FORMATION DE LA VIGNE EN MOYENNE ARBORESCENCE
Dans la triste situation faite à notre viticulture par le Phylloxéra, à présent que nous sommes for- <ïément obligés, bien à contre-cœur et faute de mieux, d'essayer de reconstituer nos vignobles par les vignes américaines, il nous faudra peut-ôtre songer à employer d'autres systèmes culturaux, car ceux adoptés autrefois et avec tant de raison pour nos excellents cépages européens ne sauraient sufBre toujours aux exigences des vignes du Nouveau- Monde.
Il y aura lieu sans doute, Texpérience semble l'indiquer de plus en plus, d'adopter dans bien des cas et pour un certain nombre de cépages américains, qu'ils soient cultivés pour la production directe ou peut-être môme qu'ils soient transformés par le greffage, les modes de taille et de formation en moyenne ou même en grande arborescence. C'est alors que quelques-uns des vignobles français déjà cités, de même que la plupart des vignobles italiens dont nous avons fait une très courte description, nous fourniraient de nombreux et excellents modèles. On trouverait là plusieurs moyens culturaux aussi ingénieux que relativement économiques, qui
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conviendraient admirablement bien au mode de végétation des cépages américains greffés ou non greffés.
Je ne saurais avoir l'intention de traiter ici une question aussi importante avec tous les développements qu'elle peut comporter. Elle a besoin d'être mûrement étudiée » et il sera nécessaire de faire à cet égard de nombreuses expériences préalables. Il 7 a, en effet, à y réfléchir à deux fois avant de choisir, parmi ces nombreuses manières de cultiver la Yigne en France et en Italie» celle qui réelle-* ment offrira le plus d avantages dans notre région. C'est toute une étude à entreprendre, et elle ne saurait être complète sans être appuyée sur des expériences faites un peu partout, dans des conditions aussi variées que possible et sérieusement contrôlées. J'ai voulu, pour aujourd'hui, appeler l'attention de tous les viticulteurs sur cette question, à laquelle on ne parait pas s'intéresser suffisamment, et qui me semble cependant fort importante, sinon capitale, pour l'avenir de quelques-unes des plantations déjà faites, ainsi que pour celles qui se feront encore par la suite.
Quelques-uns des principaux systèmes de taille et de conduite de la Yigne les plus généralement usités ont été déjà signalés précédemment. Parmi ceux dont Tarborescence est la plus réduite, nous avons indiqué comme exemples la culture en échalas de la Bourgogne et de l'Hermitage, ensuite les cul-
tures à souche basse du Languedoc et de la Provence. On pourrait y ajouter la forme eu petit gobelet (voir
Fig, 54. — Viernes du Beaujolais en petit gobelet.
fig. 54) usitée dans le Beaujolais, et dont on fixe les rameaux sur un échalas.
Il en est de même des divers systèmes de formation en moyenne arborescence. Les principaux ont été également signalés dans le Chapitre LV. Ils sont très usités un peu partout et sous une multitude de formes différentes dans toute retendue du vignoble français.
La figure 55 représente une plantation dans les Graves de la Gironde, dont nous avons indiqué les particularités de détail à la page 486 (voir fig. 44}.
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ChaqHe pied de Vigne est formé sur deux bras perlant des coursons et se continuant en deux astes
relevés à demi, c'est-à-dire selon une direction moyenne entre l'horizontale et la verticale. Les ^tes sont attachés au carasson qui est placé au mi-
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lieu entre deux souches et dans le sens de la rao-
Dans le but d'accroître la fertilité de certains cépages bordelais, un viticulteur intelligent, M. Gazenave, de la Réole (Gironde), a imaginé une sorte particulière de cordon qui porte son nom (voir fig. 56). Le cordon Gazenave, établi sur un fil de fer inférieur G G, est muni sur toute sa longueur de coursons qui développent des mmeaux,^omme l'indique la figure 56. Au moment de la taille d'hiver,
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Fig^ 56. — Gordon Gazeaave après la taille.
ces rameaux sont palissés obliquement sur le second rang de fil de fer RR. Ils deviendront chacun, l'année suivante, tout autant de longs bois qui émettront sur toute leur longueur de nouveaux rameaux fructifères. Geux-ci seront alors palissés sur làtrotsième rangée de fil de fer PP. Il est facile de comprendre que la fertilité devient alors très abondante.
M. Marcon, viticulteur non moins intelligent de laMothe-Montravel, par Bergerac (Dordogne), fut le
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premier adepte de M. Gazensfe pour la propagation de ce système, auqvef il apporta plus tard quelques modi&catrons. Je me rappelle avoir vu, daos la seelfon de viticulture de TExpositioD universelle de 1867, installée à Billancourt, des spécimens de ce système spécial, auquel on a donné le nom de procédé Marcon (voir fig. 57), et le D' Guyot, qui
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Fig, 57. — Ciordon d'après le procédé Marcon.
me les montrait, paraissait estimer beaucoup ce nouveau procédé.
Ici le cordon est également établi sur le fll de fer inférieur G G et les longs bois sur le second rang de fil de fer BB. Le courson est toujours pris sur les rameaux qui se développent à la- base du long bois. Tous les visiteurs de TExposition viticôle organisée pendant la durée du Congrès national de Bordeaux, en septembre 1886, admiraient des spécimens excessivement remarquables obtenus par ce système. Les ceps portaient d'énormes quantités de
grappes, alors que tous les viticulteurs girondins se plaignaient amèrement de Tinfertilité de Tannée, due à la coulure et aussi au Mildew.
Le cordon Gazenave et le procédé Marcon, quoique donnant de magnifiques résultats, exigent cependant des soins tout spéciaux de la part des vignerons chargés de les former ; il est à craindre que, dans la conduite intelligente sous cette forme en grande culture, les vignerons négligent une partie
Fig. 58. — Vignes en Ghaintres.
essentielle des soins de détail qu'elle nécessite. Aussi est-il à craindre malheureusement qu'il n'y ait là un obstacle pour la propagation de ce procédé malgré
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tOQSses avantages, en empochant peul-ôtrede répandre cet usage dans la plupart des vignobles.
Il convient encore de signaler ici, parmi les for-
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mes en moyenne arborescence, le curieux système en chaîne Iratnante usité à Gbissay, près Montricbart (Loir-et-Cber), et auquel on a donné le nom de cbaintre. Il a été imaginé par un simple vigneron, M. Denys Lussaudeau, et offre plusieurs avantages dans la contrée où il est pratiqué. La figure 58 représente trois soucbes de 1 5 ans plantées à 2 met. Tune de Tautre ; leur charpente, formée sur deux ou trois bras, s'est allongée successivement jusqu'à 5 et 6 met. ; elle est soutenue, comme riudique la figure 59, par des piquets qu'on peut enlever pour déplacer à volonté tout le système en le faisant pirouetter sur le tronc comme axe. De cette manière les cultures sont beaucoup facilitées, mais ce procédé paraît exiger une main-d'œuvre considérable qui sera peut-être un obstacle à sa propagation.
Ce mode de formation arborescente paraît du reste être imité des anciens Romains : Golumelle décrit en effet un mode de culture qui ne manque pas d'analogie avec le cbaintre et dont celui-ci serait pourtant un perfectionnement.