A JEAN DU BOYS
Robuste , les seins hardiment Arrondis en pleine lumière , Une déesse jeune et fière Dresse vers le clair firmament Sa belle tête printanière.
Lumineuse et pareille au feu, Sa chevelure se déploie Sur ses épaules, qu'elle noie, Et dans son regard calme et bleu Le ciel se mire. — C'est la Joie !
Non celle qui du haut des monts , Naïade farouche et sanglante.
Nous vient dans Tonde étincelante Des vins pourprés que nous aimons, Toute ivre, à demi chancelante;
Non celle qui nous suit auprès De la pâle et chère maîtresse Qui laisse dénouer sa tresse Sous Tombre des noires forêts.
Avec des larmes de tendresse !
Non pas cet ange fugitif
Dont le vol parfois nous apporte
Une illusion jadis morte.
Mais celle qui naît sans motif
Comme une fleur sauvage et forte ;
La Joie aux éclatants reflets Amante des gaîtés hardies , Qui s'en va par les comédies, Et fit entendre à Rabelais Son rire plein de mélodies !
L'amazone qui court pieds nus Par les prés refleuris qu'inonde La clarté, folle et vagabonde.
Cherchant des sentiers inconnus , Versant le rire sur le monde.
La voyez-vous, ô jeunes gens!
La voyez-vous, au chant des lyres, Elle préside à nos délires !
Ouvrez-vous, ô cœurs diligents.
C'est Notre-Dame-des-Sourires !
Envolez-vous du nid, chansons A la rime sonore et pleine !
La Joie est ivre dans la plaine , Et nos lèvres, quand nous passons, Boivent les fleurs de son haleine
Qu'importent , flâneurs indolents !
Les soucis graves et moroses Et les tristesses et les choses Qui nous font marcher à pas lents !
Allons voir éclore les roses.
Un jour que tout était soleil,
— Ah ! déjà dans mon cœur se creuse
Comme une fosse ténébreuse ! —
Un jour à celui-ci pareil,
J'ai rencontré mon amoureuse !