PÉRIODE DE PRODUCTION DIRECTE
pas encore suffisamment, afin de s'assurer si, parmi eux, il ne s'en trouve pas quelques-uns d'assez méritants pour venir grossir la liste des cépages pouvant être cultivés pour la production directe de leurs vins. Il faudra donc, pour chacun d'eux, étudier non seulement la fertilité du cépage ainsi que la qualité du vin qu'il est susceptible de produire, mais encore faudra-t-il observer la résistance relative de ses racines au Phylloxéra, et surtout la nature de sol dans laquelle on pourra espérer un développement suffisant pour que sa végétation puisse se conserver longtemps avec vigueur.
L'expérience seule permet de se rendre réellement compte si tel ou tel cépage américain fournira une végétation suffisante et continuera à prospérer dans telle ou telle nature de terrain. C'est là d'ailleurs, on ne le sait que trop aujourd'hui, le défaut capital des vignes américaines : aucune d'elles ne se contente du premier sol venu et ne prospère à peu près partout également, comme le faisaient autrefois nos vignes européennes. Il y a là, au contraire, une différence caractéristique qui a causé déjà bien des mécomptes dans les essais nombreux qui ont été faits un peu partout par la culture des cépages américains, et qui pourrait occasionner par la suite beaucoup d'autres surprises désagréables, si l'on contiouait à suivre les mêmes errements, sans profiter de rexporience du passé.
t 10 VIGNES AMÉRICAINES.
Le cépage aujourd'hui si connu et si estimé dans nos contrées sous le nom de Jacquez^ désigné plus particulièrement en Amérique sous le nom de Ohio, est un hybride, et les caractères que présentent les nombreux semis qui ont été faits avec les pépins de ce cépage semblent le démontrer avec évidence. II paraît, en effet, se rapprocher des Vitis Msiivalis par la puissance de sa végétation, l'ampleur de son feuillage, la coloration en carmin clair des extrémités tendres de ses rameaux, et encore par son bois, qui renferme une moelle moins abondante, et dont Técorce plus unie est plus complètement adhérente que dans la plupart de nos cépages européens . Mais le Jacquez rappelle aussi quelques-uns des caractères de nos vignes européennes; la plupart des pieds obtenus par les divers semis qui en ont été faits s'éloignent sensiblement ÙQ^Mstivalis^ en se rapprochant davantage de quelques-uns de nos anciens cépages, tels que, par exemple, V Espar et le Mourastely dont l'origine est justement espagnole.
On suppose, en effet, qu'originaire de l'Espagne, le Jacquez aurait été introduit dans les États-Unis,
OÙ il était, il y a peu de temps encore, à peu près inconnu ; on avait seulement essayé sa culture au Texas et dans TAlabama sous les noms de Lenoir et de Black-Spanish. La traduction (Noir d'Espagne) de cette dernière dénomination semblerait indiquer une fois de plus Torigine espagnole de ce cépage. On le trouvait aussi près de Natchez (Mississipi), où il avait été cultivé pour la première fois par un Espagnol du nom de Jacques ; de là le nom de Jack ou Jacques qui fut donné à ce cépage et dont on a tiré, on ne sait trop comment, celui de Jacquez^s^ns doute par suite d'une déformation sur Tétiquette de la lettre finale 5, qu'on aura prise pour un z. Toujours est -il que c'est sous ce dernier nom que ce cépage est maintenant connu et très répandu dans le Midi, et c'est évidemment le nom qui lui restera dans les cultures européennes.
Attaqué à la fois par le Mildew {Peronospora viticola) et la Carie noire ou Anthracnose, le Jacquez, de même que nos cépages européens, ne put donner aucun bon résultat dans les vignobles des États-Unis. Aussi la culture de ce cépage est-elle, depuis longtemps déjà, abandonnée en Amérique par les quelques rares viticulteurs qui l'avaient d'abord recommandée, môme par M. Berckmans, qui avait pourtant introduit le Jacquez en Europe, et de qui M. Laliman Tavait primitivement reçu. Ce fait démontre une fois de plus combien le climat delà partie centrale et orientale des États-Unis dif-
fère du nôtre, quant aux conditions de milieu dans lesquelles sont obligées de vivre les vignes des deux pays. Il se rencontre justement cette particularité fort curieuse, que le cépage américain le moins estimé là-bas se trouve être précisément celui dont on fait le plus grand cas ici, et qui est le plus répandu dans tous nos vignobles méridionaux, où il est cultivé sur tous les points, en montrant chaque fois les meilleures dispositions.
Nous devons aux patientes investigations de M. Douysset, Tun des plus intrépides propagateurs du Jacquez^ d'avoir fait connaître plusieurs détails intéressants sur la culture américaine de re précieux cépage, et d'avoir fait des eflforls intelligents pour découvrir les vignobles des Étals-Unis où il était cultivé.
Des États-Unis, le Jacquez fut ensuite importé en Europe, et on le trouvait déjà, il y a une vingtaine d'années, dans plusieurs collections, particulièrement dans la Gironde chez M. Laliman, à la Tourate près de Bordeaux, et dans la vallée du Rhône chez M. Borty, à Roquemaure (Gard). C'est dans ces deux collections, pour ne citer que celles-là, que les éminentes qualités du Jacquez ont été tout d'abord mises en évidence, et c'est à M. Laliman que revient l'honneur d'en avoir le premier recommandé la culture. Quoi qu'il en soit, le Jacquez n'offre pas, comme hybride, le même degré de résistance que la plupart des véritables espèces amé-
ricaines, et ses racines, par cela môme, sont scuvent attaquées par le Phylloxéra; il ne présente donc pas, à cet ég?rd, le môme caractère d'immunité que quelques autres cépages américains, et entre autres le Riparia,
En 1884, les Jacquez furent souvent éprouvés par VAnêhracnosej et en 1885 ce fut le tour du Mildew. Un certain nombre de plantations furent tellement atteintes que la récolte fut entièrement perdue. Mais, contrairement au Grenache, à la Carigmne et à quelques autres cépage 5 qui se ressentent longtemps des attaques du Mildew, quand toutefois ils n'en meurent pas, les Jacquez au contraire, même les plus atteints en 1885, ont très vigoureusement repoussé en 1886 et Jour végétation ne paraissait aucunement s'en ressentir.
lia végétation du Jacquez est tellement luxuriante que, par suite, sa charpente aérienne prend un développement considérable, et. comme conséquence naturelle, sa charpente souterraine acquiert un développement correspondant qui lui permet de se défendre avec énergie contre les atteintes du Phylloxéra. Grâce à tous ces avantages, le Jacquez peut être considéré, d'une manière générale, comme suffisamment résistant, au moins dans les natures de sols qui lui conviennent particulièrement, et où il se développe avec grande vigueur.
De plus, le Jacquez prospère dans beaucoup de terrains où la plupart des cépages américains ne
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réussissent pas ; aussi, quand on admire la puissance de sa végétation ainsi que Tampleur de son beau feuillage, on comprend facilement l'enthousiasme dont il a été l'objet. Mais des plaintes nombreuses ont été formulées récemment sur la qualité de son vin, et il semblerait résulter des explications données que les défauts qu'on lui reproche s'appliqueraient plus particulièrement aux plantations faites dans les terres blanches ou marneuses, et plus généralement dans les sols qui ne sont pas suffisamment ferrugineux et siliceux. Peut-être aussi se serat-on laissé aller à quelque mesure imprudente dans la fabrication du vin produit par ce cépage, et n'aura-t-on pas suivi assez exactement toutes les prescriptions œnologiques usitées en pareil cas. Toujours est-il que les vins de Jacquez^ quand ils sont purs et fabriqués avec soin, présentent une richesse de coloration sans égale et acquièrent, en vieillissant, des qualités dont on ne les aurait pas crus tout d'abord susceptibles.