‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 4 sur 132 · CONSIDERATIONS GÉNÉRALES SUR LA CULTURE DBS VIGNES AMERICAINES · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES SUR LA CULTURE DBS VIGNES AMERICAINES

Quelques-unes des séances de la Société centrale d'Agriculture de l'Hérault, celles surtout du mois d'avril 1884, et plus récemment encore celles de 1886, présentaient un aspect inaccoutumé; Taffluence était encore plus grande qu'à l'ordinaire, et tous les assistants paraissaient vivement préoccupés de l'importante révélation qui venait de leur

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être faite. Il ne s'agissait de rien moins, en eflfel, que de quelques cas d'insuccès dans la durée du greffage de nos vignes européennes sur les cépages américains, et particulièrement sur un certain nombre de pieds de Vitis Riparia greffés depuis une ou plusieurs années, qui s'étaient développés d'abord très vigoureusement et qui étaient maintenant signalés comme dépérissant sur plusieurs points.

Ces révélations paraissaient d'autant plus graves et rémotion qui en résultait d'autant plus légitiTC que, dans la campagne, la plupart des cultivateurs, n'ayant pas suivi de près les diverses phases de cette étude fort complexe^ s'étaient habitués petit à petit à cette idée que la question était maintenant résolue d'une manière complète, définitive, et que, par conséquent, elle ne devaitpas comporter d'exceptions.

Quelques-uns de mes amis m'avaient demandé d'exprimer mon avis sur les faits signalés, ainsi que sur tout ce qui se rattache aux vignes américaines, et je le fis d'autant plus volontiers que mon silence, depuis plus de dix ans, sur la question de la reconstitution de nos vignobles par les cépages du Nouveau-Monde avait été interprété souvent contrairement à ma pensée. On m'avait représenté quelquefois, en effet, et cela bien à tort, comme étant Tadversaire systématique de la culture des vignes américaines, alors que dans cette question, comme dans toutes celles qui ont fait l'objet de mes

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études, j'ai cherché constamment à m^éclairer par la constatation des faits déjà acquis et par Tobservation attentive de ceux qui se produisent encore tous les jours.

Ici qu'il S'agissait de questions d'une importance capitale pour notre région, et dès le début, c'està-dire à un moment où des intérêts très considérables allaient être mis en jeu, on ne pouvait apporter trop de prudence dans ses affirmations, ni se prémunir assez soigneusement contre tout entraînement irréfléchi. Il convenait d'étudier cette question sans idée préconçue, et par conséquent sans aucune préoccupation d'intérêt particulier à ménager, mais seulement en se plaçant au point de vue d'un intérêt plus général, celui de l'avenir de notre viticulture méridionale si cruellement éprouvée par le Phylloxéra.

C'est justement en se mettant en garde contre tout parti pris qu'on pouvait envisager cette question à son début, sans autre préoccupation que celle des espérances qu'elle permettait de concevoir en ramenant la prospérité dans nos vignobles dévastés. Aussi était-il prudent, dès le commencement, de faire .des réserves en recommandant d'expérimenter en petit, au lieu d'aller toujours en avant, comme on l'a fait trop souvent, sans tenir aucun compte de tout ce qui avait été observé antérieurement. Ce n'était pas certes manquer de patriotisme, ni chercher à enrayer le mouvenoent,

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comme on le répétait souvent, que de recommander la prudence à ceux qui se lançaient ainsi tôte baissée dans des entreprises dont ils ne pouvaient prévoir l'issue, et qui se laissaient aller à un engouement inexplicable pour tel ou tel cépage américain ,^ alors qu'aucune raison sérieuse ne militait encore en fîiveur de cette préférence.

En voulant aller trop vile, on a retardé plus qu'on ne le croit la solution de cette question , qui serait bien plus avancée aujourd'hui si chacun, de son côté, avait alors essayé préalablement en petit, dans son vignoble, tous les cépages américains connus à cette époque, au lieu de se borner à n'en essayer qu'un seul. C'était par une douzaine ou tout au plus par une centaine de plants de chaque espèce ou variété que devait se faire cette expérience, et non par milliers ou dizaines de mille d'une seule de ces espèces ou variétés, comme la plupart l'ont fait imprudemment. Si chaque viticulteur avait expérimenté dans ces conditions, il serait fixé depuis longtemps sur bien des points encore incertains, et il saurait déjà à quoi s'en tenir sur le cépage américain qu'il lui serait possible de cultiver chez lui ; il pourrait donc entreprendre maintenant des planta-, tiens importantes pour reconstituer son vignoble en toute connaissance de cause, par conséquent dans d'excellentes conditions et avec de grandes chances de succès.

On s'était dit au commencement : Il y a au delà

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derAllantiquedes cépages que nous ne connaissons guère, il est vrai, mais on nous assure qu'ils sont résistants au Phylloxéra. Cependant nous ne savons pas cequ'ils produiront chez nous, quoique, comme on nous Tafflrme, les viticulteurs américains les plantent dans tous leurs vignobles et qu'ils en obtiennent, disent-ils, toute satisfaction. Pourquoi donc ne ferions-nous pas comme en Amérique ? Notre climat diffère bien un peu de celui des États-Unis, notre sol n'est peut-être pas de nature équivalente; mais, quoi qu'il en soit, plantons quand môme des vignes américaines. Et, de fait, on s'est mis à les planter au hasard un peu partout, sans se préoccuper aucunement du choix à faire entre elles. Toutes étaient bonnes ou supposées telles,et, pourvu qu'elles portassent Tétiquette américaine, cela suffisait, on ne se préoccupait pas d'autre chose. L'élan une fois donné par quelques-uns, beaucoup ont suivi l'im* pulsion et se sont mis à imiter ce qu'ils voyaient faire par les premiers. S'ils sont restés quelque temps à se décider, c'est que les prix des plants, encore trop élevés, les retenaient ; mais, dès que ces prix sont devenus plus abordables, ils sont entrés en foule dans le mouvement.

On s'endormait ensuite là-dessus dans une douce quiétude, qu'on aurait été mal venu d'essayer de troubler en soulevant la moindre objection. Et pourtant l'expérience n'a pas tardé à démontrer que les choses n'iraient pas ainsi toutes seules, et qu'au

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contraire elles ne se passeraient pas en France comme dans les vignobles du Nouveau-Monde. En effet, dans des questions aussi importantes que celle-là, on doit toujours se méfier d'une présomption tirée de faits qu'on aurait certainement tort de négliger, mais dont les conséquences qui en découlent n'acquièrent une valeur réelle que lorsqu'elles sont confirmées par de nombreuses expériences ; encore celles-ci doivent-elles être faites avec intelligence, d'une manière comparative, et entreprises sur un grand nombre de points à la fois, dans des conditions aussi variées que possible.

Cette marche à suivre semblait tout naturellement indiquée, au moment où Ton tentait une expérience au cours de laquelle on rencontrait, à chaque pas. quelque obstacle nouveau. La quantité de cépages américains ne faisait certes pas défaut ; on n'avait que l'embarras du choix, et c'était justement là une première difSculté. Il fallait ensuite étudier chacun de ces cépages pour apprécier quel était réellement son degré de résistance au Phylloxera,et pour savoir surtout s'il se contenterait de tous les terrains aussi facilement que nos vignes européennes. Il y avait, en outre, à observer la fertilité de chaque cépage,, ainsi que la qualité du vin qu'il serait susceptible de produire. Il fallait enfin examiner quel était le mode de culture et de taille auquel il convenait de le soumettre, la distance à laquelle on devait le planter, et une foule d'autres choses qu'il fallait

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