AUTRE BRANLE
Auprès d'une fontaine, Douce mère des fleurs, D'une plaintive lialeine J'éventois mes chaleurs.
Mes pieds et ma pensée S'égayoient lentement, Où m'amour insensée Les giiidoit doucement.
Où étant, d'aventure, Par les yeux attaché A l'eau , à la verdure.
Et à l'oiseau caché, J'entendis, d'un bocage.
Une douce chanson , Qui l'amoureuse rage Déceloit au buisson.
« Las ! disoit une belle.
Faut-il qu'un faux honneur, Par une loi cruelle.
Nous prive de tout heur.
Qui, d'une hypocrisie.
Pour le monde abuser.
Nous fait la courtoisie Des hommes refuser.
» Dame, je suis exemple A tout cœur endurci.
Qui ne veut être temple De l'amoureux souci.
Et qui de sa jeunesse Laisse écouler la fleur.
Sans se faire maîtresse D'un gentil serviteur.
» Pour éviter le blûmc D'un lâche médisant.
Nous gardons dans notre âme Ce feu d'amour cuisant; Et telle nous dégoûte D'un amoureux chercher ', Laquelle, quoi qu'il coûte, Seule ne veut coucher.
» Las ! telle nous tance oro D'obéir à l'amour.
Qui voudroit bien encore Que l'on lui fit la cour; Mais, avec la verdure, Il faut unir ses jeux ; Parquoi , tant qu'elle dure, Baste ^ des envieux !
» Chaque chose ait son terme :
Fi de vieil passe-temps.
Qu'à l'amour porte-t-on ferme',
• Hecherche, poursuite.
' Ce mot cxi.lamalif, formé de l'italien basta, équivaut à peste ! foin ! au diable !
' On écrivait porte on.
Perdant les jeunes ans !
Une ente e^-t bien mal faite Du greffe, en un bois sec.
Fi de vieille amourette Qui n'a rien que le bec !
» Chagrin et jalousie Aiment le poil grison; La douce frénésie N'a si rude pri<on.
lia ! jeunesse trop folie.
Qui attend désormais ; Car l'âge qui s'envole Ne retourne jamais.
» Puis, le feu devient cendre Où se couve un regret Qui le cœur nous fait fendre D'un repentir aigret.
Comme à une pucelle Qui, par trop tcrmoyer, Au lieu de la fleur belle, N'a plus que le rosier.»