LES GUIRLANDES ITALIENNES DÉ VIGNE
J'ai signalé tout à l'heure la curieuse manière de cultiver la Vigne en festons ou guirlandes, courant élégamment d'un arbre à l'autre, tout en produi-
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saat considérablement. Il ne sera pas inutile de décrire brièvement ce procédé plusieurs fois séculaire et que les nombreux visiteurs de la péninsule italique n'ont pas manqué de remarquer.
Les arbres destinés à ce dernier usage, que j'ai observés un peu partout en Italie, étaient plantés à des distances variables ; toutefois leur écartemenl à 5 met. dans le sens de la rangée, les lignes étant distancées de 6 met. environ Tune de l'autre, me paraissait être le mode le plus avantageux. La qualité du cépage, la nature du sol, les exigences locales ou peut-être même d'autres raisons tout aussi sérieuses, ont fait adopter sur divers points des espacements différents, mais ceux que je vieos d'indiquer m'ont paru les plus pratiques.
Les viticulteurs italiens élèvent leurs arbres en tiges de 2 met. à 2*°, 50, en les formant à cette hauteur quelquefois sur trois, mais préférablement sur deux branches dirigées alors comme les deux bras d'un éventail, dans le sens de la rangée (voir ûg. 50). Quand la reprise est faite et que l'arbre se trouve déjà suffisamment développé, on plante deux piods de Vigne toujours sur l'alignement de la rangée et entre les deux arbres, soit en a et 6 (flg. 50).
La deuxième ou la troisième année, si la végétation a été suffisamment vigoureuse, on laisse développer, sur chacun des deux plants de Vigne, un seul rameau, que l'on couche en terre jusqu'au pied de l'arbre, comme l'indique en a la fig. 50. Ces
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rameaux sont ensuite palissés des deux côtés du tronc et le long de chacune des deux branches jus-
qu'à environ, 75 centll m. ou 1 met. au-dessus de la naissance de celles-ci sur la tige. On taille à ce point,
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et l'année suivante ou bien dès que le pied de Tigœ a aufSsammeDt pris de la force, on laisse développer de là un seul rameau qui, s' allongeant considérablement, peut très bien être relié à celui qui s'est développé d'une manière semblable surTarbre voisin de la même rangée. Si Ton a suffisamment tendu les deux longs sarments et qu'on les ait assujettis solidement Fun à Tautre, on aura ainsi
Fig, 51. — Guirlande entièrement formée.
formé un cordon ou première guirlande d*un arbre à l'autre (voir flg. 51).
Cette opération étant pratiquée de la même manière à tous les arbres de la rangée, on aura obtenu de la sorte, sur toute la longueur de chaque ligne d'arbres, une sorte de cordon continu de Vigne qui
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secourra, Tannée d'aprèa, de belles et surtout de fort nembreuses grappes.
Quand les pieds de Vigne ont pris un peu plus de force, on établit, de la même manière, des guir-* landes semblables d'une rangée à l'autre, et plus tard, si la fertilité du sol le permet, on en établit d'autres encore, mais cette fois en diagonales s'entrecroisant.
La fertilité de ces sortes de cordons très allongés est nécessairement fort grande, et ils s'épuiseraient rapidement si on ne les renouvelait pas de temps en temps par des rameaux de remplacement qu'on a fait développer à cette intention, en laissant un courson ^ur la charpente de la Vigne, à la naissance même de chaque guirlande. On palisse ces rameaux de remplacement, au fur et à mesure qu'ils se développent, sur l'ancienne guirlande, à laquelle on a coupé ras tous les coursons épuisés ; celle-ci sert ainsi de support pour soutenir la nouvelle guirlande en formation qui doit lui être substituée Tannée suivante.
M. le comte Alberto Gencelli-Perti (de Rome) a décrit sous le nom d'Albereto Falisco un système déformation arborescente qu'il propose d'appliquer à la culture des vignes américaines, mais qui me paraît pouvoir être utilisé avec avantage pour nos cépages européens. Il consiste à former les tètes des arbres (Érables champêtres ou Frênes) sur quatre ^ branches principales (voir flg. 52), se subdivisant
bientôt en hait branches secondaires aussi 'étalées que possible sur la môme surface horizontale et des-
tinées à servir chacune de point de départ à une guirlande, comme l'indique cette même fig. 52.
La coupe horizontale représentée par la fig. 53 fera comprendre encore mieux cette combinaison
intelligente, qui me semble constituer un perfectionnemenl important sur les anciens modes de formations en guirlandes.
Je suis redevable des flg. 48 à 53, à l'obligeance de mon excellent ami M. le D' Ed. Ottavi, le savant directeur du journal 11 Coltivatore. Les renseignements fort intéressants qui les accompagnent sont extraits du beau volume que son frère, M. le professeur Ottavio Ottavi, vient de publier récemment sous ce titre : ViticolPura téorica-pratica. C'est un fort remarquable traité didactique résumant l'état actuel des connaissances en cette matière, et il constitue un véritable monument élevé à la gloire vingt fois séculaire de la viticulture italienne.
Les têtes des arbres sont soumises, tous les deux ou trois ans, à des coupes réglées et sont formées par conséquent en tétarts, comme on le fait partout pour les saules de nos prairies.
Grâce à cette coupe renouvelée, qui se fait un peu avant la chute des feuilles, les arbres ne prennent pas un très grand accroissement, et il n*y a pas à craindre non plus que leur ombre soit trop nuisible aux vignes, de même qu'aux autres cultures intercalées entre les rangées. Gomme conséquence aussi, les racines, qui ont toujours un développement correspondant à celui de la tige et des branches, épuiseront, de cette manière, beaucoup moins le sol environnant,
L'Orme était utilisé par les anciens pour se marier
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avec la Vigne en supportant les pampres de celle-ci. Aujourd'hui on emploie également pour cet usage le Peuplier, le Noyer, et quelquefois aussi le Mûrier, le Cerisier, le Frêne, et même plusieurs autres espèces d'arbres. Toutefois TÉrable champêtre {Acer campestre) offre évidemment de plus grands avantages parce que ses racines dessèchent beaucoup moins le sol que celles de TOrme et même de la plupart des autres espèces d'arbres.
On pourrait employer aussi TÉrable de Montpellier {Acer Mon$pessulanum)y dont il serait peut- être encore plus facile que pour aucune autre espèce de maintenir Temporlement de sa végétation et dont les racines, de même que celles de son congénère rÉrable champêtre, seraient moins nuisibles à la Vigne que celles de la plupart des autres arbres indiqués ci-dessus.
La ramille obtenue par la taille des arbres est enfagotée et enfermée dans ces hangars fort ingénieux et d'une construction toute particulière, qu'on rencontre un peu partout en Italie, dont les murs à jours sont bâtis en briques avec vides intercalés et qui m'ont paru très bien imaginés pour servir de séchoir au maïs et à tous les autres produits agricoles qu'on y enferme. Cette ramille feuillue, convenablement desséchée et ainsi conservée, est donnée en hiver aux bestiaux, qui en mangent les feuilles, tandis que le bois restant est ensuite utiUsé pour le chauffage.
Par ce procédé ingénieux de culture de la Vigne, on obtient, surtout dans le centre, quelquefois aussi dans le sud de Pltalie, c'est-à-dire dans une région qui ne manque pas d'analogie climatérique avec la nôtre, des créations de vignobles aussi curieuses que productives, dont j'ai admiré les plus remarquables spécimens dans la fertile vallée de Bagnoli, près de Naples. Là, les guirlandes étaient tellement multipliées que nous pouvions circuler librement au-dessous, étant abrités presque complètement contre les ardeurs d'un soleil très ardent. Et néanmoins, l'intensité de la lumière était encore si grande, que le sol au-dessous de ce ciel de verdure était entièrement occupé par des cultures de haricots nains, qui fleurissaient et fructifiaient abondamment.
Ces dispositions sont fort ingénieuses, la production en est abondante, et comme les guirlandes sont tenues à une hauteur suffisante pour que les bœufs puissent labourer au-dessous, tout le sol est encore utilisé par des cultures de fèves, de haricots, do sainfoin, etc.
Dans ce beau pays, si largement privilégié du soleil et dont Theurease situation géographique entre deux mers rend les pluies assez fréquentes pendant la belle saison, on peut donc obtenir sur le même terrain, sinon deux récoltes entières, tout au moins deux productions étagées et superposées Tune au-dessus de l'autre.
Ce mode de culture a surtout sa raison d'être
quand, par un recepage fréquemment renouvelé, on empoche les arbres d'acquérir un trop grand développement de branches et, comme conséquence, un développement correspondant des racines ; l'ombre d'abord, et l'épuisement du sol ensuite, seraient nuisibles à la Vigne et aux autres cultures intercalaires.
Il y a inconvénient, comme on le voit, à laisser les arbres acquérir un développement de branches exagéré, et il y a danger aussi à laisser, par ans formation de charpente trop hâtée, s'accroître outre mesure et trop rapidement la production de grappes, tentation à laquelle on ne résiste pas toujours assez dans les contrées, comme l'Emilie et la Romagoe, dont le sol est excessivement fertile. Dans ce cas, la maturité du fruit se fait mal, et on ne tarde pas à se repentir d'avoir voulu se montrer plus exigeant qu'il ne faut.
Ce système de culture de la Yigne en festons ou guirlandes est surtout usité dans les riches plaines de rÉmilie, de TOmbrie, de la Terre de Labour, et môme, comme nous l'avons vu, jusqu'aux environs de Naples.
En parcourant la fertile plaine de Sorrente, dont la beauté inexprimable a été si souvent chantée par nos poètes, on voit partout la Vigne disputant la place aux Orangers et aux Citronniers, dans ces magnifiques bosquets qui font l'admiration de tous les visiteurs. Là, de même qu'à Pouzzolles, à Maddaloni, à Camello, et sur plusieurs autres points de
la Campagne napolitaine, de très grandes perches supportent des guirlandes multipliées, tantôt se dirigeant dans tous les sens, tantôt au contraire se superposant en gigantesque espalier s'étalant en rideau jusqu'à 6 et 7 met. de hauteur, quelquefois même davantage.
On se demande comment peuvent faire les vignerons de ces pays pour tailler, palisser, soufrer el ensuite vendanger dans de pareilles conditions ; il faut leur supposer une agilité peu commune, d*aulantplus que ces charpentes paraissent généralement fort légères.
Il est certain toutefois que ces formes spéciales, aussi élégantes que curieuses, doivent exiger un accroissement considérable de main-d'œuvre et occasionner beaucoup plus de frais d'entretien que les formes plus simples en souche basse. Il faut donc, pour que cette culture soit réellement rémunératrice, ou bien que la main-d'œuvre soit à bon marché, ou bien que le prix de vente du vin se maintienne très flevé. Là, comme partout ailleurs, avec l'augmentation toujours croissante du prix de la main-d'œuvre, le vigneron produirait à perte si la vente des vins descendait aux prix d'autrefois.