‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 41 sur 132 · PRODUCTEURS DIRECTS ENCORE PEU CONNUS · texte numérisé non relu

PRODUCTEURS DIRECTS ENCORE PEU CONNUS

Ce qui vient d'être dit des producteurs directs à essayer doit s'appliquer, à plus forte raison, à la dernière catégorie, qui va suivre. Elle est composée en effet de variétés encore peu connues et gé-

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néralement peu cultivées jusqu'à présent, dont rexpérimentation, par conséquent, est encore à faire. On ne peut donc en rien dire, si ce n'est ce qu'en pensent .leurs introducteurs ou leurs propagateurs, qui naturellement n'en pensent que du bien. Ce sont les variétés suivantes :

Aminia. — C'est V Hybride de Rogers n" 39.

Ariadne. — Obtenu par Rickett d'un semis de Clinton; produirait, dit-on, un vin noir et très riche ?

Bacchus. — L'un des hybrides de Rickett.

Barry.— Hybride de Rogers n** 43 .

Baxter. — Variété d'jEstivalis dont la grappe, grosse et longue, donnerait un bon vin ?

Beauty. — Raisin rose obtenu par M. Rommol.

Emily. — Belle variété hybride à raisin rouge.

Ezcelsior. — Variété à grandes grappes rougeclair.

Grein's Golden. — Obtenu d'un semis de Taylor par Nicolas Grein, viticulteur à Hermann, qui est î'obtenteur d'un certain nombre de variétés. Raisin blanc doré, souvent bronzé du côté du soleil; serait surtout un raisin de table ?

Harwood. — Variété d'jEstivalis ; raisin plus gros que VHerbemont.

Herbert. — C est V hybride d^ Rogers n^ 44.

PRODUCTEURS DIÎIBCTS PEU CONNUS. l7l

Irwing. — Hybride d'Underhill ; variété voisine du Triumph, mais son grain, dit-on, ne se fend pas.

Ithaca. — Raisin blanc verdâtre, obtenu par S.-J. Parker et indiqué comme plus gros que le Walter. On le considère comme étant le résultat du croisement du DeUiwa/i^e par le Chasselas musqué, dont il aurait le bouquet ?

Jefferson. — L'un des hybrides de Ricketl.

Lady Washington. — L'un des hybrides de Hickelt ; belle variété à feuilles très grandes et grains paraissant devoir devenir très gros.

Lindley. — Hybride de Roger s rC 9.

Merrimack. — C'est Y hybride de Rogers n" 19.

Kissouri-Riesling. — Autre semis de Taylor obtenu par Grein. On croit que cette variété est le produit d'un croisement avec le cépage cultivé sur les bords du Rhin sous le nom de Riesling. Est sujet i la Carie noire dans les vignobles des États-Unis.

Montefiore. — Paraît un hybride à fruit noir de Labrusca et d'jEstivalis.

Prentiss. — G^est un Labrusca issu d'un semis tfiwietJafait parM.W. Prentiss de Putney.Onle dit Tun des meilleurs raisins blancs. Le Catalogue Bush en donne une planche noire qui semblerait indiquer une fertilité prodigieuse ?

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Purity. — Petit raisin blanc obtenu par G.-W. Campbell cl*un semis de Delaware,

J'ai cru devoir faire cette courte énumération des variétés généralement indiquées comme pouvant fournir encore d'autres producteurs directs. La plupart me sont peu connues, et je me garderai bien d'émettre, sans connaissance de cause, une appréciation quelconque sur leur véritable mérite. Il en sera fait d'ailleurs une étude approfondie dans toutes les collections où ces variétés se trouvent déjà, ainsi que dans celles où on les essayera encore. On pourra se rendre compte ainsi, dans quelques années, s'il se trouve dans le nombre des cépages réellement méritants et si Ton peut espérer en retirer quelque profit pour la grande culture.

QUELQUES MOTS SUR L'hYBRFDATION.

Le titre de ce chapitre évoque en moi des souvenirs déjà bien éloignés, je pourrais dire presque des souvenirs d*enfance.

J'étais fort jeune encore à l'époque où la bienveillante affection de mon vénérable père guidait mes premiers pas en m'initiant aux principes élémentaires de rhorticulture. Pour faciliter mes

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études, il m'avait confié un terrain assez vaste qui me servait de champ d'expérience et que j'étais heureux etfierde cultiver moi-même. Avide d'apprendre, je profilais, autant que je le pouvais, des excellentes leçons que je recevais ; je m'empressais ensuite de les mettre en pratique en essayant les divers procédés de semis et de plantation, de bouturage et de marcottage ; il en était de même de la greffe, et, comme on le pense bien, mon inexpérience en toutes ces choses faisait de nombreuses victimes.

Un peu plus tard je m'adonnais à la fécondation artificielle des végétaux, et le petit Manuel d'Henri Lecoq me guidait dans mes expériences, que je poursuivais, avec toute l'ardeur d'un néophyte, sur un assez grand nombre d'espèces de plantes.

Je m'essayais aussi à hybrider les raisins de table en vue d'améliorer la qualité des variétés les plus précoces de la collection fort nombreuse de cépages de tous les pays qui existait alors dans notre jardin, le choisissais autant que possible deux cépages dont la floraison s'effectuait presque en même temps, et les plus belles grappes de l'un d'eux, celui dont la floraison était le plus en retard, devaient recevoir la fécondation artificielle. Muni de ciseaux très fins, je supprimais les fleurs déjà épanouies ainsi que les boutons encore trop verts, et ne conservais que les boulons déjà jaunissants, c'est-à-dire ceux qui allaient s'épanouir en fleur peu d'heures après. A œux-là j'enlevais délicatement le couvercle formant

capuchon qui est soulevé par les étamines au moment de la floraison, puis j'opérais la castratioa des étamines, qui sont Torgane mâle de la fleur. Cette castration s'effectuant avant Touverture de la loge de Tanthère, il n'y avait pas à craindre que la fécondation se fût produite avant l'opération. Cela fait, je prenais les fleurs épanouies de l'autre cépage qui devait tenir lieu de père et les secouais sur chaque stigmate ou organe femelle des fleurs à féconder; quelquefois, pour plus de sûreté, je prenais avec un pinceau, dans les loges des anthères, les grains polliniques« qui constituent la poussière fécondante, et les déposais ensuite sur le stigmate. La fécondation était ainsi opérée artificiellement ; mais par précaution j'enveloppais encore la grappe d'un sac de gaze ou de mousseline légère dont je serrais l'orifice en rattachant au pédoncule. J'empêchais ainsi toute fécondation étrangère de se produire sur ceux des stigmates qui par ma maladresse n'auraient pas été fécondés artificiellement.

C'est par cette manière de procéder, assez simple comme on le voit, qu'on opère encore aujourd'hui, après y avoir apporté toutefois quelques améliorations, celle entre autres de soutenir l'écartement des parois du sachet de gaze au moyen d'un mince fil de fer contourné en spirale.

Il y a dans l'hybridation un vaste champ à explorer qui nous donnera vraisemblablement, par la suite, quelques producteurs directs et même des

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porte-greffes convenablement résistants, réunissant les uns et les autres toutes les qualités exigées pour la reconstitution de nos vignobles.

J'ai visité cet automne (en septembre 1886) les nombreux hybrides déjà obtenus par M. Millardel et que le savant professeur de la Faculté des Sciences de Bordeaux a réunis dans son champ d'expérience. Il les a obtenus par le croisement artificiel soit iefi vignes américaines entre elles, soit de cellesci par nos cépages européens, en vue d'obtenir des hybrides réunissant tout à la fois la résistance de Tan des parents et la fertilité de l'autre. Nous avons pu constater sous ce rapport, M"" la duchesse de Filz-James, M. le D'Ottavi et moi, des réiultats déjà très remarquables et en tout cas fort encourageants. Us permettent de fonder de grandes espérances sur ce moyen de création de nouveaux cépages, et ceuxci viendront à leur tour nous aider puissamment dans l'œuvre entreprise par tous les viticulteurs méridionaux.

Les mêmes hybrides que M. Millardet cultive dans son champ d'expériences de Bordeaux sont également essayés chez M. Gh. de Grasset près de Pézenas (Hérault). Cette double culture, faite parallèlement dans des terrains différents et sous l'influence de climats fort dissemblables, permettra de juger plus promplement de la valeur réelle de chacune de ces obtentions nouvelles et de la résisla,nce de leurs racines aux attaques du Phylloxéra. Sous

ce dernier rapport, M. Millardet, qui ne se berce pas de fausses illusions et ne veut pas induire le public en erreur, faisait de très prudentes réserves. Il n'espérait réellement obtenir un résultat satisfaisant qu'avec ses hybrides du second degré, c'està-dire ceux qu'il obtiendra au moyen du croisement de ses premiers hybrides par les cépages américains, tels que le Riparia^ le Rupestris^ etc., qui sont reconnus par tout le monde comme jouissant d'une résistance à peu près complète.

La méthode scientifique mise en pratique par M. Millardet paraît appelée à nous rendre de très grands services. Sa communication au dernier Congrès national viticole de Bordeaux, à tous égards la plus intéressante de toutes, a été écoutée avec beaucoup d'intérêt par les viticulteurs fort nombreux qui remplissaient rencoinle, et qui prouvaient par leur attention soutenue combien ils en appréciaient l'importance.

Rendant compte des résultats qu'il a obtenus dans les expériences déjà faites, le savant professeur indiquait en môme temps combien il fondait d'espérances sur celles qui sont encore en cours d'exécution ou qu'il a l'intention d'effectuer par la suite.

En visitant les 2,500 hybrides obtenus par M* Millardet et en les examinant attentivement, on sa rend facilement compte combien il a fallu de sa part une persévérance qui ne s'est jamais démentie, pour mener à bien une œuvre aussi importante. Pour

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ma part, j'étais émerveillé de tout ce que je voyais, et je suis parti avec un regret, celui que ma visite trop rapide ne m' ait pas permis d'étudier plus à fond et d'une façon plus complète un champ d'expérience qui me paraissait on ne peut plus intéressant, parce qoe j'y trouvais un enseignement fécond en observations de toute nature.

En suivant Tordre naturel adopté pour cette étude, il conviendrait maintenant de décrire brièvement, à cette place, les principales variétés de Vigne recommandées spécialement comme portegreffes. Il y aurait lieu d'examiner leur mérite respectif, ainsi que les aptitudes particulières à chacune d'elles pour nourrir les'greffons pris sur nos vignes européennes en leur permettant de se développer et de fructifier convenablement.

Mais j'ai cru devoir d'abord consacrer quelques chapitres à étudier la question si complexe du greffage, afin d'en déduire les règles qui nous permettront peut-être de connaître les conditions dans lesquelles cette opération peut se pratiquer avec le plus de chances de succès.

U sera bon d'examiner ensuite la question, très importante aussi, de la taille et de la forme à donner aux ceps américains, greffés ou non greffés, dont l'étude s'impose non moins utilement à l'attention de tous les viticulteurs.

U y aura lieu enfin de chercher à se rendre

comple aussi dans quelles conditions se produit la résistance ; on pourra tirer après cela les conclusions pratiques qui seront la conséquence de cette étude, entreprise depuis quelques années par tous les viticulteurs de notre pays. Trop heureux si elle pouvait nous mettre sur la voie de la meilleure marche h suivre pour continuer et mener à bonne fin l'œuvre commencée de la reconstitution de nos vignobles par les cépages américains !

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