‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 10 sur 132 · ORI&INB DB UL QUESTION · texte numérisé non relu

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ricaines. Mais bientôt, grâce surtout aux efforts persévérants d'un viticulteur distingué, M. Henri Mares, l'usage du soufre comme moyen préventif etcuratif mit promptement un terme aux ravages produits par l'Oïdium, et la propagation de ce procédé devint, on peut le dire, le commencement d'uoeère de prospérité sans exemple pour notre département.

Qui aurait pu supposer à cette époque que, vingt ans plus tard, un petit insecte presque microscopique viendrait compromettre, anéantir même complètement cette source si iéconde de richesse, et ruiner ainsi tout d'un coup les espérances qu'elle faisait entrevoir pour l'avenir ? N'est-ce pas là un exemple romarquable qui nous montre, une fois de plus, combien la puissance de Tbomme a des limites, et combien l'orgueil qu'il ressent pour luimême est exagéré, puisque toute sa science a été mise en échec par un être aussi infime que le Phylloxéra, dont on est même resté longtemps à soupçonner l'existence, et qui a suffi, à lui seul, pour détruire les immenses et splendides vignobles dont nos viticulteurs étaient si justement fiers.

Toujours est-il que, le soufrage ayant réussi et son usage s' étant généralisé, cette première expérience des cépages du Nouveau-Monde résistant à rOïdium fut très vite abandonnée, comme on le pense bien, et on peut dire qu'elle n'existe plus guère aujourd'hui qu'à l'état de vague souvenir.

Mais ce n'était pas encore là ce qui m'avait le plus vivement frappé dans Tétude des collections de vignes américaines, pour ce qui est de rintroduction de celles-ci dans la grande culture. En effet, l'inconvénient qui pouvait résulter des différentes natures de terrains, la résistance plus ou moins grande que pouvaient présenter les vignes américaines aux attaques du Phylloxéra, môme les défauts de qualité des vins que ces vignes étaient susceptibles de produire, n'étaient pas ce qui me préoccupait le plus. C'étaient là d'ailleurs tout autant de questions sur lesquelles on ne pouvait encore guère se prononcer et qu'il fallait mûrement étudier. C'est tout au plus si on pouvait prévoir alors les dangers qu'elles pouvaient présenter par la suite.

J'attachais une importance plus grande encore à la difficulté de soumettre la plupart des espèces ou variétés de vignes américaines au mode de taille tel qu'il se pratique dans nos vignobles européens. J'avais même déjà appelé l'attention sur cette question, il y a plus de douze ans de cela, et j'y reviens aujourd'hui, persuadé qu'elle a plus d'importance qu'on ne le pense. L'extension plus ou moins considérable donnée à la charpente de la vigne américaine exerce, en effet, une grande influence sur la durée de celle-ci, qu'elle soit cultivée pour la production directe ou bien utilisée comme porte-greffe de nos cépages européens.

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Celte question sera d'ailleurs traitée dans la suite de cette étude avec les développements qu'elle comporte. Constatons seulement pour le moment que, dans ma collection, ainsi que dans plusieurs autres que j*avais observées attentivement, la plupart des espèces ou variétés de vignes américaines dont les sujets étaient soumis à la taille ordinaire se montraient très vigoureuses les premières années, mais que leur végétation allait ensuite s' affaiblissant progressivement, jusqu'à leur entier dépérissement. Et il est bon de rappeler que ceci se passait vers 1860, à une époque où l'on était bien loin de penser au Phylloxéra et quand, tout à côté, une collection de plus de 300 cépages européens présentait une végétation aussi luxuriante que possible.

C'est ainsi qu3 je perdis successivement plusieurs espèces ou variétés de vignes américaines, et que je cessai d'en perdre dès que, modifiant le mode de taille, je disposai mes vignes en les palissant sur de grandes surfaces ; les pieds déjà affaiblis reprirent alors de la vigueur, et la végétation de tous devint beaucoup plus active, luxuriante môme, grâce à ce nouveau mode de traitement.

Au Jardin botanique de Bordeaux, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, comme aussi à peu près partout ailleurs où il existait des collections semblables, on avait reconnu également la nécessité de cultiver ces vignes sous de grandes formel.

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N'étaient-ce pas là les signes précurseurs des accidents qui sont survenus par la suite quand on a fait de grandes plantations de vignes américaines ? Il y aura lieu d'y revenir et d'examiner très attentivement cette question quand il s'agira de rechercher Texplication des causes d'insuccès nombreux constatés un peu partout, depuis qu'on est entré dans la voie de la reconstitution de nos vignobles par la culture des cépages du Nouveau -Monde.

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