‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 57 sur 403 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

D'ARGENTIÈRES, SARRAZIN, M. LELIEVRE.

SARRaZIN , entrant à reculons , et causant avec M, Ltdièvre. De la riu,ueur, M. Lelièvre, de la rigueur. . . je ue sors p,!S de là. . . Surtout avec les débiteurs de mauvaise foi. p'arg ENTIERES , se retournant vwenient en vojant Lelièvre.

Ah! encore un huissier.. . Lelièvre, 17, rue des SourdonnMÏs... Je les connais tous, moi .

SARRAZIN, de loin à d' Argentières .

Pardon, Monsieur, je suis à vous dans la minute. d'argeNtiÈres , reprenant son journal et lui tournant lé dos. Fuites, faites, Mousieur. { Jl s'assied.)

SARRAZIN, continuant^ à Lelièvre.

Autrement , i's se moquent d(,' vous... Ou passe pour un imbécile. . . ça se répand à la Bourse, et c'est très-dusagréabîe quand on y va tous les jours. {Entre ses dents. ) Ça , et les coquetteries de ma diable fie femme, c'est ce que je redoute le

pldS.

LcîicviC, .Sarrasin, «l'Ars^C'iît.'crr.s.

( '7 ) LELIÈVRE

Cependant lorsqu'il n'y a ricii à fuire?

SARR AZiN , lui rnonirarit îles papiers. Tour les petites lettres tle cliauge, je ne dis p.is... Des noms «ibscuis... mais celle de mille éciis... Un baron! ça doit pouvoir payer.

LELIÈVRE, souriant et haussant les épaules. Le baron d'Arf;enlières !

D'ARGENTiÈRES,yan/i^/ uu saut sur sa chaise. Allons, il y eu a doue partout.

SARBAZIN , à Lelièvre, Vous le connaissez !

LELIÈVRE

Oh 1 parfaitement. (D'Argenlicrts se cache davantage.) C'est un étourdi , un peu uiûr, aimable , recherche pour son esprit, sa gaîté. . . , enfin le doyen des dissipateurs comme il faut. . . le type «les paniers percés de bonne compagnie.

SARRAilIN.

Mais il a une maison . . . une terre.

LELIÈVRE

Du tout. . . c'est à son oncle.

SARRAZIN

Il a une rente de quatre nulle francs.

LELIÈVRE

Viagère... insaisissable.

SARRAZIN

Ta, ta , ta. . . Je ft.rai saisir sa personne. . . et alors. . .

LELIÈVRE, at-Tc exclamation.

Mais où le prendre?

u'argentiêres, se cachant lajigwe.

Dieu !. . s'ils se doutaient. . .

SARRAZIN

Ma foi ! alors, si je pouvais seulement avoir la moitié' de ma somme. . .

d'argentières, a^«rf.

Tu n'auras rien du tout.

LELIÈVRE

Ah! c'est différent... Dès que vous feriez le sacrifice de quinze cents francs, on peut essayer.

SARRAZIN, uinsmenl.

Vous auriez on moyen.

LELIÈVRE

Peut-être... je vais m'en occuper. (Jlle saliie.)

s K'B.KhZi'S y le reconduisant.

C'est çà, ferme! je ne crains pas lç3 ffais.i. ,'fcî ne crains //C Coucher. 3

( -8 ) que de passer pour une dupe. . . Ça se rcpauJ à la Bourse, et c'est fort de'sagréable.

( Il continue à mi-voix y en congédiant Lelièvre qui sort par le

fond.

d'argentiÊèès, h part.

Impossible mainlenaut de décliner sou nom à d& hoiUttié qui a des préventiods aussi injustes. ( Il se tèi^by et i/ûpGur parler à Sarrazin.) Monsieur...

EELiÈVRE , rcK'enànt sur ses pas.

Ah! j'oubliais l'essentiel... ( En ce hiotnent d'Ji'géntîèf'es , qui allait parler à Sarrazin ifail une pirouette et va s'asseoir près de la cheminée. ) Et votre avoué ?. . SARRA2ÏK.

Laurent. ; . toujours rue de Cléry ?. . c'argenïières^ Nuinëro 12. » . Encore une cônnaissaûce.

SCÈ^iË X.

D'ARGENTÏÊtlÉlS , SARRAZIN.

SARRAZIN, retenant d'un ait fiant à d'Jrgentières. Mille pardons, Monsieur. . * j'étais ieû affaire*.

d'argentières.

Comment donc?. . c'est trop jnstié.

SARRAZi».

lÙQ mauvais débiteurs qui ne paient |îas.

d'argentier^^.

Je sais ce que c'est. {A part.)he\ihsTG est décid'ément parti... je respire un peu.

SARRAZIN, voulant le faîte asseoir. Remettez-vous donc. Monsieur. . . { Il prend un fauteuil. ) Asséyiez-vous:, Monsiteur, je votis en prie.

d'argentières, à part et avant de s'asseoir. Dieu seul sait ce que je vais lui dire. ( Il s'assied.)

SARRAZIN, assise

Qu'y a-t-il ponr votre service ?

d'argentières, avec embarras.

Monsieur,. . . Se relevant çipemev.t.) Mais yioas avez peutêtre encore quelqu'un dans votre cabinet ?

SARRAZIN

Non.

d'argentières.

Vous m'obligeriez de l'expédier, parce qoe, moi, ça m'est égal d'attendre. . . comme j'en ai pour long-temps. . .

SARRAZIÏf.

Je vou^ r>:-p^U que je sui^ tout à yuus.

d'argçntières.

Vous agissez sans cërëmonie.

SARRAZjîT, Oui.», oui, Monsiepr.

d'arGENTiÈres, reprenant après s*étre rci^ifS. Monsieur. . . ( S' interrompant encore. ) C'est Liea î| M. Sai'-. razin que j'ai l'hpnneur de parler?

SARRAZIN , avec impatience, .

Oui, Monsieur.

d'argetîtières.

Ah! {d'un ton composé.') ^lopsieur, l'atTairedont je viens vous

entretenir réclame toute votre attentionj c estune affîûre capit^jle.

gARRA.ziN.

Une entreprise par nclions? . ^

d'argentières, le regardant. «"• tBOW

Non. ..,

SAI^^vAZIN.

Uqe commandite ?

d'argentières.

Pas pre'cisëraent.

SARRAZIN

Une société anonyme ?

d'argentières, fte.vf/af/^ ' ^^ » "ifH"»..

Ç« reutrer.'iit pluJôt dans la socictii anonyme... Je vous préviens que l'afTaire est telleniei»t compliijiiét; , qu'il ne 4audrnit pas vous étonner si , an premier coup d'ail, vous n'y t'ompreiiiez rien du tout, . . mais peu à peu ça s'éclaircira. • • D'ailleurs, ne craignez pas de me l'aire loiiteii l'is questions que vous voudrez... je suis là pour y ri'pondre .vous expliquer 1.1 chose, el vous donner 1rs détails que vous pourreîMdsirer. SARRAZIN , avec un peu d'impatience.

S.ins me tl.iller. Monsieur, j'ai dssez Ihahitutle des aûVires pour saisir tout île suite.

d' \ rg ent r È Rïg f regardant du côté de la feuiflf^i^ . (j Ob' mou dieu ! il y a des gens qui croyent saisir.

,, P „ . SARRAZIN. .,,„^,^l

bnlin, Mousieur. . .

r» ARGENTiÈRES , apfts wi moment de méditcftiçii contint^*.

Voici le lait : Jacques Lourbillga , de sou vivant, maître de

* l.e conte smvaal reiUr,aul tout à l,i^it dans un neurc de talent paiti- «■iilu r il M. Ptrkl,()ji pousia lo,}ia3se.r eu piovince ^ el sauter (le ces mots ; Hnfin Monsieur. . à ceiiix-fci : liif'y i oici. . . Monsieitr voire oiidc a du VOU6 due , etc.

forges du Berry , s'était associé pour l'exploitalioa d'une mine de houille , ses trois fils : Antoine , Jérôme et Thëophile.

SARRAZIN

Bonrbillon ?

d'argentiêres.

Tous des Bourbillon... Mais ne ies confondez pas. . . Antoine, Je'rôme etThe'ophile, étaient donc chacun pour un quart dans la houille, et le père mort, pour un tiers dans les forges. . . SARRAZIN ) déjà un peu embrouillé.

Oui.

d'argehtières.

Antoine meurt.

Le père?

Non, un des fils.

Bien.

d'argentières.

c'est-à-dire bien. . . Enfin c'est e'gal. .. Il laisse six cnfans.

SARRAZIN, e^rnjé.

sarrazin.

d'argentières.

sarrazin.

Oh

d'argentières.

Louis , Jean , Martial , Joseph , Paul et Sime'on.

SARRAZIN

Encore des Bourbillon?

d'argentières.

Toujours des petits Bourbillon. . . . Mais alors Louis, Jean, Martial, Joseph , Paul et Siméon , se trouvaient chacun pour le sixième d'un tiers dans la houille, et le sixième du quart, c'està-dire le vingt quatrième dans les forges.

SARRAZIN , î'essuj-ant le front.

Mais permettez... Si le père vivait. ..

d'argentières.

Du tout. . . Je TOUS ai dit qu'il était mort.

SARRAZIN

Jérôme ?

d'argentières.

Non , Jacques.

SARRAZIN

Non, non, je me rappelle. . . Vous m'avez dit Antoine.

d'argentières.

Antoine plus tard... Mais Jacques d'abord, Théophile ensuite.

GARRAZIN , perdant la télé.

Coiuineut, c'esl Théophile, .^ pn'sent?

d'argentiêres. Nous y viendrons. . . . Seulement J;»cques s'elftit reniiirie', et ayait laisse du second lit quatre filles : Cesarine , Félicité. . . SARRAZIN.

Ah ! mon dieu !

d'argentiêres.

L5 ! . . . je vois déjîi que vous n'y clés plus. . . Je vais recoiuraencer.

SARRAZIN

Mais, Monsieur,... c'est une question de droit et non de banque.

d'argentiêres.

• • Si fait , quand il y a des créances. . . Monsieur votre oncle a dû vous dire, que lorsqu'il y avait des crcanccs. .. sarrazin , ctonr é.

Mon oncle?

d'argentiêres.

Oui , le banquier a dû vous dire. . .

SARRAZIN

Le banquier. . . mais permettez . c'est moi. . .

d'argentiêres.

Ah! bah!. .. Vous êtes donc plusieurs S;irrazin, comme les Bourbillon ?

SARRAZIN

Sans doute , mon neveu et moi.

d'argentikrks.

Votre neveu ! ... Et il est ici?

sarrazin.

Non , il est sorti.

d'argentiêres, vii^evieiir.

H est sorti '. . . . Là , justement c'est à lui que j ai à fitii c.

sarrazin, auec humeur.

A mon neveu ?

d'argentiêres , h part., on se levant^ repousse le fauteuiL J'aime mieux ça pour le moment.

SARUAZIN, npri-s s'élro. lc\.r aussi.

Mais comment cela le lei^arne-t-il ?

d'argentiêres, nicc cnihnvras.

Ali î. . . c'est quil av it endosse. . , un effet. . . Bourbillon.. . ( /4 part.) Je commence à m'enibi.<urbermoi-même... sahrazin, «j^f>r Aiimeur.

Puisque c est mon neveu , il f.vudra que vous preniez la peine de repasser.

d'argentièhes.

Pourquoi donc? je va's r^ttendre.

SARRAZIN

Ça peut Toos mener loin.

d'argentières, iiy^ar/.

C'est ce que je demande.

SARRAZIN , rtVfC humnir.

Quand il se met à courir avec de jeunes fous comme lui , ses amis politiques, comme il les appelle... Les chambres, le patriotisme , le foyer de l'Ope'ra ... ça ne finit plus, B aRgEntières , se rasseyant.

C est égal. . . Dusse'-je l'attendre jusqu'à la nuit.

SARRAZIN. .:i

C'est donc bien important? {A lui-même , et auec défiance.) Je ne sais pas. . . mais cette insistance. . . je crois «Jevioer. . . ( Allant à d' Argentières , haut , et avec intention. ) Monsieur , il y a des i:,ens qui prêtent de l'argent aux jeunes fous, qui attendent des héritages.

d' ARGENTIÈRES 5 /ro^</e/?2eH^

H y en a bien peu , Monsieur.

SARRAZIN-

Jt: ne suis pas dupe de toutes les balivernes que. .. Vous êtes créancier de mon ueveu, vous veucz lui prêter de l'argent? d'abgentikres.

\ ous ne me connaissez guère... Moi! prêter aux jouues Rpop , les pousser à leur ruine 5 )e leur ecnpmntorais plutôt, pour leur rendf e service et les arracher à l'abyme ouvert sous leurs pas. Allez, je siis bien ce que c'est.

SARRAZIN

J3u lestC; ''rrangez-vous ; je no m'en mêle pas.

Aiii : P'audeville de CEcu de six francs-

Avec lui faites votre affaire , Prêtez-lui si vous êtes fou ; Mais de moi, la chose est bien claire, Mon neveu n'aura pas uu&ou, Kon , qu'il n'attende pas un sou.

b'argentières, à part.

Alors pour lui plus de mécompte , S'il u'a jamais, le malheureux!

Que ce quM tiendra de nous deux , 11 aura bientôt fait son compte,

GUSTAVE , en dehors.

L'ituperlincni ! je lui apprendrai . . .

( V-. ) d'ARG ENTIÈRES, ccouianf.

Ou'f'St ce qnc c'est que ça ?

*SARRAZIN

Ptirbleu , vous avez du boulieur; c'est lui (|ui ronirc.

( // l'a au fond , au-devant de son neveu. ) d'argentières , ciourdi.

Votre neveu!. . . { A part. ) Quel bonheur! moi qui espe'rais avoir le temps. . .

( Il pasie à gauche du t/icûtrc. )

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