BRANLE DOUBLE
Celui qui, entre les dieux, A l'Amour place a mise,
Étoit par trop envieux Sur l'humaine franchise ',
Donnant une place au ciel
A notre ennemi mortel.
Qui , nous ayant alléchés Par une traître amorce.
Nous rend enfin desséchés Dessous l'ardente force
Allumée par les yeux,
Qui nous sont trop gracieux.
Puis, nous portons de l'Amour Et la plaie et la flèche,
Qu'il rcfraichit nuit et jour, Si bien qu'il n'y a mèche.
Onguent, n'herbc de verger
Qui nous puisse soulager.
Ni d'un pré l'oisiveté.
Ni l'écart'^ d'un rivage,
Ne nous met à sauvelé De l'amoureux servage ;
Ne deparmi^ un bois désert
Notre souci ne se perd.
Si nous voulons naviger S L'Amour se met en poupe ;
Si nous voulons voyager, L'Amour se sied en croupe ;
Si nous voulons sommeiller
Il gil sous notre oreiller.
Il n'y a mal si divers Que son contraire n'ôle; li n'est venin si pervers
Liberté. — * Solituile, endroit caché.
Pour parmi, — ' Pour )(avi(juer.
Qui n'ait son antidote; Mais, las ! la mort seulement Guérit l'amoureux tourment.
De son inMme désir,
La reine de Candie * Eut jouissance à plaisir,
El, quoi (lue l'on en die, A son amour furieux Le destin fut gracieux.
Myrrlia ^, qui son père aima
Plus (pi'on ne doit son père ; El la sœur, qui s'alluma
De l'amour de son frère, A leur étrange tourment Trouvèrent amendement.
Mais ceux qui bien aimeront,
Et d'ime amour permise, Jamais fin ne trouveront
A leur douce entreprise , Tant il y a de malheur A suivre ce dieu menteur.
Fasse doncques qui voudra
Amour un petit ange; Jamais il ne m'adviendra
D'en dire une louange :
Tous ceux qui feront ainsi Vivront gaillards sans souci.
Amour est une fureur
De l'enfer échappée, Pour marlyrer de langueur
La pauvre âme attrapée.
Ceux-là bien sages seront Qui d'aimer se passeront.
Puis, étant lassés de chanter on chapelet, commencôrcnl la Gaillarde, chanlanl: