INFLUENCE REFLEXE DU GREFFON SUR LB SUJET
Les phénomènes de la sève ascendante et de la sève descendante, une fois bien compris, permettent de se rendre compte des conditions dans lesquelles s*exerce l'influence réflexe du greffon sur le sujet. Je me bornerai à citer les principaux de ces exemples qui ont été le mieux et le plus exactement observés. En les examinant attentivement, on peut voir que, selon le cas, le greffon exerce son influence réflexe sur le sujet porte-greffe de diverses manières :
1** Si le greffon appartient à une espèce ou variété plv^ vigoureuse^ il excite^ en Vaugmentant, la végétation du sujet porte-greffe.
Exemples. — L'Aubépine à fleur double rose, le
INFLUBNCB DU GREFFON. 269
Sorbier des oiseaux, ainsi que TÂzerolier d'Italie, greffés les uns et les autres sur l'Aubépine commune, le Robinia Decaisneana greffé sur Robinier commun, se développent beaucoup plus rapidement que les pieds d'Aubépine et de Robinier non greffés, plantés à côté dans les mêmes conditions.
Il en est de même de la plupart de nos variétés de Vigne européenne quand elles sont greffées sur York'sMadeira ou sut Rupeslris, c'est-à-dire sur des sujets d'une vigueur moins grande.
2* iSî, au contraire^ le greffon appartient à une espèce ou variété moins vigoureuse^ il retient, en la diminv>an^j la végétation du sujet porte-greffe.
Exemples. — Les variétés délicates de tous nos arbres fruitiers ou d'ornement, quand on les greffe sur des espèces de vigueur beaucoup plus grande, forcent généralement le sujet porte- greffe à restreindre sa puissance de végétation. Le Pécher nain d'Orléans greffé sur Pécher ou sur Amandier, et les Pruniers de Chine greffés sur Prunier Damas ou Saint-Julien, ainsi que plusieurs autres, se trouvent dans ces conditions.
Il en est de même de la plupart de nos Vignes européennes quand elles sont greffées sur Riparia ou sur Jacquez, c'est-à-dire sur des espèces ou variétés plus vigoureuses qu'elles.
3* Dans les surgreffages, le sujet^ et le greffon
devenu sujet à son tour, subissent lun et rautre Vinfluence du surgreffon.
Exemples. — Quelques variétés délicates de Poirier, quand elles sont greffées directement sur Cognassier commun, ne poussent presque pas. Oa tourne la difiScuUé en les greffant sur une variété très vigoureuse de Poirier déjà greffée elle-même sur Cognassier. C'est ce qu'en arboriculture on appelle \xx\ surgreffage. Quoique cette superposition des deux soudures constitue un double obstacle à l'ascension de la sève, la variété délicate de Poirier ainsi surgreffée se développe avec beaucoup plus de vigueur que si elle était greffée directement sur le Cognassier.
On obtient un résultat analogue en surgreffant de la même manière, sur Poirier, le Cognassier du Japon, qui ne poussait presque pas quand on le greffait directement sur Cognassier commun.
Dans chacun de ces cas, le greffon du Poirier excite d'abord la végétation du Cognassier, et les surgreffons moins vigoureux retiennent ensuite à la fois la végétation du Poirier et celle du Cognassier qui leur servent de sujets superposés.
On faisait de même, il y a quelques années, pour multiplier rapidement les Vignes américaines, eu les greffant sur nos souches A'Aramon^ Clairette on Grenache, afin d'obtenir du bois pour les bouturages. Plus tard, quand on n'avait plus besoin du bois produit par les greffons américains du Clinton^
Herbemont, etc., on les surgrefifait en Aramon ou en tout autre cépage européen pour obtenir du fruit. Chaque fois, le greffon faisait sentir à sa manière son influence sur la végétaMon du sujet, que celui-ci fût Vigne européenne, comme dans le premier cas, ou qu*il fût déjà lui-même greffé en Vigne américaine, comme dans le second.
4* Souvent le greffon agit sur le sujet en le forçant (t avancer ou de leta/rder V époque à laquelle il se met en végétation.
Exemples. — Le Cognassier, l'Aubépine, le Troêûe commun, de même que toutes les autres espèces à feuilles caduques, restent dans un repos à peu près absolu de végétation pendant tout Thiver. Les espèces à touilles persistantes que Ton greffe dessus conservant, au contraire, leurs feuilles pendant toute la saison hivernale, il est nécessaire que la circulation de la sève soit suffisamment active chez elles pour compenser la perte causée par la transpiration. Il faut donc, dans le greffage d'une espèce à feuilles persistantes sur une espèce à feuilles caduques, que les racines du sujet porte-greffe fournissent au greffon une certaine activité de végé« talion qui ne se produirait pas si ce sujet n'était I»s greffé.
II en est toujours ainsi dans le greffage du Buisson ardent, du Cratsegusglabra, du Bibassier et du m sur Cognassier commun, du Laurier-
Cerise et du Cerasus Caroliniana sor Merisier des bois, du Filaria, du Troëne du Japon et de VOsmanthus sur Troëne commun ou sur Troëne de Californie, du Cotoneaster buœifolia sur Aubépine, du Fusain du Japon sur Fusain commun, etc. , etc. Dans certains cas même, cette activité doit être encore jplus grande, quand, par exemple, le greffon appartient à une espèce qui fleurit en hiver, comme le Bibassier, ou qui entre en végétation de très bonne heure, comme le Cratœgus glabra.
Par contre, quand on greffe le Noyer tardif delà Saint-Jean sur Noyer commun , cette dernière espèce, prise pour sujet, qui, livrée à elle-même, se mettrait à développer ses rameaux dès le mois d'avril, est alors obligée de retarder son entrée en végétation d'un mois entier et même davantage.
De même, par le greffage de nos variétés de Cerisier à feuilles caduques sur le Laurier-Amande, qui est à feuilles persistantes, ce dernier, n'ayant plus à nourrir ses feuilles en hiver» reste ainsi pendant toute cette saison, et contrairement à sa nature, dans un repos à peu près absolu de végétation. Il en est toujours de même dans tous les greffages d'espèces à feuilles caduques sur espèces à feuilles persistantes.
Les variétés de vignes européennes qui poussent tardivement, la Carigna7ie par exemple^ quand elles sont greffées sur Riparia ou sur toute autre espèce américaine dont la végétation est sensiblement plus
INFLUENGB DU GBBPFON. 273
précoce, obligent le sujet porte-greffe à • retarder Tépoque de son développement.
Par contre, ceux des cépages européens, comme par exemple VAramon^ reconnus pour la précocité de leur végétation, quand ils sont greffés sur une espèce ou variété américaine qui pousse tardivement, V York' s Madeira par exemple, obligent ce porte-greffe à entrer en végétation un peu plus tôt que si on ne l'avait pas greffé.
On voit, par ces derniers exemples, combien les racines du sujet porte-greffe obéissent docilement aux exigences du greffon, en lui fournissant la sève qui lui est nécessaire, quelle que soit l'époque à laquelle l'espèce greffon ait Thabitude d'entrer en végétation.
C'est là d'ailleurs un phénomène correspondant à celui qui se présente dans la culture forcée de la Vigne, quoique même celle-ci ne soit pas greffée. On plante quelquefois le pied de Vigne hors de la serre, dans laquelle on fait pénétrer sa tige en ménageant un trou à travers l'épaisseur du mur. Les racines et une partie de la tige sont ainsi laissées sous l'influence du froid extérieur, tandis que la char* pente tout entière se trouve complètement à l'abri. Si l'on chauffe la serre et qu'on la maintienne à une température élevée, la partie de la Vigne placée au dedans se comporte presque absolument comme si le pied lui-même était planté dans l'intérieur de la serre ; de sa charpente, se développent des rameaux
S74 OREFFAGB.
et par conséquent des feuilles et des grappes, plusieurs mois plus tôt que ne le ferait la plante si toutes ses parties étaient restées en plein air.
Il y a là une influence de tout point analogue à celle du greffon sur le sujet porte-greffe, et là aussi les racines et la souche du sujet laissées à l'extérieur obéissent aux exigences des branches qui ont été enfermées dans la serre ; quoique placées dans un milieu relativement très froid, les racines fournissent aux branches les matériaux de nutrition qui lui sont nécessaires, et que, livrée à elle-même, la plante aurait commencé seulement à puiser dans le sol plusieurs mois plus tard.
Il serait facile de citer d'autres circoostances dans lesquelles se produisent des phénomènes correspondants à celui qui vient d'être cité. Quand, par exemple, une plante grimpante tapisse tout à la fois un mur au Nord et un autre au Midi, la partie exposée au Sud se mettra en végétation, au printemps, un peu plus tôt que celle exposée au Nord. Et pourtant, dans Tun comme dans l'autre cas, ce seront les mêmes racines qui enverront la même sève dans chacune des deux parties.
b"" Quelquefois le greffon modifie dans une certaine mesure les conditions de nutrition du sujet porte-greffe.
Exemples. — Le greffage de nos variétés de Poirier sur Cognassier commun rend les racines de
INFLUEKGE DU GREFFON. 275
celui-ci plus difficiles sur la nature du sol. Elles exigent alors un terrain fertile et frais ; tandis que le même Cognassier commun, quand il n*est pas greffé, ou bien quand il est greffé en Cognassier de Portugal, se conserve beaucoup plus longtemps en bon état de végétation, et dure davantage, tout en se contentant d'un terrain moins fertile et surtout moins frais.
Certaines espèces de Pins exigent un terrain siliceux pour vivre et se développer. L'abondance de la silice dans le sol paraît donc nécessaire, souvent même indispensable, à leur existence. Leurs racines, de même que celles du petit nombre d'espèces recoDoues comme réellement caractéristiques des terrains siliceux, doivent probablement absorber la silice, puisqu'on la retrouve souvent et sous diverses formes dans la plupart de leurs organes ; on le voit facilement chez les Prêles, chez le Châtaignier, ainsi que dans le Seigle et la plupart des Grami-
En greffant ces sortes de Pins sur des espèces telles que le Pin d'Alep, le Pin pignon ou le Pin noir d'Autriche, on réussit à les faire prospérer, ainsi que je l'ai déjà expliqué, dans les sols calcaires où elles ne pouvaient vivre à l'état de franc de pied. Sans doute leurs racines n'étaient pas organisées pour extraire la silice dans le sol quand celui-ci n'en possédait pas une assez grande quantité, ou bien elles avaient une répulsion pour l'élément cal-
caire quand il était trop abondant. Il est donc probable que les sujets porte-greffes, pour alimenter en silice l'espèce greffon, sont obligés de la prendre dans le sol en la séparant du calcaire, alors que, livrés à eux-mêmes, ils la laissent à peu près complètement de côté. Ceci toutefois n'est qu'une simple hypothèse basée sur l'observation des phénomènes extérieurs, mais qui aurait sans doute besoin d'être confirmée par l'étude anatomique et l'analyse chimique de chacune de ces plantes.
Nous voyons aujourd'hui un fait analogue se produire dans le greffage de nos cépages d'Europe sur les Vignes américaines. Si celles-ci avaient continué, une fois greffées, à puiser dans le sol les mêmes éléments qu'elles y puisaient auparavant, il y aurait eu à craindre que la qualité du vin produit par le greffonne s'en ressentît désagréablement. Fort heureusement qu'il n'en est pas ainsi et que le greffon, commandant au sujet, oblige celui-ci à lui envoyer les éléments de nutrition qui lui sont nécessaires et que le cépage européen mettait à profit quand il était cultivé lui-même à l'état de franc de pied.
Quand, dans les vignobles de la Bourgogne, par exemple, on greffait le Pineau noir ou le Pineau blanc sur le Vialla, qui produit, comme on le sait, un raisin à goût détestable, on pouvait craindre que le vin obtenu ne fût influencé désagréablement par la sève du porte-greffe. El pourtant rexpérience en est faite maintenant : ces vins ont conservé toute la
finesse et le bouquet que leur donnait le Pineau franc de pied.
Il en est de même dans la Gironde. On a essayé de greflfer sur Riparia^ sur Clinton^ sur Solonis^ sur lacquez^ etc., les cépages fins, tels que le Malbec et le Semillon, le Cabernet et le Merlot, le Saum' gnon, etc.; mais chaque fois ce n'était pas non plus sans qu'on eût manifesté des craintes de même nature. Aujourd'hui Texpérience déjà faite nous rassure complètement, en faisant évanouir les appréhensions fort légitimes qu'on avait conçues à cet égard.
Les explications déjà données dans le chapitre consacré à la circulation de la sève chez les vignes greffées devaient déjà nous tranquilliser «sous ce rapport. Ici, en effet, le porte-greffe obéit toujours aux exigences du greffon, en puisant dans le sol les éléments seuls que celui-ci désire. De plus, comme nous Tavons vu également, le greffage luimême constitue généralement une cause d'amélioration dans la qualité du fruit que produit le greffon. Aussi, comme on a pu le dire avec juste raison, non seulement les cépages fins greffés sur vignes américaines conserveront toutes les précieuses qualités qui les distinguent, mais ils seront môme susceptibles d'améliorer encore dans une certaine mesure la valeur des vins qu'ils produiront.
Il y a là, comme on le voit, une influence <îonsidérable exercée par le greffon, bourguignon ou gi-
rondin, sur le porte-greffe américain. Ce dernier, en effet, est obligé de modifier considérablement son alimentation. Indépendamment des éléments de nutrition qui lui sont nécessaires, il faut encore qu'il puise dans le sol ceux exigés par le greffon et quoiqu'ils soient le plus souvent de nature toute différente. Les racines du sujet porte-greffe, obéissant en cela aux exigences du greffon, se chargent de lui envoyer la nourriture qui lui convient.
C'est, dans chaque cas, un fait assurément fort remarquable, qui ne saurait être mis en doute, car il ressort avec évidence de nombreuses observations déjà faites sur beaucoup de points et dans des conditions variées de cépage, de sol et de climat souvent très différentes les unes des autres.
6** ie greffon peut exercer son influence sur le sujei en modifiant momentanément quelques-uns de ses caractères de végétation.
On a également cité de nombreux exemples dans lesquels le greffon semblerait exercer aussi une influence se manifestant de diverses manières sur le sujet porte-greffe.
Ainsi, pour ne signaler id que quelques-uns de ces exemples, on a supposé que, dans certains cas, une espèce ligneuse greffée sur une espèce herbacée prolongerait la durée de celle-ci. On a pensé souvent aussi qu'une espèce frileuse, sur laquelle on grefferait une espèce résistante au froid, devien-
drait par cela même plus résistante et gèlerait moins fadlement que si elle n'était pas greffée.
Il a été cité quelques exemples dans lesquels le greffon d'une variété à feuilles panachées aurait communiqué sa panacbure au sujet à feuilles vertes sor lequel il était greffé* Tel est le cas du Sophora da Japon et de T Abutilon à feuilles panachées greffés snr Sophora du Japon et sur Abutilon à feuilles vertes.
Mais voici qui est plus grave. M. Strasburger, le botaniste allemand bien connu, ayant greffé le Datura Stramohium sur la Pomme de terre, a reconnu que les tubercules de celle-ci étaient devenus vénéneux.
U est à remarquer que ces divers exemples s'appliquent à des greffages sur sujets herbacés ou à tissus très lâches, chez lesquels la soudure est encore plus intime que chez les végétaux réellement ligneux. Le Sophora ferait seul exception à cette règle, mais les tissus de cet arbre, surtout quand il est jeune, sont presque herbacés.
Je crois d'ailleurs qu'il est prudent de faire des réserves sur la plupart des faits de cette nature, ainsi que sur bien d'autres qui ont été cités, avant que de nouvelles observations soient venues en confirmer l'exactitude.
II est une foule d'autres cas dans lesquels on a supposé que se manifestait aussi l'influence du greffon sur le sujet, mais je n'ai pas cru devoir les
signaler ici, parce qu'ils ne me semblaient pas encore suffisamment démontrés. J'ai voulu me borner à ceux dont j'ai pu vérifier l'exactitude et qui m'ont paru présenter ce caractère bien déterminé. Nul doute que si l'on poursuivait, comme il serait désirable qu'on le fit, des séries d'expériences de greffages en envisageant cette question sous ses divers aspects, on ferait des découvertes très importantes et peut-être même fort inattendues.
Les viticulteurs s'étaient plus particulièrement préoccupés de cette question. Ils craignaient que le greffon de cépage européen non résistant, en rourrissant les racines du sujet porte greffe américain par la sève descendante qu'il lui envoie, n'apportât des modifications dans la nature de la racine de la Vigne américaine, au point de lui enlever sa faculté de résistance au Phylloxéra.
En ne tenant pas compte des conditions spéciales dans lesquelles s'effectue la circulation de la sève descendante, on pourrait au premier abord avoir quelque crainte à cet égard. Mais, en examinant le fait avec attention, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il ne doit pas en être ainsi. Je crois donc que l'on peut se rassurer sous ce rapport, car, si Ton a suivi attentivement les explications données précédemment, il y a tout lieu de supposer que cette éventualité ne se produira pas.
On pourrait cependant citer un fait qui ne manque pas d'analogie à première vue avec celui qui
INFLUENCE DU 6RBPF0N. 281
nous préoccupe, mais qui oéanmoins en diffère beaucoup quand on l'examine plus attentivement.
Quelques variétés de Pommier sont à peu près absolument réfractaires au Puceron lanigère et sembleraient devoir communiquer ce privilège aux sauvageons de Pommier sur lesquels elles sont greffées. Tel est, par exemple, le cas de la variété désignée sous le nom de Président de Fays^DumonceaUj qui n'a jamais été attaquée parce puceron nécessaire ni daus nos cultures ni môme partout ailleurs où nous avons pu l'observer. Mais, en examinant la chose de plus près, on voit que cette immunité du porte-greffe, se produisant en effet chez les arbres isolés, s'explique par ce fait que l'insecte, ne se trouvant pas sur la tige et les branches, ne peut descendre de là sur les racines. Il n'en est plus de même quand les arbres de ces variétés sont plantés tout à côté de Pommiers appartenant à d'autres variétés et atteints euxmêmes par le Puceron lanigère. Ceux-<ii communiquent alors la contagion aux premiers, et les Pommiers, quoique restant absolument réfractaires par leurs tiges et leurs branches, c'est-à-dire par toute la partie située au-dessus de la greffe, ne tardent pas à avoir, eux aussi, leurs racines infestées.
Ici, comme on le voit, le greffon réfractaire au puceron et le sujet atteint par ce même puceron correspondent à la Vigne américaine résistante greffée sur la Vigne européenne non résistante. Il n'est donc pas surprenant que la résistance du greffon
Sahut, 3« ôdit. 19
ne se communique pas au sujet porte-greffe. Mais, quoique cet exemple ne puisse être rigoureusement comparé au cas qui nous occupe, ce fait nous démontre cependant une fois de plus que le greffon n'exerce sur le sujet aucune influence de cette nature, pas plus dans un sens que dans l'autre, et, comme corollaire, que la non-résistance du greffon ne doit pas non plus se communiquer au sujet porte-grefife. C'est justement ce qui nous importe le plus dans le greffage de nos cépages européens sur les vignes du Nouveau-Monde, et ce qui devrait nous rassurer, si nous ne Tétions déjà, relativement aux craintes que c-e danger pourrait présenter pour la résistance des plants greffés.
En examinant successivement le mérite respectif des diverses espèces ou variétés de vignes américaines essayées pour la production directe, nous avons vu que quelques-uns de ces mêmes cépages avaient été essayés aussi comme porte-greffes de nos variétés européennes. Tout en faisant, pour chacun d'eux, de courtes descriptions, afin d'indiquer leurs principaux avantages et de signaler les inconvénients qu'ils peuvent présenter, nous avons
LES MEILLEURS POHTE-ORBFFBS. 283
dû aussi, chaque fois qu'il y avait lieu, examiner * lear valeur relative comme porte-greffes de nos c^[)ages européens.
D serait donc inutile d'y revenir ici, et de parler par conséquent une seconde fois des douze Cépages suivants, qui ont été déjà décrits précédem-
Alvey,
Black'July,
ClintoTij
Concorda
Cunningham,
Elvira,
Herbemont,
Jacquez,
Lenoir^
Noah^
Marion^
Taylor.
On trouvera les renseignements qui les concernent dans les chapitres qui traitent de la production directe, et je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'entrer à leur égard dans des explications complémentaires.
Il y aurait lieu d'examiner maintenant les cépages Américains essayés plus spécialement pendant la cinquième période, telle que nous l'avons précédemment caractérisée sous le nom de Période du (ife([age, et qui ont été expérimentés surtout comme porte-greffes. Ce seront les Riparia^ RupestriSy Solo- Wj Yiallu et York^s-Madeira^ dont nous nous occuperons tout particulièrement, ainsi que quelques autres que nous indiquerons aussi, quoiqu'ils n'aient pas encore acquis dans le monde viticole une notoriété aussi grande que ceux-là.
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Riparia. — Et d'abord, à tout seigneur tout honneur ; commençons par celui qui est le plus connu et le plus répandu dans tous les vignobles» mais aussi le plus discuté, ce qui démontre qu'on n'a pas encore fait de lui une étude suffisamment complète pour en apprécier avec certitude les qualités et les défauts.
Indiquée par Michaux comme voisine de la Vitk cordifolia, l'espèce américaine qui a été décrite sous le nom de Riparia se trouvait déjà très anciennement en Europe dans plusieurs collections, et je me rappelle l'avoir remarquée, en 1856, sous le nom de Vitis odoratissima^ de môme que le type CofdifoUa sous le nom de Vitis vulpina. Elle a été ensuite importée d'Amérique en France et propagée dans les cultures, d'abord par M. Fabre de Saint- Clément dès 1873, et connue bientôt après, pour cette raison, sous le nom de Riparia-Fabre.
Depuis lors, on a planté de grandes quantités de boutures de Riparia venant d'Amérique. La plupart avaient été récoltées, aux États-Unis, sur les vignes qui grimpent en véritables lianes sur les grands arbres à la manière de celles qui sont figurées à la page 50 . Elle y peuplent les îles ou les rives des cours d'eau, et on les a cueillies particulièrement sur les berges do l'Ohio et du Mississipi ; aussi il se trouve qu'il y avait là une multitude de formes distinctes et qu'on a importé ainsi plusieurs types présentant des caractères variés. Gomme tous ces types ne parais-
saient pas également avanlageux à cultiver, il a fallu choisir dans le nombre, de sorte qu'on a été obligé bientôt à en faire Tobjet d'une sélection intelligente.
Ily a eu, jusqu'à présent, un peu de confusion dans les attributions, soit au type Cordifolia^ soit au type Riparia, des espèces ou variétés déjà connues sous les noms de Clinton^ Oporto, Vialla^ Franklin^ Sokmis, Taylor, etc., auxquelles sont venues s'ajouter, par surcroît, la multitude des autres formes iotroduites plus récemment, et dont plusieurs sont déjà dénommées. Les unes ont été considérées comme des variétés du VUis cordifolia, tandis que d'autres se rattacheraient au Vitis riparia.
D'après les descriptions de Michaux, et indépendamment des caractères de fructification, le type Cordifolia serait surtout caractérisé par ses feuilles cordiformes, acuminées, glabres sur les deux faces, pas ou presques pas lobées et presque régulièrement dentées. Le type Riparia, au contraire, aurait la dentelure de ses feuilles inégales et plus profondément incisées; les trois lobes plus accusés; le dessous des feuilles, les nervures, ainsi que les pétioles et même Técorce du jeune bois, recouverts de poils courts et raides. De sorte que la variété comiue sous le nom de Ripaiia glabre semblerait tout d'abord se rattacher au type Cordifolia, tandis que le Riparia tomenteibx serait alors un véritable ^IfdTia. Mais il peut se faire aussi et il est même probable que ce caractère, semblant, d'après Michaux,
particulier aux Cordifolia, se rencontre aussi chez une ou plusieurs des nombreuses formes de Riparia qui ont été introduites.
Quoi quUl en soit, il n'en est pas moins certain que, parmi tous les plants introduits sous le nom de Riparia^ Ton a trouvé un grand nombre de variétés, sinon plusieurs espèces distinctes, et il n'est pas du tout sûr que les unes et les autres offrent les mêmes avantages et présentent les mêmes garanties, dans leur utilisation comme porte-greffes. C'est une étude à faire, et une expérience à poursuivre sérieusement, d'une manière comparative, pour se rendre compte quelle est, de toutes ces formes si diverses, celle qui offre le plus de garanties et qui doit être préférée comme la plus avantageuse, selon la nature du sol dans lequel on doit opérer.
On a pensé, avec quelque apparence de raison, que les variétés dont les feuilles étaient les plus grandes, celles surtout dont le bois était le plus gros et dont la végétation était la plus vigoureuse, devaient fournir de meilleurs porte-greffes et être préférées aux autres. Il est facile de comprendre, en effet, que celles qui fournissent le plus gros bois doivent présenter à un moindre degré Tinconvénient, déjà signalé précédemment, de la différence de diamètre entre le sujet et le greffon.
Les principales variétés de Riparia désignées tantôt sous des noms empruntés aux caractères qui les distinguent, comme par exemple les Riparia glabre,
ëparia rouge ^ Riparia tomenteitœ et Riparia violet, ou bien celles portant des noms spéciaux, comme les Riparia Fabre, Riparia Raron Perrier, Riparia MarHn, des Pallières ou Géant ^ et surtout Riparia Portatif ou Gloire de Montpellier y sembleraient réunir les conditions qui viennent d'être énumérées. Elles paraissent toutes plus avantageuses que le type introduit sous le nom de Cordifolia saiwage, caractérisé par Textrémilé légèrement rosée de ses jeunes rameaux et dont les feuilles de cette extrémité ne sont pas réunies en paquet, comme dans le véritable Riparia. De plus, cette espèce reprend moins facilement de bouture et sa végétation est bien moins vigoureuse.
U y a tout lieu de supposer quUl doit en être comme il vient d'être dit, mais Texpérience ne Ta pas encore suffisamment démontré pour qu'on puisse affirmer ce fait avec une certitude absolue. Il faudra doûc observer et attendre encore quelque temps pour se prononcer à cet égard d'une manière définitive, et indiquer quelle est celle de ces diverses tonnes ou variétés qui est réellement la plus avantageuse.
Les Riparia sont considérés comme absolument résistants, au moins daos notre région, et, de fait, ce n'est que bien rarement qu'on a pu constater ici la présence d'un petit nombre de Phylloxéra sur leurs racines. On a prétendu que dans l'Ouest il n'en serait pas de même, et que plusieurs milliers de fdparia^ qui n'étaient pas encore greffés, auraient
dépéri dans la Gironde, où Ton attribue leur mort aux attaques du Phylloxéra. Il est probable que cette affirmation est le résultat d'une erreur, et j'iaclinerais à croire au contraire que ces plants sont morts par une tout autre cause. Sans doute que le sol dans lequel on les avait plantés ne leur convenait pas, et ils ont dépéri là comme en beaucoup d'autres endroits. Quelques viticulteurs américains ont bien dit que dans les vignobles des États-Unis le Riparia était souvent maltraité par le Phylloxéra ; il y a tout lieu de supposer qu'ils ont voulu parler de la forme gallicole, mais non de Tinsecte^vivant sur les racines.
Quoi qu'il en soit, le Riparia s'était montré tout d'abord, en grande culture, moins difficile que la plupart des au(res Vignes américaines ; toutefois l'expérience qui en a été faite peu de temps après a indiqué qu'il n'en a pas été longtemps de même. Ce cépage, en effet, ne possède pas, bien s'en faut, cet avantage au même degré que le Jacqt^ez ; sa culture nous démontre qu'il ne saurait se contenter des mêmes terrains pour se conserver longtemps en bon état de végétation.
Le bois des Riparia^ quoique d'un faible diamètre, était fourni en telle abondance qu'il y avait là une ressource très grande pour en faciliter la mul- ^tiplication par le bouturage ; l'enracinement et la reprise des boutures, soit en pépinière, soit en place, étaient même généralement aussi satisfaisants que possible. Aussi la vente du bois de Ripa*
LBS MEILLEURS PÛRTB-GREFFfii. S%9
riaa-t-elle été l'objet d'un commerce important, qui a aidé considérablement à la rapide propagation de ce cépage.
La facilité avec laquelle on a pu greffer sur les Rtparia la plupart de nos excellentes variétés euro* péeones, la belle végétation des greffons et surtout Tabondance de leur fructification dès la seconde année du greffage, semblaient devoir, grâce à ce cépage précieux, nous ramener les beaux jours d'autrefois, malheureusement loin de nous maintenant, où nos fertiles cépages européens, et VAramon eo particulier, faisaient la richesse de notre département ainsi que de toute la région méditerranéenne.
Des accidents signalés sur plusieurs points ont paru à quelques personnes de nature à mettre en doute la durée du greffage sur Riparia^ et diverses opinions ont été émises à ce sujet. Loin de contester la gravité de faits aussi importants, nous essayerons, dans un chapitre spécial, d'expliquer quelques-unes de leurs causes multiples, et nous tâcherons de rechercher les conditions dans lesquelles on pourra espérer les éviter.
Dans les terrains où le Riparia se plaît, là où le sollui convient tout particulièrement, c'est un portegreffe à nul autre pareil, et pour le moment il serait, je crois, inutile d'en chercher un autre qui lui soit préférable. On peut voir dans les vignes de M.Vidal, entre labbaye de Yignogoul et Saussan, de même qu'à Pignan et à Vallautre, chez M. le comte de
Turenne, ainsi qu'à Saint-Georges d'Orques et sur quelques autres points privilégiés, des plantations de Riparia greffés depuis déjà six et sept ans, dont la fructification très abondante rappelle les plus belles souches d'Aramon d*autrefois, avant que le Phylloxéra fût venu tarir la production prodigieuse de cette excellente variété, qui était une véritable fontaine de vin.
Dans la Gironde, on a observé sur plusieurs points que les Cabernet-Saii/oignon greffés sur Riparia depuis six et huit ans étaient plus fertiles qu'à Tétat de francs de pied.
Mais il n'en est pas de même partout ailleurs^ et on ne rencontre que trop souvent des greffages sur Riparia dont l'aspect semble pronostiquer leur fin prochaine.
M. Alfred Bouscaren a été, je crois, le premier observateur attentif de notre région qui ait signalé, dès 188t, cette tendance des Riparia à dépérir. C'était alors, chez lui, dans un terrain composé de marne blanche et à sous-sol peu profond. Depuis lors, les exemples de cette nature se sont multipliés, et ils préoccupent aujourd'hui, non sans raison, ceux qui avaient compté sur le Riparia^ plus particuliè* rement que sur tout autre cépage américain, pour reconstituer nos vignobles disparus.
On a constaté que sur beaucoup de points les Riparia^ greffés ou non greffés, qu'on rencontre ainsi dépérissants, avaient pourtant montré une végétation
LES MBILLEUliS PORTE-GREFFES. 291
vigoureuse, souvent même luxuriante, pendant les premières années qui avaient suivi la plantation. Ce fait, observé un peu partout, semblerait laisser supposer à première vue que le dépérissement des Biparia pourrait être dû à une maladie particulière qui n'aurait pas encore été étudiée. Mais, l'expérience semble aujourd'hui le démontrer avec certitude, il est probable que la nature du sol exerce à ce sujet une influence très grande, peut-être même prépondérante, et il est bien possible que ce soit là en effet, sinon Tunique, tout au moins l'une des principales causes du mal.
Les /?/parîa, le fait est aujourd'hui bien démontré, se conservent longtemps en bon état de végétation dans les terrains siliceux ou tout au moins silicocalcaires ou silico-argileux, qui sont en même temps ferrugineux et suffisamment profonds et perméables. Partout ailleurs, dans les terres blanches marneuses ou trop argileuses ou absolument calcaires, les Riparia s'y développent souvent assez bien pendant les premières années ; cependant, dans ces conditions, ils ne tardent pas à se chloroser et ensuite à dépérir. Les accidents de cette nature se produisent pluspromptement et avec plus d'intensité quand les plants ont été greffés. Ce fait, en apparence, n'a pas lieu de surprendre quand on connaît quelles sont les conditions de l'indigénat dû Riparia. D'après Michaux, Jaeger et plusieurs autres auteurs, le Riparia se rencontre à Télat sauvage dans les îles et sur les
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bords des grands cours d'eau des États-Unis, c'està-dire dans des conditions absolument différentes de celles de la plupart de nos vignobles où nous le plantons.
Dans le chapitre spécialement consacré à la Jaunisse ou Chlorose des vignes, ainsi que dans celui qui traitera de ce qu'on est convenu d'appeler l'Adaptation au sol, il y aura lieu alors d'examiner cette question avec des détails plus circonstanciés s'appliquant à tous les cépages et qui n'auraient pu trouver leur place ici, où il n'est question que d'un seul.
Rupestris. — Je ne revenais pas de ma surprise, il y a sept ou huit ans de cela, quand je vis pour la première fois cette Ampélidée, dont Tapparence buissonnante et la forme des feuilles paraissaient, au premier aspect, différer essentiellement de celles que présentent les autres espèces de Vignes américaines. C'était chez M. Martin, à Montels, près de Montpellier, dans un terrain d'assez mauvaise qualité et dont le sous-sol devait être imperméable, car les chemins entourant le champ étaient à ce moment impraticables et couverts par l'eau, qui croupissait là depuis les dernières pluies. Je fus séduit par le mode particulier de végétation de cette Vigne, dont les rameaux, ne s'allongeant pas beaucoup, étaient quelquefois dépourvus de vrilles ou n'en portaient que de très faibles. Tout
semblait indiquer que cette espèce n^était pas ou presque pas grimpante, et il me paraissait quMl y avait là un avantage considérable à l'adopter pour porte-grefife, car elle pouvait alors, sans modifier ses conditions de végétation, nourrir les vignes formées en souche basse, selon le mode adopté dans le Midi.
J'ai toujours pensé, en effet, qu'il y a grand intérêt, dans le greffage» à ce que le sujet et le greffon appartiennent à des espèces dont le développement arborescent soit aussi égal que possible, l'avais donc engagé vivement le propriétaire de ces vignes à les naultiplier pour propager leur culture, et M. Martin, qui aurait pu en tirer un parti avantageux, me priait au contraire, avec un rare désintéressement, d'accepter toutes ses boutures à titre gracieux. Mais, comme je ne pouvais les utiliser moimême, je dus décliner cette offre obligeante, et ses plants de Rupestris furent distribués par lui un peu partout ; ils ont été Torigine première de la plupart des plantations qui existent aujourd'hui.
Il est utile de dire ici que M. Martin avait fait à ses frais le voyage d'Amérique, dans le but d'étudier les cépages du Nouveau-Monde. Il en avait rapporté un certain nombre de boutures et de pieds enracinés des divers cépages qu'il considérait comme étant les meilleurs, et qu'il distribua ensuite quand il fut de retour.
Originaire du Texas et des États avoisinants,
l'espèce connue et décrite par Scheele sous le nom de Vitis rupestris est désignée aussi sous celui de Mountain^grape (Vigne de montagne); elle croît à Tétat sauvage dans les montagnes et parmi les rochers, ce qui lui a valu sa dénomination spécifique, ainsi que le nom vulgaire sous lequel elle est connue en Amérique. Dans nos cultures, elle développe une touffe de rameaux érigés, minces, àécorce d'un vert rougeâtre, souvent d'un rouge foncé, et quelquefois violacé ou même presque noir, selon les variétés. Ces rameaux s'aoûtent assez mal, et les mérithalles de leurs extrémités se désarticulent facilement ; ils sont souvent dépourvus de vrilles ou n'en ont que de très faibles et presque rudimentaires ; enfin ils portent des feuilles parcheminées, petites, cordiformes, glabres, luisantes, quelquefois rouge&tres surtout sur leurs nervures, repliées comme les ailes d'un papillon, et rappelant un peu, pour la forme et la couleur, les feuilles de quelques variétés d'Abricotier.
Les pieds vigoureux développent aussi à leur base des rameaux étalés sur le sol, où ils s'allongent à la manière de ceux des Riparia. Les feuilles de ces rameaux sont plus grandes et presque planes , les vrilles plus complètement développées et discontinues. Ce sont surtout ces derniers rameaux qui fournissent un bois beaucoup plus gros, parfaitement nourri, et par conséquent bien préférable pour le bouturage que le bois trop grôle des rameaux
érigés, surtout pour les sujets destinés à fournir des porte-greffes.
II y a donc là deux formes distinctes de la même plante, selon que celle-ci est buissonnante ou grimpante. C'est un phénomène analogue à celui qui se produit chez le Lierre, mais toutefois dans un autre sens, quand il cesse d'avoir à sa portée un mur ou un arbre pour y cramponner ses rameaux. Dans ce cas, il change de caractère de végétation, modifie la forme de ses feuilles et devient arborescent ; c'est alors seulement qu'il fructifie après s'être ainsi modifié et même transformé au point de paraître tout à fait dissemblable à lui-même.
Dn certain nombre de pieds de Rv/pestris ne donnent que des fleurs mâles ; d'autres produisent de toutes petites grappes de raisins à très petits grains noirs de saveur douceâtre, ce qui a valu à cette espèce le nom de Sugar-grape (Vigne à sucre) qu'on lui a donné au Texas. Le jus en est très coloré ; mais les grappes, quoique souvent fort nombreuses chez les pieds très fertiles, ne donnent jamais une production suffisante pour qu'on puisse cultiver cette espèce en vue de la vinification directe. Les raisins sont mûrs ici dès le mois d'août, mais ils se conservent souvent sur la souche jusqu'en octobre.
Dans la collection du mas de Las-Sorres, les Rupestris sont représentés par diverses formes ou variétés provenant sans doute d'hybridations avec d'autres cépages. L'une d'elles surtout, qui a le
port du Taylor, s'écarte considérablement du type et se montre remarquable par la vigueur de sa v^étation, en promettant de devenir un excellent porte-greffe. Une autre, par ses feuilles presque planes et d'un vert foncé, rappelle un peu le Yitis candicans ou Mustang^ dont elle pourrait bien dériver par hybridation ; elle aurait été trouvée à l'état indigène par M. Jœger, de Neosho, et introduite ensuite en Europe par M. Bourgade, de Montblanc (Hérault), un viticulteur intelligent qui a publié des études fort instructives sur les cépages du Nouveau-Monde. Il sera intéressant d'étudier ces deux formes ou variétés, pour juger de leur mérite respectif, comparativement à celui de toutes les autres déjà connues.
Cultivé aujourd'hui un peu partout; le Rupestris s'est montré généralement très résistant au Phylloxéra, et moins difficile sur la nature du sol que le Riparia et quelques autres Vignes américaines. On s'est plaint pourtant qu'il ne prospérait pas dans les sols marneux. Quelques personnes lui reprochent aussi de reprendre difficilement de bouture, tandis que, pour beaucoup d'autres, cette reprise serait satisfaisante. Quand il se développe convenablement, il porte très bien les greffons à'Aramon, de Cabernet^ de CarignanCy de Petit-Bouschet^ de Sau' vignon^ û! Alicante^Bouschety etc., etc.; leur végétation se soutient convenablement et la fructification ne laisse rien à désirer. C'est le plant par
excelleoce pour les terrains rocailleux quand ils soDt suffisamment perméables.
Le Rupesiris se montre très résistant à TAnthracnose, au Mildew et à l'Oïdium, avantages d'ailleurs peu importants puisqu'on ne peut guère utiliser ce cépage que comme porte-greffe de nos cépages européens.
A rÉcole d'Agriculture, les Rupeslris grefifés en différents cépages sont splendides de végétation, et leur fructification est aussi fort abondante. On s'en moDtre également satisfait dans la Gironde autant que dans le Lyonnais, mais on aurait éprouvé, paraît-il, quelques échecs dans les sols calcaires des Charentes. Il sera intéressant d'observer si la végétation des greffons sera durable et se conservera longtemps en bon état, parce qu'alors on aurait là un porte-greffe d'autant plus précieux qu'il pourrait être utilisé dans beaucoup de sols où le Riparia aurait de la peine à être conservé. Il présenterait aussi cet avantage de pouvoir être planté à la distance ordinaire à laquelle on plaçait nos vignes européennes et, probablement aussi, de pouvoir être traité de la même manière, ce qui a une importance économique qui n'échappera à personne.
On prétend qu'il existe en Amérique des Rupeslris à gros fruits^ qui pourraient être cultivés alors pour la production directe, et pourtant les Américains, qui sont aujourd'hui, comme nous, à la recherche des vignes résistantes, s'accordent à dire que ce
Sahct, 3« édil. 20
cépage n'est nulle pari cultivé aux États-Unis. Si toutefois le fait était vrai, il serait intéressant de faire l'essai de ce Rupestris à gros fruits et de voir s'il y a réellement quelque chose à en espérer pour la culture, comme producteur direct.
Solonis. — D'origine probablement américaine, la Vigne connue sous le nom de Solonis^ et qu'on croit indigène des régions élevées de TArkansas, aurait été, dit-on, cultivée d'abord au Jardin botanique de Berlin et se serait propagée ensuite un peu partout en Europe. On la considère comme une variété paraissant entrer, par quelques-uns de ses caractères, dans le groupe des Cordifolia, alors que par quelques autres elle se rapprocherait des fl»paria; elle présente môme des caractères spéciaux qui sembleraient en faire une espèce distincte.
Quoi qu'il en soit, c'est une plante très ornementale et dont Torigine est peu connue, car elle ne figure nulle part dans les descriptions des vignes du Nouveau-Monde.
Celte espèce ou variété existait depuis fort longtemps dans quelques collections, et je me rappelle | l'avoir remarquée au château de laTouratte près de Bordeaux, il y a déjà de cela bon nombre d'années, palissée sur des charpentes où elle se développait comme une véritable liane. J'avais été frappé, quand je la vis pour la première fois, par l'aspect singulier que présentaient l'ensemble de sa végétation, la cou-
leur particulière de son bois, la pubescence de ses jeunes rameaux, et surtout la couleur vert-cendré alla dentelure, très fortement accusée, de ses feuilles. La vigueur avec laquelle se développait partout le Solonis semblait faire présager qu'on aurait là un excellent porte-greffe, et c'est effectivement comme tel qu'on a songé tout d'abord à l'utiliser, car on ne pouvait guère compter sur sa fructification, qui est insignifiante, pour en faire un producteur direct.
Recommandé par M. Laliman pour sa résistance au Phylloxéra, le Soloïiis a montré en effet, dans la culture, qu'il pouvait être rangé parmi les cépages les plus résistants, quoique pourtant on cite sur quelques pointsdesexemples de plantations qui n'auraient pas suffisamment résisté. Mais on lui reproche J'ilre sujet, comme le Clinton, à avoir ses feuilles exposées h se griller en été et à'tomber trop prématurément. Il serait intéressant d'étudier si, une fois greffé, il ne communique jamais cette influence à la variété européenne qu on lui aura choisie pour greffon. On sait déjà que jusqu'à présent il n'en a pas été ainsi, et que cet inconvénient ne parait pas exister pour les Clinton greffés en vignes européennes, au moins dans les sols qui conviennent particulièrement à ce cépage. On peut donc présumer qu'il en sera toujours de même pour le Solonis.
Ce cépage paraît exiger ici un terrain relativement frais, et il a même le privilège de résister dans les
terrains salés, ainsi qu'on Ta déjà constaté sur quelques points. On pourrait citer sous ce rapport l'expérience intéressante faite par M. de Caunes au domaine des Orpellières, près de Sérignan (Hérault); dans les terres sensiblement salées de ce domaine, les Solonis plantés depuis huit années se comportent d'une façon absolument irréprochable et se conservent toujours en bon état. Le Solofiis prospère souvent assez bien dans les terrains qui se conservent humides pendant Tété, et il est particulièrement d'une végétation splendide chez M. Gaston Bazille, dans les terrains fertiles et très frais de son domaine de Saint-Sauveur, près de Lattes.
Dans les sols qui ne sont pas suffisamment frais ou qui lui conviennent moins bien, les pieds de Solo7ii$ se développent néanmoins très vigoureusement les premières années, là surtout où le terrain a été bien préparé. Après deux ou trois ans, quelquefois môme plus tôt, la végétation faiblit, mais le plus souvent sans aucune trace de Chlorose, les feuilles conservant presque toujours leur teinte normale. Généralement même, cet état d'aflFaiblissemenl ne se traduit pas non plus par un raccourcissement des rameaux, comme c'est le cas pour beaucoup d'autres cépages, mais seulement par une diminution progressive du nombre de ces rameaux, jusqu'à ce qu'enfin la souche finisse par ne plus en pousser du tout.
Lq Solonis avait montré tout d'abord une aptitude
LK8 MEILLEURS POnTE-GREFFBS. 301
spéoiale pour devenir un excellent porte-greffe ; on pouvait voir un peu partout, il y a peu de temps encore, des greffages à'Aramon sur Solonis datant déjà de trois et même de quatre années, qui s'étaient comportés assez bien et dont la fructification était satisfaisante. Dans la plupart des cas, il n'en est plus de même aujourd'hui. Ceux du Rochet, par exemple, qaiavaientété très beaux pendant les trois ou quatre premières années, se sont bien affaiblis ; ils commeneenl à se chloroser et leur fructification est loin d'être aussi abondante.
Plusieurs expérimentateurs du Solonis, augurant bien delà végétation pendant les premières années, avaient pensé que ce cépage convenait tout spécialement aux sols crayeux et profonds des Gharentes,où* il était devenu très estimé comme porte-greffe. Sa vigueur était partout très remarquable là où il so trouvait dans un milieu paraissant à sa convenance, et son greffage réussissait généralement très bien. Mais ces belles espérances ne se sont pas partout réalisées, et dans la Saintonge, de même que dans la plupart des autres parties des Gharentes, on a une tendance à abandonner la culture de ce cépage.
On a remarqué que le bouturage des rameaux du Solonis ne s'opérait pas très facilement, mais Texpérience a démontré que cet inconvénient était bien atténué quand on choisissait les boutures sur les rameaux minces, de préférence au gros bois.
Vialla et Franklin. — Les cépages connus sous ces deux noms sont très voisins Tun de l'autre et présentent plusieurs caractères communs. Ils se rangent dans le groupe des Cordifolia, et se distinguent surtout des Riparia par leurs vrilles continues, tandis que chez ces derniers elles sont intermittentes par deux. On les a considérés comme voisins du Clinton^ et ils sont sans doute, comme celui-ci, des hybrides de Labrusca et de Cordifolia. L'un d'eux, désigné sous le nom de Clinton^ Vialla^ a été obtenu de semis par M. Laliman. Il est remarquable par sa belle vigueur, ses feuilles grandes et peu ou presque pas lobées, les extrémités roses de ses jeunes bourgeons, et enfin par la couleur rougeâtre de ses rameaux et de ses pétioles. L'écorce, en hiver, est d*un brun foncé et les nœuds sont assez rapprochés.
Le Franklin^ qui est originaire d'Amérique, où il est peu estimé d'ailleurs par les viticulteurs, paraît un peu moins vigoureux que le Vialla. Il n'en différerait que par Técorce des jeunes rameaux, qui est verle, ainsi que les pétioles, et par la teinte un peu moins foncée de ses feuilles, dont les lobes sont plus accusés. En hiver, Técorce des sarments est de couleur plus claire et les nœuds sont beaucoup plus distancés. Ces différences, peu saillantes du reste, constituent une infériorité de mérite, pour cette variété, vis-à-vis du Vialla, lequel semble lui éire préférable sous plusieurs rapports.
M. Laliman pense que le Franklin est beaucoup
moins résistant que le Vialla. D'après lui, la plupart des Vialla cultivés sous ce nom dans le midi de la France seraient au contraire des Franklin.
Quant à la fructification de l'un comme de l'autre, il D'y a pas lieu d'en parler, car elle est insignifiante dans les deux cas et toujours de qualité détestable, au moins dans nos cultures méridionales.
Le greffage sur FiaiZa s'opère avec facilité, réussit parfaitement et convient assez bien pour VAramon et la Car iguane^ mais moins bien pour plusieurs autres variétés auxquelles ce cépage a servi de portegreffe et qui n'ont pas fourni partout, dans le Midi, une végétation et une fructification suffisamment soutenues.
M. Gaston fiazille a greffé pourtant avec succès sur ce cépage, d'abord des Petit- Bov^chet qui lui ont produit par hectare environ 1 00 hectolitres en plaine et 50 sur les coteaux, et ensuite dos Chasselas Q\.àQS Cinsaitt(\\i\ lui ont donné de beaux et bons raisins, expédiés à Paris du 15 août aux premiers jours de septembre.
On reproche aussi au Vialla de ne pas se comporter partout également et d'être parfois sensible au Phylloxéra. Aussi la propagation de ce cépage n'a-t-elle pas pris ici une grande extension. Il est, par contre, en très haute estime dans la Drôme, de même que dans le Rhône et surtout dans le Beaujolais, où il a clé propagé par M. Gh. Robin. Dans toute la région lyonnaise, ce cépage est considéré
comme le meilleur de tous les porte-greffes. Selon M. Pulliat, il s'adapte parfaitement au Gamay^ et après deux ans de greffage la soudure est si parfaite qu'on ne distingue plus le point où elle a été opérée. Il en est à peu près de même dans la Gironde, où le Vialla est aussi considéré comme l'un des meilleurs porte-greffes.
D'après M. A. VerneuiU le Vialla se comporterait aussi très bien dans les Charentes, où il porte vigoureusement les greffons de Cabernet et de Malbec, et serait également appelé à rendre des services dans cette région comme porte-greffe des cépages qui fournissent les excellentes eaux-de-vie d'Armagnac, dont la réputation est universelle.
York's Madeira. — Considérée comme un semis d'isabella et probablement originaire d'York en Pensylvanie, cette variété, très anciennement connue en Europe, était peu estimée en Amérique, où on la considérait, d'après M. Bush, comme peu rustique, perdant ses feuilles de très bonne heure, et par suite n'arrivant pas à y mûrir ses fruits. Il faut croire que ce cépage s'est bien modifié par la traversée de l'Atlantique, car il présente justement les qualités absolument opposées à ces trois défauts; on peut dire de lui, ce qu'on ne saurait affirmer pour beaucoup d'autres, que plus on le cultive dans nos vignobles d'Europe et plus aussi on apprécie ses qualités.
Ce fait nous démontre une fois de plus combien il était peu raisonnable de supposer que les cépages ainéricains se comporteraient en Europe de la même manière que dans les vignobles des États-Unis.
Le comte Odart avait indiqué V York' s Madeira coaime synonyme de Raisin de Vorlington ; il l'avait reçu de Bordeaux sous ce nom, qu'il avait converti pour son usage en celui de Petit noir parfumé. Les synonymes de Bladi gcrman^ Large german, Srruill german, qu'on lui assigne en Amérique, sembleraient indiquer pour ce cépage une origine allemande, ou laisser supposer tout au moins qu'il serait parvenu aux États-Unis par voie allemande. Quoi qu'il en soit, c'était un cépage répandu un peu partout dans Fancien continent, sans toutefois que sa culture s'y soit jamais développée, et on le trouvait, il y a quarante ans, dans un grand nombre de collections, autant en France qu'en Espagne, en Autriche, et surlou', en Italie.
La végétation de YYork's Madeira n'est pas très vigoureuse, on peut même dire qu'elle est assez faible ; mais, contrairement à ce qui se passe en Amérique, la plante est ici on ne peut plus rustique, conservant ses feuilles jusqu'aux gelées et mûrissant parfaitement ses fruits. Ce cépage, qui a été beaucoup propagé pendant cesdernières années, s'est monipé dans nos cultures beaucoup plus résistant au Phylloxéra que toutes les autres variétés issues comme lui du Vitis labrusca ; son feuillage, d'un
vert très foncé, serait aussi, parait-il, l'un des moins atteints par la Chlorose et se conserverait très frais même dans les terrains secs. On suppose qu'il est un hybride résultant d'un croisement opéré entre deux espèces, sans qu'on indique lesquelles, peutêtre entre le Labrusca sauvage et le Vitis candicans ou Mustang^ car il semble en effet tenir quelque chose de chacune de ces deux espèces, dont il pourrait bien être issu, quoiqu'on ne saurait l'affirmer absolument, ce caractère ne paraissant pas ressortir avec assez d'évidence de Texamen attentif qui en a été fait et que j'en ai fait moi-même.
L' York's Madeira prospère également assez bien, souvent même très bien, dans la plupart des terrains, et c'est peut-être le cépage américain qui résiste le mieux à la sécheresse ; mais on se plaint que, dans la plupart des cas. Une fournit pas une végétation suffisante. Aussi, comme il ne produit pas beaucoup de bois, sa propagation n'a pu se faire que lentement, et sa réputation, par suite, a dû nécessairement en souffrir un peu.
Dans ma collection, où il se trouvait déjà en 1847, V York' s Madeira n'a jamais donné une très forte végétation ; mais, de même que les autres variétés du même groupe, il avait paru résister mieux que les JEstivalis, et surtout que les Cordifolia^ à une taille relativement courte. C'était là un avantage que j'appréciais à toute sa valeur, parce qu'il me paraissait avoir une grande importance.
Sa production chez moi n'était pas considérable ; elle était même loin d'égaler celle de la plupart des autres variétés du Vitis labrtùsca en général, et surtout de Tune d'elles, Vlsabella^ en particulier. Cependant quelques viticulteurs la trouvent suffisanle et ne dédaignent pas le vin produit par ce cépage ; mais pourtant je doute fort que sa culture, comme producteur direct, prenne jamais une grande extension.
Les jeunes pieds enracinés provenant de ma collection qui ont été plantés dans le champ d'expériences du mas de Las-Sorres ont donné d'excel- IcLls résultats, et, sur ce point, c'est V York' s Madeira qui s'est montré, comme résistance autant que comme régularité de végétation et de facilité à recevoir la greffe, l'un des plus remarquables parmi tous les cépages américains qui y ont été essayés. Toutefois cette végétation s'est bien affaiblie cette année à Las- Sorres. Sur ce point, ainsi qu'en beaucoup d'autres endroits, il en est de même, d'une manière générale, de tous les sujets greffés.
Dans les sols de diluvium alpin, fortement colorés de rouge et quoique argilo-siliceux, les York's Madeira prospèrent admirablement bien. Chez M. le baron de Seizieu, à Flaugergues comme à la Moure, ce cépage montre une végétation splendide, pour le moins aussi belle que celle de n'importe quel autre porte-greffe. Il ne présente pas dans ces conditions cet affaiblissement très accentué qui vient d'être si-
gnalé à Las Sorres et que j'ai remarqué aussi sur plusieurs autres points.
La fructification de Work' s Madeira n'étant pas assez abondante, et son raisin ayant d'ailleurs le goût foxé qui caractérise plus particulièrement les cépages appartenant au groupe des Labrjisca^ on a bientôt renoncé ici à le cultiver comme producteur direct. Les essais entrepris pour l'utiliser comme porte-greffe de nos vignes européennes ont généralement donné d'assez bons résultats, quoique Ton ait remarqué dans certains terrains que la végétation reste longtemps languissante, et quoique aussi on ait signalé sur divers points quelques cas d'insuccès. C'est d'ailleurs le défaut capital des cépages américains en général, qui pour la plupart se sont montrés difiBciles, à un plus haut degré encore, sur la nature du sol, et n'ont pas prospéré partout éga» lement où on les a plantés, tandis qu'autrefois nos vignes européennes se développaient avec tant de complaisance dans presque tous les terrains où on effectuait des plantations. Il y a là une différence très caractéristique quant aux résultats, qui a déjà causé bien des mécomptes dans les essais de culture des vignes américaines qui ont été tentés jusqu'à présent.
Dans les sols où il prospère bien, comme àLas- Sorres, par exemple, VYork*s Madeira est un excellent porte-greffe qui peut rendre des services signalés si on ne lui découvre pas, par la suite,
d'autres défauts. Il aurait surtout ud avantage qui n'est pas à dédaigner : c'est que les greffons déve* loppés sur ce cépage n'auraient probablement pas b^oin d'être élevés sur d'aussi grandes formes que ceux obtenus sur Riparia^ Solonis, Vialla^ etc., pour se conserver longtemps en bel état de végétation. On peut en effet se rendre compte, en présence du renchérissement toujours croissant de la maind'oeuvre, combien il y aurait là, pour ces derniers cépages, une diflSculté de culture à laquelle peutêtre on n'a pas assez songé jusqu'à présent.
Vïork's Madeira a le privilège presque exclusif de convenir pour le Nord comme pour le Midi. Dans le Beaujolais, d'après M. PuUiat, c'est le plant des coteaux par excellence ; il y mûrit très bien son bois, tandis qu'il n'en est pas de même pour tous les autres cépages américains. Aussi le considèrel-on dans la Gironde, dans les Gharentes et dans le Beaujolais , comme devant fournir un excellent porte-greffe. Dans le Var, il est estimé par M. Henri Aguilhon comme Tun des cépages qui résistent le mieux et qui prospèrent dans tous les terrains. On ne lui reconnaît, là comme partout ailleurs, que le seul inconvénient de croître lentement pendant les deux ou trois premières années ; mais, s'il lui faut un peu plus de temps qu'aux autres porte-greffes pour acquérir le même développement, on en est bien dédommagé par tous les autres avantages que présente ce cépage.
Dans les expériences comparatives de greffage établies au mas de Las-Sorres et à l'École d'Agriculture de Montpellier, VYork's Madeira s'est montré un bon porte-greffe pour vingt-quatre cépages différents dont on lui avait conBé les greffons. La plupart de ces expériences ont été faites partiellement sur beaucoup d'autres points et ont donné à peu près partout da bons résultais. Généralement, la végétation des greffons a été moins vigoureuse, pendant les premières années, que par le greffage sur Taylor, sur Solonis^ sur Clinton et surtout sur Riparia. Toutefois celte inégalité s'atténue beaucoup par la suite, et à l'âge de 3 ou 4 ans la végétation est suffisante, tandis que la fructification se soutient alors convenablement abondante. Mais le signe caractéristique de ce porte-greffe, c'est de recevoir aussi bien les uns que les autres les greffons de tous les cépages ; il leur permet de se développer et de fructifier convenablement selon leur nature propre, et, ce qui est très important, de conserver leur feuillage bien vert sans être sujet à la Chlorose. On ne sait que trop aujourd'hui qu'il n'en est pas toujours de même avec la plupart des autres porte-greffes, au moins dans certaines natures de terrains où cet accident se présente assez fréquemment.
AUTRES P0RTE-GRK]?FE8. 311
Après avoir ainsi apprécié la valeur respective de chacune des quinze principales vignes américaines qui ont été cultivées un peu partout conime portegreffes de nos cépages européens, il conviendrait maintenant de compléter cette étude en disant quelques mots d'un certain nombre d'autres espèces ou variétés, dont la plupart sont essayées en ce moment dans les vignobles ainsi que dans les collections. L'expérimentation qui en est faite n'est pas encore suflBsamment avancée pour qu'on puisse exprimer à leur égard une opinion basée sur des faits acquis et bien démontrés ; on ne peut donc émettre sur chacune d'elles que des appréciations résultant d'observations encore superficielles, qui ont besoin, pour acquérir quelque valeur, d'être contrôlées par des expériences poursuivies pendant plus longtemps. II est utile cependant de les signaler à l'attention des viticulteurs qui voudront les essayer pour en apprécier le mérite et pour les comprendre, s'il y a lieu, dans la liste des espèces ou variétés de vignes américaines susceptibles de devenir des porte-greffes. Elles vont donc être énumérées et décrites brièvement, en les classant toutes selon leur ordre
alphabétique. Celles de ces espèces ou variétés dont la valeur réelle sera reconnue suffisante viendront s'ajouter à celles qui ont été déjà essayées, et qui ont toutes, comme on Ta vu, des aptitudes spéciales selon les climats et les natures de sol où elles ont été cultivées.
Berlandieri. — Ainsi nommée et décrite comme espèce nouvelle par M. Planchon, cette forme, voisine du Vitis monticola de Buckley et Durand, a été même considérée par M. Millardet comme identique à cette dernière espèce. Elle a été introduite en Europe par M. Douysset sous le nom deMountain^Surret ou Surret-mountain^ qu'il faut traduire probablement par celui de Sweet-mountain (Doux de Montagne) qu'on lui donne dans le Texas, son pays d'origine. Elle semble voisine de la plante importée d'Amérique sous le nom d'^stivalis sauvage, et l'on a reconnu aussi chez elle une parenté assez rapprochée avec le Vitis canescens et le Vitis cin^.rea, deux espèces qui paraissent d'ailleurs, l'une et l'autre, présenter entre elles une grande analogie.
Los sujets de Vitis Berlandieri montrent, dans nos cultures, des types très variables par plusieurs de leurs caractères, et semblent constituer autant de variétés distinctes. Il conviendra d'étudier soigneusement chacune de ces variétés, car il peut se faire que dans le nombre il y en ait de plus avan-
AUTRES P0RTE-GKEFFE8. 313
tageuses les unes que les autres sous le rapport de la culture. On se plaint souvent que leur végétation fâtpeu vigoureuse et que leur bois, presque toujours grêle, ne reprend pas facilement de bouture, ce qui serait d'abord un obstacle pour leur multiplication et obligerait ensuite à ne les greffer peut-être qu'à la fin de leur deuxième année. On a remarqué d'ailleurs que parmi les diverses formes ou variétés distinctes connues sous ce nom, quelques-unes seraient, paralt-il, d'un bouturage plus facile. Leurs racines se sont montrées généralement très résistantes au Phylloxéra dans les diverses natures de sol où Tessai en a été fait.
Quoiqu'on ne les ait pas encore beaucoup essayés au greffage, les quelques pieds de Vitis Berlandieri qui se trouvent dans fHusieurs collections montrent les meilleures dispositions comme porte-greffes et se conservent jusqu'à présent en bon état, tout en fructifiant convenablement. C'est donc, autant qu'on puisse en juger pour le moment, un porte-greffe qui mérite d'être expérimenté un peu partout, afin de pouvoir mieux apprécier toutes ses aptitudes.
Black-Pearl. — C'est une forme vigoureuse de Riparia ou plutôt de Cordifolia^ si l'on en juge par ses feuilles glabres et non lobées. On a greffé avec assez de succès sur ce cépage, qui a besoin d'être expérimenté encore pour qu'on puisse apprécier son véritable mérite ; il est cultivé • aussi comme
SiHUT, 3« édit. 21
producteur direct et produit, dit-on, un vin très foncé.
Blue-Dyer. — De même que le Franklin^ cette variété est voisine du Clinton-Vialla, dont elle présente, d'une manière générale, la plupart des caractères ; mais elle paraît jusqu'à présent lui être inférieure à tous égards.
Californica. — La vigne coonue dans les collections sous le nom de Vitis Californica (Voir fig. 1, pag. 50) est indigène, comloie son nom Tindique, dans les forêts de la Californie, où elle grimpe sur les grands arbres. Dans cet État de l'Amérique, comme nous l'avons déjà expliqué à la pag. 74, on a créé pendant ces dix dernières années de nombreux et très vastes vignobles plantés à peu près exclusivement avec nos cépages d'Europe. Laâg. 2 (pag. 76) représente Tun de ces grands vignobles situé près de Napa-Gi'.y, c'est-à-dire dans la région habitée par M. Georges Husmann, le célèbre viticulteur américain.
Maintenant que le Phylloxéra attaque les vignobles de la Californie en menaçant de les détruire comme ceux d'Europe, les viticulteurs californiens, prenant exemple sur nous, se mettent à greflfer nos excellents cépages sur les vignes résistantes des États-Unis. Ils ont adopté de préférence leur vigne indigène [Vitis Californica) et en obtiennent d'excellents résultats. La flg. 8 (pag. 315) représente des
AUTRES PORTB-GREFFES.
316 ORBFFAOB.
greffes de 2 ans faites sur la Viiis Califomica^ lesquelles par leur magnifique développement égalent, si elles ne les dépassent pas, les plus beaux exemples de greffage que nous puissions admirer en Europe. On peut voir dans cette gravure, comme terme de comparaison, les vignerons californiens occupés à assujettir sur des piquets les longs pampres développés sur les greffons.
Les trois figures 1, 2 et 8 sont des reproductions obtenues d'après les photographies venues d'Amérique et que mon excellent ami M. Gh. Joly a eu r obligeance de me communiquer.
La V. Californica n'a guère été encore expérimentée ici, ou du moins, quand on a cru l'avoir essayée, on n'avait peut-être pas sous la main l'espèce vraie; il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il en fût ainsi, puisque le cépage cultivé un peu partout sous ce nom s'est montré en Europe fort sensible aux atteintes du Phylloxéra des racines, alors qu'il est considéré eu Californie comme étant absolument résistant.
Champin. — Il existe depuis trois ou quatre ans, à l'École d'Agriculture de Montpellier, un certain nombre de pieds de Vigne portant sur l'étiquette le nom du spirituel viticulteur du château de Salettes, M. Champin. Ce sont des hybrides trouvés parmi les plants introduits du Texas, qui présentent autant de formes intermédiaires entre le Vitis rupes-
AUTRES PORTB-GRBFFES. 317
tris et le Vitis candfcans ou Mustang. Ces nombreux pieds paraissent résistants au Phylloxéra, suffisamment vigoureux et peu difiSciles sur la nature du sol ; les premiers essais de greffage qui en ont été faits ont donné d'excellents résultats. Il est donc possible qu'on puisse trouver parmi eux. de bons porte-greffes à propager, susceptibles de nous rendre quelques services. C'est une expérience à continuer, d'autant plus que la multiplication de ces hybrides se fait assez facilement par le bouturage.
Cinerea. — D'une parenté assez rapprochée avec les Vitis fnonticola et Berlandieri^ cette espèce, plus particulièrement voisine du Vitis canescens^ est remarquable, comme elle, par les cannelures longitudinales de ses rameaux, qui se montrent sur toute la longueur des mérithalles et se prolongent même sur les nœuds, qui sont aplatis. Elle est recommandée spécialement pour les terrains très humides, et chez M. Séré, à la Bégude près de Cépiès (Aude), de même que dans quelques autres vignobles, le greffage sur cette espèce a très bien réussi, en fournissant une végétation remarquable. On se plaint autre part que les pieds de cette espèce ne prospèrent pas convenablement dans les terrains calcaires, quoique frais, ni môme dans les schistes ; on se plaint aussi que le bouturage de ses rameaux ne donne pas une bonne reprise, et que les greffages sur cette espèce
et les espèces voisines réussissent assez diflBcilement.
M. Pulliat a remarqué que dans la région lyonnaise toutes les espèces indiquées ci-dessus comme appartenant au même groupe se sont montrées sensibles au froid dans les hivers rigoureux et particulièrement dans celui de 1879- 1880,
Gaston Bazille. — Connu aussi sous le nom de Pedroni, ce cépage, reçu directement de Philadelphie par M. Laliman, a été dédié par lui à Thonorable ancien Président de la Société centrale d'Agriculture de THérault; de même que le Franklin et le Blue-Dijer, il est voisin du Clinton- Vialla^ dont il diffère par ses feuilles qui sont plus petites. Quoique la végétation de cette variété soit moins vigoureuse que celle de ces trois derniers cépages, comme elle est néanmoins robuste et résistante, on pense qu'elle pourra convenir pour recevoir la greffe des cépages d'une vigueur modérée. D'après les essais qui ont été faits un peu partout, on ne peut guère espérer pouvoir Tutiliser ici ; mais, dans la Gironde et surtout dans le Beaujolais et la vallée du Rhône, ce porte-greffe pourra rendre quelques services au même titre que d'autres qui y sont fort estimés.
Lincecumii. — Dédiée par Buckley au docteur Lincocum, agronome pratique résidant depuis long-
temps au Texas, cette espèce, indigène dans TArkansas et la Louisiane occidentale, où elle est désignée sous le nom de Fine- Wood-gr ope ^ est surtout très commune au Texas, où elle est également connue sous celui de Post-Oak-grape. M. Elias Durand présume que c'est la même espèce indiquée par M. Wiliams sous le nom de Mountain''grape. C'est une plante rarement grimpante, à rameaux courts et généralement étalés en buisson ; le bois est mince et ses nœuds sont très rapprochés ; les pétioles, de même que les nervures, sont recouverts d'un duvet épais et de couleur rougeâtre. Les feuilles, plus larges que longues, tantôt entières et dentées, tantôt à cinq lobes profonds et arrondis, sont recouvertes sur leur face inférieure d'un duvet très épais et de couleur fauve.
Cette espèce croît en Amérique à Tétat sauvage dans les terrains sablonneux et a été encore peu essayée dans nos cultures. Si elle se montrait résistante et rustique, on pourrait l'ajouter aux cépages, tels que VYork's Madeira et le RupesiriSj dont les rameaux s'allongent peu, et qui deviennent par cela même d'excellents porte-greffes pour nos vignes européennes, en supportant facilement le mode de taille adopté dans nos vignobles. Ces derniers cépages ne. présentent pas, sous ce rapport, Tinconvënient des Riparia et de quelques autres vignes américaines, qui sont de véritables lianes, et dont par coQséquont les conditions de végétation sont
320 finEFFAGE.
modifiées très profondément quand leurs pieds soot greffés en variétés d'un développement beaucoup moindre.
Monticola. — Encore une espèce décrite par Buckley et originaire des montagnes dn nord du Texas, où elle se développe également en buisson, comme la précédente, et pourrait dès lors présenter les mêmes avantages. Elle serait, dit-on, d'une très grande fertilité, produisant des grappes blanches et ambrées d'un goût exquis, et M. Elias Durand considérerait son fruit comme le meilleur de tous les raisins américains. Cette Vigne s'est montrée d'une vigueur trop modérée et sa production n'a pas été assez abondante dans les essais de culture qui en ont été faits jusqu'à présent dans notre région. C'est une expérience à poursuivre, car on ne peut guère présumer, pour le moment, le parti qu'on pourra tirer du Vitis monticola, soit comme producteur direct, soit surtout comme porte-greffe de nos cépages européens.
Mustang.— Il serait bien difficile de ne pas être frappé par l'aspect fort étrange que présentent les caractères de végétation de la Vigne connue sous le nom de Mustang, et qui la distinguent, à première vue, de toutes les autres espèces connues. Elle a été décrite par Buckley, comme espèce nouvelle, sous le nom de Vitis Mustangensis ; mais M. Elias Durand reconnut peu après que c'était la même
plante déjà dénommée Vitis candieans par Engelman, et il pensa devoir lui restituer son véritable nom.
Cette espèce habite TArkansas, ainsi que la région orientale du Nouveau- Mexique , et elle est surtout très abondante sur les bords des rivières du Texas, où on la connaît sous le nom de Mustanggrape^ qu'on pourrait traduire par Raisin de cheval ^ parce qu'en eflFet le cheval indien est appelé Mustang dans toute cette région. C'est une grande et robuste liane, longuement sarmenteuse, grimpant jusqu'au haut des plus grands arbres, où elle s'étend sur leur cime, en les faisant souvent périr ainsi sous ses envahissantes étreintes.
Dans le cas où l'on ne puisse pas l'utiliser pour les vignobles, cette espèce restera certainement comme plante ornementale, par ses belles feuilles cordiformes, le plus souvent entières, mais quelquefois lobées, presque pas dentées, d'un vert très foncé et luisant à la surface supérieure, qui est légèrement verruqueuse, tandis que ces mômes feuilles sont recouvertes au-dessus d'un duvet blanc et très épais. Le bois jeune est également enveloppé d'un feutrage blanchâtre et serré, tandis que le bois plus nourri s'en dépouille peu à peu, montrant alors une écorce luisante, d'une belle teinte violet foncé qui devient souvent presque entièrement noire.
Le Mustang produit, à l'état sauvage et par grande quantité , • de petites grappes de couleur noire ,
rouge ou blanche, selon les variétés, et sa fertilité est telle, que M. Elias Durand rapporte avoir obtenu d'un seul pied l'énorme quantité do 245 litres d'un vin probablement médiocre, car il ne paraissait pas l'estimer beaucoup. Pourtant, le Rapport sur l'Exposition Pomologique du Texas, qui s'est tenue àHouston en juillet 1879, indique le vin du Mustang, quand toutefois on le fabrique convenablement, comme valant les vins ordinaires de tous les autres pays. De plus, cette espèce de Vigne est tellement abondante à l'état sauvage, que M, N.-C. Williams estimait en 1857, dans son Rapport au Patent Office, peut-être avec un peu d'exagération, que si tous les raisins qu'on pourrait récolter sur les plantes de cette espèce trouvées dans les forêts du Texas étaient transformés en vin, et si celui-ci était vendu à raison seulement d'une piastre par gallon, leur valeur excéderait de beaucoup celle delà récolte du coton.
Dans nos cultures, au contraire, la production des raisins sur les pieds de Mtostang est peu abondante, on pourrait même dire presque insignifiante.
De plus, ce cépage s'est montré d'un bouturage difficile, et pour cette raison il n'a pu être encore beaucoup multiplié. Si réellement on reconnaissait à cette espèce tous les avantages d'un bon portegrefife, il ifaudrait rechercher un mode de multiplication plus facile, puisqu'il est généralement reconnu que le simple bouturage ordinaire réussit trop difficilement.
Il y aurait lieu d'essayer le marcottage avec incisions longitudinales tout autour du nœud ou même avec entaille au-dessous d'un œil, comme on le pratique dans les jardins.
On pourrait aussi user des perfectionnements dans le bouturage, bien connus des multiplicateurs, en préparant préalablement le bois à bouturer par une incision annulaire ou une ligature avec un mince fil de fer au point où doit se trouver la base de la bouture. Pratiquées au mois d'août, ces diverses opérations, retenant en cet endroit la sève descendante, favortseront, comme nous Tavons déjà précédemment expliqué, la formation d'un bourrelet de tissu cellulaire qui aidera puissamment au développement des jeunes racines. On pourrait également opérer le bouturage herbacé; mais alors une serre à multiplication, spécialement destinée à cet usage, serait indispensable, et c'est là, comme on le sait, le meilleur moyen pour multiplier avec rapidité les espèces ou variétés rares dont on veut avoir un fort grand nombre d'exemplaires très promptement disponibles.
Essayé dans le Rhône, le Mustang s'est montré sensible aux gelées des hivers rigoureux ; mais là, de même que partout ailleurs, ses racines ont très bien résisté au Phylloxéra. C'est peut-être l'une des espèces qui se reproduit le plus facilement par le semis et qui convient, à ce titre, mieux peut-être que toutes les autres pour la multiplication et l'emploi
comme porte-greffe dans les arrondissements qui sont encore indemnes ou dans lesquels Tintroduction des boutures et des plants enracinés de vignes n'est pas encore autorisée. Le semis serait d'ailleurs pour cette espèce le moyen d'éluder dans la multiplication inconvénient d'un bouturage trop diflBcile.
Oporto. — Cette variété, qui est une forme particulière do Riparia, a été trouvée à Tétat indigène, de môme que le Taylor^ dans la partie des monts AUeghanys qui s'étend depuis le sud •lie l'État de New-York jusqu'à l'Alabama. Cultivée en Amérique, elle y serait considérée, d'après le D' Fuller, comme l'une des meilleures pour la production du vin. Elle est encore peu propagée dans nos cultures, peut-être parce que sa multiplication par le bouturage ne se fait pas assez facilement et peut-être également parce qu'on a reconnu que ses racines étaient un peu trop attaquées par le Phylloxéra. Od se plaint aussi que cette variété, d'ailleurs vigoureuse, est sujette à l'Anthracnose et que ses feuilles se grillent souvent pendant l'été.
VOporto prospère très bien, dit-on, dans les terrains granitiques et schisteux, ainsi que dans les terrains ferrugineux et perméables, mais il dépérit promptement dans les terrains compactes et argileux, ce qui est d'ailleurs le caractère général delà plupart des cépages qui composent le groupe auquel
AUTRES P0HTE-GRBFFE8. 325
appartient celui-ci. Dans le Var, M. Ganzin paraît ravoir en haute estime ; mais M. Piola, de la Gironde, en est moins satisfait dans ses terrains d'aïluvion.
Rentz. — On pense généralement que ce cépage est issu des Lahrusca^ mais, quoique cela, on l'indique comme résistant assez bien au Phylloxéra. C'est une variété vigoureuse portant des grappes assez volumineuses, dont les grains généralement serrés sont assez gros, sphériques et noirs. Ce cépage produit UD vin trop foxé pour espérer pouvoir Tuliliser comme producteur direct, mais quelques viticulteurs qui l'ont déjà essayé comme portegreffe s'en montrent jusqu'à présent assez satisfaits et se proposent de continuer à en faire Texpérience.
Scuppernong. — Cette variété se trouvait déjà en Europe, il y a trente et même quarante ans de cela, dans quelques-unes des anciennes collections de vignes d'où elle avait â peu près disparu, quand M. Le Hardy de Beaulieu, d'Augusla (Géorgie), qui lavait en grande estime et qui désirait l'introduire dans nos cultures, en apporta d'Amérique, au printemps de 1874, un certain nombre de plants enracinés qu'il distribua généreusement un peu partout dans le Midi. Ces plants provenaient des pépinières de son ami M. Berckmans, le célèbre pépiniériste d'Augasta qui déjà, quelques années auparavant, en avait envoyé, non moins généreusement, un certain
nombre de pieds à plusieurs viticulteurs ou ampélographes, et entre autres à M. Laliman et à M. Pulliat.
Le Souppernong appartient, de même que le Flowers, le Mish, le Richmond, le Tenderpulp et le Thomas, à l'espèce décrite d'abord par Linné sous le nom de Vitis vulpina, et ensuite par Andréas Michaux sous celui de Vitis rotundifoUa . Cette Vigne se développe à Tétat sauvage dans les bois humides et le long des cours d'eau de la partie sud des États-Unis. Elle y est également cultivée en très grandes formes, à peu près sans aucune taille et palissée sur d'immenses charpentes, où elle se développe rapidement en couvrant de vastes étendues. Un seul pied produit ainsi jusqu'à 8 hectolitres de raisins, et la production en vin s'élève quelquefois à 200 ou 250 hectolitres à l'hectare. On considère généralement ce curieux cépage, de même que toutes les autres variétés appartenant à la même espèce, comme assez résistant au Phylloxéra et comme n'étant pas sujet à l'Anthracnose ni même auMildew.
Dans nos cultures, le Scuppernong, essayé sur beaucoup de points, ne s'est pas développé partout également et souvent même n'a pas tardé à dépérir. Quelques pieds plantés en 1874 à Las-Sorres, ainsi que chez M. Alfred Bouscaren, où ils ont été toujours livrés à eux-mêmes sans être assujettis à aucune taille, forment aujourd'hui d'assez grands
buissons, qui produisent depuis trois ou quatre ans quelques grappillons insignifiants.
Ce cépage ne reprend pas de bouture, et il n'est guère probable qu'il devianne jamais un producteur direct pour nos vignobles ; il n'y a guère à espérer non plus, d'après les essais qui en ont été déjà faits autant en Amérique qu'en Europe, qu'il puisse être utilisé pour servir de porte-greffe.
Mais comme les variétés du Vitis rotundifolia soQt très estimées dans toute la partie méridionale des États-Unis, et que leur réputation est parvenue jusqu'à nous, il était bon, à titre de curiosité tout au moins, de dire quelques mots de cette espèce de Vigne qui paraît si différente de toutes les autres et qui présente des caractères spéciaux sufiBsamment tranchés pour qu'on puisse à la rigueur constituer pour elle un Genre séparé.
Il ne faudrait pas confondre avec ce cépage américain deux variétés de Vigne excessivement vigoureuses qui ont été propagées, il y a plus de vingtcinq ans, sous les noms de Scnppernong blanc et de Scuppemong noir, par M. Tourrès, de Macheteaux, près Tonneins (Lot-et-Garonne). Elles paraissent être des hybrides produisant d'énormes grappes à gros grains et n'ont aucune ressemblance avec la véritable Yitis rotundifolia et ses dérivés.
Tokalon. — Je ne connais pas encore suffisamment cette variété de Labrusca^ qu'on dit résis*
tante et qui a été confondue d'abord avec le Catawbaj dont elle diflPère pourtant par la couleur presque noire de ses grappes. Elle est connue aussi en Amérique sous les noms de Carier, de Spofford^seedling et de Wyman, mais encore peu répandue dans les cultures de T Ancien-Monde. M. Laliman la possède dans sa collection, et il sera intéressant de l'essayer, car si, contrairement à la plupart des variétés de son espèce, elle se montre réellement résistante, comme on l'assure, ce serait peut-être une nouvelle et précieuse acquisition pour nos contrées méridionales, au même titre que VYork's Madeira.
Wilder. — • C'est un hybride de Rogers portant le n° 4 , et connu aussi sous le nom de Wilder grape, dont les fruits noirs et assez volumineux sont estimés aux États*Unis comme raisins de table. Dans les collections, où elle se trouve encore peu répandue, cette variété a fourni généralement une végétation assez vigoureuse, mais on se plaint que parfois sa résistance au Phylloxéra ne serait pas suffisante, comme c'est d'ailleurs le cas pour la plupart des hybrides de Rogers ; aussi n'espère t-on guère que sa culture prenne jamais une grande extension.
La plupart des cépages qui viennent d'être décrits très sommairement sont encore à l'étude, et il convient de continuer à les expérimenter avant de se prononcer d'une manière définitive sur leur valeur
AUTRES PORTE-GREFFBS. 329
réelle comme porte-greflTes de nos variétés européennes.
Il y a ensuite un certain nombre d'autres espèces de vignes de tous les pays qui commencent à figurer dans quelques collections et qu'on pourra essayer aosa, quoique quelques-unes^ autant qu'on puisse en joger jusqu'à présent, ne paraissent pas réunir les conditions requises pour être utilisées dans nos vignobles. Ce sont les Vitis adnata^ Amurensis^ bitemata^ bryonixfolia^ canescens^ Caribxa^ fici^ folia, fiexuosa^ heterophylla, inconstcms, Indica^ ianato, latifoUa^ parvifolia^ rugosa^ Sieboldii^ sylmtris, Thumbergii, tomentosa, etc. , etc , ainsi que les espèces de vignes épineuses dont on a cru devoir faire le genre SpinovUis. Cette liste, même en y ajoutant toutes les espèces déjà citées ou décrites précédemment, ne comprendrait encore qu'unefaible partiedes vignes existantes, puisqu'on compte aujourd'hui plus de 250 espèces dans le genre Vitis. Leur nomenclature, par conséquent de beaucoup incomplète, est bien faite néanmoins pour tenter la sagadté des amateurs qui voudront essayer ces nombreuses espèces et d'autres encore, aân d'examiner si parmi elles il ne se trouverait pas quelque portegreffe méritant dont l'aptitude puisse être utilisée dans nos vignobles avec quelque avantage.
Sahut, 3« édit. 22
Ceux de mes lecteurs qui ont bien voulu me suivre dans Télude des diverses questions se raltachant au greffage des vignes ont pu se rendre compte des difficultés que soulève cette importante opération et apprécier les conditions dans lesquelles elle va s'effectuer maintenant.
Je ne sais si j'aurai réussi à me faire comprendre, mais j'ai cru devoir entrer dans des développements qu'on aura peut-être trouvés un peu longs, pour expliquer le mécanisme de l'opération du greffage par T étude physiologique de chacune de ses parties, en m 'appuyant, pour me rendre plus intelligible, sur des exemples tirés des expériences les plus connues, et qui ont été faites par tout le monde sur un grand nombre d'arbres ou déplantes. Ce n'était donc pas de la théorie pure, comme on pourrait le croire, encore moins des hypothèses hasardées, car toutes les règles qui ont été déduites de cette étude, et dont il conviendra de tenir compte pour ne pas s'exposer à faire fausse route, loin d'être du domaine de la fantaisie, sont toutes basées au contraire sur des faits acquis, sur des
I PRÉLIMINAIRES DU aREE'PAGÊ. 331
observations très souvent répétées et sur des expériences pratiquement faites un peu partout dans les vignobles, les pépinières et les jardins.
Le terrain étant ainsi déblayé et notre voie étant à peu près tracée, il conviendra maintenant d'entrer dans le vif de la question en examinant succès* sivement Topération du greffage par elle-même, ainsi que tous les détails accessoires qui s'y rattachent. Nous étudierons d'abord attentivement com^* ment il faudra choisir les greffons, quelle est répoque à laquelle on doit les couper et quelle est aassi la meilleure manière de les conserver en bon état. Nous examinerons ensuite la saison la plus convenable pour feire l'opération, les meilleurs modes de greffage à employer, Tâge des sujets portegrefles, la hauteur ou la profondeur à laquelle doit être placé le greffon, les meilleurs systèmes de ligatures et d'engluements, le buttage et le piquettage des plants greffés, la suppression des racines au bas du greffon, le pincement des rameaux de ce dernier et les soins spéciaux qu'il réclamera au fur et à mesure de son développement. Il faudra rechercher de plus les moyens d'éviter la différence de diamètre entre le sujet et le greffon, d'obtenir la réduction du bourrelet trop développé et le rajeunissement des porte-greffes trop âgés, d'opérer le déchaussage pour la fumure ainsi que le greffage sur bouture ou sur plant enraciné, soit en pépinière, soit dans un lieu couvert. Il faudra enQn indiquer
d'une manière générale tout ce qui se rattache encore au greffage spécial des vignes.
Les détails de ces diverses opérations étant aujourd'hui parfaitement connus de tous les viticulteurs, je crois qu'il sera inutile d'entrer dans beaucoup de développements pour en signaler les avantages et les inconvénients ; aussi me borneraije, chaque fois, à indiquer les moyens qui paraissant généralement les plus avantageux, dans Tétai actuel de la question. Je passerai donc sous sileoce la plupart des nombreux procédés préconisés un peu partout, qui peuvent avoir des avantages spéciaux dans des conditions déterminées, mais qui ne trouvent pas pratiquement leur application dans la généralité des cas. Ils ont été d'ailleurs décrits dans les ouvrages déjà cités, auxquels pourront recourir les viticulteurs qui désireront les connaître plus amplement pour les essayer dans leurs vignobles. Je me bornerai à signaler ici les procédés les plus usités, ceux qui me semblent convenir le mieux et qui ont maintenant pour eux la consécration de Texpérience acquise.
Je terminerai la partie de cette étude relative à la greffe en examinant les causes qui peuvent expliquer les échecs qui se produisent parfois dans le greffage, et en recherchant le moyen de les éviter. Ce programme est bien vaste, et il y aurait eu peutêtre quelque témérité de ma part à Taborder pour le mener à bonne fin, si je n'avais apprécié jusqu'ici
PRÉLIMINAIRES WJ GREFFAGE. 333
rextrème bienveillance de mes lecteurs, depuis que j'ai entrepris avec eux Tétude de Timportante question des vignes américaines, de leur greffago et de leur taille.
Choix des greffons. — Quoique ce ne soit pas absolument d'une importance capitale, on aurait assurément tort de prendre au hasard les rameaux devant être employés pour le greffage, si Ton tient à ce qu'ils réunissent les meilleures conditions de succès. Il faudra choisir les rameaux les mieux aoûtés, c'est-à-dire ceux dont le bois est le plus durci, soit qu'ils aient été mieux placés, soit que, s'étant développés les premiers, ils aient pu mûrir plus complètement leurs tissus organiques. On devra donc éviter de prendre des greffons sur les pieds de Vigne qui ont été trop fortement attaqués par le Mildcw, parce que leur bois ne serait pas convenablement nourri. Il vaut mieux aussi les enlever sur les vieilles souches que sur les jeunes vignes.
Les rameaux placés à l'extrémité du courson offrent généralement plus d'avantages à cet égard. On fera bien ensuite de donner la préférence parmi ceux-là aux rameaux de grosseur moyenne, et il conviendra de les couper aussi près que possible de leur point d'insertion sur le courson.
De cette façon, le greffeur aura fait provision de rameaux pour greffons dont le bois sera bien nourri, donirécorce sera parfaitement constituée, et sur-
tout dont la moelle, aussi réduite que possible,permettra d'obtenir l'adhérence avec le sujet sur une
Fi9.9. Fig.W. Fig. \0.
Fig. 9.— Coupe longitudinale montrant la moelle du sarment. Fig. 10.— Greffon pour la greffe en fente ordinaire. Fig. 11.— Coupe en biseau du greffon pour la greffe en feule.
PRÉLIIflNAIRES DU GREFFAGE. 335
surface plus grande, en augmentant ainsi les chances de succès.
Il est facile de se rendre compte, parTexamen de la figure 9 (voir pag. 334), qu'il y a tout avantage à ce que la moelle qui occupe la partie centrale d'un nœud (2, 2) jusqu'à l'autre nœud et sur toute la longueur du mérithalle soit aussi peu développée qoe possible. On pourra alors avoir plus de chance pour que Textrémité inférieure du biseau soit placée dans le plein bois B B, au lieu de se trouver dans la moelle. Il suffira pour cela d'incliner la coupe du biseau un peu à droite ou un peu à gauche, comme Vindique en D la flg. 11, au lieu de la terminer sur le milieu, selon la coupe E F, un peu défectueuse soos ce rapport, de la fig. 10. Nous verrons plus loin qu'il y a tout avantage à ce qu'il en soit ainsi.
Époque de taille des greffons.— Il est facile de comprendre qu'on doit couper les greflfons aussi tardivement que possible, mais il est essentiel pourtant de ne pas attendre Tascension de la sève. Si, ^ printemps, on coupait les greSons après Tascen- ^n de la sève, et alors par conséquent que les tissas sont gorgés de liquide, Tévaporation, qui se produirait d'autant plus activement que l'atmosphère serait plus sèche, plus chaude et plus agitée, ^qui est souvent le cas en mars et en avril, amèlierait rapidement la dessiccation, et par suite la perte du greffon.
D'une manière générale, on devi*a donc couper les rameaux destinés aux greffages printaniers avant la fin février, c'est-à-dire justement à une époque où la taille de la Vigne peut se faire encore sans danger.
Dans les contrées dont le climat très doux permettrait d'effectuer sans beaucoup d'inconvénients le greffage en automne et pendant tout l'hiver, il serait certainement préférable de ne couper les greffons qu'au moment même de les employer. II serait inutile, en effet, de rechercher un meilleur mode de conservation que celui-là, et, à la rigueur, on pourrait aussi le mettre en pratique sans trop de danger quand on greffe pendant les quelques jours qui précèdent l'ascension de la sève.
Pour ce qui concerne les greffages d'automne, on devra avoir soin, en coupant les greffons, de supprimer immédiatement leurs feuilles et de veiller plus que jamais à ce qu'ils ne se dessèchent pas.
Conservation des greffons. — Il ne suffit pas d'avoir bien choisi les greffons et de les avoir coupés à l'époque convenable, il est peut-être plus es^ sentiel encore de prendre toutes les précautions nécessaires pour les conserver en parfait état jusqu'à ce qu'ils puissent être employés.
On n'a pas toujours sous la mam les sujets devant fournir les rameaux-greffons, et il y a lieu alors de songer à se procurer ces derniers, qu'il
bat faire venir quelquefois de fort loin. Dans ce cas, il convient de les ranoasser au fur et à mesure qu'on les coupe, pour les enfermer dans un lieu frais, à Tabri des vents desséchants, et de les emballer, soit en caisses, soit en ballots enveloppés de paille, en ayant soin de les mousser convenablement après les avoir mouillés. Dans cet état, ils pourront supporter un voyage d'une ou de deux semaines sans souffrir aucunement. Pour les expéditions à de plus grandes distances, il faudrait employer un emballage encore mieux soigné.
Ensuite, on ne peut guère faire un choix conveoabie de greffons réunissant toutes les conditions voulues, qu'en les récoltant avant ou pendant la taille de la Vigne, tandis que le greffage du printemps se pratique plusieurs semaines, quelquefois même des mois entiers plus tardivement. De là vient la nécessité de couper les greffons assez long* temps avant qu'on doive pratiquer le greffage, et de chercher le moyen de les conserver bien vivants pendant cet espace de temps. Pour greffer dans de bonnes conditions, on sait en effet quMl est essentiel, d'une manière générale, que le sujet portegreffe ait commencé à entrer en végétation^ et il faut donc nécessairement conserver pendant assez longtemps les greffons en bon état, c'est-à-dire dans les mêmes conditions où ils se trouvaient quand ils ont été coupés. Pour obtenir ce résultat, il faut placer les rameaux-greffons à l'abri du con-
tact de Tair et dans des conditions où ils ne soient pas exposés à Tinfluence de la température ambiante, qui, en s'élevant dans le jour, pourrait exciter le gonflement des yeux ou bourres. Pour réussir à les conserver ainsi, on les enferme dans des magasins et on les enfouit dans du sable ni trop sec ni trop humide, de façon à ce qu'ils en soient entièrement recouverts, avec une épaisseur suflBsante pour former un écran efficace qui empèdiera la chaleur et Tair sec de pénétrer jusqu'à eux.
Cette sorte de stratification des rameaux-greffons ne saurait être opérée avec trop de soin, parce que souvent les insuccès dans le greffage n'ont d*autre cause que Pinsuffisance du mode employé pour conserver les greffons. Il convient d'empaqueter les rameaux-greffons par bottes ou paquets peu volumineux de 25, 50 ou 100 tout au plus, de les attacher par le bas seulement et de les placer debout à côté les uns des autres, afin que, de cette fa« çon, le sable jeté par-dessus le tout puisse ainsi remplir tous les vides. Quand on a de très grandes quantités de greffons à conserver, il convient alors de creuser dans le sol une tranchée étroite, d'une longueur proportionnée et d'une profondeur suffisante pour que les paquets soient recouverts d'une épaisseur de 30 à 50 centim. de sable. Étant enfoncés en terre, ils n'en seront que mieux préservés de l'influence de la température extérieure, surtout si cette tranchée est faite à l'intérieur d'un magasin.
Si au contraire on était obligé de faire la tranchée à Textérieur, il faudrait alors choisir un emplacement exposé au Nord et situé au pied de nciurs élevés; il faudrait aussi creuser la fosse plus profondément, de manière à ce que les paquets soient recouverts de deux couches superposées de sable et de terre d'une épaisseur totale de 60 à 75 cent. Oserait alors utile de disposer les terres du déblai de façon à ce que la pluie ne pénètre pas dans la fosse ; on pourrait encore recouvrir le tout avec des gerbes de paille ou des herbes de marais formant une sorte de toiture qui constituerait un supplément d'abri contre la pluie, la chaleur et lèvent.
Dans tous les cas, il conviendra de ne découvrir la fosse, pour retirer les paquets, qu'au fur et à mesure de leur emploi, en remettant immédiatement toutes choses dans le même état, c'est-à-dire qu'on devra se borner à prendre chaque matin les greffons seulement qu'on pourra employer dans la journée. On les tiendra ensuite dans l'eau en attendant que le greffeur en fasse usage, ou tout au moins on les enveloppera d'un linge humide pendant qu'on les transportera de la fosse sur le chantier du greffage.
En résumé, les greffons se conserveront d'autant mieux qu'on aura réussi le plus complètement à les soustraire à l'influence de l'atmosphère ambiante, qui pourrait, selon le degré de chaleur ou d'humidité dans lequel ils seraient placés, les faire dessé-
cher ou bien laisser évoluer leurs bourgeons, en les rendant ainsi, dans chaque cas, absolument impropres à être utilisés.
Époque du greffage. — Il est d'usage de greffer les vignes au printemps dès que commence à se manifester Tascension de la sève, c'est-à-dire, pour le Midi, vers la première quinzaine de mars. On continue ensuite pendant les mois d'avril et de mai et quelquefois même jusques en juin, avec des chances diverses , subordonnées aux influences qu'exercent sur la bonne reprise le retour du froiJ arrêtant la végétation, la persistance du vent trop sec desséchant les greffons, et surtout les pluies trop prolongées, qui nuisent à la soudure en laissant pénétrer Teau pendant trop longtemps entre le sujet et le greffon. C'est ce qui explique les résultats fort capricieux de l'opération du greffage, qui réussit mieux, selon les années, tantôt quand elle est effectuée de bonne heure, tantôt au contraire quand on la pratique tardivement.
Pour la bonne règle, on fera bien de commencer à greffer aussitôt que possible, c'est-à-dire dès que le sujet commencera à être en sève. Cette époque est variable selon les années, et elle est nécessairement plus tardive de quinze jours ou même d'un mois, par rapport à notre région méditerranéenne, selon que l'on s'avance vers le centre ou le nord de la France.
Dans les contrées où les hivers sont généralement doux et peu humides, les greffages d'automne en fente ou à l'anglaise s'effectuent néanmoins avec quelque succès. En septembre, on opère dans de bonnes conditions de reprise, et la soudure se fait presque toujours aussi bien qu'au printemps. Le greffon reste à l'état dormant pendant tout l'hiver et se développe ensuite au printemps suivant, comme s'il faisait déjà partie intégrante du sujet.
II sera consacré d'ailleurs un peu plus loin un chapitre spécial àu greffage d'automne tel qu'on le pratique surtout dans les vignobles de Tarrondissement de Béziers, ainsi que dans l'Aude, et un autre chapitre au greffage d'été, nouvellement usité à Cadillac (Gironde).
Il faudra maintenant entrer résolument dans la partie éminemment pratique de la question du greffage, en décrivant successivement les principaux procédés à mettre en usage pour effectuer dans les meilleures conditions possibles les diverses parties, essentielles ou accessoires, de cette opération. Pratiquement, le greffage, très compliqué en apparence, est, par le fait, beaucoup plus simple en
réalité qu'on ne le croit généralement. On devra réussir toujours d'une manière à peu près complète, si l'on a pris toutes les précautions nécessaires que Texpérience maintenant acquise indique en pareil cas, et qui sont d'ailleurs recommandées par tous ceux qui se sont occupés sérieusement de la question du greffage. C'est ce qu'il conviendra d'examiner dans les chapitres qui vont suivre, et qui compléteront ce que nous avions à dire sur la partie relative au greffage.
Longueur des greffons. — La longueur des greffons, sans être absolument facultative, peut varier néanmoins, quoique pourtant dans des limites déterminées. Généralement on laisse deux yeux ou bourres (V. 0 E, fig. 10, pag. 334), quelquefois trois et rarement davantage. La longueur du greffon est donc subordonnée à celle des mérithalles ou entrenœuds, qui peut varier beaucoup selon les variétés ou même selon les plants sur lesquels on aura choisi les greffons. Il est facile de comprendre que, plus le greffon sera long, plus aussi il sera exposé à se dessécher et aura de peine à se conserver en bon état, sans compter qu'il sera beaucoup plus eu danger d'être ébranlé.
On désire généralement donner au greffon une longueur suffisante pour qu'il puisse plus tard constituer lui-même la tige du sujet ; mais cette considération, qui a son importance, ne saurait suffire en
OPÉRATION DU GRBFFAGE. 343
présence des dangers qu'elle entraîne, et je crois qu'on fera bien, d'une manière générale, de se bor* ner à laisser au greffon deux yeux ou bourres seulement, à moins que le bois noué trop court ne permette de laisser un œil de plus.
Le biseau devra être taillé immédiatement audessous de l'œil inférieur, soit en A de la âg. 1 1 (V. pag. 334). Ensuite il y aura tout avantage à diriger le biseau un peu de côté, comme l'indique en D la même âg. il, afin que son extrémité inférieure soit encore dans le plein du bois B B de la fig. 9 (V. pag. 334), au lieu de se trouver dans la moelle du cœur du sarment.
On devra se servir d'un instrument bien tranchanl, soit un couteau ou une serpette, ou bien un greffoir (V. fig. 12, 13 et 14, pag. 344).
L'extrémité supérieure du greffon devra être coupée en C, soit à un ou deux centimètres environ au-dessus de l'œil 0 de la fig. 10, pag. 334. Il y aurait inconvénient, en coupant trop ras, soit entre CetO, d'éventer cet œil 0, qui ne se développerait pas du tout. Il y aurait aussi inconvénient à laisser une plus grande longueur en coupant trop haut au-dessus de cet œil, car on allongerait inutilement le greffon, en augmentant ainsi la difficulté de le conserver en bon état de fraîcheur. De plus, la coupe serait faite alors dans la partie du mériihalledonlla moelle est très abondante, comme par exemple en 3, 3 de la fig. 9, et cette moelle,
en se desséchant, laisserait un vide qui recevrait Teau de la pluie ou qui ferait pénétrer Tair jusqu'à
Fig. 12. Fig. 13. Fig. 14.
pig^ t2.— Serpette à greflfer.— Fig. 13. — Serpette de M. Comy. Fig, 14. — Ck)uteau à greffer.
Tœil H de la flg. 9, exposant ainsi celui-ci à pourrir ou à se dessécher.
Pourtant on coupe souvent la partie supérieure
du greffon dans le nœud immédiatement supérieur
à l'œil conservé, c'est-à-dire selon 2, 2 de la flg. 9,
comme il est bon de le faire dans la taille de chaque
^ courson de la Vigne. On évite dans ce cas les incon-
vénients signalés ci-dessus, mais le greffon est ainsi allongé presque de la longueur d'un méri- Ihalle, ce qui peut lui donner, suivant les cépages, ooe hauteur parfois trop démesurée.
Dans les pépinières, quand on opère la greffe en fente des arbres fruitiers ou d'ornement, on a le soin de mastiquer la coupe G (fig. 10) de l'extrémité dtt greffon, quoique même celui- ci soit en bois plein, afin d'empêcher l'évaporation qui se produirait par cette. coupe et ferait dessécher ce même greffon. Cette précaution est encore plus utile quand le bois du greffon est rempli de moelle, comme celui de la Vigoe. Je n'hésite pas à la recommander, d'autant plus qu'elle entraîne une dépense véritablement insignifiante. Un homme ou une femme ou même un enfant au besoin, avec un ou deux pots de mastic Lhomme Lefort, d'une valeur de 1 fr. chacun, pourra suffire à mastiquer en une journée l'extrémité de plusieurs milliers de greffons.
Cette précaution aura surtout son utilité quand Tatmosphère restera sèche ; elle sera on ne peut plus nécessaire quand les greffons, étant coupés après r ascension de la sève ou bien quand on ne les aura pas empêchés d'entrer en végétation en négligeant les précautions nécessaires pour leur conservation, seront par cela même beaucoup plus exposés à se dessécher et à perdre leur vitalité. Elle aidera dans chaque cas à conserver plus longtemps le greffon dans le même état où il aura été employé,
SàHDT, 3« édit. 23
en contribuant, de concert avec le buttage, à le soustraire à Tinfluence de Tatmosphère ambiante, quand surtout le vent du nord soufflera avec violence, ce qui est souvent le cas au printemps, à l'époque justement où se pratique le greffage.
Mode de greffage. — Parmi Tinnombrable quantité de systèmes connus ou inventés récemment pour greffer la Vigne, il en est de fort ingénieux, et rimagination des inventeurs s'est exercée, depuis quelque temps, à trouver de nouveaux et nombreux modes de greffage qui ne sont, pour la plupart, que des modifications ou des perfectionnements apportés aux systèmes anciens, déjà pratiqués depuis longtemps. Parmi eux, la pratique n'en a guère conservé que deux, qui sont aujourd'hui bien connus et appréciés par tous les viticulteurs : ce sont la greffe en fente ordinaire (voir flg. 6, pag. 182), et la greffe en fente anglaise, qui ont maintenant fait leurs preuves en donnant partout les meilleurs résultats. Je crois donc qu'on fera bien de s'en tenir à celles-là, au moins pour le moment et en attendant mieux. Pour simplifier, nous les désignerons sous les noms plus courts de greffe en fente et de greffe anglaise, qui les indiqueront suffisamment, tout en éviUint de les confondre l'un par Tautre.
On fera bien pourtant d'essayer la greffe de Cadillac, dont la description sera faite un peu plus loin; elle me paraît en effet, sous plusieurs rapportSi
OPÉRATION DU GHEFFA6B. 347
présenter des avantages spéciaux qui ne sont pas à dédaigner.
La greffe anglaise et la greffe en fente étant suffisamment connues aujourd'hui par tout le monde, je crois qu'il serait superflu d'en faire ici la description et qu'il suffira de signaler les avantages et les inconvénients de l'une et de l'autre. Elles ont été, d'ailleurs, décrites et figurées avec soin dans la plupart des ouvrages de Viticulture que j'ai déjà cités, et particulièrement dans la toute petite brochure intitulée : Résumé des leçons pratiques sur \6 greffage des vignes américaines, publiée en 1880 et distribuée un peu partout par les soins de la Société centrale d'Agriculture de l'Hérault.
Greffe anglaise. — La greffe anglaise ( voir fig. 15, pag, 348) fournissant une surface d'adhérence DE beaucoup plus grande que la greffe en fente, lasoudure, grâce à elle, s'opérera donc sur une étendue plus considérable, et ce seul fait constitue déjà pour ce système de greffage une supériorité marquée sur la greffe en fente ordinaire. Ensuite, et toujours grâce à la greffe anglaise, toutes les parties du bois mises à nu par la coupe et les entailles seront entièrement recouvertes ; leur juxtaposition en DE (fig. 15) sera complète puisque le sujets H et le greffon LG auront été choisis de même dimension. Il sera donc facile de comprendre tout l'avantage qui en résultera : il n'y aura pas de partie
restant à découvert, et, les écorcesen contact se soudant bientôt sur toute leur longueur, Touverture des plaies sera promptement cicatrisée et fennée.
Fin. 15. — Greffe anglaise.
Par la greffe en fente ordinaire, le tronc du sujet fendu par le milieu aura toujours au contraire une
partie importante de son bois mise à nu, que le grefifon ne recouvrira pas absolument ; il laissera subsister ainsi une plaie souvent profonde, qui demeurera plus ou moins longtemps avant que de se refermer complètement, et qui sera bientôt envahie par des corps étrangers qui empêcheront môme la cicatrisation de s'opérer d'une manière satisfaisante. De là souvent des greffes en apparence vigoureuses, mais qui sont en réalité mal conformées, peu saines et ne se trouvant pas dans de bonnes conditions de durée.
La greffe anglaise offre donc certainement des avantages considérables sur la greffe en fente ordinaire ; et pour les sujets à faible diamètre, c'est-àdire toutes les fois qu'il sera possible de faire usage de ce système de greffage, on fera bien de Tadopter de préférence à l'autre.
On sait que, pour pratiquer la greffe anglaise, il est essentiel que le sujet et le greffon soient d'un diamètre aussi égal que possible, ce qui implique Tutilité d'avoir dans un caisson portatif 3 ou 4 compartiments à greffons, où ceux-ci auront été classés préalablement selon leur diamètre respectif. Le greffeur tant soit peu exercé, mis en présence du sujet à greffer, aura bien vite reconnu quel est le calibre qu'il lui faut prendre et sera bien rarement obligé d'essayer une seconde fois.
On comprend facilement que dans la greffe anglaise, pour obtenir une surface d'adhérence aussi
grande que possible, il est nécessaire de refendre le biseau du sujet H B et celui du greffon LG sur um longueur déterminée, soit selon M 0, afin que le: languettes insérées dans les fentes (âg. 15) soien mises en contact sur une surface raisonnable ; maif il est facile de comprendre aussi qu'il y a inconvénient d'exagérer cette longueur, car alors les languettes seraient trop amincies.
Un centimètre ou même un demi-centimètre suffiront pour fixer solidement les deux biseaux en contact. Sous ce rapport, la fente indiquée en MO par la flg. 1 5 est certainement trop longue, et il conviendra de la réduire aux proportions comme il vient d'être expliqué.
Il va sans dire que dans cette fig. 15 le sujet est tronqué en B et qu'il se continue jusqu'aux racines si c'est un plan enraciné, ou jusqu'à l'extrémité inférieure de la bouture si c'est un greflfe-bouture. 11 en est de même du greffon, qui est également tronqué en G et n'a pas la longueur voulue.
Ce mode de greffage paraît, à première vue, fort compliqué, et c'est la seule raison qui l'a empêché jusqu'à présent d'entrer dans la pratique d'une façon plus complète. Il est réellement moins compli"*! que et surtout moins difficile à opérer qu'on ne pourrait le croire généralement. Avec un peu d'ai' tention, un greffeur en fente ordinaire en compreo* dra rapidement le mécanisme, et, s'il s'y exerce pendant quelques instants, il ne tardera pas à l'exe*
OPftRATlOIf DU &REFFA6E. 351
cuter convenablement. J'ai vu des jeunes gens intelligents n'ayant jamais greffé, mais sachant se servir de leurs mains et ayant la bonne volonté de mettre à profit leur intelligence, qui, après quelques essais préalables, exécutaient des greffes anglaises d'une façon satisfaisante et môme avec beaucoup de précision.
On ne saurait trop insister pour faire connaître les nombreux avantages de la greffe anglaise sur la grefle en fente ordinaire et même sur la greffe en lente pleine. Ils sont tellement évidents, que tous les viticulteurs ayant à opérer sur de jeunes sujets, soit en pépinière, soit sur place, feront toujours bien de lui donner la préférence.
Greffe en fente. — La greffe en fente ordinaire (voirfig. 6, pag. 182) conviendra plus particulièrement quand on sera en présence de sujets trop gros pour pouvoir être greffés à l'anglaise. Il faudra avoir soin de ne pas fendre le sujet trop profondément, mais de le faire de manière à ce que Técorce soit entaillée proprement, au moins du côté où doit être placé le greffon (en a flg. 6, pag. 182), c'est-àdire en laissant les deux lèvres de la plaie bien nettes, au lieu de déchirer cette écorce comme on le <ait souvent mal à propos, quand on ne se sert pas delà lame delà serpette pour Tentamer.
La taille du greffon devra se faire avec un instrument bien tranchant et par des coupes uniformes
sur toute la longueur du biseau A D (voir fig. 11, pag. 334), c'est-à-dire qu'il ne faut pas faire une échancrure quand on pose Pinstrument, mais opérer au contraire une coupe bien unie. Le biseau, assez allongé, sera aminci autant que possible vers son extrémité inférieure ; il sera préférable de diriger rinstrumenl un peu de côté, de manière à ce que cette extrémité D se trouve dans le bois et non dans la moelle. La coupe de la âg. 11, pag. 334 , convieot sous ce rapport beaucoup mieux que celle de la fig. 7, pag. 182, et de la fig. 10, pag. 334.
En prenant cette double précaution, la fente sera remplie autant que possible, et on en comprendra facilement l'avantage : quand on mastiquera, l'argile ne pourra pas pénétrer par ce côté de la fente, dont les deux parois se souderont alors très intimement au greffon ou entre elles, sur toute leur longueur. De cette manière, la fente sera fermée complètement; la soudure s'opérera alors en très peu de temps et dans les meilleures conditions possibles.
Il y a là, pour la grefife, une condition essentielle d'abord de réussite et surtout ensuite de bonne conservation sur laquelle j'ai cru devoir insister, parce qu'il m'a paru que généralement on n'y attachait pas assez d'importance. C'est môme, à mon avis, en cela seulement que consiste la supériorité de la greffe anglaise sur la greffe en fente ordinaire, car les languettes de la greffe anglaise, quand elles sont bien appliquées l'une contre l'autre et forte-
OPÉRATION DU GREFPAGB. 353
meoi assujetties, ne laissent alors aucun vide entre elles, et la soudure des lèvres des deux plaies correspondantes s'efifectue sur la totalité de leur longueur, ce qui ne saurait avoir lieu au même degré daos la greffe en fente ordinaire.
Quand on opérera sur des sujets très gros, il sera préférable de ne pratiquer la fente que d'un côté, comme l'indique la coupe b de la figure 6 (voir pag. 182). Un ciseau est alors nécessaire pour faire la fente et pour aider ensuite à insérer le greffon ; celui-ci sera maintenu et serré fortement par les deuxparties momentanément écartées et qui, livrées àelles-mémes, tendront à se rapprocher avec force.
Greffe en fente pleine. — Celle-ci ne peut se faire que sur de jeunes sujets et avec des greffons d'uQ diamètre à peu près égal (voir fig. 16). Quand elle est faite avec beaucoup de soin, quand surtout la feote pratiquée avec précaution n'est pas plus profonde qu'il ne faut et que le greffon est taillé CQ biseaux assez longs pour la bien remplir, il est évident qu'elle offre presque tous les avantages de la greffe anglaise. Mais c'est là le côté dangereux de cette greffe, parce que la plupart des opérateurs exagèrent beaucoup trop la longueur de la fente, et il existe alors un vide au-dessous du greffon ; c'est alors que se présentera le danger signalé plus l^ul pour la greffe en fente sur de gros sujets. Aussi cette greffe, pour être réellement bien faite
354 GRBFFAGB.
avec tous les soins voulus, présente-t-elle autant de difBculté que la greffe anglaise, à laquelle on fera toujours mieux de donner la préférence.
Dans chacune de ces deux manières de greffer, il est essentiel de faire commencer le biseau immédiatement au-dessous d'un oeil, soit en Afig. 1 1 (voir pag. 334) ou bien en A et en H de la fig. 15 (voir pag. 348), en ayant soin toutefois de bien ménager celui-ci. Il faut aussi que cet œil, dans la greffe en fente ordinaire , soit placé extérieurement, et non point du côté du centre du sujet, comme je l'ai vu quelquefois pratiquer à tort, ce qui, à mon avis, est une mauvaise manière d*opéreretsouvent une cause d'insuccès. Enfin, dans Tun comme dans l'autre cas, il faut veiller également à ce que, au moins d'un côté, les écorces du sujet et du greffon soient placées au même niveau et se correspondent sur toute la longueur de leur juxtaposition.
Je pense qu'il serait inutile de donner de plus amples explications, car l'opération du greffage dans chacune de ces principales manières de la pratiquer est tellement connue aujourd'hui par tous nos viti-
Fig. 16. — Greffe en fente pleine.
éditeurs, elle a été d'ailleurs décrite avec figures dans UD si grand nombre d'ouvrages spéciaux, qu'il serait superfiu d'insister ici plus longuement.
Age des sujets. — L'expérience a démontré que, dans les greffages exécutés en plein champ, il est toujours plus avantageux d'opérer sur des sujets plus âgés. On pourra presque toujours grefifer à raoglaise ou en fente pleine après la première et souvent même après la deuxième année de plantation, car alors il est facile de trouver des greffons d'un diamètre égal à celui des sujets.
Mais il peut ne pas en être de même si, pour une cause quelconque, les sujets sont déjà trop forts la deuxième année ou qu'on ait attendu la troisième année après la plantation, quelquefois même beaucoup plus tardivement encore, pour transformer une plantation par le greffage. Les sujets auront alors on diamètre trop grand pour être greffés à l'anglaise ou à la greffe en fente pleine, et il faudra avoir recours à la greffe en fente ordinaire. Mais, dans ce cas, la réussite et surtout la bonne conservation de la greffe sur sujet américain ne seront pas aussi assurées ; elles le seront d'autant moins que le sujet sera plus âgé et surtout qu'il appartiendra à une espèce s'écartant beaucoup plus, comme afSnité spéciale, de celle qui a été choisie pour greffon.
C'est ce qui explique comment autrefois on réus> sissait très bien le greffage sur les souches sauvent
356 GRBFPAGE.
très vieilles de nos vignes européennes, celui par exemple d^Aramon sur Terrety tandis que, de nos jours, le greffage sur Riparia réussit de plus en plus difiBcilement selon qu'on opère sur des sujets de plus en plus âgés. D'après ce même principe, on devrait réussir plus facilement en greffant sur vieux pieds de Jacquez que sur Riparia d'âge égal. C'est justement ce que Texpérience démontre surabondamment dans la pratique de ce greffage. Le Jacquez^ en effet, étant un hybride dont l'un des parents est européen» il y aura alors une affinité beaucoup plus grande entre le sujet et le greffon européen, qu'il ne saurait y en avoir en greffant celui-ci sur le Riparia^ dont la parenté sera, dans ce cas, beaucoup plus éloignée.
A quelle profondeur doit-on greffer? — Autrefois, dans nos anciens vignobles, il s'agissait souvent de transformer par le greffage Tune de nos variétés de vigne européenne en une autre variété plus avantageuse. Ainsi, on voulait quelquefois par exemple transformer en Aramon un vignoble déjà transplanté en Terret. On greffait alors aussi bas que possible, parce qu'il y avait moins d'inconvénient qu'aujourd'hui à ce que le greffon s'affranchisse en émettant des racines au-dessus du point de soudure. Il y avait môme avantage parce que souvent la souche sur laquelle on greffait n'était pas saine et ne durait pas longtemps. Le greffon
aTait néaDmoiDs profité du reste de sève qu'avait pu lui envoyer le sujet, et les racines qu'il avait émises lui-même avaient contribué pour leur part à son développement plus rapide.
Dans tous les cas, il convient de déchausser préalablement le jeune plant qu'on va greffer sur place (voir fig. 17), et nettoyer le tronc avec la main pour
Fig. 17.— Jeune plant de vigne déchaussé pour être greflfé.
le débarrasser de la terre qui pourrait y rester adhérente.
Le système de greffage au-dessous du niveau du sol (voir fig. 6, pag. 182), bien loin d'être nouveau, était au contraire fort connu des anciens et usité par eux depuis un temps immémorial ; on le trouve déjà indiqué, en effet, par Kutsami, auteur nabathéen très estimé des Arabes au temps de leur splendeur, dont les écrits en langue chaldéenne, traduits d'abord en arabe, l'ont été ensuite en castillan vers le com-
mencement de ce siècle, et sont ainsi parvenus jusqu'à nous.
Maintenant qu'il s'agit de faire développer le greffon sur des racines résistantes au Phylloxéra, il est essentiel, au contraire, d'éviter l'affranchissement du greffon, en l'empêchant d'émettre des racines qui affaibliraient le sujet et seraient d'aillenrs bientôt dévorées elles-mêmes par le puceron.
Non seulement il n'y a donc plus nécessité de greffer profondément, mais il y a, comme on le voit, inconvénient à le faire, et il serait essentiel, aujour* d'hui, de greffer aussi haut que possible, pour éviter le danger qui vient d'être signalé. Maïs ici d'autrfô inconvénients apparaissent: si Ton greffe trop haut, le buttage devient plus difficile, et, en cas de sécheresse, Targile employée pour engluement serait exposée à se fendiller en se desséchant et à compromettre ainsi la bonne conservation du greffon. On devra donc, adoptant un terme moyen qui évite les inconvénients extrêmes, opérer le greffage, soit en fente ordinaire, soit en fente pleine, soit surtout à l'anglaise, à peu près au niveau du sol, plutôt un peu au-dessus qu'au-dessous de ce niveau. De cette manière, l'opération du buttage pourra se faire presque aussi facilement, et après la première année, la base du greffon se trouvant alors à Tair libre, il n'y aura plus à craindre qu'il ne s'y développe de nouvelles racines.
Dans les deux chapitres précédents, nous avons examiné attentivement l'opération du greffage par elle-même : ainsi que les diverses précautions préliminaires qu'il est utile de prendre pour l'effectuer .dans les meilleures conditions possibles. Il convient maintenant de décrire les principaux détails accessoires qui contribuent, chacun pour leur part, à assurer la réussite de l'opération, et par conséquent le bon développement des greffons ainsi que leur conservation en parfait état de végétation. Nous allons, par la suite, les énumérer successivement et d'une . manière aussi brève que possible, nous bornant chaque fois à indiquer le moyen le plus avantageux, tel qu'il résulte de l'expérience qui en a été faite pendant ces dernières années.
ligatures.— Toutes les ligatures sont bonnes quand elles réunissent la condition de maintenir solidement appliquées les unes contre les autres les surfaces de bois mises à nu par Tinstrument, sur toute rétendue desquelles doit se faire la soudure. L'essentiel, c'est que, d'une part, ces ligatures soient suffisamment durables pour attendre que la soudure soit opérée complètement, et que, d'autre
part, elles ne persistent pas trop longtemps après cela, car elles produiraient alors un étranglement qu'il faudrait éviter soigneusement en coupant les liens qui auraient persisté. Il n'est pas bon non plus qu'elles enveloppent en entier, et d'une manière continue, toute la partie greffée : elles empêcheraient absolument les nouvelles cellules en formation qui produisent la soudure, de recevoir l'influence bienfaisante des agents extérieurs, quoique cette influence, qui leur est nécessaire pour conserver leur vitalité, soit mitigée dans ses effets par l'épaisseur de Targile et de la terre du buttage.
Le raphia, le caoutchouc en bandes étroites et la ficelle sont généralement employés pour la greffe anglaise. Quant à la greffe en fente ordinaire, et surtout à la greffe en fente pleine, pratiquées sur des sujets d'un faible diamètre, la ligature doit être faite avec beaucoup de soin, afin de ne pas déplacer le greffon ; elle exige alors un lien d'une solidité plus grande que pour la greffe anglaise. Quelques viticulteurs ont essayé aussi la ligature- ressort, imaginée par M. Verdalle, et s'en sont bien trouvés; on pourra donc en faire usage, à la condition toutefois d'en avoir sous la main de plusieurs calibres suflSsamment gradués pour les diverses dimensions des sujets.
Mais si le sujet a déjà atteint une bonne force, comme il arrive généralement aux greffages sur pieds de 3 ans et au-dessus, le greffon qui maintient
ACGB880IRBS DU GRBFFAaB. 361
récartement entre les deux parties du sujet est fortement serré par celles-ci, et alors on peut rigoureusement se dispenser de ligaturer. Un viticulteur aussi intelligent que soigneux, H. Maury, assure que dans les nombreux greffages opérés par lui dans le vignoble de Laùroux, qui appartenait à feu le professeur Courty, il n'a jamais employé de ligatures et que néanmoins il s'en edt toujours parfaitement Irouvé. U y a tout lieu de penser toutefois que la ligature consolide toujours mieux le greffon ; aussi, quoique souvent elle ne soit pas absolument indispensable, il doit falloir, si on ne l'emploie pas, redoubler d'attention pour ne pas ébranler le greffon. On s'expose alors ainsi à occasionner ces accidents regrettables parce qu'ils compromettent l'avenir de la greffe, et qui malheureusement, dans la pratique, ne se produisent que trop fréquemment.
Engluements. — L'argile plastique ou terre glaise, convenablement pétrie, et à laquelle on a fait absorber une quantité d'eau suffisante pour la rendre bien malléable, est généralement employée pour recouvrir les greffes. Elle suffit le plus souvent pour les préserver contre les excès de sécheresse et d'humidité, aidée en cela par le buttage, qui l'empêche de se dessécher outre mesure et de se fendiller. Aussi ce mode d'engluement donne-t-il généralement d'excellents résultats, et c'est à peu près le seul qui soit en usage dans le Midi.
SiHDT, 3« édit. 24
Les différents mastics employés dans le greffage en plein air ne peuvent guère être utilisés pour la Vigne, parce que généralement ils n'adhèrent plus s^ussi bien et se détachent promptement quand ils sont placés en terre. J'ai fait souvent usage de Tun d'eux, le mastic Lhomme Lefort, quia l'avantage de pouvoir être employé à froid, et je le considère conime le meilleur pour le greffage en plein air des arbres et des arbustes. Je l'ai utilisé aussi, il y a quelques années, pour le greffage de quelques centaines de plants enracinés de Vigne de 2 et 3 ans, que je faisais arracher de la pépinière, greffer immédiatement et replanter tout de suite après à leur place définitive, en laissant les greffes à 10 centim. environ au-dessus du sol et sans aucun buttage, c'est-à-dire sans recouvrir aucunement la greffe de terre. J'obtins un succès à peu près complet, malgré les conditions défavorables de transplantation des sujets au moment même de leur greffage. Ce mastic n'est donc pas d'un emploi absolument impossible, comme on le croit à tort, et pourrait à la rigueur être utilisé dans les conditions qui viennent d'être indiquées; mais je crois que Ton fera bien de s'en tenir à l'argile, qui a donné et donnera encore certainement, par la suite, d'excellents résultats.
Quel que soit le mode d'engluement qu'on ait adopté, il est toujours nécessaire d'envelopper entièrement toute l'écorce de la partie du sujet et
ACGES80IRBS DU aRBFFAGB. 363
du greffon où se trouve la greffe, et de feUneir par suite toutes les fentes et les incisions. £n employant l'argile, il faut avoir soin d'éviter qu'elle glisse profondément dans la fente en s'interposant ainsi ^tre le greffon et le sujet, ou même entre les deux parties du sujet maintenues écartées par le greffon, car alors elle empêcherait la soudure de s'opérer sur toute la surface des deux plaies correspondantes.
Dans la greffe anglaise, il suffît d'une légère couche d'argile pour recouvrir les vides laissés par la ligature. On pourrait à la rigueur, dans ce cas, remplacer l'argile par une feuille de papier d'étain appliquée avant de ligaturer, ou tout autre moyen qui empocherait Teau, la terre ou Tair sec de pénétrer jusques à la partie greffée ; mais encore estil nécessaire que cette enveloppe ne persiste pas trop longtemps, afin d'éviter Tinconvénient signalé à propos des ligatures.
Piquets-tuteurs. — Je ne saurais trop engager les vignerons soigneux et désireux de bien faire, à placer un piquet-tuteur tout à côté de chaque pied de Vigne qu'ils viennent de greffer. L'opération par elle-même sera plus facile, et on sera moins exposé à ébranler le greffon et à meurtrir l'écorce du sujet, si on enfonce ce piquet dès que la greffe est opérée, ligaturée et engluée. On verra beaucoup mieux ce que l'on fait en plaçant le piquet pendant
que le pied est encore déchaussé, que si Ton atten* dait après avoir comblé et surtout après avoir opéré le buttage.
Ce piquet servira à fixer au moyen d'une ficelle, ou mieux encore d'un lien, soit en raphia, soit en «part, soit même en écorce de tilleul, le jeune rameau qui se développera sur le greffon, et qu'on fera bien d'attacher une seconde fois quand il aura atteint le sommet du piquet. Il conviendra donc que le piquet tuteur ait environ 75 céntim. ou 80 centim. de longueur totale, ce qui permettra de l'enfoncer de 20 à 25 centim. en terre et de laisser ainsi 50 ou 60 centim. au-dessus du sol.
Les piquets d*un mètre de hauteur, qu'on emploie quelquefois, peuvent servir plus longtemps en supprimant la partie mise en terre, quand elle n'est plus suffisamment saine. Toutefois leur prix beaucoup plus élevé (30 fr. le mille) ne compense pas cet avantage, et on fera bien de s'en tenir à ceux de 75 à 80 centim. de haut, qui se vendent 20 fr. le mille, et qui sont évidemment plus avantageux sous tous les rapports.
Il y a plusieurs avantages à faire usage du piquet-tuteur. Il servira surtout :
1® A marquer exactement l'emplacement du sujet greffé avant que le greffon se développe, en évitant ainsi de s'y heurter ou d'y marcher dessus.
2^ A dresser et fixer convenablement le rameaugreffon au fur et k mesure qu'il se développera, en
Tempèchant d'être secoué par tous les vents, qui, différemment, Tagiteraient en le faisant tournoyer, et pourraient le casser ou tout au moins Tébranler ; sans compter que le greffon, ballotté ainsi dans tous les sens, refoulerait la terre autour de lui, principalement après les pluies, et que l'air pénétrerait ensuite ainsi jusqu'à la greffe et môme jusqu'aux racines.
30 Â permettre aussi sans inconvénient la réduction progressive et ensuite la suppression complète de la butte au moment du réveil de la seconde végétation du greffon, c'est-à-dire au commencement de la seconde feuillaison. A ce moment, Tassimilation par le tissu cellulaire entre le sujet et le greffon sera devenue complète, et il y aura tout avantage à supprimer la butte pour que les tissus ligneux de la soudure puissent se durcir et mûrir complètement sous l'influence des agents extérieurs. Toutefois, pour le faire sans danger, il faut nécessairement qu'un piquet solide soutienne le greffon, qui serait sans cela beaucoup trop exposé à être ébranlé. Ceci s'applique au greffage à l'anglaise ; avec le greffage en fente, cette suppression de la butte ne pourrait guère se faire complètement qu'après le second hiver.
V A assurer pour toujours la bonne direction de la M«e, qui s^ trouvera ainsi tout naturellement redressée, sans qu'il soit besoin d'y revenir par la sui^j COmipe 09. Q^t souveiit obligé de le faire au
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moyen de piquets placés après coup, qui ne produisent cet effet que très imparfaitement et ont de plus le grave inconvénient de meurtrir Técorce de h plante. Si l'on n*a pas placé de piquet, on voit alors souvent le greffon, livré à lui -môme, se coucher sous le poids de ses branches ; la tige prend, dans ce cas,une mauvaise directionnel on a toujours beaucoup de peine, par la suite, à la redresser, tout en s'exposant, par cette opération, à ébranler et même à décoller le greffon à son point de soudure avec le sujet.
Ces divers avantages, ainsi que d'autres encore non moins importants, sont bien de nature à dédommager de l'accroissement de dépense, peu considérable d'ailleurs, qu'entraîne ce mode de tuteurage.
On emploie généralement pour piquets des branches de Châtaignier, soit en rondins de 8 à 1 0 centim. de circonférence, soit refendus de grosseur équivalente. On ne fera pas mal de les laisser en place l'année qui suit celle du greffage, mais on pourra les enlever sans inconvénient aucun à l'automne de cette deuxième année, c'est-à-dire environ dix-huit mois après le greffage. Les piquets, qu'ils soient de Châtaignier ou d'Acacia, de Pin ou de Cyprès, de Thuya ou de Genévrier, de Chêne ou de toute autre espèce de bois qui se conserve longtemps en terre, pourront être utilisés encore une seconde fois, surtout s'ils ont été préalablement sulfatés, comme on le
AGCBSSOIRKS DU GREFFAGE. 367
fait pour les échalas et les poteaux télégraphiques, ou tout au moins enduits d'huile pyrogénée extraite de la résine du Pin maritime et obtenue dans les usines du département des Landes.
Dans l'Ardèche, M. Ch. Froment emploie des piquels de Genévrier commun ; ils ont la réputation, dans le pays, de durer fort longtemps et d'être même presque incorruptibles.
Battage ordinaire. — Le pied de vigne étant greffé et le piquet planté tout a côté de lui, un ou-
Fig. 18. — Greffe en fente buttée.
vrler muni de l'instrument approprié (pioche ou
bècbe) remettra en place la terre du déchaussage; puis il ramassera dans rintervalle des souches une quantité de terre suffisante, qu'il émiettera aussi bien que possible et qu'il disposera avec précaution, pour former une butte conique autour du greffon, de manière à arriver jusqu'à sa partie supérieure (voir flg. 18). Cette figure s'applique seulement à la greffe en fente sur sujet déjà gros. Elle est oj^rée^ comme on le voit, un peu trop profondément; les explications déjà données rectifieront ce. que o^tte figure peut avoir d'incomplet sous ce rapport. .
Au bout de quelque temps, quand le tassement se sera produit, ce qui arrivera plus rapidement si une pluie vient à survenir, il conviendra de relever la butte telle qu'elle était, en ajoutant un peu plus de terre, afin que l'œil supérieur ou terminal du greffon se trouve placé ainsi au niveau du haut de la butte, c'est-à-dire tout juste à découvert.
La forme conique donnée à la butte a aussi pour effet d'éviter l'excès d'humidité, en formant tout autour du greffon une sorte de plan incliné servant de toiture, qui entraînera à distance la pluie surabondante, en l'éloignant de la greffe et en l'empêchant ainsi de lui être nuisible.
Cette opération, toujours très utile, on peut même dire indispensable, doit être faite avec beaucoup de précaution, afin de ne pas ébranler le greffon. Elle a pour objet d'entretenir celui-ci en bon état de fraîcheur, en le préservant de l'influence du soleil
ACCESSOIRE» DU GREFFAGE. 3fi9
et de ractioû du vent du nord, qui ppi:^rr^e(at le dessédier. Elle constitue en outre une soipte dci couver^ tore qui préserve le greffon, au moins en partie, des funestes effets produits par les variations^ trop brusques de la température.
M. Champin considère le buttage comme Irè^ important, et c'est avec beaucoup de raison qu'il BD dit autant de toutes les autres opérations essentielles ou simplement accessoires qui sont nécessairç^ pour que le greffage soit exécuté dans de bonno;) conditions. Leur ensemble constitue un tout dan;^ lequel chacune des parties est solidaire des autres, et il suffit souvent qu'un seul détail soit négligé pour que le succès soit compromis, les diverses autres opérations seraient-elles pratiquées avec la plus rare perfection.
On comprendra facilement, par tout ce qui précède, combien le buttage est également utile après la mise en pépinière ou la plantation qn place des boutures ou même des plants enracinés. Ne pouvant le former en buttes coniques, puisque les plants 3ont trop rapprochés les uns des autres, il faudra alors l'effectuer en buttes disposées comme des billoDs en lignes continues le long de la rangée des plants.
Dans chacun de ces cas, le buttage aidera, da la, môme manière, à conserver les boutures çlj Ij^ plants en bon état de fraîcheur, en attendant révolution des bourgeons ; il contribuera par conséquent
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à faciliter leur reprise en aidant puissammeot au succès de Topération.
Buttage perfectionné. — Quand le sol est bien ressuyé et suffisamment sec, ou bien quand il est sablonneux, quoique encore humide, le buttage se fait sans trop de difficulté. Il est alors presque toujours facile de ramasser autour du cep une quantité de terre bien ameublie et convenablement émiettée, pour la disposer en butte conique autour de la tige ou du greffon. Mais il n'en est malheureusement pas de même quand le sol est argileux, et surtout quand il a été détrempé par les pluies quelques jours auparavant.
Il arrive souvent que le temps est pluvieux, quelquefois même très pluvieux, à l'époque du grefifage. L'opération, si elle est déjà commencée, se trouve forcément interrompue ; mais, dès que le temps s* est remis complètement au beau et que le terrain, quoique encore mou, est suffisamment ressuyé pour pouvoir porter les ouvriers, on se hâte de commencer ou de reprendre le greffage. D'ailleurs, la saison étant favorable, et quelquefois môme pressante parce que la quantité de sujets à greffer est considérable, on ne peut attendre plus longtemps. Il y a nécessité alors à passer outre, en opéraol quand môme pour profiler des belles journées afin d'utiliser les ouvriers, et par crainte aussi que le temps ne vienne de nouveau à se déranger.
L'opération du greffage, par elle-même, s'opère daos ce cas sans aucune difiBculté ; mais il n'en est pas de même du buttage. La terre est encore molle, et l'ouvrier armé d'une pioche ou d'une bêche ne la trouve pas à la portée de sa main dans un état convenable; elle adhère souvent trop à Toatil et se présente en mottes que le vigneron aura de la peine à diviser. Néanmoins et faute de mieux, il ramassera ces mottes ramollies, pour former la botte, qu'il dressera tant bien que mal en forme conique, autour de chaque pied greffe.
n est facile de comprendre que le buttage fait dans ces conditions ne répond nullement au but qu'on s'est proposé. La terre formant la butte, composée de mottes pluâ ou moins grosses, n'adhérera pas suffisamment contre la greffe ; elle laissera de nombreux vides par où l'air et la pluie pénétreront en desséchant ou humectant outre mesure le point de soudure.
Le résultat sera à peu près le même par un printemps très sec, si l'on opère dans des terrains fortement argileux. L'outil soulèvera égalementdes mottes dures, qu'il pourra non sans peine diviser, mais difficilement pulvériser. Dans ces conditions, Tinconvénient existera au même degré, parce qu'il sera difficile de disposer convenablement la terre du buttage autour du greffon.
Chacun de ces deux cas constitue une sérieuse cause d'échec dans le greffage, dont la réussite est
9)^^ souyônt compromise : les viticulteurs qui pratiquent cette opération depuis cinq ou six ans ont pu le constater plus d'une fois. C'est généralement à pette cause qu'on peut attribuer la non-réussite d'un nombre parfois considérable de greffes qu'on a vue se produire souvent quand le printemps était pluvieux.
Poiur éviter ce grave inconvénient toutes les fois qu'il se présentera, le greffeur pourrait se munir de quelques cylindres métalliques et creux en forme de tuyaux de poêle, ayant 4Q centim. environ de longueur $ur 8 ou 1 0 centim. de diamètre; il en prendra un et le placera verticalement sur le sol, en y renfermant en même temps le sujet, le greffon et le piquet. Il disposera ensuite tout autour la terre du bultage et la pressera, quoique trop moUe, contre lés parois extérieures de ce cylindre. La butte étant ainsi formée, il prendra une pelletée de sable sur une brouette qu'il aura fait suivre, et en remplira l'intérieur du cylindre ; en soulevant ensuite celuici et l'enlevant tout à fait, cette petite quantité de sable coulera dans la cavité en remplissant tous le$ vides. De la sorte, tous les graves inconvénients décrits ci-dessus seront ainsi àpeu près complètemeot évités. La greffe sera mise aussi bien que possible à Tabri des perturbations atmosphériques, et préservée par le sable des excès de sécheresse ou d'humidité. En^n, la biutle sera complètement effectuée dans 4'exçell9ntes conditions, alors qu'on se trouvait, pour
SOINS APniil Lt aRBFFAÔ^ ^73
ia |pîfati(|uer, dahs tfes circonstances émitieitiàieiit dé&vorables.
Les cylindres devront être en tôle ou en fer-blanc assez fort pour bien résister à la pt:^séioii dé la terre qu'on appliquera tout autour.
On pourrait perfectionner encore l'instrument ekl frisant febriquer des cylindres articules s' ouvrant snr une charnière dans le sens de leur longueur. Il serait alors encore plus facile d'enserrer le sujet avec ce cylindre, qu'on fixerait^ une fois fermé, au moyen d'une ou de deux clavetCes, ou même d'un simple loquet.
Nous avons la conviction que, par ce procédé, on évitera une cause assez grave d'insuccès qui se présente souvent et qui est même assez importante par certaines années.