‹ Les vieux péchés; comédie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 403 · LA MARQUISE , GIRARD · texte numérisé non relu

LA MARQUISE , GIRARD

GIRARD, à part.

Diable de petit bonbomme I... c'est qu'il j va.

C'est inconcevable... je devrais me fâcber...( le regardant leur drcmcnt ) mais vous paraissez si beureux , mou cber voisin , (juc je u'eu ai pas le courage,

GIRARD, àpart.

Allons, voilà raffaire qui s'engage... il n'y a plus moyen de

feculcr. {haut) Heureux... . certainement , Marquise... ( à part) dans ce sens que je ne sais plus où donner de la tête.

LA MARQUISE

Après tout. . . il fallait bien en venir là.., noire attachement mutuel est trop connu.

GIRARD, la regardant d'un air peiné.

Pauvre femme... m'aime-t-elle!... Et être obligé de dclruirc un amour aussi enraciné !...

LA MARQL'iSE , gawient.

IMoi , d'abord, je suis trop franche pour cacher la joie que me cause celte union.

GIRARD , la regardant toujours douloureusement. Ainsi. . . vous êtes résifrnée à tout ?...

LA MARQUISE

Absolument.

GIRARD

On va s'égayer à nos dépens... nou§ plaisanter.

LA MARQUISE

Nous en rirons les premiers... s'il le faut même , nous danscfonS ensemble . . . dansez— vous, mon voisin ?

GIRARD , décontenancé.

Hein ?... plaît-il ?...

Moi , c'était ma passion. ... A propos , et les billets de fairepart ? . . . il faut que j'écrive sur-le-champ à ma famille. . . mon beau-frère le Président... mon oncle le Grand-Vicaire , qui m'a j)romis de venir.

GIRARD , à part.

Un oncle grand-vicaire I . . . . ah! mon Dieu I sur quel pied me présenlcrai-jc ?

LA MARQUISE, l'obscn'ant.

Eh '. mais... vous changez de visage.

GIRARD, d'un ton solennel.

Pardon, madame la Marquise... je vous demande un moment d'entretien.

LA MARQUISE , étonnév.

Seuls ?. . .

GIRARD, toujours du même ton.

Tète— à-lête. ( Il va fermer la porte du fond. ) LA MARQUISE , d'un air alarmé.

Que veut-il ?...

GIRARD, ai'cc mystère et lui parlant de triis-près. Au point où nous en sommes , je me Oatle que rien nô doit tous étonner.

LA MARQUISE , ai'cc pudeur et crainte.

J'espère, monsieur, que vous n'abuserez pas delà confiance. ..-

GIRARD

J'en suis incapable. {Jl lui avance iinfauleidl.)

î.A MAHQUISE , plus élonncc.

Que signifie ?...

GIRARD, .toapirant.

Cela signifie... que notre mariage est encore bicii tliJnlcux.

LA MARQUISE

Comment ?... qui s'y opposerait ?..

GIRARD

Vous-même, peut-être... quand vous m'aurez entendu.

LA MARQUISE , s\issefanl.

Parlez.

GIRARD, s'asseyant près cVclle , et à part. Je sens la sueur froide... Ca me fait l'effet d'une entrée nianquéc et de soixante coups de sifflets.

LA MARQUISE

Eh bien ?

GIRARD, après s'être agité sur sa chaisCy et cherchant ses paroles.

C'est une chose singulière... quoique assez commune. . . dans le monde. . et même ailleurs. . . Une personne jouit d'une position sociale. . . (juclconque. . . . ça arrive tous les jours. ... on est là. . . on vous y laisse. . . c'est tout simple. . . . chacun pour soi. . . . Vous voyez un homme riche, gai , hicu portant. . . vous n'allez pas plus loin. . . . vous dites : voilà un g.uUard qui fait ses quatre repas , qui dort bien tranquille, sans chagrin , sans remords. . . . Erreur î

LA MARQUISE

Des remords !

GIRARD

Ne m'interrompez pas , je vous en prie. . . vous n'y êtes pas encore. .. Mon père, Jean Boniface Girard, était procureur... mais honnête... c'était un original.

LA MARQUISE , souriant.

Voilà donc cet aveu terrible ?... Ce n'est pas brillant . . . mais c'est convenable.

GIRARD

Vous n'y êtes pas encore. . Après m'avoir donné une éducation

distinguée , il me destinait à la magistrature lorsque des

tireo'istances imprévues , des conseils dangereux. ... et surtout l'exemple d'un homme célèbre qui. . . {se retournant ) Qu'est-ce que c'est ?

Page 1