L'ATTENTE
0 Cythère mélancolique ,
Dont les ombrages profanés
Ont un charme que rien n'explique,
Toujours, toujours vous m'entraînez
Vers les rives de fleurs où celles Qui portent les beaux lis aux mains , Avec leurs yeux pleins d'étincelles , Cherchent le calme des chemins.
Mon rêve amoureux s'extasie Sous les arbres du grand Watteau ; Je vois marcher ma poésie Sur les pentes du vert coteau.
Hélas ! dans les eaux murmurantes Les Nymphes ne se baignent plus.
On ne voit que des figurantes Dans le décor où je me plus.
Je sais bien que ces fdles vaines, Sans grâce pure, sans douceur, Boivent le meilleur de mes veines ; Pourtant, Cidalise, ô ma sœur!
Beauté superbe , souveraine Par le rhythme des mouvements , Victorieuse dans Tarène I)(;s mois (;t des rires charmants,
Puisque parmi ce troupeau lâche Les dieux contraires m'ont jeté , J'y veux mourir, et, sans r(îlâclic En proie à leur voracité ,
— ()3 — Sous les ongles de ces furies Mon cœur triste et doux saignera , Ainsi que mes lèvres flétries, Que nul vin ne désaltéra.
Mais la vision qui m'attire Sur mon front , dans les vastes cieux , Pendant les douleurs du martyre , Viendra, spectre silencieux.
Et j'irai vers cette maîtresse, Esclave oublieux de mes fers , Lui dire l'ennui qui m'oppresse, Mettre à ses pieds les maux soufferts.