FROMONT, PIERRE
FROMONT , d part. Ah ça ! qu'est-ce qu'il me veut encore ?
PIERRE, sérieusement et avec un soupir. Je ne vous fais pas de reproche, monsieur; mais vous voyez ce que j'avais prévu : ma complaisance, ma faiblesse pour vous auront des suites dont vous gémirez vous-même...
FROMONT. Bah!., je n'y pense déjà plus... j'ai bu un petit coup d'eau qui n'était pas filtrée... voilà tout... Qui est-ce qui n'a pas ses momcns de vivacité? donnez-moi la main, lieutenant, et n'en parlons plus.
PIERRE. Oh, je vous pardonne du fond de l'ame, monsieur.. .
FROMONT, lui serrant la main. Et moi aussi, lieutenant...
ai'ïsi!
PIERRE. Malheureusement, tout n'est pas fini-là!
Le Capitaine. ^
FROMONT. Comment:'
PIERRE. Jetez les yeux sur ce livret...
Il lui présente un livret.
FROMONT. Qu'est-ce que c'est que ça ?.. {Lisant.) « Tout offi- Mcicr qui portera l'cpée, ou la main sur son supérieur... penndant le service, sera puni. .. {S'' arrêtant.) ô mon Dieu!
PIERRE, appuyant. « Sera puni de mort. » {Après un silence.) Vous le Toyez... j'ai levé le poignard sur vous...
FROMONT, tremblant d'émotion. Ça n'est pas possible!.. La mort!., lâ^nort à un si brave homme!..
PIERRE. La loi est formelle...
FROMONT. Mais, je ne me plains pas... je ne vous accuse pas...
PIERRE. L'équipage se chargera de ce soin... les officiers ont toujours les yeux sur leurs chefs. ..je suis sûr que l'état-major se rassemble déjà.
frOMONT, tout ému. Et vous croyez que je le souffrirai!., quand c'est moi seul qui suis coupable!.. Je ne suis pas brave , c'est vrai... je ne suis fait ni au feu , ni ù l'eau. ... mais je suis un honnête homme... et il faudrait que je fusse le dernier des misérables pour laisser fusiller un brave marin, un père de famille... Jamais... jamais!., j'aimerais mi<3ux être encore au fond de la mer. . .
Il se jette en sanglotant dans les bras de Pierre.
PIERRE, ému. Remettez - vous !.. vous êtes bon, sensible, monsieur; et dans toute autre position... mai?, que voulezvous!., à tort, ou à raison, vous êtes capitaine de la Salamandre, vous êtes mon capitaine... la loi a parlé... et vous ne pouvez pas la changer.
FROMONT, vivement. Oui... mais je puis dire pourquoi vous avez voulu me frapper... parce que j'ai eu peur... parce que j'ai crié: « Sauve qui peut !.. »
gaPIERRE, vivement et lui mettant la main sur la bouche. Ah!
rdez-vous en bien!..
Air de Tmiers.
Ce mot affreux !.. ce cri funeste !
Sur notre bord jamais ne s'entendra !..
Il ne peut aller , je l'atteste ,
Montrant les épaulettes de Fromont.
Avec cet uniforme-là!..
De l'avouer vous n'ôtes plus le maître. « Sauve qui peut L.Dce mot ne fut jamais Que celui d'un lâche ou d'un traître... Vous voyez qu'il n'est pas français !..
D'ailleurs, personne ne vous croirait...
rnOMOTiT , se désolant. Ah! mon Dieu! mon Dieu... que l'aire alors ?
PIERRE. Se taire... et se soumettre !.. tout ce que je vous
demande, capitaine... c'est d'éloigner mon fils et... Chut!..
on vient !..
Garnicr paraît, il est pûlc.