SCENE IV
FROMONT, PIERRE, PAUL, GARNIER , PROVENÇAL, BOUQUIN, GIROMONT, OFFICIERS, ASPIRANS , MA- TELOTS, etc.
FROMOiXT, à Pierre. Ah ça, je voulais dire... {Bas.) Dieu du ciel ! nous allons verser !
PIERRE, très haut. Oui, commandant... (A un offtcier.) Le capitaine trouve que nous allons trop doucement; envoyez larguer les catacois.
BOUQHm, répétant et s" adressant au gabier. Gabier, largue les catacois !
FROMONT. Allons, les catacois. [A Pierre.) Mais du tout.
PIERRE, p/a5 haut. Oui, commandant, nous ne gagnons pas assez ; hors les bonnettes.
FROMONT. Scélérat d'homme!
BOl}Qm\ , très haut. Lst-on paré ?
PIERRE, très (mut. Borde, et hisse les catacois.
Manœuvre pour hisser les voiles.
MATELOTS. Oh! hisse, oh hissc, oh hisse. (Tous les manîis tirent les manœuvres ensemble sur un cri prolongé. Oh! oh! hissc, oh hisse hisse !
FROMONT, les regardant. Qu'est-ce qu'ils disent?
Sur un iiiouvcnicnt de Pierre, il se remet.
PROVENÇAL, regardant Fromont. En fait -il de la toile, ce \ieux loup de mer!
BOUQUIN, de même. Le lieutenant Ta bien... mais c'est un mousse auprès de lui.
PIERRE , donnant des ordres. Pilolin , dites au maître canonnier de l'aire disposer la soute aux poudres. (J d'autres officiers.) Et vous, messieurs, allez visiter les batteries.
FROMONT, l'arrêtant. Vous allez faire ouvrir la?..
PIERRE, bas. Oui, avez-vous quelques effets dessus?
FROMONT. C'est donc près de ma chambre ?
PIERRE. Le panneau est sous votre lit.
FROMONT. Sous mon lit? je couche sur la poudre?
PIERRE. C'est la place d'honneur.
FROMONT. Elle est jolie !
PIERRE. Afin que, si la chance tourne, le capitaine puisse se faire sauter avec le vaisseau.
FROMONT, épouvante. Se faire sauter... ils ne savent de quoi s'aviser. Et vous croyez que je serai assez borné...
PIERRE. Silence, monsieur, [Bas et Camenant d droite sur le bord du théâtre. Tenez, commandant, j'ai une inquiétude, maintenant...
FROMONT. Laquelle?
PIERRE. C'est que vous ne soyez un poltron.
FROMONT, s' efforçant de prendre un air assuré. Moi?
PIERRE, avec force et lui serrant la main. Prenez-y garde au moins!., vous portez notre uniforme! vous êtes capitaine de la Salamandre, et malgré ce que vous avez fait pour mon fils, si je vous voyais hésiter un moment , prêt à commettre une lâcheté. . . je suis trop votre ami pour le souffrir, et avant que l'on pût s*en apercevoir...
FROMONT, inquiet. Eh bien?..
PIERRE, d'une voit èlouffée. Je vous tuerais! [Mouvement de Fromont.) Oui, monsieur je vous tuerais; ce serait jouer ma vie... car nos lois sont inflexibles, mais je sauverais du moins votre honneur et le nôtie.
FROMONT, hors de lui et « pari. C'est hi ce qu'il appelle un service d'ami; c'est une abomination, une indignité ! PIERRE, le retenant. Vou.>' m'avez «ompris P
FKOMON'l' , iremb/ant. Mais alors, si je roslais dans ma chambre pendant l'événement?
PIEllKE, avec noblesse et lui montrant le {^randmât. Voln; place est là, monsieur; allez prendre votre unilorme, quand nous serons ;'i portée du canon , vous reg^ardercz la mâture , puis vous me direz à liaule-voix: «Lieutenant , commandez la manœuvre , net Dieu fasse que nos canons trouvent à (|ui parler.» C'est le sens: les paroles à votre choix. Alors vous vous placerez sur Aolre banc de quart, d'où vous ne bougerez plus que le feu ne soit terminé.
FROMONT. Comment! vous voulez que je reste là!., pendant (|ue les boulets...
PIEIUIE, bas. Pas d'observation, allez vite.
FUOiVIONT. Mais c'est un cannibale, un antropophage. Miséricorde ! me voilà bien , et aucun moyen de s'échapper ! pas une petite porte de derrière. Que diable allais-je l'aire dans cette galère. ..Je vais m'habillcr.
11 descend par l'escalier
SCEIVE V.
Les Mêmes, excepté FROMONT. *
PROVENÇAL, le regardant descendre et le suivant des yeux. Voilà le vieux caïman qui va se mettre en tenue de bal!., ça chauffe ! troun de l'air ! nous ne tarderons pas à entrer en danse!
PIERRE, (^ Paul qui revient. Paul, c'est vous qui êtes cause que ces lemmes sont restées à bord ?
PAUL. Père!
PIERRE. Nous nous expliquerons quand nous aurons battu l'ennemi.
PAUL, voulant lui prendre la main. Tu es fâché, père?
PIERRE, sévèrement et retirant sa main. J'en ai sujet, monsieur... {S^ arrêtant et avec émotion.) Et cependant, comme on ne sait pas ce qui peut arriver, {^Lui tendant les bras.) embrassemoi. (Paul se jette dans ses bras.) Mon fils! mon pauvre enfant! que Dieu !.. et maintenant faisons notre devoir.
PROVENÇAL, sur la pièce, '^ous v'ià presque à portée, lieutenant.
PIERRE, rf un mousse. Prévenez le capitaine... Branle-bas de combat.
Le tambour bat dans la batterie, puis sur le ponl ; les luateluts se rassemblent.
'l'aul, Pierre, IJidut , Provençal.
Air nouveau. (Musique de M. lloriuilie.)
CHOEUR
Aux armes ! aux armes !
FIBaHB.
Aux yeux de votre capitaine Que l'on se prépare au conibal :
Qu'une flamme vive et soudaine , Embrase ici chaque soldat!..
CHGEUB.
Le combat ! le combat ! aux armes !
Non plus de crainte, plus d'aJarmeii...
La voix du Flambart indomptii Redit son cri de liberté, Par l'Afrique au loin répété , Redit son cri de liberté !
Pendant ce chœur plusieurs maldots ont placé, au pied du grand mal des saùrcs, des pistoleh! et des haches d'abordage,