FIAT VOLUNTAS TUA
Maître de la terre et du ciel , Démon pétri de boue , ange immatériel , Amour aux mains pleines de fiel ,
Je n'ai pas résisté quand ta voix souveraine
M'a crié : — Descends dans l'arène , Lutteur que je verrai mourir l'âme sereine !
Aux foudres mou trout s'est offert ; H a fallu saigner , et mon flanc s'est ouvert ;
Tu m'as dit : — Souffre ! — et j'ai souffert !
Quand l'odeur de mon sang dilatait ta narine
Et lorsqu'au fond de ma poitrine Tes ongles ravissaient leur couleur purpurine ,
0 Dieu qui remplis les forêts Et les vastes cités d'insondables secrets, Amour puissant, je t'adorais î
Mes yeux s'éblouissaient des splendeurs de ta gloii'e;
En vain tu me forçais à boire L'amertume, partout je disais ta victoire.
Eh bien ! inexorable Amour !
Vois mon cœur, il en reste assez encore pour Le bec du farouche vautour.
Que ton souffle, parc^il au grand vent (pii balaie
L'espace, ravive ma plaie; Viens ! puisque tu le veux , me voilà sur la claie !
Ainsi que la première fois Ce n'est plus un enfant confiant que tu vois ; Je te connais! Pourtant, ma voix
Ne blasphémera pas, ô le plus beau des anges !
Même en proie aux douleurs étranges , Et toujours , et bien haut , je dirai tes louanges !
Le retour de tes javelots, Je le veux célébrer en épandant les flots De mes harmonieux sanglots !
Déjà j'ai chancelé sous ta nouvelle atteinte ,
Je sais où ta pourpre fut teinte.
Seigneur, c'est dans mon sang! Et mon oreille tinte.
Et , comme un cortège de loups , J'entends, j'entends hurler tous les soupçons jaloux ; J'ouvre les mains , plantez les clous!
Bourreau divin , auguste oppresseur de mon âme ,
Oh ! maintiens-moi sur l'arbre infâme , Car je me suis repris aux parfums de la femme !
Car Tenchaiiteresse Circé Pose d'un air vainqueur, sur mon front abaissé, Son pied par les roses froissé !
Et je sais que jamais , idole puérile ,
Fille vaine , terrain stérile , Elle ne comprendra ma passion fébrile !
Ah ! pourquoi la vouloir toucher?
Mais la vague , pourquoi vient-elle donc lécher Inutilement le rocher?
Pourquoi la pluie au sable et la rosée aux pierres ,
Et pourquoi les clartés altières Vont-elles de l'aveugle arroser les paupières?
Eh! que vous dirai-je, après tout?
J'aime- et je ne sais rien de plus; et mon sang bout, Et je pends mes lèvres au bout
Des seins aigus et lourds de l.'i iollc chimère,
El, comme il plaît au victinmire, J'épuisf; le, iKU'tîir ou la iifjueui' amère î
Je me sens attiré vers un fatal miroir, Un miroir grimaçant , qui me laisse entrevoir Les voluptés du désespoir!
Blâmez donc TOcéan pendant les jours d'orage
De sa fureur et de sa rage !
Est-ce ma faute , à moi , si je suis sans courage
Devant la grandeur de la chair?
Si le charme des corps de femmes, doux et fier. Me passionne et m'est si cher?
Chevelures en flamme , ô cols souples et lisses.
Lèvres , adorables calices , Je souffre avec bonheur , je meurs avec délices!
Que TAmour me soit inclément.
Qu'il fasse de ma vie un éternel tourment. Je veux aimer obstinément ;
Ramper à deux genoux devant la bien-aimée ,
Et , quand sa jupe parfumée S'arrondit, me sentir l'âme demi-pâmée;
Goûter, sans en être étonné, Le vertige ; rouler vers l'abîme entraîné , Et par les fleurs assassiné !
Sur ses lèvres, mon ciel promis et ma géhenne,
Sentir s'envoler mon haleine , En mêlant âprement la tendresse et la haine