CLINTON ET CONCORD
Dans la culture qui en a été faite un peu partout dans nos contrées, le Clinton ^ appelé aussi Wor- Uiington par les Américains, n'a pas répondu, au moins généralement, aux espérances quMl avait fait d'abord concevoir. On avait compté sur lui ainsi que sur le Concord, il y a douze ou quinze ans de cela, pour reconstituer nos vignobles, alors si cruellement décimés par le Phylloxéra. Aussi feu M. Fabre, député du Gard, qui a été, dans nos contrées, le premier propagateur des vignes américaines, avait-il, dès 1873, fait venir d'Amérique, par centaines de mille, des boutures et même des plants enracinés des cépages les plus connus. C'étaient surtout des 6Vmfo/i, des Concorda des Herbemont^ des Cunninghamj des Taylor^ des Norton's Virgii^ia^ etc., etc. ; mais les Clinton en formaient la majeure partie. Il en distribua gratuitement plus de Irente mille, et en céda plus de cent mille à la Société d'Agriculture du Gard, ainsi qu'à tous les propriétai-
resqui voulurent en faire l'essai. EnQn, il planta luimême dans sa propriété de Saint-Clément, près de Monlferrier (Hérault), trois mille plants enracinés et cent cinquante mille boutures, créant ainsi dans le Midi la plus vaste plantation de vignes américaines qui existât alors en Europe.
En Amérique, on prétend que le vin obtenu par le Clinton serait comparable à nos vins de Bordeaux. Il y a sans doute là beaucoup d'exagération ; mais je me rappelle avoir dégusté chez M. Fabre, en compagnie de M. Millardet, du vin de Clinton récolté dans le vignoble de Saint-Clément, qui me parut meilleur que je ne Teusse espéré.
On s'aperçut bientôt que le Clinton ne prospérait pas également dans tous les terrains, que de plus, dans la plupart des cas, son feuillage se desséchait et tombait prématurément, et qu'enfin il ne donnait guère que quelques grappillons, au moins quand il était taillé en souche basse. On a pensé avec raison qu'il eût fallu le mettre en treille et le tailler long pour que sa production fût un peu plus abondante ; et c'est ainsi d'ailleurs qu'on le traitait en Amérique, où il était cultivé comme producteur direct.
Dans TArdèche, où je l'ai vu sur plusieurs points cultivé comme producteur direct, le Clinton est souvent palissé en tonnelles et produit alors convenablement. C'est généralement dans les alluvions sablonneuses et fertiles, sur les bords des princi*
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paax cours d'eau. Dans notre région méditerra- DéeQne, le prix de la main-d'œuvre est trop élevé pour employer ce mode de culture, qui n'a guère d'ailleurs été essayé que dans l'Ardèche, et on sait que par la taille en souche basse le rendement est insignifiant.
Aussi, la fertilité du Clinton dans notre région n'étant pas jugée suffisante, on dut bientôt songer àVutiliser comme porte-greffe.
D'ailleurs le Clmtonk l'état de franc de pied nourrit sur ses feuilles de fort nombreuses galles phylloxériques, et celte circonstance devrait suffire à elle seule pour proscrire l'usage de ce cépage comme producteur direct.
Quoi qu'il en soit, il existe encore maintenant quelques exemples remarquables de la rusticité autant que de la résistance de ce cépage, particulièrement chez M. Jules Pagezy, dont l'Agriculture méridionale déplore la perte encore récente, dans sa belle propriété de Viviers, près de Jacou; chez M. Des Hours-Farel à Mezouls, près de Mauguio ; chez M. Arnal, au mas du Chott. sur les bords de la Mosson, près de Lavérune ; chez M. Léon Barrai, à son domaine de la Moure, et chez M. le D' Gordon, àSaint-Georges-d'Orques. Il en est de même chez quelques autres viticulteurs qui se montrent satisfaits du Clinton^ et dans les vignobles desquels ce cépage contioue à prospérer admirablement, tout en étant un excellent porte-greffe pour nos cépages européens.
Sahut, 3» édit. 7
90 VrONBS AMÉRICAINES.
En efiTet, oa admire, sur chacua de ces points, des Clinton greffés depuis déjà quelques années, qui se conservent généralement en bon état de végétation et qui fructifient abondamment dans les conditions toutes spéciales de terrain qui sont exceptionnellement favorables à ce porte-greffe. Il y a lieu d'espérer que, dans des conditions équivalentes, on pourra sans crainte effectuer de nouvelles plantations de Clinton^ qui offriront au moins autant d'avantages que beaucoup d'autres cépages américains dont on a essayé successivement la culture.
Mais on a remarqué aussi que dans beaucoup de terrains qui ne lui sont pas suBBsamment favorables, le Clinton^ quoique même paraissant se développer vigoureusement pendant les premières années, s'affaiblissait ensuite et ne tardait pas à dépérir. On cite, un peu partout, des exemples de plantations de ce cépage, greffées depuis deux, trois et quatre ans, qui commençaient môme quelquefois à fructifier et qu'on a été obligé d'arracher ; tandis que, dans d'autres conditions de sol, on admire des greffages ayant déjà 7 à 8 ans d'existence, qui se conservent en bon état de végétation et fournissent une production soutenue de 50 à 60 hectolitres à l'hectare, souvent même davantage, ce qui est déjà bien satisfaisant.
On peut donc dire de ce cépage comme de tous ceux qui sont le mieux connus et dont on a pu apprécier déjà les qualités et les défauts, qu'il est bon