‹ Les vignes américaines, leur greffage et leur taille. Étude raisonnée de la possibilité de reconstituer les vignobles et des moyens de défense pour les conserverChapitre 65 sur 132 · PLANTATION DÉFINITIVE DES PLANTS GREFFES · texte numérisé non relu

PLANTATION DÉFINITIVE DES PLANTS GREFFES

La pépinière, ayant été établie dans les meilleures conditions possibles, fournira le nombre de plants nécessaires à la plantation définitive. Alors il s'agiia d'abord de bien préparer le terrain par un bon défoncem^xt, ensuite de bien choisir les plants en les triant avec soin, et enfin de les planter définitivement à la place qu'ils doivent occuper dans le vignoble. Nous allons examiner rapidement les meilleures manières de pratiquer ces diverses opérations, qui sont généralement bien connues des viticulteurs et qui par conséquent n'exigeront pas de longues explications.

Défoncement et préparation du terrain. —

A^ulrefois, quand il s'agissait de créer un vignoble et qu'on voulait le faire dans de bonnes conditions, on avait reconnu l'utilité de pratiquer un bon défoncement; la nécessité en est encore plus grande aujourd'hui avec les vignes américaines. Celles-ci en effet, comme tout le monde le sait maintenant, sont généralement plus exigeantes sous le rapport du défoncement et de la quantité d'engrais, que ne Tétaient jadis nos anciens cépages européens.

Après avoir choisi le terrain le mieux approprié

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an cépage adopté pour la reconstitution du vignoble,

PLANTATION DÉFINITIVB. 405

il convioDdra donc de défoncer aussi profondément que le permettra la nature du sous«sol et aussi do riostrumeot dont on pourra disposer. On emploie généralement pour cet usage Tune de ces fortes charrues défooceuses remorquée par trois, quatre ou même cinq paires de bœufs, et pouvant pénétrer à 4 0 , 50 ou même 60 centim. ; telles sont, par exemple, la diarrue de M. Soula , (de Garons) , ou celle de M. Ver. nette (de Béziers) (voirfig. 29), ou encore quelques autres bons instruments de même natarO) que Ton trouve aujourd'hui facilement chez nos meilleurs constructeurs d'outillage agricole.

Les viticulteurs soigneux devront bien se garder de pratiquer le défoncement quand le sol est encore trop humide, et à plus forte raison quand il est détrempé par les pluies. La terre gâchée ne profite guère à la végétation et celle-ci se ressent fort longtemps d'un labour ainsi opéré inlempestivement. Il convient donc d'attendre que le terrain soit bien ressuyé, ce qui exigera plus ou moins de temps selon l'état de perméabilité du sol et du sous-sol. On jugera le moment favorable quand on verra que la terre ne se colle pas aux instruments et qu'elle s'en détache sans les mouiller.

Cest pendant la saison d'été et surtout, quand on le peut, pendant les mois de juin et de juillet que les défoncements se pratiquent avec le plus de profit. Le sol ainsi soulevé est placé pendant tout le reste de Tété dans d'excellentes conditions

406 fiREFPAOV.

d'aération ; le soleil le réchauffe de ses rayoos et les agents chimiques contenus dans l'atmosphère pénètrent facilement dans sa profondeur en enrichissant toutes ses parties. Aussi l'été est-il^ autant que possible, choisi de préférence pour effectuer les défoncements. Si toutefois Tétat trop dur du terrain ne permettait pas de pratiquer l'opération pendant la saison plus favorable, il faudrait bien attendre forcément que les pluies aient rendu le sol plus malléable. G*est dans ce cas surtout qu'on sera exposé à opérer avec un terrain trop humide et qu*il sera nécessaire alors de tenir compte des presmptions recommandées en pareil cas.

Quoique le défoncement soit opéré dans un sol bien ressuyé, on remarquera néanmoins, dans la plupart des cas, que certaines parties du terrain sont plus humides que tout le reste et que parfois même la différence sera très sensible. Tandis que Topération, considérée dans son ensemble, s'effectuera très convenablement, on observera tout de môme quelques points isolés et souvent très circonscrits qui seront beaucoup plus humides et à travers lesquels l'instrument coupera des tranches reluisantes dont il aura plus de peine à se dégager. Ce sera le signe que dans ces parties le sous-sol est beaucoup moins perméable, et que celui-ci se trouve par conséquent dans de moins bonnes conditions pour la culture de la Vigne. Si Ton marquait ces endroits de manière à les reconnaître plus tard avec certitude,

ce serait probablement là que commencerait à se manifester cette Chlorose persistante qui a inquiété cette année les viticulteurs, et dont ils se sont préoccupés avec juste raison.

Une fois le sol convenablement défoncé, il fau« dra le rendre meuble et le niveler. Ce sont là des opérations bien connues de tout le monde et qui n^ comportent aucune explication particulière; elles devront se pratiquer à l'automne ou en hiver, quand l'état da terrain le permettra, en se gardant bien de le faire tant que le sol est encore trop humide. On sera prêt alors à effectuer la plantation, qui se fera dans les meilleures conditions possibles si Ton a observé toutes les prescriptions préalables qui sont exigées en pareil cas et qu'il est nécessaire de oe pas négliger.

PUntation des boutures en place. — Généralement, dans le Midi, la plupart des vignerons plantent directement les boutures dans le vignoble à créer, pour les greffer sur place un an après. 11 n'est pas nécessaire d'indiquer le mode bien connu de plantation de ces boutures ; le plus souvent la reprise en est excellente et la végétation de la première année, dans les plantiers bien soignés, est à peu près aussi belle que si Ton avait planté des plants enracinés.

Cependant il arrive parfois que la plantation des boutures en place réussit mai, quelquefois même

408 GRBFPAOB.

très mal, et que par suite il y a un trop grand nombre de manquants. C'est ordinairement quand on a employé des boutures ayant souffert, ou bien appartenant à des espèces d'une reprise difficile. C'est aussi quand le sol n'est pas assez bien préparé ou ne se trouve pas dans un état convenable, soit qu'il contienne trop de mottes, soit qu'on ne l'ait pas laissé se ressuyer suflKsamment.

Dans chacun de ces cas on fera bien de placer autour de la base de la bouture une pelletée de sable qui, en remplissant les vides, permettra à celle-ci d'adhérer au soi sur toutes ses parties et facilitera beaucoup l'enracinement.

Cette opération s'effectuera mieux et plus facilement au moyen d'un perforateur, comme par exemple celui qu'a inventé M. Cabal (de Nissan) (voir fig. 30).

Grâce à cet instrument ingénieux , on perfore des trous „. ^. D , ♦ cylindriques comme on le

FiQ. 30. — Perforateur pour ^ ^

l'a plantation en place des ferait avOC UUO mèche do SOU* boutures. -i » . i

de. La terre du trou est arrachée et sortie par le perforateur, tandis qu'avec le pal, employé généralement en pareil cas, elle est

PLANTATION DftriNITIVB. 409

refoulée et durcie sur les parois, ce qui présente toujours quelque incoûvénient.

Le trou étant fait, on jette un peu de sable au fond et on y glisse ensuite la bouture, en appuyant avec force pour qu'elle repose fermement et à la profondeur voulue. Il restera après cela à finir de remplir de sable en tassant convenablement. On fera toujours bien d'ajouter un peu d'eau, si toutefois il s'ea trouve à proximité du lieu où s'effectue la plantation.

Triage des plants greffés. — En élevant préalablement en pépinière les plants provenant du greffage sur boutures ou de celui sur plants enracioés d'un an, on aura Tavantage, au moment d'arracher les plants pour leur mise en place, de pouvoir les examiner un à un et de les soumettre à un triage sévère pour ne choisir que les meilleurs. On u adoptera définitivement que ceux dont la tige bien saioe portera des rameaux suffisamment développés et dont les racines seront nombreuses et vigoureusement constituées; on choisira surtout ceux dont la soudure sera aussi parfaite que possible, en mettant de côté, pour les rejeter impitoyablement, tous les plants, seraient-ils fort nombreux, qui laisseraient à désirer sous quelque rapport.

On pourra donc effectuer la plantation dans d'excellentes conditions, et, si on lui a apporté tous les soins voulus, on aura bientôt après une reprise

Sahut, 3« édit. 27

. 440 aRBFFAas.

complète, sans avoir besoin désormais de se pré^ occuper du greffage, qui sera ainsi opéré d'avance et dans les meilleures conditions possibles. De cette manière, on aura obtenu, du premier coup, un vignoble tout greffé et réussi aussi complètement qu'on puisse le désirer, de sorte qu'on sera bien dédommagé, par la suite, des frais occasionnés pour l'établissement de la pépinière, sans compter qu'en plantant une année plus tard on aura ainsi devant soi plus de temps pour préparer le terrain où doit être effectuée le plantation définitive.

Plantation à demeure des plants greffés. —

Que les plants greffés aient été obtenus en pépinière, soit par les boutures greffées, soit par le greffage sur plants enracinés, on devra bientôt songer à leur mise en place définitive dans le vignoble à reconstituer. Il convient d'arracher les plants greffés avec beaucoup de soin, de manière à ne pas endommager leurs racines, ni meurtrir leur écorce, ni surtout ébranler le greffon ou détacher la soudure, ce qu'on évitera en ne prenant chaque fois le sujet avec la main que par la partie située au-dessous de la greffe.

Il faudra bien se garder aussi de couper ras les racines, comme on le pratique quelquefois bien à tort, quand on fait la plantation avec de simples plants enracinés. De bonnes boutures donneraient assurément un meilleur résultat que ces plants en-

racines dépouillés sûnsi de toutes leurs racines, qui sont obligés d'eu reconstituer de nouvelles, mais alors sur du bois de deux ans, et par conséquent dans de plus mauvaises conditions que la bouture ellemême. C'est ce qui explique comment on a obtenu souvent, en plantant des plants enracinés, de moins bons résultats qu'avec de simples boutures, et cela se comprend aisément sans qu'il soit besoin d'entrer à cet égard dans de plus amples explications.

La plantation sera donc faite, soit avec des boutures greffées et mises ensuite à enraciner depuis on an en pépinière, soit encore avec des plants enracinés en pépinière où ils auront été greffés l'année précédente, et qui seront ainsi mis en place après avoir passé deux années en pépinière et greffés depuis un an, comme il vient d'être expliqué. On devra opérer cette plantation avec des précautions plus minutieuses que n'exigeraient pas les simples boutures. Ainsi, par exemple, il faudra faire des trous un peu plus grands, de ms^iière à ce que les racines, raccourcies à 8 ou 10 centim, pour les plants d'un an et à 12 ou 15 centim. pour les plants de 2 ans, puissent s'étaler à Taise tout autour dans leur position naturelle. Il faudra enfin, surtout pour les plants de h ans, qui ont un système radiculaire assez développé, effectuer la plantation à peu près comme on le ferait pour les arbres fruitiers, c'est-à-dire dans des trous suflBsamment grands et eu plaçant le plant au milieu même du trou. De

'4 12 ORBFFAOB.

cette manière, les racines pourront s'étendre de chaque côté, à peu près comme elles étaient en pépinière. En plaçant au contraire le plant sur le bord du trou, comme on le fait généralement, on refouie toutes les racines en les tordant pour les ramener d'un seul côté ; cette plantation dans ces conditions défectueuses est évidemment nuisible à la reprise, car les racines ainsi traitées restent longtemps à se remettre et ne peuvent fournir tout d'abord qu'une végétation languissante pendant la première et souvent même pendant la deuxième année qui suit la plantation à demeure.

Les plants grefiFés, élevés en pépinière, conviendront aussi tout particulièrement pour remplacer les manquants dans les plantations de Tannée précédente. On planterait ainsi des sujets tout greffés au lieu de boutures ou de simples plants enracinés, avant même, par conséquent, qu'on ait à procéder au grefiFage sur place. C'est là un moyen très commode pour régulariser la plantation sans perdre trop de temps, puisque les plants greffés en pépinière qu'on planterait en remplacement des manquants auraient un an d'avance sur les autres, ce qui compenserait à peu près le retard que la transplantation occasionnerait.

Ces même plants greffés en pépinière pourraient servir aussi, à la rigueur, pour remplacer, dans le vignoble, tous les pieds dont le greffage en place n'aurait pas réussi l'année précédente ; on arrache-

rait ceux-ci plutôt que d'essayer de les regreffer, pour leur substituer des plants déjà greffés et enracinés en pépinière. Ce serait là un sacrifice plus apparent que réel, parce qu'on serait certain, de œtte manière, de régulariser définitivement la plantation et le greffage.

Mode de plantation. — Il serait évidemment superflu de décrire à cette place les diverses manières de planter la Yigne ; chaque contrée a les siennes.

Dans notre région languedocienne, on a adopté depuis fort longtemps la plantation en carrés (Voir &g. 32), dans laquelle les lignes se coupent à angle

Fig. 31. Fig 32. Fig. 33.

Fig. 3t. — Modèle de plantation en lignes.

Fig. 32. — Modèle de plantation en carrés.

Fig, 33. — Modèle de plantation en quinconces.

droit et les distances sont égales dans tous les sens. C'est certainement la disposition qui est la plus avan-

tageuse parce que chaque pied occupe le centre d'un carré et que ses racines peuvent rayonner tout autour avec la plus grande facilité. La flg. 31 représente le mode de plantation en lignes, dans lequel les rangées sont le double et quelquefois le triple plus distancées que ne le sont entre eux les plants de Vigne de chacune de ces rangées.

Au contraire, dans la Gironde, dans la Bourgogne, en Provence et presque partout ailleurs, on a adopté des procédés différents, qui ont chacun leur raison d'être avec le climat et dans les conditions économiques de ces diverses contrées. Ce n'est certainement pas sans raisons sérieuses qu'ils ont été adoptés dans toutes les régions viticoles où ils sont mis en pratique :

Plusieurs viticulteurs ont préconisé la plantation en quinconces, dans laquelle les plants sont disposés en losanges (Voir fig. 33 et 35) au lieu de l'être en carrés ou en lignes, comme il vient d'être expliqué ; ils proposent de la substituer à la plantation en carrés telle qu'elle est généralement adoptée dans tout le Languedoc. Elle offre en effet certains avantages, mais elle présente aussi des inconvénients, et jusqu'à présent elle n'est pas rentrée réellement dans la pratique.

C'est d'ailleurs une erreur de croire qu'avec le mode de plantation en quinconces les racines de la Vigne utiliseront mieux, comme on Ta supposé bien à tort, la surface du vignoble ; cet avantage est plus

apparent que réel. En effet, les racines ne s'étendent pas uoiformément tout autour du cep en occupant seulemeot la surface circonscrite par un cercle dont

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B B B B B Fig.U, ^Effets de la plantation en carrés.

ce cep serait le centre, comme l'indiquent les flg. 34 ^ï 35; s'il en était ainsi, il semblerait que le sol, danslafig. 35, devrait être plus entièrement occupé î^edaaslaflg. 34.

(^tte théorie est ingénieuse, mais dans la prati- <iue les choses ne se passent pas tout à fait de la niême manière. Il suflBt de mettre à nu la charpente souterraine d'une plantation déjà ancienne pour se convaincre du contraire. On voit en effet les racines des ceps voisins s'étendre de tous les côtés en se croisant et en s'enchevêtrantdans tous les sens ; elles

416 ARBFFAGB.

s'échappeot d'un cercle pour pénétrer dans les cercles voisins, en traversant môme auvent plusieurs

H VV'V w „

Ft^. 35. — Effets de la plantation en quinconces.

de ceux-ci sans aucun égard pour la symétrie. De sorte que toute la surface du sol est à peu près aussi bien occupée entièrement par une plantation en carrés que par une plantation en quinconces.

La différence n'est vraiment pas appréciable, tandis qu'elle le serait certainement dans une plus large mesure avec la plantation en lignes (âg. 31), surtout si celles-ci sont largement distancées. Les racines, gênées dans un sens, seraient obligées de se développer surtout dans T espace laissé libre entre les lignes, ce qui nuirait toujours un peu à la bonne constitution de la plante, en dérangeant l'équilibre de ses diverses parties.

ÉGHBG8 DU GRBFFAGB. 417

n est doDc facile de comprendre que dans ces ' conditions la disposition en lignes écartées est moins avantageuse sous le rapport physiologique que celle en losanges ou en carrés.

Nous venons d'apprécier les avantages que peut présenter, pour la bouture greffée, son éducation préalable en pépinière pendant toute une année. Il en a été de même pour le plant enraciné d'un an et greffé après cela, soit à l'abri, soit en pépinière, pour y être alors conservé encore une année de plus, avant d'être mis dans le vignoble à sa place définitive.

Nous avons vu que cette opération préliminaire avait surtout pour principal avantage de régulariser du premier coup la plantation, et cela d'une manière aussi assurée que possible. On évite ainsi de nombreux inconvénients, celui surtout de ne plus être obligé, les années suivantes, de combler les vides <iui se produisent, soit par une plantation mal réussie, soit ensuite par un greffage mal opéré.

II convient d'ajouter encore à ces diverses causes d'iosuccès les accidents de toute sorte qui peuvent survenir après le greffage, par suite, soit des intem-

péries des saisons, soit de la maladresse des ouvriers préposés aux soins de toute nature que nécessitent les greffes pendant la première année.

Combien n'y a-t-il pas, quand on opère le greffage sur place, de greffons plus ou moins ébranlés par une foule de causes dont nous allons tout à l'heure énumérer les principales ! La soudure du greffon est alors compromise ou bien ne s'effectue qu'en partie ; le nombre des sujets qui se trouvent dans ce cas est souvent considérable. Si l'on ajoute encore les inconvénients résultant d'une ligature trop solide qui étrangle le sujet, d'une fente trop profonde qui a de la peine à se refermer, de la pluie trop persistante qui empêche la soudure de s'opérer, ou môme des froids tardifs qui produisentj par d'autres causes, un effet analogue, on constate trop fréquemment qu'il y a, dans le vignoble en création, des manquants disséminés un peu partout et malheureusement trop nombreux. Il faut, l'année suivante, regreffer les plants qui n'ont pas réussi, et bienheureux encore doit-on s'estimer quand on réussit à régulariser le greffage cette deuxième fois, sans être obligé d'y revenir à nouveau pendant les années qui suivent celle-là.

En visitant à l'automne un vignoble greffé sur place depuis le printemps précédent, on remarque quelquefois, avec une grande satisfaction, que la presque totalité des greffons se sont développés vigoureusement et donnent les plus beUes espéran-

ÉCHECS DU GBBFFAGE. 419

ces. C'est évidemment que ropération a été faite avec tous les soins désirables et que toutes les précautions nécessaires ont été prises pour assurer le succès.

Mais il n'en est malheureusement pas toujours ainsi, et Ton constate sur beaucoup de points des greffages plus ou moins mal réussis ou qui laissent à désirer sous divers rapports.

En parcourant les vignobles qui présentent ce dernier caractère, on remarque sur un nombre de pieds souvent très restreint, mais quelquefois trop considérable, que le greffage n'a pas réussi et qu'on a laissé pousser le sauvageon pour le regrefifer Tannée suivante. Mais si Ton examine avec attention tous les sujets dont le greffage paraît avoir réussi, on en voit quelques-uns qui ont poussé tardivement une petite touffe de rameaux , encore herbacés , garnis de toutes' petites feuilles et présentant, dans leur ensemble, l'aspect d'une plante de basilic. On voit aussi un certain nombre d'autres sujets dont les greffons se sont mieux développés, mais dont le bois, resté mince et noué court, ne semble pas appartenir au même cépage que celui des greffons très vigoureux qui se sont développés tout à côté.

Ces effets se produisent surtout dans les greffages sur Riparia^ mais d'autres fois aussi sur les autres cépages. En examinant de plus près, on ne tarde pas ^ s'apercevoir que, dans chacun de ces cas, les soudures se sont mal opérées et qu'elles sont tou-

420 GRBPFAeB.

jours plus ou moins incomplètes. Souvent le greffon et le sujet ne sont soudés que sur une surface insignifiante, quelquefois même l'adhérence existe à peine sur une longueur de quelques millimètres, et on trouve des sujets greffés en fente chez lesquels la soudure ne s'est faite que par la pointe inférieure du biseau.

A quoi faut- il attribuer les nombreux cas d'insuccès qui se produisent dans le greffage ? Les causes en sont multiples ; elles ont des origines diverses, et il convient de les examiner successivement avec toute l'attention que comporte l'importance de cette question. Nous allons en indiquer les principales, celles du moins qui se présentent dans la plus grande généralité des cas, afin qu'en les connaissant ou puisse aviser aux moyens à prendre pour les éviter. ^

1* Quelquefois on aura employé des greffons mal conservés, soit qu'on les ait tenus dans un lieu trop chaud et trop humide, ce qui aura eu pour consé* quence de gonfler leurs yeux et de les faire entrer en végétation, soit qu'en les gardant dans un milieu trop sec ou en ne les recouvrant pas suffisamment on les ait laissés se dessécher.

Peut-être même aura-t-on aidé et complété le dessèchement des greffons en ne les soignant pas convenablement avant de les employer, et en les laissant trop longtemps exposés au soleil ou au vent du nord.

ÉGHBG9 DU GREFFAGE. 421

2« D^autresfbis iegreffeur aura, parinatteatioa, placé TcBil A (voirfig. 15, pag. 348, et voir aussi &g. 6, pag. 182) qui se trouve au-dessus du biseau du côté du centre du sujet, au lieu de le mettre du côté extérieur. Cet inconvénient n'existe réellement que dans la greffe en fente, et encore seulement qaaud on opère sur des sujets d'un diamètre beaucoup plus grand que celui du greffon.

3* Souvent aussi, au lieu de tailler le biseau un peu de côté (voir fig. 1 1, pag. 334)» comme il convient de le faire afin que sa partie amincie inférieurement se trouve dans le bois plein, au moins sur Tone de ses faces, le greffeur l'aura taillé, au contraire, dans le centre du sarment, de so^te que, cette même partie inférieure du biseau se trouvant prise dans la moelle, la surface susceptible de soudure en sera diminuée d'autant. Cet inconvénient sera encore plus grand si l'on a choisi pour greffons les rameaux qui, s'étant développés tardivement, n'ont pas eu le temps de se lignifier suffisamment, dans lesquels par conséquent le bois sera moins épais et la moelle plus abondante.

4" Dans la greffe en fente ordinaire, si le greffeur, sans y prendre garde, prolonge la fente F (voirfig. 16, pag. 354) plus profondément qu'il ne le faut, il arrive que le greffon, môme lorsqu'il est taillé long, ûe réussit pas à la remplir complètement et laisse donc un vide au-dessous de lui. Ensuite, quand on opère sur des sujets âgés de plus de 2 ans, dont

le diamètre par conséquent est sensiblement plus grand que celui du greffon, il y a toujours du côté opposé au greffon, soit en a (voir fig. 6, pag. 182), une ouverture qui reste béante, et il est difficile, en plaçant l'argile, de ne pas y en introduire un peu, ne serait-ce que la plus petite quantité. Si le masticage n'est pas complet de ce côté, c'est alors la terre qui pénètre dans la fente, soit directement, soit entraînée par les pluies, et qui la remplit plus ou moins. L'argile ou la terre, quelquefois môme l'une et l'autre, ainsi introduites dans la fente, empocheront, par la suite, les deux parties de se réunir et de se souder ; il y aura là pour toujours une plaie intérieure, où l'eau de pluie pénétrera constamment et qui deviendra, à la longue, un foyer de pourriture.

5"* Des pluies trop persistantes, survenant après le greffage, délayent l'argile, qui s'inQltre ainsi entre le greffon et le sujet, en déposant sur les parois entaillées de l'un et de l'autre une couche souvent peu épaisse, mais qui suffit néanmoins à empêcher l'adhérence immédiate, et par conséquent à rendre la soudure plus difficile, sinon impossible.

6* Les gros froids, surtout quand ils succèdent à la pluie, contribuent aussi pour leur part à nuire aux greffages qui viennent d'être opérés. Indépendamment que la butte BOB (voir fig. 18, pag. 367), en se congelant, peut soulever, et par conséquent déplacer le greffon GO, un refroidissement même

beaucoup moins intense, s'il survient brusquement après'une série de beaux jours, peut arrêter dans son essor l'ascension de la sève, ou plus tard l'activité de la végétation ; il peut arrêter aussi subitement, de la même manière, la formation du tissu cellulaire qoi commençait à opérer la soudure en 6, et par cela même retarder cette soudure, sinon Tempeé&c définitivement de se produire.

V Quand le greffage s'opère alors que le sol est déjà sec, quand surtout la sécheresse persiste pendant quelque temps, l'argile qui enveloppe la greffe perd alors progressivement son humidité : elle se fendille, et la sécheresse, pénétrant jusqu'au greffon, dessèche celui-ci avant que la soudure soit opérée. Le danger est bien plus grand encore quand cette sécheresse correspond à un abaissement considérable de la température, parce qu'alors, le sujet cessant momentanément d'envoyer la sève ^au greffon, la base de celui-ci se dessèche d'autant plus rapidement qu'elle cesse d'être humectée. J'ai signalé (voir pag. 370) un système de buttage perfectionné qui évitera presque toujours cet inconvénient.

8® Souvent, au printemps, on opère le greffage à la suite de grandes pluies qui ont détrempé le sol. Néanmoins, le temps étant remis au beau, on se décide à effectuer ou à reprendre l'opération. Le sol sera peut-être ressuyé tout juste pour porter les greffeurs, mais il sera encore bien mou, surtout si

424 aRBFFAGE.

Ton opère sur un terrain qui contient une assez grande proportion d'argile. On éprouvera alors quelque difficulté à opérer le buttage ; la pioche ou la bêche qui aidera à Topérer, soulèvera des mottes molles qu'il ne sera pas possible d*émietter sufSsam* ment pour remplir les vides autour du greffon. Ce dernier sera ainsi exposé trop directement aux influences atmosphériques et pourra se dessécher si le vent du nord, comme c'est souvent le cas auprin* temps, persiste pendant quelques jours. De là une cause d'échec dans le greffage, assez fréquente pendant certaines années.

Quand on se trouvera dans un cas semblable, on fera bien de mettre en pratique le moyen que j'ai indiqué en parlant du Buttage perfectionné (voir pag. 370).

9"" La fente du sujet et la pose du greffon étant opérées d'une façon aussi parfaite que possible et par un greffeur des plus habiles, cela ne suffit pas toujours pour que le succès soit assuré. Il arrive par la suite une foule de circonstances dans lesquelles le greffon peut être ébranlé ou même déplacé en tout ou en partie, et alors ce succès est fort compromis.

Les diverses opérations accessoires qui suivent celle de la greffe, quoique peu difficiles par ellesmêmes, exigent néanmoins des précautions particulières pour que le greffon soit toujours conservé dans la même position où il a été placé par le gref-

feur. Faute d'attenlion suffisante» ce greffon peut être ébranlé, si Ton n'y prend garde :

!• En ligaturant la greffe G (voir flg. 16, pag. 354) ou en Tenveloppant d'argile ;

2'* En serrant la terre pour former tout autour la butte BOB (voir fig. 18, pag. 3Ô7) ;

3* En tirant à soi les rejets qui se développent bientôt sur le porte-greffe, soit entre TG (voir fig. 18, pag. 367) ;

4* En enlevant les racines qui se montrent plus lard en G (voir fig, 18, pag. 367), soit à la base du

5^ En heurtant celui-ci ou en y marchant dessus par mégarde ; 6® En cultivant à la main, ou en labourant mala-

Fig. 36.— Araire vigneronne attelée de M. Vemette.

droitement avec un de ces excellents instruments attelés qu'on appelé araire ou charrue vigneronne

SxncT, 3« édit. 28

426 OREFFAOB.

(voir fig. 36), et qui économise une main-d'œuvre considérable ;

7* En déchaussant pour fumer ;

S"" En redressant la tige trop penchée, si Tqna negligé deTassujettir préalablement à un piquet ;

9^ Enfin dans une foule de circonstances qui apporteront chacune un contingent plus ou moins grand de dangers en occasionnant des accidents de diverses natures.

On sera ainsi exposé, selon les cas, à subir le désagrément d'un insuccès partiel, quelquefois même presque général, qui ne saurait, en toute justice, être attribué au greffeur ;

10^ Ces dangers, déjà fort nombreux, seront encore augmentés de beaucoup, comme nous Tavons déjà vu, si le greffage, au lieu d'être effectué au printemps, se pratiquait au contraire à l'automne. Les inconvénients supplémentaires dn greffage automnal ont été déjà expliqués précédemment, et il serait inutile de les rappeler une seconde fois. Il en sera parlé d'ailleurs plus longuement dans le chapitre spécial qui traitera des greffages d'été et d'automne.

Il"* Le greffon une fois développé, le viticulteur n'est pas au bout de ses peines. S'il n'a pas pris le soin d'assujettir à un piquet chacun des rameaux au fur et à mesure qu'il se développe, le vent, surtout s'il est violent, pourra en casser un certain nombre. Si ensuite on a employé une ligature

trop résistante et qu'on n'ait pas eu le soin de la couper assez à temps, Tétranglement qui se pro* daira facilitera d'autant Faction du vent et le greffon n'en sera que plus facilement cassé.

Dans le cas où, malgré sa violence, le vent n'arrive pas à casser le greffon, il le secouera toujours dans tous les sens, et cela suffira quelquefois pour rébranler. Quand je voyais, au printemps ou au commencement de Télé, les jeunes rameaux qui s'étaient développés vigoureusement sur les greffons, ballottés par tous les vents qui les faisaient tournoyer au point de déformer par le frottement le haut de la butte, je me disais qu'il fallait vraiment qu'ils fussent bien solidement assujettis et que la soudure fût déjà bien forte pour pouvoir résister ainsi à une pareille épreuve. Il est évident que s'ils étaient attachés à un piquet cet inconvénient n'existerait pas.

12* Avec les vignes américaines, il y a quelquefois inconvénient à greffer les sujets trop âgés. Pour que la greffe présente de bonnes conditions de durée, il est nécessaire, comme on le sait, que la plaie se referme complètement. Il se développera à la base du greffon et sur le rebord de chacun des côtés de la fenle pratiquée sur le sujet, des bourrelets de raéristème formés par une accumulation de cellules cloisonnées, qui finiront, dans un temps plus ou moins long, par se réunir et par fermer

ainsi complètement la plaie. Pour si bien que soit

faite Topération et quelques précautions que Ton ait prises, si Ton opère sur des sujets déjà forts, la plaie aura d'autant plus de peine à se refermer qu'elle sera plus étendue, c'est-à-dire que le diamètre du sujet sera plus grand .

Les circonstances résultant de cette difficulté augmenteront en raison inverse de Taffinité spécifique et surtout de l'affinité spéciale pour le greffage, telle que nous Pavons définie précédemment, qui existera entre le sujet et le greffon. Ainsi, tandis qu'on ne s'en apercevait pas ou presque pas quand on greffait entre elles nos vignes européennes, cet inconvénient se fait plus particulièrement sentir quand on greffe nos cépages européens sur Riparia. Dans ce dernier cas, les chances d'insuccès augmenteront progressivement, au fur et à mesure qu'on opérera sur des sujets de plus en plus âgés.

Le greffage sur Jacquez^ de même que sur les divers autres cépages obtenus par l'hybridation des vignes américaines avec nos variétés européennes, ne devrait pas présenter cet inconvénient au même degré, puisque dans ce cas la parenté avec nos cépages européens est beaucoup plus rapprochée ; il y a tout lieu de supposer qu'on pourra greffer les sujets àBJacquez de 3, 4 et 5 ans avec moins d'inconvénient que ceux de Riparia du même âge.

13" Si le sujet américain est planté dans un sol qui ne lui convient pas, il peut bien tout de même, comme c'est souvent le cas pour les Riparia^ se

éCHBGS DU GREFFAGE. 42d

développer vigoureusement pendant deux, trois ou quatre années, quelquefois même davantage, tant que ses racines restent dans les couches supei^ciellf s et encore meubles du sol, comme par exemple en R (flg. 25, pag.394). Mais quand ces racines s'enfoncent plus profondément, comme par exemple en a et 6 (flg. 23 et 24, pag. 394); quand surtout les molécules d'un sol trop argileux se sont tassées rapidement, ces mêmes racines ne trouvent plus alors les éléments qui leur sont nécessaires. Dans ce cas, elles n'alimentent plus convenablement la tige et les branches ; la Chlorose commence bientôt à se manifester, et peu à peu, dans les conditions de cette nature, les plantes ne tardent pas à dépérir. Si les pieds de vigDe sont greffes, ce dépérissement n'arrivera que plus vite. La cause d'insuccès, dans ce cas, ne saurait être attribuée au greffage, quoique pourtant celui-ci en accélère un peu les effets.

14" Si Ton n'a pas eu le soin d'enlever en été les racines qui se développent à la base du greffon, il suffira souvent de le faire en automne, là surtout où la nature du sol n'aura pas trop favorisé leur développement. Mais quand il n'en sera pas ainsi, et qu'on aura négligé de le faire jusque-là, quand surtout on aura greffé trop bas, comme dans la fig. 6, pag. 182, si l'on s'apercevait pendant l'hiw, en déchaussant les pieds de vignes pour les iumer , que le greffon a émis de fortes racines , il faudrait avoir soin de couper celles-ci avec beau-

430 GRBFFAdB.

coup de précaution , afin de n'occasionner aucun dég&t. Sans cela, les ouvriers préposés au déchaiissage, en tirant la terre à eux avec leur instrumeot, soulèveraient ainsi les racines et ébranleraient nécessairement le greffon, qui pourrait être déplacé, de sorte qu'il ne tarderait pas à se dessécher et pourrait môme ne pas repousser au printemps suivant. Ce même inconvénient peut résulter aussi d'un labour à Taraire maladroitement dirigé en se rapprochant beaucoup trop des pieds de Vigne. L'instrument pourrait entraîner les jeunes racinesdu greffon, ébranler celui-ci et môme le déplacer, ce qui, dans chaque cas, serait également désastreux pour sa conservation.

IS'* M, le D' Ulysse Goste a étudié mûrement la question du dépérissement des vignes greffées, et plus particulièrement le cas spécial dont on a tant parlé, qui s'était produit au mas de Plagniol. Il en a fait l'objet de plusieurs communications fort intéressantes à notre Société centrale d'Agriculture, en expliquant la mortalité des souches greffées par la présence sur leur écorce d'un champignon parasite, une forme spéciale de l'Anthracnose, dont les pieds de fiipariaB,\jrà\enl été atteints avant leur greffage.

Sans me prononcer absolument sur la part d'influeiice de ce parasite sur la mortalité des pieds greffés, il est bien naturel de supposer que son action, s'exerçant sur des souches de 3 à 4 ans, dont le greffage par conséquent se montre difficile,

BGHBCS OU GRBPFAGE. 431

comme je Tai indiqué, soit venue aggraver encore la situation. Dans d'autres cas, ce parasite agissait sur des pieds dont quelques-uns étaient déjà atteints de cette Chlorose particulière que j'ai signalée dans l'article spécialement consacré au Riparia^ et qui le plus souvent est le signe d'un prochain dépérissement. On trouvera plus loin de plus amples explications sur ce point particulier, dans un chapitre spécialement consacré à cette question fort importante, n est donc facile de comprendre que cette action combinée de plusieurs causes d'affaiblissement, agissant en commun et simultanément, aura pu produire des effets plus accentués et amener beaucoup plus rapidement la mortalité des sujets qui en auront été atteints.

16*" Il arrive souvent, comme on le voit dans le cas précédent, que chacune des diverses causes d'échecs du greffage décrites dans les quatorze premiers cas indiqués jusque-là n'agit pas d'une manière absolument isolée. Quelquefois plusieurs de ces causes exercent simultanément leur influence et produisent alors des effets plus accentués. C'est ainsi que leurs conséquences se manifestent avec plus dïntensité encore,. quand, par exemple, elles se combinent avec l'action qu'exercent :

1® La nature du sol, si celui-ci ne convient pas suffisamment au cépage greffé ;

i* Les atteintes du Phylloxéra, qui affaiblissent lesradnes;

y Les attaques du Mildew^ qui privent intempestivement la plante de ses organes de respiration ; 4® Enfin toutes les autres causes d'affaiblissement, parmi lesquelles on peut comprendre une taille trop courte (voir fig. 37) qui astreint la Vigne à une forme de développement trop exigu, comme par exemple les vignes de THermitage. Il est évident que, dans chacune de ces circonstances, les effets produits pv Tune des causes indiquéesdans les quinze premiers cas cités plus haut seront nécessairement a^ravés et la mortalité des ceps arrivera beaucoup plus rapidement.

Ici, comme toutes les fois qn'on étudie avec attention chacon des phénomènes de la physiologie végétale, il est rare que les faits qui se manifestent aient une causa isolée et ne soient pas le plus souvent la résultante de plusieurs causes distinctes agissant simultanément et combinant leurs efforts pour produire un effet déterminé. Il est évident que la plupart des nombreux inconvénients qui viennent d'être signalés ne pourront pas se produire si Ton a opéré avec tous les soins voulus et si Ton a mis en pratique les diverses opérations accessoires au greffage qui ont été décrites

Fig. 37. — Culture en petite forme dans le vignoble de rHermltage.

précédemment. Les échecs seront alors fort rares et ne se produiront que dans des circonstances tout à h\l exceptionnelles, absolument indépendantes de rbabileté de l'opérateur et par conséquent difficiles à prévoir.

Il sera facile de remarquer aussi que la plupart des dangers ou des inconvénients auxquels les viticolteurs sont exposés dans la pratique du greffage s'appliquent plus particulièrement à la greffe en fente (voir fig. 6, pag. 182, et flg. 1 6, pag. 354), de sorte que, sous bien des rapports, la greffe anglaise lui est de beaucoup préférable. Aussi devra-t-on, autant qu'on le pourra, donner la préférence à cette dernière.

On s'exagère généralement beaucoup trop la difficulté de l'opération du greffage. Que l'on greffe en fente ou à l'anglaise, celte opération est fort simple et nullement difficile pour des ouvriers intelligents, qui mettent leur intelligence au service de leur travail et qui savent alors se servir habilement de leurs mains. Il doit suffire de Tavoir vu foire une ou deux fois et de Tavoir essayée soimême pendant quelque temps, pour devenir presque aussi habile que les plus habiles.

Des femmes et même des enfants pratiquent avec beaucoup d'habileté le greffage à Tanglaise dans les ateliers spéciaux de Montpellier, de Saint-Hippolyte, et d'ailleurs, où l'on opère sur des milliers de sujets destinés à être élevés en pépinière.

Le greffage sur place est un peu moins facile, mais il ue présente réellement pas de difficulté sérieuse, surtout quand les équipes sont organisées de manière à diviser le travail pour que chacua ait sa spécialité. Ceux qui grefferont seront précédés par d'autres ouvriers préposés spécialement au déchaussage. Puis viendront ceux qui devront mastiquer, et ils seront suivis par ceux qui placeront les piquets ou formeront la butte.

Il est ^rai que cette division du travail, si elle a un avantage considérable au point de vue économique, en permettant à chaque ouvrier qui se spécialise dans sa partie dedevenirboaucoupplus habile, présente aussi un inconvénient, car la solidarité qui en résulte supprime toute responsabilité personnelle de la part de chacun des ouvriers dans le résultat de l'opération. En cas d'insuccès, chaque spécialiste ne manquera pas d'en reporter le tort sur son camarade, tandis que cette responsabilité existerait dans toute sa plénitude si chaque greffeur effectuait lui-même toutes les opérations accessoires du greffage : étant alors stimulé par son amour-propre, il voudra faire mieux et réussir plus complètement que ses camarades ; d'autant plus qu'il saura bien retrouver plus tard les rangées dont le greffage lui aura été confié.

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