‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 115 sur 132 · SULFURE DE CARBONE · texte numérisé non relu

SULFURE DE CARBONE

tenu là, et par ses écrits aulaot que par son exemple il a été le plus ardent propagateur du sulfure de carbone. Grâceà sa persévérance qui ne s'est jamais démentie, il a contribué plus que personne à vul« gariser l'usage de cet insecticide dont Tapplication maintenant est devenue réellement pratique.

Il faut dire aussi que le traitement par le sulfure de carbone a été considérablement simplifié

Fig. 71. — Charrue sulfureuse à jet interiAittetit de M. Saturnin Henry.

par l'usage des Injeoteurs à traciion animale^ plus connus sous le nom de Charrues sulfureuses. Ces instruments ont permis d'opérer plus rapidement et dans des conditions beaucoup plus économiques ; essayés timidement il y a six ou sept ans, ils ont été perfectionné.] d'abord par M. Saturnin Henry et après lui par plusieurs autres constructeurs.

j640 moyens du défense.

Aujourd'hui, les injecleurs à traction aDÎmale sont déjà très répandus, et c'est par milliers que l'on compte les charrues sulfureuses de divers systèmes

qui ont été employées en 1886 pour la destruction du Phylloxéra. Les avantages considérables qui résultent de l'emploi de ces précieux instrumenb sont

SULFURls: DE CARBONE. 641

maiotenant reconnus et sufiQsamment acceptés par tout le monde pour qu'on puisse les considérer coDDme un fait réellement acquis. J'avais pu en

apprécier les excellents efifets dans quelques vignobles en voyant fonctionner plusieurs instruments ie cette nature et en constatant ensuite les résultats obtenus. Mais je n'avais pas eu l'occasion de les

étudier comparativement pour juger le mérite respectif de chacun d'eux. Désirant néanmoins ôtre fixé à cet égard, je m'étais adressé à quatre viticulteurs dans l'expérience desquels j'avais la plus grande confiance et que je savais avoir étudié mûrement cette question, en les priant de me dire quelle était celle des charrues sulfureuses qui leur paraissait la plus avantageuse à recommander. Il s'est trouvé que chacun d'eux m'a indiqué un instrument différent, ce qui démontre qu'ils sont tous également bons.

Ge sont la charrue sulfureuse à jet intermittent de M. Saturnin Henry (fig. 71) ; puis la charrue sulfureuse perfectionnée de M. Vernette (fig. 72); ensuite la charrue sulfureuse-injecteurdeM.Lugan- James (fig. 73) ; et enfin Tinjecteur à traction de M. César Cabal (fig. 74). Sans doute que si je m'étais adressé dans la Gironde, on m'en aurait recommandé une cinquième, et ailleurs peut-être encore une sixième, qui pourraient être recommandées à régal de celles-là.

Quoiqu'il en soit, n'ayant pu former une majorité sur aucun de ces instruments, j'ai cru devoir les faire figurer tous les quatre, sans que cette recommandation soit exclusive des autres instruments de môme nature qui peuvent être tout aussi bons et fonctionner également bien.

On comprendra ma réserve à cet égard, ne voulant faire de réclame pour personne et encore moins

S9LFURE DE GARBONB.

Fig. 74. — Injecteur à traction de M. César Gabal^

exclure en bloc tous les autres systèmes de charrues sulfureuses, parmi lesquels il s'en trouve probablement de tout aussi recommandables.

Or&ce aux perfectionnements très importants apportés maintenant dans le mode d'emploi da sulfure de carbone, on possède en lui un puissant moyen d'action pour restreindre considérablement et dans une large mesure les dégâts que le Phylloxéra pourrait produire encore.

Le baron Paul Thénard me disait en 1869 qu'il espérait beaucoup du sulfure de carbone pour com battre le Phylloxéra, parce qu'il le considérait comme le plus efficace des insecticides. Sa perspicacité scientifique lui avait fait deviner du premier coup le moyen de défendre efficacement nos vignobles contre les ravages produits par le Phylloxéra, et cela juste au moment où il les constatait pour la première fois. Quinze ans plus tard et quelques semaines à peine avant sa mort, nous nous rencontrions par hasard au cap d'Antibes ; quoique nous ne nous fussions jamais revus depuis 1869, il fut le premier à me reconnaître, et me rappela alors dans tous ses détails notre longue conversation de celte époque déjà éloignée, détails qui, pour la plupart, m'étaient déjà passés de la mémoire, mais dont le souvenir me revint aussitôt. Thénard croyait plus que jamais à l'efficacité du moyen qu'il avait prjposé et dont il . avait prédit d'avance les bons efiFets. La mort est venue le surprendre avant qu'il ait pu constater

SULFURB DE GASBONB. 645

combien il avait deviné juste : il verrait maintenant le sulfure de carbone employé très largement et produisant partout ses pleins effets. Je suis heureux de rendre à la mémoire deThénard le témoignage, malheureusement posthume, qu^il ne s^élait pas trompé dans ses prévisions.

Aujourd'hui, le traitement par le sulfure de carbone est devenu réellement pratique ; il est de plus relativement économique, et les résultats obtenus sont excessivement remarquables. Je n'hésite pas à affirmer que notre viticulture possède enfin, gr&ce aux charrues sulfureuses, un moyen de combattre efficacement le terrible aphidien« Les effets que j'ai pu constater cette année un peu partout me paraissent absolument décisifs pour les terrains qui no sont ni trop argileux ni trop imperméables, pour ceux surtout qui sont suffisamment légers, c'est-àdire dans la composition desquels entre une proportion convenable de sable ; aussi ai-je acquis dès à présent la conviction que, si Von avait connu il y a quinze ans les pals-injecteurs et les charrvss sulfureuses^ un bon tiers au moins des vignobles détruits par le Phylloxéra et trop prémairurémenl arrachés (vuraiervtpu être consei^és par le sulfure de carbone.

Toutefois ce qui ne s'est pas fait dans le passé pourra s'obtenir dans l'avenir. Nous avons légitimement le droit d*espérer maintenant que nous préserverons par le traitement au sulfure de carbone un bon tiers, sinon la moitié des vignobles

646 IfOTRNS DE DÉPEN8&.

que le Phylloxéra n'a pas encore atteints* C'est au moins un million et demi d'hectares qu'il s'agit d'essayer de conserver en grande partie à la production, et, comme on le voit, la chose vaut la peine de n'être pas négligée.

En 1883, le nombre d'hectares traités par le sulfure de carbone dans le département de l'Hérault seulements'élevaità3,494, pour se réduire à 2,340 pendant l'année 1884. On n'avait donc encore à ce moment qu'une confiance médiocre dans ce moyen de traitement, puisque d'une année à l'autre le nombre d'hectares traités avait diminué de 1,154 dans un seul département.

L'exemple de M. Jaussan, qui réussissait à conserver son vignoble par ce procédé, contribua à relever ce chiflFre, d'abord à 3,100 hectares en 1885, et à le porter ensuite à 3,479 pour 1886. L'arrondissement de Béziers contribue à lui seul, dans ce dernier chiffre, pour 3,001 hectares et celui de Montpellier pour 264 seulement.

Il convient de dire à ce sujet que le nombre de vignobles susceptibles d'être traités diminue d'année en année dans THérault, et plus particulièrement encore dans l'arrondissement de Montpellier, qui a été le premier atteint par Tinvasioa phylloxérique.

Dans la Gironde, les traitements par le sulfure de carbone ont pris encore une bien plus rapide extension. En 1 885 on avait opéré, d'après M. Vassil-

Page 1