‹ Les vieux conteurs FrançaisChapitre 92 sur 118 · TROISIÈME JOURNEE · texte numérisé non relu

TROISIÈME JOURNEE

Si ce sage romain ', qui, cnlrc les trois péchés dont il se rcpentoil le plus, eslimoit le plus grand, de passer un jour sans avoir appris quelque chose, à Texeniple du plus excellent de tous les peintres , qui ne laissoit écouler une journée sans tirer pour le moins quelque ligne, par laquelle, comme d'une flèche, il combattoit loisiveté ; et si ce tant renommé Solon, qui, par un continuel souci d'apprendre, récompensoit et quasi se vengeoit de sa vieillesse, eussent vu la gentille école de nos gentilshommes et damoiselles, je ne sais de quelle louange ils eussent exalté l'avare butin de doctrine qu'à l'envi ils s'étudioient de faire, par un passe- temps journalier, qui doit bien faire remarquer, je ne sais quelle vertueuse contention accompagnée d'une persévérance, dont l'honnête gloire leur metloit à chacun et chacune la puce bien avant en l'oreille, pour ne les laisser dormir, ains par un vif aiguillon solliciter les pensées plus prochaines de leur réveil , à chercher soigneusement le moyen d'avoir revenge l'un de l'autre et faire de bien en mieux. Que si quelque gros sourcil refroncé appelle cet exercice frivole et indigne dun grave esprit, ce bon chancelier d'AIhénes condamnera sa folle présomption; lequel, ayant ouï réciter en un banquet à son neveu une chansonnette saphique, pria l'enfant de lui apprendre , et interrogé d'où lui procédoit ce désir, vu son âge et son autorité, il répondit: « Afin que, l'ayant apprise, je meure, » n'estimant ce grand personnage rien plus indigne de la vie humaine que rignorance, l'ignorance, dis-je, qu'il blùmoit plus que l'envie de savoir choses qu'on réputoit [)uériles et convenables , ce semble, à ceux qui veulent si étroitement garder leur rang. IMème le plus sage de tous les sages n'a point rougi de se mettre entre les enfants qui jouoient de la harpe, et apprendre d'eux, bien qu'il fût ûgé, estimant une vieillesse ignorante, plus honteuse que l'apprentissage de quelque chose que ce soit. De fait, ce sage disoit que nous tenions l'ignorance des bûtes, mais Ten-

sa femme, cl celui de Millniilale, roi de Pont, pour la sienne, ceUc .Monitiie, qui l'avait suivie dans toutes ses expéditions, contribuèrent à leur défaite et à leur perte totale. — ♦ riine l'ancien.

vie de savoir rcssentoit quelque divinité. Ayons donc envie d'apprendre , voire même quand bien nous aurions un pied dans le sépulcre, à l'cxcmjjle de ce prudent conseiller romain, et ne dédaignons point les choses légères; ains allons voir que veut dire notre jeunesse gaillarde , qui , lassée des folùtreries du soir, eùl volontiers demeuré bien haute heure • au lit, sans l'aubade que donnèrent les paysans villageois, lesquels, pour faire l'honneur accoutumé à leur dame et maîtresse, vinrent de bon matin au château, chargés de rameaux, d'oiseaux en cage, de feuillade, de miel et de laitage de toutes façons, avec une pompe et magnificence rustique, faisant retentir l'air d'une mélodie de fliites, cornemuses et flageols , oti le derelon ^ ne manquoit point, tellement qu'à les voir ainsi sonnant et sautant , on les eût pris à la prime' pour de petits anges, sortis de quelque paradis de village. A cette joyeuse alarme, nos gentilshommes se jetèrent, à clos yeux, en place , sans avoir égard aux régimes de médecine, qui disent que se lever si soudain engendre le haut mal et nuit à ceux qui veulent avoir le teint délié. Puis , habillés à demi et à demi réveillés, descendirent voir ces garçons villageois , qu'ils firent danser au son de leurs instruments, jusques à ce qu'étant las de sonner, se mirent à chanter force branles de Poitou, autant plaisants à ouïr que je crains qu'ils fussent fâcheux à lire, principalement à ceux qui ne connaissent encore Taîebut et Rohinca ^ : qui sera cause que je changerai la facétie du langage en termes plus intelligibles, gardant toutefois le même nombre mesuré aux cadences des neuf pas. Car les gentilshommes, ayant quelque temps branlé à la lourdesque "(qu'ils appellent ùTliolose® la pageoise),

* C'est-à-dire, bien tard, jusqu'à ce que le soleil fut haut à l'horizon.

^ Onomatopée imitant le son des inslrumcns a vent, surtout de la flùle; de même que rataplan représente le son du tambour.

' Tout d'abord, au premier coup d'œil.

'' C-c sont certainement les noms de deuxbranlos populaires du Toitou. Itobinea n'est pcut-élre (jne le fameux air de l'homme armé, dans leiiuel figure r.obin,

" Dansé un branle à la façon des paysans.

'• Tour Toulousi'.

priènMil los damoiscllcs de se inclire de la partie j lesquelles, ayant agrandi la ronde carole', commencèrent à dire force branles autour du bouquet, desquels je dirai quelques-uns que j'ai mieux retenus.

Page 1