‹ Les Vignes follesChapitre 13 sur 28 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Veux-tu, mon cœur, parler de cette aimée Qui m'enchanta pendant une saison ?

— Ah ! par un autre elle est ainsi nommée. Chante plutôt la nouvelle chanson.

Chante plutôt la nouvelle maîtresse Aux rires frais, aux yeux souvent baisés. — Cette chanson est un cri de détresse , C'est le regret de mes espoirs brisés !

— os — — L'espoir toujours refleurit dans nos tlmes Laisse au passé tous les baisers perdus, D'autres encor sur les lèvres des femmes Tiendront longtemps tes désirs suspendus.

— Non , non ! je veux voir si les vieilles roses Ont bien laissé perdre tous leurs parfums.

— Seuls les vieillards ont droit, têtes moroses , De se cloîtrer parmi les jours défunts :

Car devant eux toute porte est fermée , La terre manque h leur pas incertain ; Laisse-les donc contempler la fumée Insnisissîible et vaine du matin.

Viens-t'en chercher la belle aux cheveux fauves Dont le beau corps bondira sous tes doigts ; Viens-t'en chercher dans les chaudes alcôves Les mots charmnnts que Ton dit à mi-voix.

M.'iis si déjci, fuyant l'heure présente Va les plaisirs nouveaux que je t'offrais. Tu veux laisseï' ton Ame langiiissaiitfi MîM-clicr (Ml pleurs d.'uis le cli.-iinp des cvprès,

Lorsque viendra rinslant mélancolique Où Ton se doit souvenir, tu n'auras Plus rien de neuf sous ton regard oblique, Plus de fantôme à qui tendre les bras !

Donc, vers l'enfant dont la bouche t'appelle Cours à grands pas , cours et même au hasard , Pour profiter de l'heure où l'aube est belle, Pour mieux encor te souvenir plus tard.

— Oui , tu dis vrai, mais la chère amoureuse

De l'an passé m'attire sui ses pas ,

Et je revois sa poitrine, où je creuse

Uu nid profond , pour ne m'endormir pas !

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