SCÈNE XL
PAULINE, seule.
Ce soir! à minuit!., épouser une pareille figure!., et dans un moment où j'espérais que ce pauvre Colas!... Comment empêcher ce malheur?... je n'eu sais rien... mais je l'empêcherai.. . Je n'ai pas une petite tête bretonne pour rien... et puisque je suis seule contre tout le monde... je n'ai qu'un moyen, c'est de me servir des uns et des autres; de les tromper tous et d'embrouiller tellement les choses qu'ils ne s'y reconnaissent plus... Voici le prince !... [S'essuyant Us yeu^. ) Allons, avec un peu de coquetterie !... je n'ai jamais essayé, mais ça ne doit pas être bien difficile. [Elle va auprès de ta table à sa droite. )
22 PALKIÎSE.
SCMlL XI L
PAULINE, SOUmSE.
souBiSE , à mi-voix et du fond.
Ah ! tu es seule ?
PAULINE , y'oaani l)afmrprise.
(7est vous, monseigneur; vous ne deviez plus revenir ?
sorBiSE, avec transport.
Hum ! petite enchanteresse !. . . tu étais bien sûre de ton pouvoir ; et dès que j'ai vu cet anneau gage de paix et d'alliance. . .
Vous vous trompez, mon prince... j'ai voulu vous donner l'occasion de réparer une injustice !. . .
SOUBISE, souriant.
Sans doute, sans doute. {A part.) Le détour est adroit!. [Haut.) Aussi l'injustice est réparée !. . .
PAULINE, avec j aie.
Vraiment ?
SOUBISE
A l'instant même !.. ne m'avais-tu pas fait dire que tu y mettais le plus grand intérêt. . . et moi d'abord, pour te plaire, pour satisfaire au moindre de tes désirs. .. il n'est rien que j© ne fisse !. . . j'irais au bout du monde. . . je me battrais avec l'univt;rs!. . .
PAULIWE.
Vous êtes bien bon!.. . mais comment avez-vous fait?. ..
SOUBISE
.l'ai volé au château , j'ai parlé av€C tant de force en faveur du p.iuvre employé, que cette bonne marquise en a été attendrie jusqu'aux larmes !. , .
PA.vhitiE, avec malice.
Ah!. . . c'est à madame de Pompadour que. . .
SOUBISE , se reprenant.
Non. . . c'est-à-dire. . . parce qu'elle se trouvait là, dans le cabinet du roi. . . elle y e^l toujours!. . . fort heureusement pOur "nous, car elle déteste iiernis, qui protégeait Gatiy!. . . On a reconnu le déficit... L« fripon est arrêté!.. Le ministre eu disgrSce.. et moi, qui ne m'en doutais pas, je me trouve un grand homme, ■un Fouqucl, un Colbert I. . . ;:Lii'.
'!;'..■ .t ^-jr.tjr» ■
vxvu^it., avec joiei
,:[ J'ejfé^equc vftus ayp profite delà cjr<;^iii,5li^n)qe p^pr de^^i^o^^der quelque chose'!, .^^^j^.^^, ^^, .. ;, .j^,'^^ ^,^ %5,\^«m*».. .V/A) .t^li'jil
PAULINE. aS
eOVBISE.
Parhicii. . . j'ai demandé l'enlrée au Conseil que je désirais depuis lonjj-temps. . .
PAVLiNE, uvtc dépit.
Ah!... pour vous !.. . mais pour vOvi amis , n'avez-vous pas obtenu.''. . .
gUlJfilSE.
Ab .'. . oui. . la nominatioji en blanc à la place de Gatry , que l'on ma forcé d'accepter, [riant) à cause de mes grandes connai»/, sances financières !. . .
PkVLi'SEf avec espoir.
Ahl. ..
SOtiBISIi.
Ça «era excellent pour un cousin à moi, uu inii>êcille dont je ne sais que faire. . . je vais lui entoyer le brevet. . . ( Il passe, et s'assied prés de la table. )
PAULiHE, le suivant des yeux et frappant du pied. A merrcille !. . .
souBisE , .'e retournant.
Qu'as-tu donc?
PAVLiME , viiemènt et avec humeur.
J'ai. . . j'ai. . . j'ai l'ingratitude en horreiif,' Monseigneur; et tous les hommes en sont p.'^fi'is. . . •"■'' '
soi'BisE ; étonné.
Cùxam»ux\. . .
,,3i<l il,» paulise. : ^sw,ji«-"m\ i)J .lio^noD
On pense à soi , à ses parens. . . mais Fê ' paiivre (Tiah'le q-uî s'est eiposé, compromis... oh! celui-là n'aura rien. . . il sera oublié... c'est trop juste. . . il n'a p>s de cousin , hii!... sooBiSB, èé levant *.
Ah ! ce garçon que tu m'as onyoyé. . .' qui m'a remis ce tsiv.moire. Est-ce que tu lui veux da bien ?
PAULINE. '-^ '
Moi ! je le connais à peine. . . Mais c'est dans votre intér^tV*'"^' ^
socBiSE, tendrement.
Tu t'intéresses donc un peu à moi ?
PACLiRi , d'un air boudeur.
C'est possible... je n'en sais rien !... mais on ne manquera pas dédire : a Voyez-vous, le prince de Soubise, il a fîùt grand » bruit pour renvoyer un coquin. . . mais c'était pour mettre son » cousia à la place, et pour être du Conseil !. . . »
* Soubise, PauUnc
•i/, PAULINfi.
sovBiSE, se levant.
On pourrait penser!. . .
PAIILIWE. .
Mon dieu, on se gêne bien aujourd'hui avec les grands seigneurs!...
SOTJBISE.
C'est que ce malheureux cousin !. . .
PAULINE
Vous êtes bien embarrassé d'un imbécille. . . quand il y a tant de places qui leur conviennent... Eh! tenez, par exemple, donnez à votre cousin la place de ce jeune homme. . . Et lui, il prendra celle de Gatry qui lui est due, qui lui revinet de droit. . .
Air de Paris et le Fillage.
Seul il peut la remplir enfin.
Car seul il faisait tout l'ouvrage ! .. . Pendant ce temps, votre cousin Se formerait. . . Quel avantage !
On bénirait, matin et soir, Votre justice généreuse ..
( Finement et lai jetant un regard en dessous. )
Et vous ne pouvez pas savoir
A quel point j'en serais heureuse.
socBiSE , enivré et lui baisant la main. Divine!. . . adorable!. . . c'est loi qui devrais avoir l'entrée au Conseil, [à lui-même) Est-on heureux d'avoir un ange qui prend soin de votre réputation !. . . tu as raison. . . c'est beaucoup mieux, parce que c'est juste et surtout parce que cela te plaît» .. je nomme ton protégé. , . Mldito
■ ■, PAl^UNE...
Que vous êtes aimable ! .■,,»•-. ^ ;<!,
SOUBISE. .'.■■
Je lui donne la place !.. . et ce brevet. . . [Il s'' assied et prend la plume) Diable ! je ne sais pas son nom !,.,.; ^ miAUidj a! 3( -î io» PAULINE, cherchant.
Attendez. . . je crois que c'est Nicolas llozier. . .
SOUBISE, écrivant Rozié. . . . sj ...:)ldii'?/!q Jet/'D
PAULINE, le suivant. ., ri ■■.■t,\'i » ; aiib ah Un iî à la fin, monseigneur. -iioq Jiuid «
SOUBISE. ; .. iii ::!(»■, .
Là. . . (voulant lui prendre lamain) Maintenant, ma toute belle...
PAULINE, montrant le brevet^ ^
Mais il faudrait lui envoyer cela tout de suite, îl doit être d'une
inquiétude. . . , ,
.•>r«iliji-'l , •y'i'hior'.
PAULINE. ii5
SOCBISE.
Ma foi, je ne sais pas son adresse!
PITLINE.
Moi non plus. . . mais il me semble qu'il m'a dit qu'il logeait prcsqu'eii fuce de cet hôtel. . .
SOUBISE
Oui?. . . parbleu j'ai là mou coureur. . . (appelant) Holà .'. . . Comtois!.. . (parait an coureur) Ce papier ici en lace... tu demanderas M . Rozier de porte en porte . PAi'LiNE, vivement.
Oui, numéro sept, monsieur! . . . (Le coureur sort.)
sotJBi>E, d Pauline *.
Ah ! çà j'espère que tu es contente de ma soumission; que rien ne te tournjcnte plus .''. . .
PAVLiNE, prenant un air de douleur.
Au contraire. . . je suis au désespoir !. . .
SOUBISE
Pourquoi donc ^
PATLINE.
M. le Comte veut me marier. . . à un homme que je déteste. . .
SOrBISE.
Ah! diable !. . . bientôt:'
PAl'LINE.
Dès ce soir. . v
soraiSE, vivement.
Je n'entends pas cela . . Je lui parlerai ; refuse-le.
PACHNE.
Mais que dire?. . .
SOUBISB.
Eh ! bien. . . que lu ne l'aimes pas. . . que (u en aimes uti autre !. . . (tendrement) Ce ne sera pas mentir, n'est-ce pas-^
PAULINE, soupirant.
j<, Oh! non !. ..
sotBiSE, arec transport et voulant l'embrasser.
Ah! chère. . .
ni PAULINB, s' éloignant.
On vient, monseig^neur, éloignez-vous, je vous en prie. .. (//s se srparent vivement. Pauline reprend son ouvrage. Soubise va au-devant du Comte.)
* Pauline, Soubise.
aC PAULINE.
SCÊrSE XIII.
Les MÊMES, Le COMTE, La BARONNE, JUIIE.
LE COMTE *
Quoi, mon priuce, vous êtes ici?
sonBisE, embarrassé, à part.
Que le diable soit. . . [Haut] Oui. . . oui. . . j'arrive. . . j'allais me faire annoncer. . . J'ai à vous parler. . . LE COMTE , vivement.
Pour mon ambassade?. . . Vous avez remie ma demande?. . .
SOXJBISE.
Parbleu. . . [à part) Je ne sais pas ce que j'en ai fait. [Haut) Je vous conterai cela plus tard, car devant ces dames. . . [s'approthant de Julie et d'un air galant) Vous êtes mise comme un petit ange! LE COMTE , bas à sa sœur.
Hein ! il ne laisse échapper aucun prétexte . . .
souBiSE , se tournant vers la Baronne.
Je ne vous ai par oubliée , madame ?
LA BABOKNE, avecjoie.
Ah •' je serai reçue par ma chtre parente ?. . .
LE COMTE
Laquelle , ma sœur '
LA BARONNE, sècliement .
Je n'en ai pas trente-six'... Madame de Pompadour apparemment !
LE COMTE
Ah .' c'est juste. . . la parenté a repris force et vigueur. . .
SOTJBISE , d la Baronne.
Vous pouvez vous présenter aujourd'hui même. . . [au Comte) Et quand à notre affaire.. . [changeant de ton) Que me disait donc cette petite. . . que vous voulez la marier?... elle est si jeune'... LE COMTE, bas.
C'est à cause de cela. . . si vous saviez, mon prince , il y a tant de mauvais sujets , tant de libertins !
soiiBiSE , de même.
A qui le dites-vous?... mais dans une maison telle que la vôtre .'. . . et puis j'ai d'autres idées. . . nous causerons de çà !. . . (// revient auprès des dames. )
Oui, oui, revenons à l'ambassade que. . .
* Pauline , le Comte , Soubise , Julie , la Baronne.
PAULINE