‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 19 sur 132 · PHASES DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

PHASES DE LA QUESTION

ment d'étudier chacun de ces cépages au point de vue de sa fertilité et de la qualité du vin qu'il produisait. Cette étude n'a guère été commencée d'une manière générale que vers 1878, et on la continue encore plus que jamais au moment actuel ; mais elle faisait spécialement Tobjet des préoccupations de tout le monde entre 1878 et 1882, c'est-à-dire aune époque qu'on pourrait désigner plus particulièrement sous le nom do Période de Prodvction directe,

5* C'est enfin pendant la cinquième période, commencée vers 1880, mais surtout depuis 1882, et qui se continue encore de nos jours, qu'on a ajouté aux études déjà en cours colle du greffage do DOS cépages européens sur vignes américaines. On avait bien sans doute essayé de greffer antérieurement à cette date, mais c'est véritablement depuis celte époque que cette expérience a été poursuivie sur de grandes proportions. Cette cinquième période, caractérisée surtout par l'extension d jnnée à la culture du Riparîa et à son essai comme portegreffede nos cépages européens concurremment avec lesSo/onw, les Rupestris et d'autres encore, pourrait être désignée sous le nom spécial de Période du Oreffage.

Maintenant que les tâtonnements, inséparables d'une expérience entreprise dans des conditions aussi complexes, feront place à des faits bien obser-

vés, qui permettront de voir plus clairement devant soi, on pourra marcher avec sécurité vers le but proposé. Aussi peut-on espérer que la sixième période, dans laquelle nous allons entrer dès à présent, montrera des résultats satisfaisants. Ils se manifesteront partout où, agissantavec prudence, on aura tenu sérieusement compte de l'enseignement que tout le monde a pu tirer des observations faites jusqu'à présent. Si, en effet, on profite de rexpérience acquise, nos viticulteurs n'auront bientôt plus à regretter aucun échec. On pourra alors désigner cette époque sous le nom plus consolant de Période de sticcès définitif.

PÉRIODE d'expectative.

Il sera bon de dire quelques mots, maintenant, des circonstances particulières qui ont caractérisé chacune dps périodes énumérées ci-dessus, ainsi que des principales espèces ou variétés de cépages américains qui ont été successivement essayées depuis qu'on a commencé à les expérimenter. Ces essais avaient porté tout d'abord sur la résistance au Phylloxéra de chacun d'eux, ainsi que sur la production directe des vins qu'ils étaient susceptibles de fournir, et enfin sur la possibilité de les utiliser comme porte*greffes de nos cépages européens.

PÉRIODE d'expectative. 63

Pendant les premiers temps, c'est-à-dire pendant la Période d^Eœpectative, on pouvait observer les cépages américains dans les nombreuses collections qui existaient sur plu sieurs points, il y a vingt, trente et même quarante ans de cela. On avait pu les étudier encore quand on les avait cultivés un peu partout dans les vignobles, à Tépoquede Tinvasion de TOidium. Les viticulteurs américains les faisaient connaître, en outre, parles nombreux rapports qu'ils publiaient sur la culture des vignes du Nouveau- Monde.

On pouvait d'ailleurs avoir des renseignemenls plus explicites et surtout plus complets en consultant tous les auteurs, et ils sont nombreux, qui ont traité des vignes américaines. Je me bornerai ù signaler ici quelques-uns de ceux qui n'ont pas encore été désignés déjà ou qui ne le seront pas dans la suite, soit qu'ils aient fait des publications, soit qu'ils aient été connus par des observations intéressantes sur la culture de la Vigne en Amérique,

Ce sont par exemple, pour n'en citer que quelques-uns :

H. le major Adlum ;

M. Ed. Àntil, auteur d'un Essai sur la culture de la Vigne en Amérique ;

M. Arnold, qui a obtenu par le semis de nombreux hybrides ;

M. Max Berthauld ;

M. Robert Buchanan, auteur d'un traité sur la culture de la Vigne en Amérique ;

M. Isidore Bush, le célèbre pépiniériste de Saint- Louis, dont le Catalogue fort complet a été fidèlement traduit de l'anglais par notre honorable compatriote M. Louis Bazille et annoté par M. le professeur Planchon ;

M. G.-W. Campbell, qui a donné lecture pendant la session de VAmerioan ponological Society^ tenue à Boston il y a deux ans, d'un très intéressant mémoire sur la culture de la Vigne aux États- Unis;

M. Ch.A. Wetmore, Vice-Président de la Commission de Viticulture et chef de la Commission viticole de l'État de Californie ;

MM. Chapman, Ch. Downing, Dufour, Elias Durand, Elliot, A. -S. Fuller, Glascow, le professeur Gray, D^Gumprech, J. Harison, Hamond, E.-W. Hilgard, J. Jarus, J. Labiaux, James-S. LippincMt, G.Oaderdonk, D' Parker, Poschell, Roger, W. Saunders, D^ Siedhoff, D^ Spoulding, J. Stayman, Strong, Swalow, Wilie, etc., etc., et surtout M. George Husman à Talcoa Vineyards près de Napa (Californie), auteur d'un excellent traité sur la culture de la Vigne en Amérique * et certainement l'homme qui a fait faire le plus de progrès pendant ces derniers temps à la viticulture américaine.

' American grape growtnff and Wine making, 1 vol. 310 pag. New- York, Orange Judd Company, 751, Broadway, 1883.

PÉRIODE d'expectative. 65

On avait ainsi sous la main des documents intéressants qui permettaient d'étudier préalablement cette question. Les éléments pour faciliter cette étude ne manquaient donc pas; ils étaient même fort considérables, et on pouvait à ce moment apprécier les nombreuses observations déjà faites, dont on devait tirer grand profit.

11 existe aux États-Unis une Société pomologique, YAmerican pomological Society^ qui tient chaque année une session dans l'un des États qui composent rUnion Américaine. Elle est présidée, depuis déjà trente-quatre ans, par M. Marshall P. Wilder, qui est rhomme connaissant le mieux la Pomologie et l'Ampélographie américaines. La Commission royale de Pomologie belge et étrangère ^qui remplissait en Europe une mission analogue à celle de ï American pomological Society , recevait de lui, en 1857, une collection d'élite composée des meilleures espèces ou variétés de vignes américaines existant à cette époque dans les vignobles des États-Unis. Gomme membre correspondant français de cette Commission, je reçus démon ami regretté, M. Auguste Royer (de Namur), noire président, les premières multiplications qui en furent faites ; ces espèces américaines, ajoutées aux quelques-unes qui se trouvaient déjà dans ma collection de plus de 300 cépages de tous les pays, composèrent une sériespéciale de 32 espèces ou variétés américaines, qui me fournit par la suite matière à de nombreuses et intéressantes observations.

66 VIGNBS AMÉRICAINES.

Cette coUeclioQ n'existe malheureusement plus aujourd'hui. Elle occupait un emplacement vendu depuis comme terrain à bâtir, et fut détruite en 1877, avant qu'il eût été possible de découvrir la moindre trace de Phylloxéra sur les racines des piedSy tant américains qu'européens, qui la composaient. 11 y avait là en même temps plus de 500 pieds de Vigne de semis qui commençaient déjà à fructifier, et que j'ai non moins regretté d'abandonner. J'avais semé, douze années auparavant, des pépins choisis sur 25 variétés de nos meilleurs cépages européens. Les sujets provenant de chacun de ces 25 semis distincts avaient été plantés séparément, de façon à pouvoir distinguer toujours Toriginede chaque pied. Je les avais ensuite greffés sur de forts plants, pour en activer la fructification ; quand celle-ci fut venue, je pus me rendre compte des variations qui se produisirent parmi les nombreux sujets de semis provenant de chacune de ces variétés. Je pus observer aussi dans quel sens ces variations s'écartaient du type dont chaque sujet était issu. Cette expérience, faite avec beaucoup de soin, m'avait fourni des renseignements excessivement intéressants, mais ils perdaient beaucoup de leur importance, à une époque où tous les vignobles du Midi étaient aux prises avec le Phylloxéra, et où môme la plupart de ceux-ci avaient déjà disparu. Si, comme il faut l'espérer, des temps meilleurs viennent relever notre viticulture découragée,

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