A MADEMOISELLE PRIMEROSE
Bien avant les prés ta joue a des roses , Mignonne, et je t'aime, et nous sommes deux; Viens, laissons dehors, sur les toits moroses, Le vent murmurer ses chants hasardeux.
Le feu flamboyait dans la cheminée , Si vif et si clair que nous avons cru Revoir le soleil cette matinée, Et que le Printemps nous est apparu.
— 7^ — Le ciel était bleu, sec était l'asphalte , Et tu t'habillas pour aller au bois ; Avril à l'Hiver avait crié : — Halte ! Monsieur Babinet était aux abois.
Cela n'a duré tout au plus qu'une heure , Et de ce Printemps qui s'est fait chez nous Il ne reste rien que moi , qui demeure La main dans ta main, serrant tes genoux :
Car on peut s'aimer au mois de la pluie , Loin des gazons verts, près des matelas , Et sur tes beaux yeux les pleurs que j'essuie Me sont aussi doux qu'au mois des lilas !
Laissons-nous bercer par notre folie ; A présent du moins, chère, aimons-nous bien, Car peut-être, un jour, o mélancolie!
Nous ne serous plus l'un à l'autre rien.
Beaucoup de baisers viendront sur tes lèvres , Pour (|ui seront-ils? — Je ne le sais pas. Mais, luHas î je sais (pi';iuj)rès des orfèvres Ou le \()\l souvoul ralculii' le i>as.
Puis il esl 1111 dieu qu'on nomme Caprice , Qui prend pour domaine un coin de nos cœurs , Un dieu féminin , il faut qu'il meurtrisse Des morceaux d'amour en ses jeux moqueurs.
Ah ! ne hâtons pas la saison nouvelle ! Ce dieu, quelque jour, j'en ai grande peur. Viendra mettre en l'air ta jeune cervelle : Ton amour alors , à toute vapeur ,
Ira vers celui qui le sollicite.
Veux-tu le connaître ? — Il en est qui l'ont
Vu parfois venir dans la réussite
Que l'on fait le soir, soit brun ou soit blond
Viens plus près encor , viens que je l'embrasse ; Restons en Hiver : quand viendra l'Eté , De mes longs baisers où trouver la trace Sur ton front joyeux, si tu m'as quitté?
Que deviendrons-nous , ma petite amie , Lorsque nos deux cœurs seront sans parfum ? Alors je serai de l'Académie , Alors tu seras aîi bras de quelqu'un.
Je dirai : — J'aimais une qui fut blonde, Ses yeux étaient bleus et ses sourcils noirs, Son bras était blanc, sa gorge était ronde, J'aimais à rester près d'elle les soirs.
Un matin l'oiseau, déployant ses ailes.
Fut porter ailleurs la joie et l'amour ; Ensuite, j'aimai d'autres demoiselles.
Et ces autres m'ont quitté tour à tour !
Quand je serai bien perdu dans mes rêves , Quand j'évoquerai ton fantôme aimé , Si je te revois , perle de nos Eves , Que fera mon cœur alors ranimé?
Que me diras-tu ? moi que te dirai-je? — Tu fus mon bonheur ! — Je fus ton amant, Quand autour de nous s'amassait la neige ! — Saurons-nous encor nos noms seulement ?
Donc aimons-nous bien h l'heure où l'on aime Celle que l'on presse entre ses deux bras; Fuyons l'avenir qui s'avance , et même f)is-nioi (juo toujours tii m'adoreras.
Peiil-élre , qui sait ? — la vie est si drôle ! Nous aimerons-nous, en effet, toujours , Et n'oublîrons-nous jamais notre rôle , Dans le drame à deux nommé les Amours !