charbon, avec lui et sa femme ; et comment ledit cliarreton par derrière s'éjouissoit ' avec elle : dont l'orfèvre s'aperi,ut et trouva co qu'il ètoil ; et des paroles (jue dit au cliarreton.

Un orfèvre de Paris, naguère, pour dépêcher plusieurs besognes de sa marchandise à rencontre d'une foire du Landit " el d'Anvers, fit large et grande provision de charbon de saulx '. Advint, un jour cnhe les autres, que le charreton, qui cette denrée livroit, pour la grand'hate de l'orfèvre, fit si graiurdiligcnce qu'il amena deux voilures plus qu'il n'avoilfait es jours paravanl; mais il ne fut pas sitôt en Paris à sa dernière charretée, que la porte h ses talons ne fut fermée. Toutefois il fui (rès-

' Devis, paroles. — "^ Avaiil qu'il. — ' Dr.ips.

* Charrelior.

" On \\[s'éjoiioit ou sejoxoil ilans toutes !o; éditions.

^ Foire coicbro qui avait lieu à Sainl-I)e:iis.

' Sau'c.

bienvenu, el bien de l'orfèvre reçu ; et après que son charljon fut descendu el ses chevaux mis en l'élable, il voulut souper tout à loisir ; et firent très-grand'chèrc, qui ne se passa pas sans boire d'autant el d'aulel '. Quand la brigade fut bien repue, la cloche va sonner douze heures, dont ils se donnèrent grand'merveille, tant plaisamment s'étoit le temps passé à ce souper. Chacun rendit grâces à Dieu, faisant très-petils yeux, et ne demandoit que le lit, mais pource qu'il étoit tant lard , l'orfèvre retint au coucher son charrelon, doutant la rencontre du guet qui l'eût boulé en ChAlelet '^, se à cette heure l'eût trouvé. Pour celle heure '•, noire orfèvre avoit tant de gens qui pour lui ouvroienl '', que force lui fut le charreton avec lui et sa femme en son lit héberger, et comme sage et non soupçonneux, il fit sa femme entre lui elle charreton coucher. Or vous faut-il dire que ce ne fut pas sans grand mystère, car le bon charreton refusoit de tous points ce logis, cl à toute force vouloit dessus le banc ou dedans la grange coucher; force lui fut d'obéir à l'orfèvre, et après qu'il fut dépouillé, dedans le lit se boute, où qu'il éloit jà l'orfèvre et sa femme en la façon que j'ai dite. La femme, sentant le charreton à cause du froid et de la petitesse du lit d'elle approcher, tôt se vira devers son mari , et en lieu d'oreiller, se mit siula poitrine de sondit mari, et au giron du charreton son derrière reposoit. Sans dormir ne se tint guère l'orfèvre , et sa femme, sans en faire le semblant; mais noire charreton, jaçoit qu'il fût lassé et travaillé, n'en avoit garde. Car, comme le poulain s'échaulTe sentant la jument el se dresse et démène , si faisoil le sien poulain levant la tète conlremont^, si Irès-prochain de ladite femme; el ne fut pas en la puissance dudit charrelon , qu'à elle ne se joignit de près, et en cet état fut longue espace quand la femme s'éveilla, voire ou au moins qu'elle en fil semblant. Aussi n'eût pas fait le mari, si ce n'eût été la lèlc de sa femme qui sur sa poilrine éloit reposant, (|iii, par l'assaut el heurt de ce poulain, lui doiinoit si grand branle qu'assez tôt il se réveilla : il cuidoil bien que sa femme songeât , mais pource (pie hop longuement duroil, el qu'il ouïl le charre-

' Jeu (le mois pour exprimer : boire beaucoup. - I.e Graiid-Cliàlelel clail la prison où le dtei-alicr (lu fjiicl mi.lt lit les vai;aboiii!s arrêtés la nu'I. •■ Dansée moment — ' Tra\a'il:iieiil. — ^ En haut.

IS

Ion soi remuer cl Irès-fort soudler, loiil cIduccuumU lova la main en haut , cl si Irés-bicn à poinl, en bas la raballil, qucn donnnagocl en sa garenne le poulain au charrelon trouva ; (lonl il ne fui pas bien coulent, et ce, pour l'amour de sa femme, ilTen fil eu hàle saillir', el dil au charrelon : « Que faites-vous , mùchanl cuquarl^? Vous êtes, par ma foi, bien enragé, (jui à ma femme vous i)renez ! N'en faites plus. Je vous jure, par la morbieu, que si elle se fût à ce coup éveillée , quand votre poulain ainsi la harioil"-, je ne sais, moi, penser que vous eussiez failicarjcsuisloulccrlain, lanllaconnois, qu'elle vous eût loul le visage égraligné, el, à * SCS mains, les yeux de votre lôle arrachés, ^'ous ne savez pas comme elle csl merveilleuse, depuis qu'elle enlrc en sa malice , el si n'est chose au monde qui plutôt lui -^ boulât. Olezvous, je vous en supplie, pour votre bien. » Le charrelon, en peu de mois, s'excusa qu'il n'y pensoil pas, et comme le jour fut prochain, lanlùl il se leva , et après le bonjour donné à son hôtesse , part cl s'en va, et à charrier se njcL'Nous devez penser que la bonne femme, si elle eût pensé le fait du charrelon, qu'elle reùl beaucoup plus grevé que son mari ne dit,oil-, combien que depuis il me fui dil qu'assez de fois le charrelon la rencontra en la propre façon el manière qu'il fui trouvé de l'orfèvre, sinon qu'elle ne dormoil pas-, non point que je le veuil croire ni en rien ce rapport faire bon.

NOUVELLE VIIL

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