‹ Les Vignes follesChapitre 20 sur 28 · FIAT VOLUNTAS TUA · texte numérisé non relu

FIAT VOLUNTAS TUA

Maître de la terre et du ciel , Démon pétri de boue , ange immatériel , Amour aux mains pleines de fiel ,

Je n'ai pas résisté quand ta voix souveraine

M'a crié : — Descends dans l'arène , Lutteur que je verrai mourir l'âme sereine !

Aux foudres mou trout s'est offert ; H a fallu saigner , et mon flanc s'est ouvert ;

Tu m'as dit : — Souffre ! — et j'ai souffert !

Quand l'odeur de mon sang dilatait ta narine

Et lorsqu'au fond de ma poitrine Tes ongles ravissaient leur couleur purpurine ,

0 Dieu qui remplis les forêts Et les vastes cités d'insondables secrets, Amour puissant, je t'adorais î

Mes yeux s'éblouissaient des splendeurs de ta gloii'e;

En vain tu me forçais à boire L'amertume, partout je disais ta victoire.

Eh bien ! inexorable Amour !

Vois mon cœur, il en reste assez encore pour Le bec du farouche vautour.

Que ton souffle, parc^il au grand vent (pii balaie

L'espace, ravive ma plaie; Viens ! puisque tu le veux , me voilà sur la claie !

Ainsi que la première fois Ce n'est plus un enfant confiant que tu vois ; Je te connais! Pourtant, ma voix

Ne blasphémera pas, ô le plus beau des anges !

Même en proie aux douleurs étranges , Et toujours , et bien haut , je dirai tes louanges !

Le retour de tes javelots, Je le veux célébrer en épandant les flots De mes harmonieux sanglots !

Déjà j'ai chancelé sous ta nouvelle atteinte ,

Je sais où ta pourpre fut teinte.

Seigneur, c'est dans mon sang! Et mon oreille tinte.

Et , comme un cortège de loups , J'entends, j'entends hurler tous les soupçons jaloux ; J'ouvre les mains , plantez les clous!

Bourreau divin , auguste oppresseur de mon âme ,

Oh ! maintiens-moi sur l'arbre infâme , Car je me suis repris aux parfums de la femme !

Car Tenchaiiteresse Circé Pose d'un air vainqueur, sur mon front abaissé, Son pied par les roses froissé !

Et je sais que jamais , idole puérile ,

Fille vaine , terrain stérile , Elle ne comprendra ma passion fébrile !

Ah ! pourquoi la vouloir toucher?

Mais la vague , pourquoi vient-elle donc lécher Inutilement le rocher?

Pourquoi la pluie au sable et la rosée aux pierres ,

Et pourquoi les clartés altières Vont-elles de l'aveugle arroser les paupières?

Eh! que vous dirai-je, après tout?

J'aime- et je ne sais rien de plus; et mon sang bout, Et je pends mes lèvres au bout

Des seins aigus et lourds de l.'i iollc chimère,

El, comme il plaît au victinmire, J'épuisf; le, iKU'tîir ou la iifjueui' amère î

Je me sens attiré vers un fatal miroir, Un miroir grimaçant , qui me laisse entrevoir Les voluptés du désespoir!

Blâmez donc TOcéan pendant les jours d'orage

De sa fureur et de sa rage !

Est-ce ma faute , à moi , si je suis sans courage

Devant la grandeur de la chair?

Si le charme des corps de femmes, doux et fier. Me passionne et m'est si cher?

Chevelures en flamme , ô cols souples et lisses.

Lèvres , adorables calices , Je souffre avec bonheur , je meurs avec délices!

Que TAmour me soit inclément.

Qu'il fasse de ma vie un éternel tourment. Je veux aimer obstinément ;

Ramper à deux genoux devant la bien-aimée ,

Et , quand sa jupe parfumée S'arrondit, me sentir l'âme demi-pâmée;

Goûter, sans en être étonné, Le vertige ; rouler vers l'abîme entraîné , Et par les fleurs assassiné !

Sur ses lèvres, mon ciel promis et ma géhenne,

Sentir s'envoler mon haleine , En mêlant âprement la tendresse et la haine

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