SCÈNE IX
Les Mêmes, AGATHE. Elle s'avance timidement et regarde souvent derrière elle pour voir si elle 71'est pas suivie. Le jour commence à baisser.
AGATHE, d demi-voix.* Vous êtes-là, mon cousin?.* je me suis échappée un moment, mais ce n'est pas sans peine; ce M. Beauchan est toujours sur mes pas.
LÉON , bas.
DUMESNIL, bas.
C'est le futur!
AGATHE
J'étais si impatiente. {Timidement. ) Eh bien ! mon cousin, V6u^ avez lu ma lettre.
' LOon , Dnmesnil , Agathe.
DLMESNIL.
Oui, pclitc (•(•usine, et voilà ma rt'ponse.
Il lui présente Léon qu'il fait passer auprès d'elle. •
AGATHE, avec un cri.
Que vois-je?.. M. Léon...
LÉON, s'étançant près d'elle.
Moi-même, cliarmante Agathe!.. Grand Dieu! elle chancelle. [A Dumesnil en la soutenant.) Que le diable t'emporte avec tes surprise».
AGATHE, d Dumesnil avec un ion de reproche. Ah ! mon cousin , c'est bien mal.
DUMESNIL
C'est ça, grOndez-moi... quand je vous épargne l'embarras des explications 5 des déclarations, des suffocations.
AGATHE
Comment, monsieur a lu ma lettre?
LÉON, près d\4gathe.
Ah! ne le regrettez pas, elle m'a rendu si heureux.
AGATHE, bas à Dumesnil.
Vous aviez donc deviné que c'était lui ?
DUMESNIL, bas.
Parbleu ! nous autres magistrats, nous avons une telle habitude...
LÉON, avec feu.
Et maintenant, chère Agathe, que je suis sûr de votre amour, rien ne pourra m'effrayer; je suis prêt à tout entreprendre, à tout braver pour méritf>r cette préférence... que ma vie entière passée à vous servir finira peut-être par justifier. DUMESNIL, l'écoutant comme un avocat.
Très bien !.. tu aurais dû te faire substitut. Mais maintenant, qu'allons-nous faire ?
LÉON
Comment nous débarrasser de ce futur.
AGATHE
Impossible!., le mariage est pour demain.
LÉON, frappé d'une idée.
Attendez... une idée lumineuse.
AGATHE
Je ne consens à rien de ce qui pourrait affliger ma mère, d'abord.
* Duinesail , L(JuQ , Agathe.
LÉON
Cela ne peut lui causer aucune peine, et M. Beauchan sera forcé de partir celte nuit même.
DUMESNIL
Comment ?
LÉON, d Dumesnil et à mi-voix.
Je le provoque toujours, mais je ne le tue pas, c'est lui qui me tuera !
■<.'r,ir.' j 'ï DUMESNIL.
Hein?., qu'est-ce que tu dis. ..
LÉOli, à Agathe.
Vous verrez , c'est immanquable. {Bas à Dumesnil.) Tu ne comprends pas; nous choisissons le pistolet, tu escamotes les balles, il tire, je feins de tomber, Jje suis mort; les lois sur le duel, l'ordre du jour; il est obligé de se sauver sur-le-champ, et il n'épouse plus.
DUMESNIL
Pas trop mal.
AGATHE
Mais expliquez-moi.
DUMESNIL, àas.
Justement, je l'aperçois qui se glisse entre les arbres.
LÉON , remontant le théâtre.
,Je vais l'insulter.
DUMESNIL, 6rt5.
Quel moyen.
LÉON, bas.
' Le premier venu , eh ! parbleu. {Se jetant brusquement aux pieds d'Agathe, y Ov\, charmante Agathe!., croyez aux sentimens.
AGATHE , étonnée.
Qu'est-ce qui lui prend donc ?
* '' LÉON, bas.
Ne vous effrayez pas.
DUMESNIL, d part.
Le voilà.