CULTURE DE LA VIGNE KN AMÉRIQUE
Autrefois et à diverses époques pendant les deux derfliers siècles, les vignerons des États-Unis avaient essayé avec persévérance quelques-uns de nos cépages européens dans la plupart de leurs vignobles. Ils ne tardèrent pas à reconnaître chaque fois que ces cépages ne pouvaient se comporter chez eux, et que, soit à Tétat de francs de pied, soit qu'ils fussent greffés sur les espèces indigènes en Amérique, Texpérience n'avait pu donner aucun bon résultat. Dans l'un comme dans l'autre cas, les nombreuses tentatives qui avaient été faites à diverses époques n'avaient jamais été longtemps couronnées de succès ; on avait toujours vu les variétés de nos vignes européennes plantées dans les cultures des États-Unis prospérer d'abord admirablement, mais cette végétation ne se soutenait pas et elles allaient toujours en dépérissant jusqu'à ce quelamort survienne. C'est justement ce qui arrive souvent ici avec les cépages du Nouveau-Monde. On essaya alors de les greflFer sur les vignes américaines, espérant, comme nous le
faisons ici, qu'en les faisant vivre par le greffage sur les racines des espèces qui se développaient si vigoureusement à rétat sauvage, dans les bois et sur les bords des cours d'eau des États-Unis, on réussirait à les conserver. Mais cet espoir fut vite déçu : nos vignes européennes dépérirent autant, une fois greffées sur vignes américaines, que lorsqu'elles vivaient de leurs propres racines.
Les vignerons américains attribuaient Tinsuccès de leurs tentatives dans la culture de nos cépages européens à la différence du climat, plus rigoureux en hiver et plus chaud en été aux États-Unis qu'en Europe, à latitude égale ; ils Tattribuaient aussi à la moisissure et à la pourriture causées par les pluies trop fréquentes qui se produisaient pendant la période active de la végétation, c'est-à-dire depuis avril jusqu'en octobre. C'est alors qu'ils eurent ridée, et M. Longworth de Cincinnati l'un des premiers, d'essayer dans leurs vignobles, il y a plus de soixante ans de cela, la culture directe des vignes indigènes, dont plusieurs espèces étaient déjà décrites par Michaux dans sa Flora borealis americana, publiée vers 1803.
Ce n'était pas d'ailleurs la première fois qu'on avait essayé en Amérique la culture des vignes indigènes. Déjà à une époque plus reculée, vers le milieu du xvi* siècle, on avait planté dans la Louisiane des vignobles importants avec les vignes américaines, et la production du vin en était devenue
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relativement considérable ; mais cette culture fut interdite, afin, disait-on, de ne pas nuire par cette concurrence aux vignobles de la mère-patrie. N'étaitce pas là un exemple frappant des abus du régime colonial et de Tesprit étroit qui caractérisait les idées économiques de cette époque ?
Les premiers essais donnèrent des vins dont la qualité laissait beaucoup à désirer. M. Longworth ne cultivait d'abord que le Scuppernong, le Cape ou Schuylkill et VJsabella\ mais un peu plus lard, ayant essayé un autre cépage qui appartenait au groupe des Labnisca et qui était désigné sous le nom de Catawbaj les plantations prirent alors un rapide développement. Ce dernier cépage, une fois connu, devint bientôt excessivement estimé et se répandit rapidement dans tous Ijs vignobles du Nouveau- Monde. Un auteur américain disait en effet du Ca^ tawba, que Tintroduction de ce cépage dans la culture des vignobles avait été plus avantageuse pour les États-Unis que ne Teùt été le remboursement de toute la dette nationale ; et, de fait, le raisin quMl produisait était le seul que je considérais comme réellement mangeable, parmi les fruits de toutes les espèces ou variétés qui composaient ma collectioD de vignes américaines. 11 avait un parfum très prononcé que je trouvais pour ma part fort agréable. Les viticulteurs des États-Unis obtenaieni; du Catawba un vin mousseux, qu'ils ne craignaient pas, dans leur enthousiasme, de comparer à nos excel-
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lents vins de Champagne, et qui se vendait, sous le nom de Catawba-momseux^ à raison de 12 à 13 dollars le panier de douze bouteilles, soit environ 5 fr. à 5 fr. 50 la bouteille.
Les Américains prirent beaucoup de goût à la culture de leurs vignes indigènes ; n'étant pas satisfaits des types sauvages, ils se mirent à en faire de nombreux semis et obtinrent de la sorte une grande quantité de variétés hybrides dont les meilleures ont été envoyées en Europe, où elles figuraient dans la plupart des collections. M. William Prince, dans son traité sur la culture de la Vigne, publié à New-York en 1830, énumère 88 variétés de raisins obtenues déjà à cette époque par les semis des espèces américaines. On était entré si largement dans la voie des semis, Tardeur pour ce genre de recherches s'était tellement développée, qu'en 1859 M. Longworth estimait déjà à plus de mille le nombre de ces variétés.
Indépendamment du Catuwba^ on cultivait encore dans les vignobles des États-Unis plusieurs autres cépages, et entre autres le Norton's Virginia^ VU~ nion's village, VHerbemonfs Madeira^ le Missouri Bird's-eye, le Lenoir, le Minm^'s^Seedling et le De^ laware. C'étaient là les principaux cépages qui composaient les vignobles déjà très nombreux, mais relativement peu étendus, existant aux États-Unis vers 1856 ou 1857. Ces vignobles occupaient à cette époque une surface totale d'environ 6 à 7,000
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acres de terrain, soit à peu pi es 2,800 hectares, ce qui est évidemment insignifiant par rapport à l'importance de nos vignobles européens. La production totale était alors de deux millions de gallons, soit environ 90,000 hectolitres de vin récolté, dont la valeur vénale moyenne était de un dollar à un dollar et demi le gallon, soit 1 fr. 25 à 1 fr. 50 le litre. Gomme dans certains cas la production atteignait jusqu'à 40 hectolitres à Thectare, on voit que c'était là un rendement qui n'était pas à dédaigner et dont nous nous contenterions aisément, aujourd'hui plus que jamais.
Aussi la culture de la Vigne, grâce à ces circonstances favorables, avait-elle pris une grande extension en Amérique, et on espérait que son développement s'accroîtrait rapidement d'année en année. On calculait déjà le nombre d'acres de terrain favorable à la culture de la vigne, et, le rendement par acre étant connu, ces bons Américains présumaient, comme la Perrette de la Fable, qu'à un moment donné ils obtiendraient une production de vin prodigieuse et même fantastique. Ils estimaient déjà que les États*Unis n'auraient bientôt plus besoin do s'approvisionner en Europe pour les vins nécessaires à la consommation ; l'un d'eux ajoutait de plus qu'on pouvait déjà prévoir, dès cette époque, que le moment ne tarderait pas à arriver où les vins américains seraient exportés en Europe par grandes quantités, venant se mettre sur nos marchés euro-
péens en concurrence avec les vins français, espagnols et italiens.
Il y avait évidemment là, quoi qu'il pût en advenir réellement et toutes choses allant pour le mieux à l'avantage des Américains, une exagération très grande que pouvait expliquer, à la rigueur, le chauvinisme Yankee. Le temps s'est, en effet, chargé de le démontrer d'une façon péremptoire ; il est vrai qu'il a été aidé en cela par les obstacles de toute nature que les vignerons des États-Unis ont rencontrés dans Texlension de leurs vignobles, obstacles auxquels ils ne s'attendaient pas.
De sorte que notre viticulture, si éminemment française, a ainsi échappé au danger d'être maintenant en butte à la concurrence des vins américains. Moins bien partagée sous ce rapport, notre agriculture européenne a rencontré dans l'invasion des blés des États-Unis un obstacle sérieux au développement de sa prospérité.
Quoi qu'il en soit, la culture de la Vigne aux États-Unis aurait pris certainement une extension plus considérable si les parasites et les destructeurs de toute sorte n'étaient venus Tarréter dans son rapide développement. Il eût été bien possible que, sans cela, la viticulture européenne aurait eu réellement à compter avec une concurrence qui pouvait devenir plus tard ruineuse pour elle.
Par les très nombreux semis qu'ils avaient faits un peu partout, les viticulteurs américains avaient
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amélioré considérablement les types primitifs et obtenu des hybrides vraiment remarquables. Ils se mirent à les cultiver en même temps que le Concorda en choisissant de préférence ceux qui étaient le moins atteints par le Blac/c-Rot et surtout par le Mildew, ce champignon parasite sur le revers des feuilles, qu'on désigne scientifiquement sous le nom de Peronospora vUicola. Ils avaient dû déjà abandonner la culture du Catawba, parce qu'il était devenu beaucoup trop sujet à la moisissure, et il en avait été de même de la plupart des autres cépages cultivés jusque-là.
Depuis cette époque, la viticulture américaine n'a guère prospéré. Tant que le Phylloxéra des galles sévissait seul, on ne s'en préoccupait pas beaucoup, car les dégâts qu'il produisait étaient relativement insignifiants, et il y avait encore de temps en temps quelques bonnes récoltes, malgré les dommages causés par le Mildew. Cependant ce dernier parasite, dont le développement était favorisé par l'humidité constante, particulière au climat de la partie occidentale des États-Unis d'Amérique, produisait là-bas des effets encore plus funestes qu'en France. Nous avons pu malheureusement apprécier chez nous, en 1885, les dégâts considérables qu'il est susceptible de produire. Mais depuis quelque temps, le Phylloxéra des racines, qui n'était presque pas connu jusque-là dans les vignobles américains et qui n'avait pas encore produit des
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dégâts appréciables, est veau se mettre aussi de la partie ; il coannecce maintenant à exercer des ravages sérieux dans les plantations de Concorda attaquant plus particulièrement encore la plupart des hybrides. Les Américains sont donc aujourd'hui, comme nous, à la recherche des cépages résistant au Phylloxéra des racines. Alors que nous leur avons emprunté des moyens de résistance, ils suivent maintenant avec attention nos expériences de reconstitution pour en profiter à leur tour.
De toutes les parties des États de TUnion américaine, la Californie est celle dans laquelle nos vignes d'Europe ont le mieux résisté. Ce pays se trouve, comme on le sait, dans des conditions climatériques toutes spéciales , qui rappellent par certains côtés celles de notre région méditerranéenne; aussi Ta-t-on appalé avec raison Tltaliedes États-Unis. On y a créé, depuis quelques années, de très nombreux vignobles avec nos cépages européens, et la culture de la Vigne continue à y prendre un développement de plus en plus considérable. L'exportation des vins de Californie commence môme à devenir relativement importante. Il résulte, en effet, du rapport officiel delà State viticuUural Commission^ que, en 1875, l'exportation des vins récoltés en Californie n'était que de 1,031,507 gallons, et qu'elle s'est élevée en 1877, c'est-à-dire deux ans après, al /i 6 2, 792 gallons. L'accroissement aété ensuite assez rapide, puisqu'on 1 880 cette expor-
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talion montait à 2,500,000 gallons, sans compter 200,000 gallons d'eau- de- vie, et qu'elle a atteint 4,?56,224 gallons en 1885, auxquels il convient (l'ajouter 263,840 gallons d'eau-de-vie. On voit que la marche des exportations de vins récoltés en Californie est toujours ascendante, et cela dans des proportions relativement considérables.
Et ce qui est peut-être plus caractéristique encore, les importations de vins français en Californie, qui étaient de 7,000,000 de gallons en 1872, se trouvaient réduites à 5,000,000 de gallons en 1885. La production des vignobles californiens avait été de 12 millions do gallons en 1880, équivalant à environ 544,800 hectolitres.
D'après M. Wetmore, cité par M. Joly *, cette production se serait élevée, pour 1885, à 30 millions de gallons, soit environ 1,362,000 hectolitres. Elle suffit à la consommation locale, et cette consommation augmente au fur et à mesure de l'accroissement de la production, puisque les importations de vins en Californie compensent toujours à peu de chose près les exportations.
La récolte des vins californiens augmente donc considérablement tous les ans, et pourtant le Phylloxéra se montre déjà depuis longtemps dans les vignobles de la Californie. On est généralement
' Note sur la 20* Session de la Société pomologique américaine. Joum, de la Société nation. d'Horticulture de France, im, pag. 2 6-293.
VICtNES AMÉRICAINES.
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d'avis qu'il y a été introduit par des plants de Vigne venus d'Europe. Aussi commence -t-on à essayer de greflTer, comme nous le faisons ici, nos cépages européens sur des espèces ou variétés américaines connues pour leur résistance au Phylloxéra.
PÉRIODE INITIALE d'eXPÉRIMENTATION.
Avec l'aide des nombreux documents qu'on possédait, et dont la plupart étaient connus il y a plus de quinze ans, il était facile d'avoir des renseignements très utiles, précieux même, au moment où il s'agissait d'entrer dans la Période initiale d'expérimentation des cépages étrangers. Il y avait lieu, en effet, d'étudier à l'avance les moyens de reconstituer les vignobles déjà atteints, et menacés alors de sobir le sort de ceux de Vaucluse, du Gard et des Bouches-du-Rhône, dont nous avions constaté, en 1869, le très rapide dépérissement.
Aussi se mit-on promptement à l'œuvre, et M. Fabre. député, dans son domaine de Saint-Clément, près de Montferrier ; M. Jules Pagézy, à Viviers, près deJacou; M. le professeur Planchon, à la campagne Lichtenstein; M. Gaston Bazille, àMéricet à Saint-Sauveur ; M. Henri Aguillon, à Ghibron (Var); M. le comte J. de Rovasenda, à Bicocca
(Italie) ; M. Fr. Agazzotti, à Modène ; M. le marquis Ridolfl, à Florence; M. Guilbeau, à Restinclières ; M. Léon Barrai, à La Moure, près de Mauguio ; M. Félix Sabatier, à Maurin ; M. Jullian, à Villeneuvo-les-Maguelone ; M. Achille Daussargues et M. le docteur Gordon, à Saint-Georges-d'Orques ; M. J.-E. Robin, delà Drôme; M. Lugol, h Manduel ; M. Molinier, à Laites ; M. Louis Bazille, à Saint- Aunes ; M. Pomier-Layrargues, à Baillargues; M. Jules Leenhardt et M. Fermaud, à Montpellier; M. Henri Bouschet, à la Galmelte ; M. Douysset, à Saint- André- de-Sangonis, et bien d'autres encore, furent les pionniers de la première heure qui commencèrent à expérimenter sur d'assez grandes proportions la culture des vignes américaines.
Les résultats déjà obtenus dans la plupart de ces premières expériences sont relatés avec impartialité dans des rapports publiés en 1876 et 1877, sous ce titre : Les cépages américains dans le département de V Hérault, pendant les années 1875 et 1876, par M. Louis Vialla, président de la Société centrale d'Agriculture de THérault, avec le concours de M. J.-E. Planchon, membre de la même Société. On pourra y recourir si Ton désire avoir sur cette phase de la question des détails plus circonstanciés et assurément fort intéressants, mais qui ne peuvent guère trouver leur place ici.
On se mit donc courageusement à l'œuvre , en expérimentant en Europe les cépages que recom-
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mandaient les viticulteurs du Nouveau-Monde, et OD ne tarda pas à se rendre conopte des différences climatériques existant entre les deux contrées.
En effet, le climat aux États-Unis, et particulièrement dans toute la partie centrale et orientale comprise entre les Montagnes Rocheuses et T océan Atlantique, diffère essentiellement, à latitude égale, de celui de l'Europe et surtout de notre région méditerranéenne. Pendant la saison d'été, il tombe en moyenne, autant à JNew-York qu'à Boston, une quantité d'eau double pour le moins de celle dont nous sommes gratifiés si parcimonieusement à Montpellier. De plus, il y fait sensiblement plus chaud eo été et surtout beaucoup plus froid en hiver, quoique pourtant New -York -soit à peu près sous le même parallèle que Naples. Le Texas, qui est le plus vaste de tous les États de l' Union , et dont la surface égale plusieurs fois celle de la France entière, est également très froid, au moins d'une manière relative, car quelquefois, en hiver, les rivières s'y couvrent de glace. Ce fait a tout lieu de surprendre à première vue, quand on songe que le Texas occupe une position géographique très méridionale, étant placé, par rapport à l'équateur, dans la même situation que notre Sahara algérien.
On voit, par ces exemples, combien le climat des Étals-Unis est loin de ressembler à celui de notre région méditerranéenne et combien aussi les vignes américaines dont noujs essayons la culture trouvent
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ici des conditions climatériques essentiellement différentes de celles des contrées d'où elles sont originaires.
Il n'est donc pas surprenant que ces vignes présentent ici des aptitudes souvent différentes, quelquefois môme contraires à celles qu'on nous signalait comme les caractérisant dans les cultures du Nouveau-Monde.
On no pouvait donc guère être absolument certain que les faits observés aux États-Unis se reproduiraient de la même manière en Europe et particulièrement dans notre région méditerranéenne. Il y avaitau contraire tout lieu de supposer qu'il n'en serait pas absolument de même et qu'on pourrait s'attendre à des résultats essentiellement différents, puisque les conditions dans lesquelles on allait se placer présentaient des caractères nécessairement dissemblables. On ne tarda pas à s'en rendre compte quand, peu de temps après, on commença à cultiver les vignes américaines.
C'est ainsi que le Clinton et le Concorda dont on avait d'abord essayé un peu partout la culture, il y a déjà une douzaine d'années, ne répondirent pas généralement à l'espoir qu'on avait fondé sur eux, et, de toutes les plantations assez importantes qui en furent faites, il n'en reste guère aujourd'hui qu'un fort petit nombre.
Ce qui se passait dans les vignobles des États- Unis justifiait cependant la préférence qu'on accor-
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dait à ces deux cépages, car c'étaient cenx-là qui étaient los plus estimés de l'autre côté de TAtlantique, où ils composaient, presque exclusivement à eux seuls, la plupart des vignobles américains. Aussi s'élait-on empressé de les planter partout, au moins dans le Gard et dans THérault, et cela par centaines de mille et même, disait-on, par millions. Si, de toutes les énorines quantités de ces cépages américains qui se sont plantés à cette époque, il n'en reste pas beaucoup aujourd'hui, on en rencontre pourtant çà et là quelques plantations qui se maintiennent en bon état de végétation; elles démontrent ainsi d'une nnanière évidente tout le parti qu'on peut en tirer quand on place ces cépages dans des conditions qui leur sont favorables, conditions qui Dttalheureuseraent ne se rencontrent que sur un nombre fort limité de points.
Le Cunningham, le Norton's Virginia^ V Herbe- ^nt, le Taylor et {'Hartford' s prolific, qui succédèrent au Clinton et au Concord, eurent aussi, à leur tour, leur époque de grande vogue, et il en a été de même du Jacguez, du Vialla, du SoloniSj de ^'Othello, du Biparia et du York's Madeira, pour ne citer que les principaux. Ils ont été tous essayés successivement ou simultanément un peu partout, dans des conditions tort diverses de sol et d'exposition, souvent même par d'assez gpandes quantités à la fois. On peut donc aujourd'hui se rendre compte facilement des résultats obtenus dans les essais de
ces divers cépages, qu'on avait [fiantes pour la plupart dès 1874 et 1875.
Les expériences qui ont été faites sur chacun d'eux, ayant maintenant une douzaine d^années d'existence, permettent d'apprécier avec quelque certitude les avantages et les inconvénients qu'ils sont susceptibles de présenter.
On essaya d'abord ces divers cépages, comme on l'avait fait pour le Clinton et le Concord, au point de vue de leur résistance au Phylloxéra ; mais bientôt on dut se préoccuper aussi des espérances qu'on pouvait fonder sur eux à plusieurs titres.
Par ces diverses expériences, on a pu se rendre compte de la valeur réelle de chaque cépage américain, soit comme producteur direct, soit comme porte-greSe de nos cépages européens. Tous ont été tour à tour, et selon les circonstances, chaudement recommandés par leurs propagateurs ; quelquesuns d'entre eux sont devenus ensuite plus ou moins abandonnés par leurs admirateurs enthousiastes de la première heure.
Gliacun se demande, non sans étonnement, quelle est la raison d'être de ces alternatives de succès et d'abandon par lesquelles sont passés successivement la plupart de ces cépages, et il est remarquable de constater que ces alternatives sont d'autant plus accentuées que le cépage est plus anciennement connu. On en trouvera facilement l'explication en examinant attentivement un peu partout quels ont
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été les résultats des expériences sur la culture des vignes américaines qui ont été faites sur tous les points, d'abord pendant la période initiale d'expérimentation, et qui ont été poursuivies ensuite jusqu'à nas jours.
LES RÉUNIONS VITICOLES.
Dans les Réunions tenues chaque année à TÉcole Nationale d'Agriculture de la Gaillarde sous Thabile présidence de M. Louis Vialla, dont la compétence dans toutes les questions qui intéressent notre agriculture méridionale est aujourd'hui bien connue, on a fait le procès de chacune des principales espèces ou variétés de vignes américaines, et les opinions contradictoires qui ont été souvent émises fournissent à ce sujet un enseignement très instructif et plein d'intérêt. On y voyait défiler un grand nombre de viticulteurs témoignant, les uns après les autres, du résultat pratique de leurs expériences pour ou contre chaque plant américain, selon que chez eux il avait ou n'avait pas réussi. Naturellement, s'il y avait pour chaque plant des viticulteurs qui s'en déclaraient satisfaits, souvent même très satisfaits, on en rencontrait d'autres qui montraient une opinion contraire, en témoignant que, chez eux, il avait quelque défaut qui les avait obligés d'y renoncer et
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d'en abandonner la culture. Enfin, chacune des espèces ou variétés de vignes américaines trouvait ses défenseurs quelquefois enthousiastes et ses détracteurs souvent découragés.
11 y avait là une déception très grande pour ceux qui étaient venus avec cette persuasion, fondée sur ce qu'on disait et répétait partout autour d'eux, à savoir : que les vignes américaines possédaient toutes les qualités et ne présentaient aucun défaut. C'est au point que j'entendais auprès de moi des viticulteurs de nos départements voisins tenir ce langage : « Nous étions venus avec quelques illusions, et voilà qu'on nous les enlève toutes les unes après les autres :o. Ces réflexions manquaient de justesse, parce qu'en eflFet les opinions exprimées,préciséraent parce qu'elles étaient contradictoires, ne faisaient ressortir qu'avec plus d'évidence la véritable situalion des choses, et elles n'indiquaient que plus sûrement où était réellement la vérité. Elles démontraientde plus, etcela d'une manière aussi concluante que possible, que chaque cépage américain réussissait ou ne réussissait pas selon les conditions de milieu dans lesquelles on le plaçait. Et comme on avait placé chacun de ces cépages un peu partout, c'est-à-dire dans toutes les natures de terrain, il s'était produit parmi eux une sélection, qui s'était faite naturellement dans toutes les plantations déjà effectuées.
Cette sélection s'était opérée, d'une part, parmi les
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divers cépages essayés, et, d'autre part aussi, parmi les différentes natures de terrains dans lesquels on avait fait l'expérience. Partout où chacun de ces cépages avait rencontré un sol qui ne lui était pas favorable, il n'avait pas tardé à péricliter, et on avait dû finir par l'arracher. De sorte qu'après cela il ne restait plus que les plantations établies dans des natures de terrain qui sufiBsaient aux exigences de chaque cépage, et dans lesquelles il avait pu vivre et se conserver en bon état de végétation.
Ainsi, rétude de la résistance au Phylloxéra et celle de l'adaptation au sol se trouvent être bien avancées aujourd'hui, car, grâce à tous les renseignements obtenus dans cette sorte d'enquête, on peut être à peu près fixé maintenant sur la nature spéciale du terrain qui convient à chaque cépage et sur les conditions dans lesquelles il peut se conserver en bon état de végétation.
Il résulte doncde l'enseignemen^ue nous donne rétude de tout ce qui précède, enseignement dont nous pouvons faire notre profit, que nous ne devrons plus, par la suite, planter tel ou tel cépage américain sans nous être préalablement rendu compte que le terrain dans lequel devra se faire la plantation puisse être susceptible de lui convenir. Faute de prendre celte précaution, on continuera à s'exposer, comme par Je passé, à des insuccès de ce chef, qui, dans l'état actuel de la question, pourraient être considérés comme inexcusables. C'est
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là un point établi aujourd'hui, et il résulte d'observations tellement nombreuses qu'on peut le considérer comme un fait absolument acquis.
Avant de planter dans un terrain déterminé, il faudra donc, si Ton n'a pas déjà fait cette expérience chez soi, observer ailleurs attentivement quel est le cépage qui réussit le mieux dans les sols de nature analogue, sinon identique, à celui dans lequel doit se faire la plantation, de manière à choisir ainsi le cépage américain qui offre le plus de chance d'y prospérer.
Ces faits, aujourd'hui bien démontrés, fournissent suffisamment Texplication des insuccès qui s'étaient produits sur un grand nombre de points dans les plantations faites autrefois en Clinton et Concord. De toutes les cultures de ces cépages qui ont été essayées un peu partout, il n'en est qu'un petit nombre qui aient été faites daps des terrains qui leur fussent propices, et c'est là seulement que ces cépages ont pu se conserver jusqu'à présent en bon état de végétation.
Si le Jacquez et le Riparia ont été les plus appréciés parmi les cépages américains, il faut l'attribuer à ce que le premier s'est montré le moins difficile sur la nature du terrain, et qu'il semblait, de plus, devoir devenir un bon producteur direct ; le second était vigoureux, poussait beaucoup de bois, reprenait très facilement de bouture et promettait de fournir un excellent porte-greffe pour nos variétés
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européennes. Il y avait bien là amplement de quoi justifier les préférences dont ces deux cépages ont été l'objet de la part de tout le monde, et expliquer ainsi l'enthousiasme avec lequel ils ont été multipliés et propagés.