‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 24 sur 132 · PÉRIODE DE RÉSISTANCE. 9S · texte numérisé non relu

PÉRIODE DE RÉSISTANCE. 9S

évidemment montré une résistance relative beaucoup plus considérable. Cette résistance a, sans doute aussi, été facilitée et augmentée par les conditions de milieu dans lesquelles les plantations ont été établies, quand ces conditions se sont trouvées suffisamment favorables ; en rencontrant des terrains qui, par leur nature, répondaient plus par- UcuUèrement aux exigences de culture que montraient ces cépages, la vitalité, et partant la résistance de chacun d'eux, s'en est trouvée augmentée d'autant.

Dans le chapitre spécial qui traitera de la résistance relative de chacun des cépages américains, soit aux atteintes du Phylloxéra des racines, soit aux mauvaises conditions de sol et de taille, il y aura lieu de revenir sur cette question, pour lui donner des développements qui seront alors mieux à leur place. Il convenait seulement de montrer ici, comme nous allons le faire successivement pour chacun des cépages américains les plus répandus dans nos vignobles, quels sont ses avantages et ses inconvénients . On se rendra compte par là des conditions dans lesquelles on pourra espérer voir se développer convenablement ces mêmes cépages, tout en obtenant d'eux, dans leur culture, des résultats aussi favorables et aussi avantageux que possible.

NORTOn's VIRGINIA ET CYNTHIANA.

Le Norton's Virginia^ qu'on croit originaire de TArkansas, et qui a toutes les apparences extérieures d'un cépage très voisin connu sous le nom de Cynlhiana, en diffère pourtant, dit-on, pour la qualité du vin qu'il produit. Dans la culture qui en a été faite, il s'est montré généralement délicat et d'une faible végétation, sauf sur quelques points où il s'est trouvé dans des conditions qui lui étaient exceptionnellement favorables. C'est alors un producteur direct qui a sa valeur, par la bonne qualité du vin qu'il fournit.

Aux États-Unis, le vin du Norton est même considéré comme Tun dos meilleurs de tous les vins rouges produits par les vignes américaines ; son goût rappelle, dit-on, Tarome particulier du café, et on lui reconnaît aussi des propriétés médicinales, celle entre autres de combattre la dysenterie.

Ce cépage n'a pas montré dans nos cultures une puissance de végétation suffisante pour résister convenablement ; ce n'est que bien rarement et dans des conditions exceptionnelles qu'on a pu le conserver en bon état de prospérité. On s'accorde pourtant à reconnaître que le vin du Norton obtenu dans notre

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région est d'assez bonne qualité, mais on se plaint souvent de la fertilité de ce cépage, qui n'est généralement pas considérée comme suffisante.

M. Etienne Courty, dans son intéressante brochure publiée récemment sur la Reconstitution des vignobles par les plants américains^ cite l'un des rares exemples de prospérité de ce cépage sur un coteau graveleux et calcaire, à Saint-Georges-d'Orques, près de Montpellier. Cette dernière localité est d'ailleurs remarquable par la belle végétation de presque toutes les vignes américaines qu'on y a plaotées, et on peut dire que là, aussi bien ou mieux que partout ailleurs, les vignes américaines rencontrent des conditions de milieu plus particulièrement à leur convenance.

Les essais, fort nombreux et généralement bien réussis, dans la culture de la plupart des cépages américains, qui ont été faits à Saint-Georges-d'Orques, sont aussi décrits avec soin dans une brochure non moins intéressante ayant pour titre : Les plants américains à Sain t- Georges j dont l'auteur, M.Justin ÂUien, ancien maire de cette commune, avait fait les plus louables efforts pour propager les vignes américaines dans les cultures de ses administrés.

On indique quelques autres points où le Norton's Virginia et le Cynthiana prospèrent également très bien; mais, malgré de nombreux essais, ces exemples^ont malheureusement trop rares pour espérer

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que leur propagation puisse prendre un grand développement.

Dans d'autres régions, le Cynthiana trouve des conditions de milieu qui lui sont plus favorables. C'est ainsi, par exemple, que M. RobiD,à Lapeyrouse- Mornay, estime beaucoup ce cépage, qu'il cultive depuis déjà longtemps avec succès et dont il n'a pas craint de planter des surfaces considérables.

CUNNINGHAM ET HERBEMONT.

Le Cunningham, désigné aussi sous le nom de Long par les Américains, est originaire de la Géorgie, et considéré aux États-Unis comme très précieux pour les mauvais terrains. Il s'est montré, dans les essais qui en ont été faits, sous un aspect qui faisait bien augurer de lui : sa végétation vigoureuse, son feuillage très ample, de contexture robuste et de teinte foncée, prévenaient en sa faveur. Ces divers mérites, joints à la facilité avec laquelle on a pu le cultiver dans la plupart dos terrains, semblaient tout d'abord présenter de véritables avantages ; on a cependant remarqué quelquefois qu'il jaunissait et se rabougrissait en vieillissant, sur quelques points où il avait pourtant montré une végétation luxuriante pendant les premières années.

On avait même espéré que ce cépage deviendrait

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un exœllent plant pour les terrains secs, dans lesquels il prospérait mieux que la plupart des autres cépages américains.

Hais la production peu abondante du Cunnin^ gham, sa maturité très tardive même dans les départements méridionaux et la faible qualité de son vin, n'ont pas permis de l'utiliser comme producteur direct. Dans certaines conditions, il a présenté tous les avantages d'un bon porte-greffe, et on cite quelques cas, fort rares il est vrai, de greffages datant déjà de quelques années qui se maintiennent assez bien et donnent des résultats satisfaisants. Il a montré des dispositions particulières pour servir de portegreffe au Chasselas, ainsi qu'à la Clairette et quelquefois aussi à VAramon ; mais on se plaint pourtant que, même une fois greffé, sa production, dans la plupart des cas, ne serait pas suffisante ou ne se soutiendrait pas, c'est-à-dire qu'elle diminuerait après les premières années. Tout compte fait, le Cunningham peut donc être considéré comme un porte-greffe quelquefois convenable, mais généralement mauvais, propre seulement à être utilisé dans les rares conditions de terrains où il se comporte exceptionnellement bien.

Aussi, malgré tous les avantages qu'il semblait présenter tout d'abord, on ne pense guère que la culture de ce cépage prenne une grande extension. Peut-être que, traités en grandes formes et soumis à la taille longue, les greffons sur Cunningham de

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DOS cépages européens donneront alors une fertilité plus abondante ; dans ce cas, quelques-uns des défauts qu'on reproche à ce cépage seraient atténués dans une certaine proportion. C'est, dans tous les cas, un essai qu'il est important de ne pas négliger et qui peut être recommandé pour les terrains dans lesquels le Cunningham se conserve en bon état de végétation. On fera bien de Texpérimenter encore par petites quantités et comparativement à d'autres cépages, car il s est montré moins difficile que le Riparia sur la qualité du terrain.

On avait aussi beaucoup compté sur un autre cépage du groupe des jEstivalis importé sous le nom d'Herbemont ou Warren. Généralement assez diflficile sur la nature du sol, moins pourtant que le Norton^ s Virginia^ il s'est montré dans nos cultures, là du moins où il a rencontré des conditions favorables, d'une végétation remarquable, souvent même luxuriante. Ses rameaux ont leur écorce glaucescente, presque pruineuse, ce qui est un caractère commun avec le Cunningham , ainsi qu'avec la plupart des ^stivalis ; son beau feuillage très ample, de teinte beaucoup plus claire, quoique de consistance moins forte que celui du Cunnin^ gham^ lui donnait un cachet tout spécial qui prédisposait en sa faveur.

Dans les cultures américaines, V Herbemont est cité comme étant d'une fertilité extraordinaire. Cependant on se plaint ici que, dans les cultures de

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ce cépage et à part quelques rares exceptions, la fructification est généralement considérée comme peu abondante, car dans nos cultures elle ne s'est pas même montrée comparable, bien s'en faut, à celle que présente le Jacquez^ alors justement que beaucoup de viticulteurs ne trouvent pas celle-ci suffisante. Cette fertilité n'ayant pas été jugée convenable, on a pensé devoir, dans beaucoup de cas, utiliser les plantations d'Herbemont en les transformant par le greffage. La Carignane paraît lui convenir tout particulièrement, mais on se plaint que souvent la fructification de kt plupart de nos cépages européens, quand ils sont greffés sur H^bemont, laisserait beaucoup à désirer, et c'est là un défaut dont il conviendrait de tenir compte, si réellement il venait à se généraliser.

J'avais admiré pour la première fois, en 1876, des pieds splendides de ce beau cépage dans le vignoble du château de Saint-Clément, chez feu M. le député Fabre, qui a été l'un des premiers, sinon le premier, à expérimenter VHerbemont en grande culture, dans notre région. Il y en a aussi des plantations assez importantes à l'École d'Agriculture, dans une partie dont le sol marneux parait, à première vue, peu favorable aux vignes américaines ; fort belles il y a peu de temps , elles paraissent péricliter depuis quelques années. On en voyait aussi chez M. Bouscaren, au Terrai, près de Montpellier ; chez M. Guiraud, près de Nimes ;

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chez M. Champin de la Drôme et dans beaucoup d'autres vignobles.

VHerbemont est très estimé dans l'Ouest, au moins comme producteur direct. M. Piola et beaucoup de viticulteurs girondins le tiennent en toès grande estime ; aussi la culture de ce cépage s'estelle considérablement développée dans la Gironde et particulièrement dans le Libournais. Quoique ayant montré d'abord, dans le Midi, des aptitudes vraiment remarquables, sa culture ne s'y est pourtant pas propagée beaucoup pendant ces dernières années. On lui a. préféré, à peu près partout, le ■ Jacquez et le Riparia^ sans doute parce que c'est seulement dans des conditions toutes spéciales de sol et d'exposition que VHerbemoni a pu développer toutes ses qualités. Peut-être reviendra-t-on plus tard à ce cépage, au moins dans les sols qui peuvent lui convenir, pour l'utiliser parfois comme producteur direct ou comme porte -greffe de nos variétés européennes. Il faudra sans doute le soumettre à de nouvelles conditions de taille lui permettant de se développer sous de grandes formes, ce qui est peutêtre nécessaire à VUerbermnt pour acquérir toute la fertilité que les Américains s'accordent à lui reconnaître, et peut-être aussi pour communiquer une fructification suffisante aux cépages européens qu'on greffera sur lui.

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